Vertus domestiques
Le mariage est une association de deux personnes de sexes différents; et le mariage est une association des travaux et des intérêts de ces deux personnes pour leur propre entretien et pour l'éducation de leurs enfants. Comme association personnelle^ le mariage suppose des devoirs mutuels qui sont les uns communs aux personnes quelles qu'elles soient, les autres
particulières à cet état. Et comme association matérielle^ le mariage exige pour prospérer, d*autres devoirs dont robservation constitue les vertus économiques et domestiques.
Nous vous avons déjà parlé des vertus économiques : Tactivité, Féconomie, Tamour de Tordre. Elles sont nécessaires dans toute maison et, par conséquent, dans la maison des époux ; car les époux se proposent d'augmenter par leur travail et la bonne administration de leurs biens, leur bien-être et d'assurer Tavenir de leurs enfants.
La plus essentielle des vertus que le mariage ajoute aux vertus économiques, et qui leur est une garantie, c'est la vertu domestique proprement dite : l'amour du foyer.
Un homme et une femme ont Tamour du foyer et des mœurs domestiques quand ils préfèrent la vie intime, la vie de famille, à la vie du dehors et à la compagnie des étrangers, toutes les fois qu'il s'agit de délassements et non de devoirs à remplir.
Les mœurs domestiques sont le fondement du bonheur domestique.
Beaucoup d'hommes, l'ouvrage fiai, courent aux lieux publics, et beaucoup de femmes vont bavarder chez les voisins ou chercher récréation chez leurs parents* Naturellement il ne faut point parler de bonheur domestique pour ces personneslà. On est bientôt mécontent l'un de l'autre ; les enfants, les domestiques sil y en a, restent sans surveillance, et quantité de choses vont mal dans le ménage. Il est fort bien d'aller en société et de prendre part à des amusements qui ne nuisent à personne ; mais cela ne doit point arriver tous les jours, il faut y mettre de la modération et ne s'en pas faire coutume. Sitôt qu'un homme est mécontent de ne pouvoir aller au café, ou la femme irritée de ne pouvoir sortir, les voilà esclaves de ces habitudes prises. Ils devraient alors secouer bravement ce joug indigne, en refusant pendant quelque temps de s'accorder permission à eux-mêmes. Bientôt ils se sentiraient heureux de nouveau, et plus satisfaits auprès de ceux dont ils iraient partager les plaisirs inoffensifs.
Personne ne doit, quand ce serait un homme riche, se permettre des amusements quels qu'ils soient, au moment où sa profession exige du travail, ni à ceux où le travail accompli réclame du repos. Le contentement ordinaire, dans la vie, se goûte au passage du travail au repos, ou du sérieux à la joie. Sans amusements cherchés au dehors, on se sent heureux quan^ la tâche journalière est finie. On sdme alors à jouer avec ses enfants, ou à se livrer à quelque travail de récréation qui fasse diversion aux occupations du jour. Travailler ferme pendant la journée, que ce soit des bras ou de la tête, et donner la nuit au repos, la nature elle-même nous enseigne celte règle d'or. L'arrangement civil qui marque un jour de repos et de fête après une période de travail est aussi quelque chose d'avantageux. L'institution du sabbat, dans la loi de Moïse, est une des plus belles qu'un peuple ait jamais reçue. C'est le travailleur, principalement, qui a besoin d'un jour
OÙ, iaterrompant son occupation matérielle absorbante et peu favorable à la liberté de Tesprît, à Texercice des facultés intellectuelles, il puisse penser, lire, assister à des réunions, enfin se délasser. Il doit ce jour-là se sentir plus heureux que les autres jours. Mais songeons bien que plus heureux ne veut pas dire pirCy relâché et dégradé. L'ivrognerie, les méchants propos et les querelles, qui sont condamnables tous les jours, devraient paraître encore plus odieux dans le jour consacré aux douces satisfactions, au repos et à la paix.
Autre point d'importance quant aux amusements. Ils ne doivent pas nous entraîner à des dépenses trop fortes pour notre revenu. Pensons au nécessaire d*abord, à l'agréable ensuite. Un plaisir qui de lui-même est innocent devient une mauvaise action si vous en faites les frais au détriment de la famille et de ce qui lui est dû. Combien de ménages sont allés aux privations et à la pauvreté par ce chemin des dépenses d'agrément de chaque jour ! On se laisse séduire à Tinsi gnifiance apparente d'une petite somme qui, multipliée par 365, fait pourtant bonne figure au budget annuel et s'y trouverait mieux placée pour des dépenses utiles, qu'on n'y voit pas, que pour d'autres qui ne laissent aucun fruit après elles, a Avec le temps, la souris ronge le câble ))y dit le proverbe, et « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Les budgets des États, montant à des centaines de millions, pourvoient à des dépenses immenses avec des revenus dont plusieurs sortent sou à sou des poches des contribuables. Un petit ménage dont le budget est en ordre habille un enfant et l'envoie propre à l'école, avec les sous qui^ dans un ménage mal avisé, glissent des mains du mari ou de la femme — plus souvent du mari — sans qu'ils puissent dire où leur monnaie a passé.