LE CENTENAIRE DE VOLTAIRE ET DE ROUSSEAU
Ud journaliste du parti radical intransigeant; M. Yves Guyot» vient de proposer à la France rationaliste et libérale de joindre, en Tannée 4878, à la fête industrielle, agricole et artistique de TExposition universelle la célébration du centenaire de Voltaire et de Rousseau.
L'idée est heureuse et de portée ; la presse républicaine, le parti républicain, en toutes ses fractions, doit s*y associer franchement, l'adopter.
Voltaire et Rousseau représentent éminemment le grand siècle qui s*est terminé par la Révolution française.
La gloire de ce siècle est d'avoir détrôné l'Autorité et intronisé la Raison dans tous les ordres de spéculations, de croyances et de connaissances, dans tous les domaines de l'esprit humain, de l'activité humaine.
Bacon et Descartea avaient écarté l'Autorité de la philosophie naturelle et de la métaphysique, livrant à la libre pensée un espace où elle pouvait se mouvoir à la condition de s'y renfermer prudemment, de n'en pas franchir les frontières. Mais TÂtitorité, au xvii* siècle, gardait sa citadelle sacrée, l'Écriture, interprétée par TÉglise, la Théologie, résultat de cette interprétation, et de ce centre elle étendait son empire sur les sciences historiques, les sciences morales et les sciences politiques. C'est là que le rationalisme du xviii* siècle est venu l'attaquer.
Le rationalisme cartésien est profond et radical ; mais il reste partiel; il ne se hasarde pas hors de la philosophie pure et des sciences physiques. Descartes a soin de déclarer que sa méthode n'atteint pas les matières de religion et de législation, et qu'à cet égard il entend s'établir tranquillement dans le traditionnel et dans le convenu. Il semble faire deux parts de Tesprit humain : l'une qui appartient légitimement au doute méthodique et au libre travail de la raison ; l'autre qu'il faut abandonner à l'Église et à l'État, au Prêtre et au Prince. A la suite et à l'exemple de Descartesi la pensée du xvii* siècle maintient cette sorte