LES ORIGINES DE L'EXÉGÈSE MODRRNE. — SPINOZA ET R. SIMON
Itt l'ouvrage de Spinoza. — M. Renan devrdtt savoir que Richard Simon hvait lu et connaissait parfaitement Touvrage de Spinoza, comme le prouve ce passage de la préfacede l'Hi^fotre crique : «Gomme les prophètes, qu'on a appelés scribes publics pour les distinguer des autres écrivains particuliers, avaient la liberté de faire des recueils des anciens actes qui étaient conservés dans les archives de là république, et de donner à ces même actes une nouvelle forme, en y ajoutant ou dminwmt ee quHls jugeaient à propos^ on donnera par ce principe une raison solide des additions et changements qui se trouvent dans les lirres sacrés, sans que pour cela leur autorité soit diminuée, puisque les auteurs de ces additions ou chaagements ont été de véritables prophètes dirigés par l'esprit de Dieu. C'est pourquoi les changements qu'ils ont pu introduire dans les anciens actes auront la môme autorité que le reste du texte de la Bible. On répondra aussi très-facilement par ce même principe à toutes les conséqtiences fausses et pernicieuses que Spinoza a prétendu tirer de ces changements ou additions pour décrier t^ autorité des livres divins comme si ces ré formations étaient purement humaines; au lieu qu'il devait consi. dérer que les auteurs de ces changements ayant le pouvoir d'écrire des livres sacrés ont aussi eu le pouvoir de les réformer. C'est pourquoi je n'ai fait aucune difficulté de rapporter quelques exemples de ces changements, et d*en conclure que tout ce qui se trouve dans les livres sacrés n'a pas été écrit par des auteurs contemporains. »
Il est clair maintenant que Richard Simon connaît Spinoza et qu'il partage et adopte sa manière de voir sur les additions et les changements, introduits dans les livres saints et sur Timpossibilité d'attribuer, dans la forme où il se présente, le texte de ces livres à des auteurs contemporains. 11 n'est séparé de Spinoza que par le préjugé théologique; c'est ainsi que pour échapper aux conséquences hétérodoxes et aotisurnaturalistes que le philosophe a tirées de sa critique, il Imagine une sorte de collège d'écrivains publics formant en Israël, dès le temps de Moïse, une autorité prophétique anonyme et permanente, en possession du privilège bizarre d'ajouter ou de retrancher aux livres sacrés, a II est fort vraisemblable, dit-il, qu'il y a eu dès le temps de Moïse de ces sortes de prophètes^ qni étaient nécessaires à l'État pour recueillir les actes de ce qui se passait dans la république. Cela étant supposé, nous distinguerons dans les cinq livres de la Loi ce qui a été écrit par Moïse d'avec ce qui a été écrit par ces prophètes ou écrivains publics. On attribuera à Moïse les commandements et ordonnances qu'il donna au peuple, au lieu qu'on pourra faire auteurs de la plus grande partie de l'histoire ces mêmes écrivains publics. » Ce n'est pas sans doute dans cette hypothèse efê/(?e^ieu5e par laquelle Richard Simon entendait sauver le principe de l'inspiration divine des coups que, lui-même, après Spinoza, portait à l'authenticité des livres hébreux, que M. Renan peut trouver la justification du parallèle qu'il établit entre le prêtre français et le philosophe hollandais.
En tout cas, ajoute M. Renan, Richard Simon ne relève pas de Spinoza. C'est là une seconde erreur. La méthode que recommande Simon dans l'exégèse biblirjue est la méthode naturelle qui s'applique à l'interpi'étation de tous les documents anciens; elle consiste à rejeter comme arbitraires les explications allégoriques et mystiques et à s'appuyer uniquement sur la grammaire et la critique philologique.