‹ Critique philosophiqueChapitre 77 sur 164 · LE CATÉCHISME SELON MM. JULES SIMON ET DUPANLOUP · texte numérisé non relu

LE CATÉCHISME SELON MM. JULES SIMON ET DUPANLOUP

des ténèbres (1). M. Dupanloup et M. Jules Simon, avec toute leur éloquence, persuaderont difficilement à un lecteur attentif qu'ici la plus psrrfaite et la plus efficace simplicité s'unissent à la métaphysique la plus savante et que dans ces mystères qui confondent la raison et la conscience naturelles, il y a quelque chose d'évident, de lumineux, de simple, d'accessible à l'intelligence des enfants et du peuple.

Il faut bien considérer que les dogmes chrétiens, sont des idées abstraites et métaphysiques, et que ces idées abstraites^ ne deviennent pas simples, facile à entendre^ populaires, parce qu'elles sont exposées sous la forme populaire de questions et de réponses et renfermées sous un mince volume. Pour être mise en abrégé, la théologie n'en garde pas moins son obscurité caractéristique. Fénelon, Fleury, le catéchiste Boudon, conviennent que la plupart des enfants, en apprenant le catéchisme, n'apprennent guère que des mots pour eux vides de sens.

« Dites à un enfant, remarque Fénelon, qu'en Dieu trois personnes égales ne sont qu'une nature : à force d'entendre et de répéter ces termes, il les retiendra dans sa mémoire ; mais je doute qu'il en conçoive le sens. »

« Tous les mots qui signifient des abstractions, dit Fleury, sont inconnus à la plupart des gens. Après que vous vous êtes bien fatigués à faire répéter cent et cent fois à des enfants ou à des paysans qu'il y a en Dieu trois personnes en une nature, et en Jésus-Christ deux natures en une personne^ toutes les fois que vous les interrogerez, vous les mettrez au hasard de dire deux personnes en une nature, ou trois natures en une personne. Gela vient de ce que n'ayant dans l'esprit aucune idée qui réponde à ces mots de nature et de personne^ ils en sont embarrassés ; ils les brouillent aisément et y joignent indifféremment tin ou ^t>û, selon qu'il leur vient à la bouche. »

« La première vérité dont la connaissance importe, dit Boudon, est la foi d'un Dieu en trois personnes. S'il suffisait de réciter seulement cette vérité par mémoire, on pourrait dire qu'il y a peu de chrétiens dans les campagnes qui l'ignorent présentement. Mais je prie de considérer ici un abus qui est plus commun que je ne puis dire; cet abus est que l'on se contente d'apprendre par mémoire les vérités de notre

(i) Au point de vue du criticisme, du phénoménisme rationnel, qui réduit à sa juste valeur, c'est-à-dire à rien, le dogme métaphysique de la substance, l'idée d'un Dieu unique en trois personnes est nécessairement contradictoire. Si unies qu'elles soient de pensée, de sentiment et de volonté, trois personnes divines qui se distinguent^ forment trois consciences divines, et par conséquent trois dieux. L'unité de substance ou de nature se résout en unité générique, en rapport de similitude. Quant au mystère de la transsubstantation, il devient un non-sens pour qui s'est convaincu que la notion exacte de substance se réduit à celle de loi de groupement des phénomènes. On sait bien que la loi de groupement des phénomènes ne change pas dans les espèces du pain et du vin après la consécration.

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