‹ Critique philosophiqueChapitre 35 sur 164 · SOMMAIRE DU NUMERO DE MARS · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DU NUMERO DE MARS

Concours sur le capital ; Rapport sur le concours pour le prix Bischoffsheim, par M. ff. Peuuy, de l'Institut. — Le luxe et les moralistes. La théorie du retranchement des besoins, par M. Eenri Baudrillart, de l'Institut. — De la réforme douanière par la refonte des tarifs ou par le renouvellement des traités de commerce, par M. le comte de Buienval. — Note sur les conquêtes de la Russie en Orient, par M. de Haguemeister. — Répartition actuelle de la propriété terrienne en Angleterre, par M. A.»P. — Dépérissement de la marine marchande française, par M. Denis d'Anselme. — Saint Louis, son administration économique et poli* tique, diaprés le livre de M. Wallon, par M. Paul Bonnaud. — Caractères spéciaux de la crise financière au Pérou, par M. Th, Mannequin. — Discussion à la Société d'économie politique : Réunion du 6 mars 4 876 : La dépréciation de l'argent et l'étalon d'or. — Bihliographie. — Chronique économique.

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Le rédacteur^gérant : F. Pillon.

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%m ANNtt. 20 AVRIL 1876. R« 12

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POLITIQUE, SCIENTIFIQUE, LITTÉRAIRE

NOTES DIVERSES

Le rapportear de Vélection de M. Chesnelong, invalidée dans la séance dn 7 avril 1876, a donné lecture à la Chambre des députés d'une lettre assez curieuse écrite par un ecclésiastique au Mémorial des Pyrénées en faveur du candidat clérical susnommé, et contre M. Vignancour, candidat constitutionnel « Si vous me faisiez Fhonneur de m'élire> avait dit ce dernier dans sa profession de foi, je me montrerais le défenseur convaincu des grands principes sociaux qui se résument en ces deux termes augustes : la religion et la propriété » ; et il s'agissait pour M. Lartigau^ curé doyen du canton de Sauveterre — c'est le prôtre dont nous par- Ions — de prouver que l'auteur de cette déclaration, par les propres termes de sa déclaration, faisait a table rase des bases fondamentales de la société », était « le loup devenu berger, un vrai radical » ; enfin, qu'on ne pouvait c honnêtement voter pour lui »• M. Chesnelong, au contraire, donnant « à la société pour base la religion, la famille et la propriété », il fallait voter pour lui, « l'honneur de l'arrondissement d'Ortbez, la gloire du département, le conservateur par excellence de la religion, de la famille et de la propriété ».

La démonstration de l'indignité de M. Vignancour est fort simple: elle consiste à faire observer que ce candidat, dans sa proression de foi, a mutilé latrinité des « bases fondamentales », oublié de mentionner la famille; puis à tirer de là des conséquences. En effet :

a Relisez attentivement la profession de foi de l'un et de l'autre candidat... M. Chesnelong donne à la société pour base la religion, la famille et la propriété.

• M. Vignancour, d'un trait de pluméy supprime la familk, puisqu'il n*en dit rien 7i,

Nous ne rapportons pas ce trait de polémique cléricale pour donner un échantillon fort inutile de l'espèce de logique enseignée par un curé à ses paroissiens^ ni pour remarquer la malice extrême d'une plume qui supprime ce qu'elle n'a pas tracée image en pareil cas très-appro-

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^7i- NÛTJBS DIVERSES.

pYiée aa genre da raisonnement, ni même pour appeler rattenlion sur les habitudes de bouffonnerie, bientôt factieuse, si l'on n'y met ordre, que le clergé tend à reprendre en imitation des prédicateurs de la Ligue. Il le peut, en effet, gue le curé Lartigau ne se soit pas proposé d'attaquer le candidat constitutionnel par une argumentation sérieuse, mais seulement de lui nuire par une farce pieuse destinée à tromper les âmes simples, tout en égayant les élèves d'un gran.d séminaire. Pour nous, l'intérêt de curiosité de cette pièce tient surtout à certaine conséquence que le curé tire de Toubli de la famille dans une profession de foi, où cependant la propriété reçoit de « l'auguste » ni plus ni moins que la religion. Nous en voyons sortir une lumière sur Tidée que se font au juste les prêtres de ce temps de rétablissement ecclésiastique.

4 Du même trait de plume » , dit M. Lartigau — de ce trait qui barre ce qui n'est pas écrit — a il (M. Vignancour) supprime la religion et la propriété. Voyez vous-mêmes.

» M^ Vignancour supprime la religion. En effet, point de religion sans sacerdoce. C'est un axiome aussi ancien que le monde.

.)) Or, le sacerdoce est le produit nécessaire de la famille. Donc, sans famille point de sacerdoce et par conséquent point de religion.

» Mé Vignancour, en supprimant la famille, frappe du môme coup la propriété.

» En effet, qui reçoit, agrandit et transmet la propriété, si ce n'est la famille? Donc, point de famille, point de propriété ».

Que, sans la famille, on ne puisse concevoir la transmission et l'accumulation de la propriété dans les familles, c'est une vérité que chacun concédera à M, Lartigau. O'Je sans sacerdoce il n'y ait point de religion, et même en vertu d'un axiome aussi ancien que le monde, assavoir en vertu du principe d'identité, on doit évidemment l'accorder à un prêtre qui définirait la religion renseignement d'un sacerdoce. Mais que veut dire ce prêtre, quand il affirme que le sacerdoce est le produit nécessaire de la familk?SdL pensée n'est certainement pas qu'étant donnée la famille, le sacerdoce en résulte nécessairement. Â la vérité, c'est le sens des termes, mais comme ce sens est par trop contraire à l'histoire, il vaut mieux croire que l'idée de M. Lartigau est celle qu'on exprimerait ainsi en français : la famille est une condition nécessaire du sacerdoce* Et, en effet, nous lisons de suite après : n Donc, sans famille point de «acerdoce et, par conséquent, point de religion. & Reste à savoir comment et en quoi le sacerdoce procède de la famille. . A notre avis, la famille est ici le pouvoir familial, l'autorité du père de famille; et la seule pensée que nous puissions prêter à l'auteur de la lettre est celle-ci : les hommes ne se feraient pas prêtres naturellement et de leurs libres volontés ; ou du moins le nombre des vocations serait

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trop restreint si le clergé se recrutait parmi les hommes et non parmi les enfants. Les vocations elles-mêmes ne seraient pas assez pures ni garanties contre les écarts de l'esprit, si Tesprit-prôtre, qui n'est point l'esprit commun^ n'était pas inculqué dès l'enfance aux futurs sujets ecclésiastiques. Les petits séminaires^ grande et vraiment inappréciable création à ce point de vue, en s'affranchissant peu à peu de toute tutelle et de toute surveillance de l'État, ont fourni les moyens de recruter un sacerdoce et de refaire, au lendemain de la Révolution^ un esprit sacer^ dotal presque perdu dans le clergé séculier. On a pu former et modeler la jeunesse avant l'âge des passions et à celui de leur éclosion, et l'organiser en une milice étrangère par Tintelligence, les sentiments et les mœursy à un monde révolté qu'il s'agit de soumettre. Cela, c'est un sacerdoce pour M. l'abbé Lartigau : or, il est évident que, sans l'autorité paternelle qui consacre d'assez bonne heure aux autels trente ou quarante mille jeunes lévites, sans l'intérêt paternel et la piété maternelle qui voient dans la cléricature une profession commode, avantageuse (1) et auguste, sans le calcul de ces parents qui comptent sur le népotisme d'un futur curé — et pourquoi pas évoque ? — pour l'utilité ou avancement des rejetons restés au village, on ne parviendrait pas facilement à recruter cette armée théocratique. Voilà donc en quel sens on peut prononcer : « Sans famille point de sacerdoce, et, par conséquenti point de religion ». C'est à peu près ainsi qu'un impie aurait pu dire, il n'y a pas encore bien longtemps, à l'époque où les papes avaient des chanteurs spéciaux pour leur musique de la Sixtine : a Sans la famille point de sopranes, et par conséquent point de musique » ; et, en eifet^ il est clair que sans la famille il n'y aurait point d'hommes autorisés à soumettre Jes enfants à un traitement dont ils ne s'aviseraient jamais d'eux*mémes, et qui est celui qui convient pour foire des sopranes.

Notre interprétation, si nous ne nous trompons, jette un certain jour sur la manière dont un curé peut entendre la profession ecclésiastique et son but. En deux mots, c'est ceci : de la famille naissent la propriété et le sacerdoce, et le sacerdoce protège la famille et la propriété en travaillant de tout son cœur au maintien des abus et des privilèges, des habitudes et des préjugés grâce auxquels la famille engendre le sacerdoce. Quant à la religion, il n'y a pas autrement à s'en occuper: on ne sait plus ce que c'est, en dehors du sacerdoce, de sa discipline et de ses intérêts.

(1) Dominu9 vobiscum n'a jamais pàti, dit un proverbe langucdociea à l'usage des fom'iUes chargées d'enfants.

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