‹ Critique philosophiqueChapitre 71 sur 164 · LES ORIGINES DE L*EXEGÈSE MODERNE. — SPIN0Z4 ET R. SIMON · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE L*EXEGÈSE MODERNE. — SPIN0Z4 ET R. SIMON

Esdras. Ce sentiment confirme ce que nous avons avancé (touchant le ministère des prophètes ou écrivains publies d'Israël), car Esdras n'a pu rétablir ces livres qui avaient été corrompus pendant la captivité, qu'en qualité de prophète ou d'écrivain public; aussi est-il nommé, dans TÉcriture, scribe ou écrivain par excellence.... On ne sait pas certainement si Esdras est Fauteur du dernier recueil des Écritures canoniques, comme on le croit communément. Mais il y a bien de l'apparence que les juifs, au retour de leur captivité, firent un choix des mémoires qui leur restaient, dont ils donnèrent une partie au peuple, et gardèrent l'autre partie dans leurs archives. Ils appelèrent cette première partie, qu'ils rendirent publique, écritures canoniques. Comme ce sont plusieurs mémoires joints ensemble, et qui n'ont pas toujours de la liaison, il ne faut pas tant s'arrêter à l'ordre et au temps qu'aux choses, car il y en a qui sont rapportées en un même endroit, bien qu'elles soient arrivées en différents temps. » On doit remarquer que Richard Simon se range rolontiers à l'opinion commune d'après laquelle la fixation du canon hébraïque remonterait au temps ù'Esdras, tandis que Spinoza la fait descendre à une époque beaucoup plus rapprochée de l'avènement de Jésus-Christ, et croit y recon* naître l'œuvre des Pharisiens (1). Ce n'est pas encore ici, je suppose, qu'on peut voir la supériorité du critique français sur l'auteur du Traité theoloçjko-poîUiqiie.

(1) Spinoza, nous Tavons vu, ne fait rédiger par Esdras que le Pentateuqué', le livre de Josué, celui des Juges, celui de Ruth^ ceux de Samuel et ceux des Rois. Il n'admet pas qu'on puisse attribuer à ce scribe la formation du canon h(^raïque, par celte raison que plusieurs livres qui font partie du canon n'ont pu être composés que longtemps après Esdras. « Que si on me demande, dit-ii, pourquoi je Tattribue aux seuls Pharisiens, je citerai le dernier chapitre de Daniel , où est prédite la résurrection des morts, qui était niée par les Sadducécns. J*ajoute que les Pharisiens dans le Talmud s'expliquent ouvertement sur ce point . Il est dit, en effet, au Traité du Sabbat (ch. XI) : A. Jehuda^ surnommé Rabi, rapporte que les docteurs ont voulu cacher le livre de /'Ecclésiaste, parce qu'on y trouve des paroles opposées à celles de la loi. Pourquoi ne Vont-ils pas caché ? C'est qu'il commence suivant la loi et finit suivant la loi. On lit un peu plus bas : Ils ont cherché aussi à cacher le livre des Proverbes. Enfin au chapitre I*' de ce même traité il est dit : Certes nous devons nommer avec reconnaissance Néghunja^ fils d'Hiskias; car, sans /mi, nous courions risque de perdre le livre d'EzÉCHiEL, qu*on voulait soustraire aux regards^ parce qu'il s^y trouve des paroles contraires à celle de la loi» 11 suit clairement de tous ces passages que les docteurs de la loi tinrent conseil pour décider quels étaient parmi les livres saints cexix qu'il fallait admettre et ceux qu'il fallait rejeter, n Revenant sur ce sujet dans nne note, Spinoza soutient que ce qu'on appelle la grande Synagogue ne commença qu^aprèsla soumission de l'Asie à la domination macédonienne, et qu'il faut voir une pure fiction, fondée uniquement sur la tradition des rabbins, dans l'opinion de Maimonide, de R, Abraham, de Ben-Da\id et de quelques autres qui mettent à la tête de cette Synagogue Esdras, Daniel. Néhémias, Aggée, Zacharie, etc. «Les personnes éclairées, ajoute-t-il, qui savent pourquoi s'assemblent les conciles ou les synodes et n'ignorent pas les différends des Pharisiens ei des Sadducéens, peuvent aisément pénétrer les causes qui amenëreiU la convocation de cette grande Synagogue. »

Ces vues et ces réflexions de Spinoza s'accordent assez bien, il me semble, avec l'esprit et les résultats de la critique moderne. C'est quand la théolo$ric et l'exé^'c^e succèdent dans l'histoire d'une religion à l'inspiration qui a produit ces Ecritures, ({ne le besoin se fuit sentir d'un canon arrêté de ces Ecritun-s. La formation de ce canon, le choix des livres qui doivent le composer, etrinlerprélation doctrinale et rituelle de ces livres sont les œuvres d'une même époque, et cette époque est naturellement marquée par Tappariiion des sectes et le commencement de leurs disputes. « Les études exégéliques, dit M. Reuss, supposaient nécessairement une collection bien définie des livres saints. On avait dû faire le canon de l'Ancien Testament, et il est probable que ce travail était achevé à une époque antérieure

LES ORIGINES DE l'EXÉGÂSB MODERNE. — SPINOZA ET R. SIHON. 397

Eafîn, la principale hypothèse de Richard Simon, Thypothèse des écrivains publics anonymes, auxquels les exigences de Torlhodoxie lui font attribuer le ministère prophétique et l'inspiration divine, se trouve dans un passage de Spinoza relatif aux livres de Daniel ^ à'Esdras, à*Esther ot de Néhémias. Le philosophe se demande de quelle source Fauteur de ces quatre livres a pu tirer les récits historiques qui les remplissent. Je ferai remarquer ici, répond-il, que les chefs ou princes des Juifs à l'époque du second temple, comme les rois au temps du premier, avaient des scribes ou historiographes qui étaient chargés d'écrire les annales de l'empire et de consigner la chronologie des événements. Ainsi, dans les livres des Bois, nous trouvons souvent citées les annales ou la chronologie de leur règne. De même les annales des princes et des pontifes sont citées dans Néhémtas et dans les Macchabées. )> 11 est clair que Richard Simon n'a fait qu'étendre à tous les temps de l'histoire d'Israël, môme au temps de Moïse, le ministère des scribes ou historiographes, a qui étaient, dit-il, nécessaires à l'État pour recueillir les actes de ce qui se passait dans la république. »

La seule différence importante qu'il soit possible de signaler entre l'exégèse de Spinoza et celle de Richard Simon, c'est que la première se montre pleinement dégagée du surnaturalisme, tandis que la seconde cherche à s'accommoder aux préjugés de la foi catholique. Moïse, nous dit cette dernière, cessera d'être l'auteur du Pentateuque ; les livres sacrés cesseront d'être authentiques ; mais qu'importe ? La foi, le surnaturel, l'autorité, n'y perdront rien ; la Bible ne cessera pas d'être divinement inspirée. Je remplace les auteurs que nomme la tradition par des écrivains publics, des annalistes ; mais ces écrivains publics, ces annalistes, seront aussi des prophètes. Pourquoi la théologie demanderait-elle davantage ? Les livres sacrés ont subi quelques changements dans le cours des siècles ; « les Pères et les Juifs ne font point difficulté de reconnaître qu'ils ne sont pas tout à fait les mêmes qu'ils étaient dans le commencement)) ; qu'importe? Les écrivains publics, les prophètes anonymes qui n'ont cessé d'exister en Israël n'avaient-ils pas mission et pouvoir « d'ajouter et de retrancher aux livres sacrés » ? 11 faut bien que ces livres aient été corrompus pendant la captivité de Babylone, puisqu'Esdras dut les rétablir ; qu'importe ? Esdras était un de ces scribes-prophètes. 11 y a plus : grâce à cette précieuse hypothèse des scribes-prophètes, disparaît, au grand avantage de l'orthodoxie catholique, la distinction que font les Juifs entre les livres authentiques et les livres apocryphes de l'Ancien-Testament. a Gomme le pouvoi;* des écrivains publics, dont nous avons parlé ci -dessus, dit Richard Simon, a toujours été le même pendant tout le temps que la république des Juifs a subsisté, on ne doit pas s'étonner que, dans le recueil des Écritures, il y en ait qui aient été écrites après Esdras, et partant Esdras n'est pas le dernier compilateur des livres sacrés. Il importe fort peu que ces derniers écrivains n'aient pas eu le nom de prophètes, pourvu

de plusieurs générations à celle de Jésus-Christ, bien qu'il nous soit impossible aujourd'hui de la préciser. Ce qu'il y a de certain, c'est que Topinion commune qui attribue à Esdras la coiifeclion du canon actuel est absolument insoutenable par la simple raison que ce dernier contient bon nombre de livres postérieurs au temps de ce célèbre légiste. » {Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, t. I. p. 82). » Le canon, dit Manck, fut probablement dosa l'époque macchabéenne. » (La Palestine fp, 526.)

398 PETIT TEAITÉ DE HOEALE.

qu'ils aient eu la même autorité.... Les livres qui ont été recueîllia après la dernière compilation ont été nommés apocryphes^ parce qu'ils n'ont peut-être pas été autorisés par le sanhédrin ; saint Jérdme même n'ose pas les nommer canoniques quand il suit le sentiment des Juifs. Mais TÉgUse, qui a succédé à la synagogue, les ayant reconnus pour divins et authentiques, il n'est plus permis de douter de leur autorité.... Les Juifs ayant perdu Tusage de la langue hébraïque, commencèrent à ne plus écrire leurs actes en cette langue, mais dans la langue chaldéeone. On aura sans doute pris de ces mémoires écrits en chaldéen une partie des livres que nous nommons apocryphes, et qui ne sont pas moins vrais pour cela, bien qu'ils n'aient pas été autorisés par le sanhédrin juif.... Les rabbins mêmes citent quelquefois ces livres apocryphes, de sorte que les Juifs ne les ont jamais rejetés entièrement : mais ils les ont seulement considérés comme des ouvrages apùcry^ phes, c'est-à-dire cachés et inconnus, parce qu'ils n'avaient point été publiés par l'autorité du sanhédrin. Il se peut donc faire que ces livres, qu*on nomme apocryphes, aient été tirés des actes que Ton conservait dans les archi? es des Juifs. ■

PETIT TRAITÉ DE MORALE A l'usage des écoles primaires laïques

SECONDE PARTIE : MORALE DES ADULTES

— SUITE

PRÉCEPTES

Finissez ce que vous avez commencé. Ne vous laissez pas dccourager par les obstacles et détourner du devoir.

Cherchez dans la tâche mâme que vous avez remplie la récompense des peines qu'elle vous a coûtées.

Ne courez pas après des distinctions étrangères à votre position et à vos fonctions, mais aspirez au meilleur rang dans votre partie.

Rendez-vous un compte exact des obligations de toute charge que vous avez acceptée, et placez la fidélité de chacun à son emploi, — la vôtre d'abord, — au-dessus de tous les avantages imaginables. '

Exemples»

Pour la fidélité à remplir les devoirs de sa charge, citer les grands exemples classiques : L. Brutus, Fabricius, Regulus^ puis des exemples d'héroïsme, dans la

PKTIT TRÀlTi B£ MOBALE. 390

vie publique ou privéâ des modernes. Pour la persévérance i citer les grands industriels ou commerçants qui ont eu de petits commencements, ceux qui ont réussi à force d'ardeur et de travail dans les carrières qui semblaient leur être fermées, les inventeurs, les Franklin, les W. Herschell, etc., etc. Pour l'acceptation des professions nécessaires à l'entretien de la vie, par des hommes que leurs goûts et leurs aptitudes appelaient à de tout autres pensées, citer les Cléanthe, les Spinoxa, etc.

A propos des tentations qui s'offrent de s'enrichir en courant des hasards, ou au moyen d'entreprises qui ne sont pas de votre profession, parier des loteries, de la fièvre du jeu^ des placements aléatoires, des compagnies industrielles à objets chimériques, du prestige des californies, etc., etc.

Page 1