LES ORIGINES DE L'SXÉGÈSE MODERNE. '^ SPINOZA BT R. SIMON
deviendrait ainsi, dans toute la force du terme, un véritable leader de la Chambre, mais sa situation aurait la netteté qui convient à Tesprit fran* çais et serait mieux déterminée qu'en Angleterre....
» Les attributions de la Chambre haute seraient les mômes que celles de notre ancienne Chambre des pairs, c'est-à-dire qu'elle exercerait le pouvoir législatif en commun avec l'autre Chambre, jouirait du droit d'initiative, d'interpellation et de tous les droits qui constituent les assemblées libres, mais elle ne serait pas investie des droits spéciaux que nous avons réclamés pour l'autre Chambre en ce qui touche le renouvellement des ministères (i). d
Ainsi, selon Prévost-Paradol, c'est une des premières règles du régime parlementaire, sous la république comme sous la monarchie, que la Chambre des députés possède et exerce seule, sans le partager avec la Chambre haute, le pouvoir de faire et de défaire les ministères. Si forte était sa conviction de l'importance de cette règle, que^ pour la soustraire à toute contestation^ les moyens indirects d'action parlementaire lui paraissant insuffisants, il allait jusqu'à proposer de mettre et de tenir directement et par une élection formelle le ministère dans la dépendance oh il doit être. Il ne parait malheureusement pas que les hommes de nos trois pouvoirs, président et ministres, sénateurs, députés, s '. soucient beaucoup, les uns de respecter, les autres de faire respecter cette juste et nécessaire prérogative de l'Assemblée populaire.
F. PiLLON.
Les origines de l'exégèse moderne. — Spinoza et Richard Simon. (Voyez le n^ 22 de la Critique philosophique.)
Après Spinoza, Thistoire de la criiique biblique doit placer le Dieppois Richard Simon, prêtre de TOratoire. L'œuvre de Richard Simon serait même, s'il fallait en croire M. Renan, bien supérieure à celle de Spinoza; elle aurait contribué bien plus efficacement à la fondation, à la constitution de la science exégétique. c L'ouvrage de Richard Simon {Vltistoire critique du Vieux Testament) ^ dit M. Renan, publié pour la première fois en 1678, est un traité complet d'exégèse, en avance de cent cinquante ans sur les autres ouvrages du même genre. Une nouvelle édition de ce livre, annotée et complétée sur certains points, serait encore un livre précieux, pouvant être consulté avec fruit sur toutes les questions difficiles relatives aux écrits hébreux. La méthode de Richard Simon est la vraie : c'est celle de la
(1) Prévost-Paradol, La France nouvelle^ liv. Il, chap. ni et iv.
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raison investigatrice, aidée par un immense savoir. On a pu appliquer cette méthode avec plus de suite et de rigueur ; on ne la changera pas tant que le boa sens présidera à ces études. La profonde connaissance des langues orientalet que possédait le P. Simon lui donnait d'immenses avantages sur tous ses émules. Son analyse du Pentateuque est un chef-d'œuvre. Le principe fondamental de la critique des livres sacrés anonymes, principe applicable à presque toute les littérature de ^'Orient est chei lui parfaitement développé. L'idée de la retouche des textes, des incorporations successives est substituée aux vieilles discussions d'authenticité. Le texte n'est plusj dans cette manière de voir, quelque chose de fixe, qu'il faut tenir pour authentique ou pour apocryphe, admettre ou rejeter en bloc. C'est un corps organique qui s'accrott selon certaines lois, et de temps en temps se métamorphose sans cesser d*être lui-même. Si quelques-unes des explications de Simon paraissent pénibles et contournées, il faut songer aux difficultés de sa situation. Le moment où il commença à publier était celui où le gouvernement de Louis XIV devint décidément uno tyrannie mesquine et tracassière, s*occupant de tout, intervenant dans tous les débats, érigeant tout en aflaire d'État. Malgré sa réserve, le savant auteur n*évita pas la persécution. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la gêne le porte parfois à une critique en quelque sorte trop radicale. L'importance exagérée qu'il attribue à Esdras et à la Grande Synagogue^ le privilège vraiment bizarre qu'il confère aux prophètes à' ajouter ou de retrancher aux liwes sacrés y sont des hypothèses défectueuses qui lui étaient imposées par les exigences théologiques du temps. Nous autres, libres penseurs, il nous est permis d'être moins embarrassés. En ces matières, plus on est libre, plus on est respectueux. Mais les quelques taches qu'on peut signaler dans l'ouvrage de Simon ne doivent rien enlever à l'admiration qu'il mérite. On citerait difficilement un livre qui ait aussi immensément dépassé son siècle que VHistoire critique du Vieux Testament, Certes Richard Simon n'était pas le seul qui, dans la seconde moitié du xvii' siècle, appliquât la critique aux écrits hébreux. Spinoza, en particulier, dans le Traité théologico-polUiquej arrivait sur le Pentateuque aux résultais les plus avancés. Mais Simon lui est bien supérieur sous le rapport de la méthode; et de fait la science exégétique, telle que l'Allemagne l'a créée, ressemble beaucoup plus au livre de Simon qu'à celui de Spinoza. Le Traité théologico-folitique est de 1670, antérieur de huit années par conséquent à VHistoire critiqtfe. Je ne sais si Richard Simon avait lu l'ouvrage de Spinoza; en toutcas^ il n'en relève pas. Spinoza fut le Bacon de l'exégèse; il entrevit une méthode qu'il ne pratiqua pas avec suite; Simon en fut le Galilée; il mit résolument la main à l'œuvre, et^ avec un surprenant génie, éleva d'un seul coup l'édifice de la science sur des bases qui n'ont pas été ébranlées (1). o
Nous ne saurions accepter ce jugement de M. Renan. Cette prétendue supériorité qu'il attribue ft Richard Simon sut* Spinoza en matière d'exégèse ne repose sur rien de solide; elle témoigne même, nous osons le dire, chez le brillant auteur de la Vie de Jésus^ d'une assez grande inattention. Il est certain d'abord que Spinoza a ouvert la voie au P. Simon. — Je ne sais, dit M. Renan, si Richard Simon avait
(1) Histoire critique des livres de l'Ancien Testament ^ par A. Kuenen, trad. par A. Pierson; préface de M, E. î^enan, p. x et suiv.