‹ Critique philosophiqueChapitre 62 sur 164 · A PROPOS DU DERNIER OUVRAGE DE M. PAUL JANET · texte numérisé non relu

A PROPOS DU DERNIER OUVRAGE DE M. PAUL JANET

compliments ni vaines précautions un droit de critique que nos adversaires peuvent exercersur nous, et dont nous ne demanderions pas mieux que de les voir user plus souvent. L'école philosophique universitaire est une école d'admiration mutuelle; elle transporte dans ses controverses, dans ses polémiques, les égards exagérés et presque les compliments dont on a chez elle l'habitude. Contre les opinions ou systèmes du dehors, pour lesquels elle est Tobjet d'un parfait dédain qu'elle n'ignore point, elle ne lutte pourtant qu'avec timidité et mollesse, profitant, pour ne s'irriter jamais, de ce que l'intelligence et les talents de ses auteurs ne sont point mis en cause, m.iis seulement le genre de leurs études, et qu'on se contente de les traiter de gens de mérite attachés par leur éducation à des doctrines jadis respectables, maintenant absurdes. Ainsi la vanité de ces philosophes reste à demi satisfaite jusque dans le peu de cas qu'on fait de toute leur philosophie. Au moins demeurentils paisibles possesseurs d'un domaine indisputé. Mais ils ne sauraient conserver au fond la même bonne humeur quand ils voient paraître en France des gens disposés à chercher, en philosophes, quelle place leurs écrits méritent d'occuper dans le mouvement de la pensée philosophique. Je dis en France, parce qu'ils doivent bien savoir qu'à l'étranger on juge depuis longtemps leurs travaux comme ceux de personnes fort respectables sans doute^ mais qui bornent leur ambition à reproduire en style noble et en phrases régulièrement agencées les thèses sans force et sans vie d'un enseignement énervé. Le reproche d'être au-dessous de leur tâche de philosophes est plus sensible à ces professeurs et à ces académiciens que celui de poursuivre une lâche métaphysique hors de la portée des plus grands génies, on le comprend ; mais nous ne pourrions pas leur épargner le premier, nous qui n'admettons pas le second, sans nous condamner, comme critiques et polémistes^ à la, banale méthode des indifférents et des aimables.

Au reste, ce n'est pas seulement une certaine philosophie plus ou moins surannée, une méthode fausse et démontrée fausse, mise au service de vérités morales qu'elle compromet; ce n'est pas tant l'insuffisance des disciples, faisant suite à celle des maîtres que nous combattons dans l'éclectisme, que l'esprit même de TUniversité, tel qu'il s'est formé et constitué sous les gouvernements successifs, depuis le premier empire. Incîipiibledc résister à la double et contradictoire action de la concurrence et de la surveillance presque officielle de son rival dans renseignement, l'esprit clérical, l'esprit de l'Université a besoin d'une grande réforme, si ce n'est d'une révolution, et tout au moins de la plus grande liberté, pour se mettre en état de donner à la France des générations républicaines. On peut trouver, nous le savons, que le moment est mai choisi pour des attaques dirigées contre une institution et contre des hommes qui ont déjà fort à faire pour se défendre d'un ennemi qui est

Page 1