A PROPOS DU DERNIER OUVRAGE DE H. PAUL JANBT
encore plus le nôtre. Cette manière de voir est naturellement indiquée, et jusqu'à un certain point bonne à suivre, dans les rangs de la presse militante, toute préoccupée des questions politiques actuelles. Mais il y a place aussi pour des préoccupations plus lointaines, et il nous appartient à nous d'aller droit aux principes, sans nous laisser troubler par les circonstances. Or l'Université actuelle est encore à très-peu près celle que qualifiait sévèrement, au lendemain de 1848, un esprit éminent qui en fit partie, qui en fut chassé par M. Villemain sur l'injonction des prêtres, et que la France a depuis rendu à l'Italie, sa patrie (1).
Je veux terminer ces remarques par une citation dans laquelle le lecteur introduira sans peine les correctifs qu'il pourrait être juste d'apporter aujourd'hui à un jugement très-passionné. Mais la passion avait sa raison d'être :
a La France subit en ce moment le double juug des prêtres salariés et des philosophes du gouvernement. La vieille monarchie avait deux instruments à son service : les capucins pour la canaille et les jésuites pour les personnes de qualité; aujourd'hui on entretient les prêtres pour le peuple et les éclectiques pour les riches.
9 Les cultes absorbent un revenu de quarante millions : ce sont quarante millions que Tonr prodigue pour le maintien de Terreur. On enseigne au peuple les miracles niés par l'Académie des sciences, la Bible démentie par l'Académie des inscriptions, des dogmes que l'Académie des sciences morales réduit au néant. Dans les églises on adresse la parole à Dieu dans une langue que le peuple ne comprend pas ; le prêtre attache le salut de l'àme aux cérémonies de la confession, à l'idolâtrie de la communion. Le prêtre est payé pour enseigner qu'il dispose du royaume du ciel par les sacrements, qu'il est le maître, le dispensateur de la grâce; que c'est une perfection de résister à la nature qui nous appelle au mariage. Le prêtre enseigne que la Révolution est un crime» que la philosophie est une impiété, que le socialisme est un brigandage : ceux qui doivent être instruits payent l'erreur au prix de quarante millions par an. Nous-mêmes, qui devons combattre Terreur, nous payons, et nous assurons à nos adversaires le loisir officiel de nous insulter.
» Le monopole des professeurs salariés est encore plus coupable : Ici la vérité est connue, et on neTenseigne pas. La philosophie s'efface pour que Tautorité triomphe, Thistoire dissimule ses connaissances par respect pour la Bible... Je ne m'étonne plus que la France trouve des armées dans son sein pour rétablir le pontife à Rome. L'erreur inculquée par
(1) Joseph Ferrari, Les philosophes salariés y 18d9. » Cette brochure toute pleine de vérités et dépensées profondes est écrite avec une rare vigueur. Au momeut môme où je cornue ces lignes, j*ai le chagrin d'apprendre la mort de
Ferrari.