‹ Critique philosophiqueChapitre 82 sur 164 · GAIN · texte numérisé non relu

GAIN

Considérez la propreté comme une des formes de la moralpté.

Maximes.

Le jour est court, la tâche est longue.

Fainéantise est mère de tous vices.

Jeune paresseux, vieux besogneux.

La paresse ouvre la porte h la pauvreté.

Point de peine, point de profit.

Pour manger Tamande, il faut casser la coquille.

Le lèle et Tactivité rendent toutes choses aisées.

Exemples.

Pour Tactivité et Tamour de Tordre, citer les grands hommes d'État et les grands hommes de lettres, les réformateurs de leurs siècles, les inventeurs qui n'ont pas perdu une minute qu'ils pussent consacrer à une investigation allant à leur but : Charleraagne, Alfred d'Angleterre, Pierre l" de Russie, Napoléon I", dont l'activité pour être si funeste à Thumanilé ne fut pas moins merveilleuse. — Descartes, Leibniz, Newton, ces prodiges d'intelligence ordonnée et de travail, Voltaire, à qui nul autre n'est comparable en zèle de tous les instants pour le bien de l'humanité ; — les grands artistes qui n'ont cessé de travailler, les grands trouveurs, qui n'ont cessé de chercher : Bernard de Palissy, Daguerre^ Faraday, etc., etc.

Pour l'amour de l'ordre, l'activité et l'économie dans la conduite des affaires privées : Franklin.

Pour la prodigalité, le roi Louis XIV, Charles II d'Angleterre, les habitudes des rois et de la cour à la fin de la monarchie française, le beau Brummei, le poêle Lamartine.

CHAPITRE II. •»«• Dwùirs domestiques ou de famille. i . — L'entrée dans VékU de moriage.

En fait de fiançailles et de mariage, il est difficile et dangereux de s'éloigner de la coutume du pays où Ton vit, quoiqu'il y ait des coutumes différentes en difi'érents pays et qu'elles ne soient paa également bonnes. Les meilleures sont celles où les futurs époux ont le plus de facilités pour

se connaître avant le mariage et s'assurer qu'ils peuvent compter Tun sur Tautre pour le cœur et le caractère. Mais cela suppose qu'il existe une bonne éducation et que les personnes des deui: sexes peuvent jouir d'une honnête liberté sans en abuser. Les mœurs les plus mauvaises sont celles des pays où l'on use le plus de violence envers les personnes et leurs inclinations, où les jeunes filles et les femmes sont le plus renfermées et contraintes, et où les mariages se décident par des motifs d'intérêt et de position plutôt que de convenance morale.

Malgré la difficulté qui tient à l'empire de la coutume en chaque lieu, il est facile de donner des préceptes dont chacun trouvera plus ou moins l'application autour de lui. L'obéissance à l'esprit de ces préceptes est sans conditions et dépend toujours de vous, si vous ne manquez pas de bonne volonté pour les observer, non plus que de prudence.

Le premier de tous est de ne promettre que ce que vous pouvez et voulez tenir. La parole donnée est sacrée en matière de fiançailles et de mariage, encore plus, s'il se peut, que dans les autres sujets. Rien ne doit vous en dégager, si ce n'est que les conditions que vous avez vous-même énoncées clairement n'aient pas été tenues, ou qu'on vous ait rendu à vous votre parole.

Le second est de ne vous laisser aller à aucune de ces libertés qui, d'une personne à une certaine autre personne, de sexe différent, supposent promesse de mariage, quelque innocentes qu'elles puissent paraître, sans ayoir donné et reçu la garantie d'un engagement formel, et sans avoir des raisons très-sérieuses de croire que cet engagement est re« gardé par l'autre personne comme un saint engagement qui ne peut être pris qu'une fois et qui vous oblige à la plus inviolable fidélité. Tout ceci concerne également le jeune homme et la jeune fille. A l'âge du mariage, on doit savoir ce qu'on fait.

Mais ces premiers préceptes s'adressent aux futurs époux, comme s'ils ne dépendaient entièrement que d'enxHnèmes. Il n'en est pas ainsi, puisqu'ils ont l'un et l'autre des liens obligatoires avec leurs familles et avec la société et la loi civile. Us ne peuvent légitimement s'engager sans avoir égard à ces liens.

Vis-à-vis de la société et de la loi civile, Thomme et la femme qui contractent mariage ou se lient de promesse, sont tenus à l'entière obéissance. Toute loi formelle exige soumission de la part du citoyen: il n'y a pas ici autre chose à examiner. Par conséquent, toutes les conditions de la loi civile pour permettre ou interdire le mariage, selon les cas, et en régler les formalités quand il a lieu, doivent être observées absolument.

Yis-à-vis de leurs parents, le jeune homme et la jeune fille qui penchent à se promettre mariage, se trouvent dans une position particulière et nouvelle. C'est le moment de leur vie où ils vont passer chacun d*une famille dans laquelle ils ont été des enfants à une famille dans laquelle ils auront des enfants. Ce moment est donc celui où Tohéissance due aux parents, déjà moins étroite depuis Vâge de raison^ va s'affaiblir encore, changer de caractère et devenir une espèce de déférence mesurée au mérite des personnes, à la reconnaissance dont elles sont l'objet, et enfin aux choses mêmes dont il s'agit. Cette vérité morale a été nécessairement consacrée par la loi, qui a fixé pour chaque sexe un âge où la personne peut disposer d'elle-même librement pour fonder une famille. Mais, alors même que cet âge est déjà arrivé pour eux, et à plus forte raison quand il ne l'est pas encore, comme c'est le cas pour la plupart des mariages ou promesses de mariage, les jeunes gens doivent, avant de s'engager, tenir un compte fort sérieux des idées, des conseils et ' des VŒUX de leurs parents. Us ne sont pas obligés de manquer à leur propre conscience, en se forçant à juger bonnes des raisons de ces derniers, qu'ils jugent réellement mauvaises, ni même de vouloir leur propre malheur en se faisant, sans de justes motifs, une trop forte violence, et de se sacrifier à autrui dans ce qu'il y a au monde de plus personnel et de plus intime ; mais ils sont obligés de considérer que des parents ont ordinairement pour eux l'expérience du monde et des suites des passions, et se laissent moins conduire à l'impulsion du moment dans ce qu'ils désirent pour le bien de leurs enfants.

Il y a un dernier et très-important précepte à donner aux jeunes gens qui veulent se marier. Celui-ci ne semble pas, au premier abord et en luimême, un précepte de morale, mais il a, selon qu'il est observé ou violé, de telles conséquences pour le bonheur ou le malheur des époux, et, par suite, pour leur conduite, et enfin pour l'éducation et l'entretien de leurs enfants, dont ils ne peuvent moralement s'affranchir, que nul devoir positif ne s'impose davantage. Nous voulons parler de cette règle de sagesse qui prescrit aux jeunes gens d'attendre, pour devenir des époux, le moment où ils ont l'assurance légitime de suffire par leur travail à l'entretien d'un ménage et à tous les besoins de leurs jeunes enfants.

(A 9u^vr€,^ Le rédacteur-gérant : F. PiLiOM.

lAUlB. — > .lit ILJSIERIE IK B. UARTjaBT, ftOB UIOHOR, S

5«» ANNÉE. 17 AOUT 1876. «o 29

POLITIQUE, SCIENTIFIQUE, LITTÉRAIRE

U PimciPE DE L'HABRiTDl KT LK PBINCIPE DE LA RA180H, à propos de VÀncien Régime

de M. Taine.

Les grands événements historîqaes ont plusieurs manières d'exister et d'agir dans le monde ; ils remplissent des fonctions successives , dont la dernière a peutêtre autant d'importance, pour l'éducation de l'humanité, que les autres et les plus directes peuvent en réclamer dans Tordre matériel de sa destinée. Après qu'ils ont produit Tébranlement dont ils sont capables à Tépoque même de leur apparition, élevé ou abaissé les puissances qu'à eux il appartient, après qu'on a vu déjà se dérouler une longue chaîne de leurs conséquences dans la vie d'une race et dans la marche de la civilisation, ou plutôt pendant que se déroule cette chaîne dont on ne voit jamais réellement la fin, on assiste à une nouvelle classe de phénomènes qu| sont constitués par le genre humain juge de lui-même, historien de son passé et s'efTorçant d'en rendre la connaissance utile à son avenir. Le sujet des faits accomplis est alors un sujet de critique, et par conséquent de disputes : disputationum eorum. Les générations d'hommes éclairés viennent les unes après les autres étudier ces maîtres événements et, pour ainsi dire, s'y comparer : en scruter les origines, en examiner les principes, en louer, en blâmer les moyens ou les résultats, en pronostiquer l'issue, lorsqu'elle leur parait encore pendante, en tous cas les faire servir, une fois bien appréciés, à leur propre direction morale. Soit qu'on les honore ou qu'on les vilipende, qu'on les élève à l'idéal ou qu'on s'efforce de les abaisser au rôle ignoble de repoussoirs, dans ce travail d'une société civilisée qui demande à l'histoire d'éclairer la politique et de fournir des jugements pour le temps présent, leur mémoire et les interprétations qu'on eti donne sont des moyens de manifestation et d'épreuve pour les forces morales qui se disputent la conduite des esprits à chaque époque. Voilà pourquoi l'histoire de la Révolution française est si différente selon les heures et selon les auteurs. Ceux-ci ne s'accordent ni sur les principes moraux et sociaux dont elle a été l'application triomphante, ni sur ceux dont elle a été la violation déplorable. L'histoire des historiens de la révolution, si quelqu'un s'avisait d*un ouvrage pour lequel il ne faudrait pas tant d'érudition que de doctrine, offrirait à la fois le tableau de toutes les contradictions, en matière de philosophie politique, et l'image réfléchie de nos dissensions civiles, qu'on a pu dire sans paradoxe avoir été souvent le produit de l'exégèse révolutionnaire et des jugements portés sur les héros de la révolution. L'historien critique devrait donc être exactement ïvt^ sur les règles théoriques et pratiques du

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