V- • ^ I-ES LARMES DE RACINE
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Radoe qui veut pleurer vieudra à la profesaioB de la ioeur Lalie. f
M“* DI Mairraaoa. - • j*
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Jean Racine, le grand poète.
1 Le poète aimant et pieux ,,
A^rès que sa lyre muette w.»
Se fut voilée à tous les yeux ,
Renonçant à la gloire humaine
S’il sentait en son âme pleine
' Le flot contenu murmurer, y'
Ne savait que fondre en prière ,
Pencher l’ume dans là poussière
Aux pieds du Seigneur, et pleurer.
Comme un cœur pur de jeune fille
Qui coule et déborde en secret ,
A chaque peine de famille.
Au moindre bonheur, il pleurait;
A voir pleurer sa fille afnéè;
A voir sa table couronnée
D'enfans , et lui-même au déclin ;
A sentir les inquiétudes ^
De père , tout causant d’études
"Si* ■
Les soirs d’hiver avec RoUin;
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RAClNli.
Ou si dans la sainte patrie , * Berceau de ses rêves touchans, - • II s’égarait par Ih prairie Au fond de Port-Royal des champs ; S’il revoyait du cloître austère Xes longs murs, l'étang solitaire, n pleurait comme un exilé ;
Pour lui pleurer avait des charmes , Le jour que mourait dans les larmes Ou La Fontaine ou ChalDpmesl4 !*-’•
Surtout ces pleurs avec délic^
En ruisseaux d’amour s’écoulaient.
. Chaque fois que sous des cilices Des fronts de seize ans se voilaient.
Chaque fois que des jeunes filles,
Le jour de leurs voeur, sous les grilles S" en allaient aux yeux des parens ;
Et foulant leurs bouquets de féte^ Livrant les cheveux de leur tête , ■ * Épanchaient leur âme à torrens.
Lui-méme il dut payer sa dette An temple il porta son agneau;"
^ l'I U est permis de supposer, malgré ce qu’on a vu plus hiul, que le poète donna secrèteoieul à la Cbampmesié quelques larmes et quelques prières. J •» .-
aAaNE.
Dieu ninrquant sa fille cadcllc La dota'du mystique anneau/ Au pied de l’autel at^ncée,
La douce et blanche fiancée Attendait le divin époux; Mais, sans voir la cérémoiiTc Parmi l’encens et l’harmonie Sanglotait le père à genoux.
Sanglots, soupirs, pleurs de tendresse.
Pareils à ceux qu’en sa ferveur Madeleine la pécheresse Répandit aux pieds du Sauveur ;■ Pareils aux flots de parfum rare Qu’en pleurant la sœur de Lazare De ses longs cheveux essuya ; ,
Pleurs abondans comme les vôtres ,
O le plus tendre des apôtres^' Ava'ntlejourd’AIIeluial .
Prière confuse et muette , ^ Effusion de saints désirs I Quel Inth sc fera l’interprète De ces sanglots, de ces soupirs?
Qui démêlera le mystère De ce cœur qui ne peut se taire Et qui pourtant n’a point de voix f ' Qui dira le sens des murmures
RACINK.
Qu’évfille à Iravers Ifcs ramures
Iic vent (i’automtac dans les bois?
C’était une oilrande avec plainte ~*-
Comme Abraham en sut offrir; . *
Cétait une dernière étreinte , ' '
^ Pour l’enfant rpi’on a vu nourrir; »
Cétait un retour sur lui-raômc ,
Pécheur relevé d’anathème,
Et sur les erreurs du passé ^
Un cri vers le juge sublime Pour qu’en faveur de la victimé ^ j i ^ •
, Tout le reste fût effacé. !
C’était un rêve d’innocence ,■
Et qui le faisait sangloter, . y.
De penser que, dès son enfance,. i 11 aurait pu ne pas quitter . ^
Port-Royal et son doux rivage.
Son vallon' calme dans l’orage,''
Refuge propice aux devoirs;
Ses cbütaigniers aux larges ombres; V Au dedans, les corridors sombres, '
La solitude des parloirs.
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Oh! si, les yeux mouillés encore, Ressaisissant son luth donnant, \
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Celui qu’invoquent nos prières Ne fait pas descendre les pleiu-s Pour étinceler aux paupières,
Ainsi que la rosée aux fleurs;
11 ne fait pas sous son haleine Palpiter la poitrine htunaine, .
Pour en tirer d’aimables sons ;
Mais sa rosée est fécondante; - Mais son haleine, immense, ardente Travaille à fondre nos glaçons. >
|86 RACINE. -
Il n’a pas dit, à voix sonore, *- ’ ' Ce qu’il sentait en ce moment; .
S’il li’a pas raconté, poète.
Son &me pudique et discrète, •
^ Son holocauste et ses combats , ®
Le Maître qui tient la balance N’a compris que mieux son silence; Omortels,neleblimezpas! '
Qu’importent ces chants qu'on exhale, Ces harpes autour du saint lien;
Que notre voix soit la cymbale ' Marchant devant l’arche de Dieu ; ,
Si Tàmc , trop tôt consolée ,
Comme une veuve non voilée.
Dissipe ce qu’il faut sentir;
Si le coupable prend le change,^
Digilized 6y Goo*^*
RACINE. . ' ■ 187
Et tout ce qu’il pjtic en louange,' S’il le retranche au repentir ?
Lés derniers sentimens .exprimés dans cette pièce ne furent point étrangers àTaihe de Rav cine. Dans un très-beau cantique sur Ut Charité, imité de saint Paul, il dit lui-méme , en des termes assez semblables, et dont notre ami parait s’être souvenu : • • -
En vain je parlerais le langage des anges; En vain, mon Dieu , de tes louanges î— Je remplirais tout l’univers ;
MM
- Sans iunour ma gloire n’égale Que la gloire de la cymbale,
Qui d’un vain bruit frappe les airs.
Si maintenant l’on m’objecte que cette tliéorie conjecturale serait admissible peut-être si Racine n’avait pas fait Athalie, mais G^Aüialie seule répond victorieusement à tout , et révèle/ dans le poète un génie essentiellement drama- *tique , je répliquerai à mon tour qu’en admi-' rant beaucoup Athalie,\e ne lui reconnais point tant de portée ; que la quantité d’élévation ,
, d’énergie et de sublime qui s’y trouve, ne me
RACINE
parait pas du tuut ciépusscr ce qu'il en faut ' pour réussir dans le liant lyrique, dans la grandie poésie religieuse, (jans l’hymne, et qu’à mon gré cette magniBquc tragédie atteste seidement chez Racine des qualités fortes et puissantes qui couronnaient dignement sa tendresse ha*' bituelle.
L’examen Un peu approfondi du style de Ra* cine nous ramènera involontairement aux mêmes conclusions sur la nature et la vocation
de son talent. Qu’est-ce, en effet, qu’un style dramatique? C’est quelque chose de. simple, de familier, de vif, d’entrecoupé, qui se déploie et se brise, qui monte et redescend, qui change sans effort en passant d’un pei'sonnage à l’autre , et varie dans le meme personnage selon les momens de 1a passion. On se rencon- ..^tre, on cause, on plaisante; puis l’i.onie s’ài- ‘ guise, puis la colère se gonfle-, et voilà que le . f dialogue ressemble à la lutte étincelante de deux serpens entrelacés. Les gestes, les inflexions ■ de voix et les sinuosités du discours sont en parfaite harmonie; les hasards naturels, les paè- ^ ticularités journalières d’une conversation qui f Vanime, se reproduisent en leur lieu. Auguste
RAONE. ■ . iR9
est assis avec Cinna »lans son cabinet et lui parle longuement; chaque fois que Cinna vent rinterronipre , remperenr l’apaise d’autorité , étend la main, ralentit sa parole , le fait ras*' seoir et continue. Le jeu de Talma , c’était tout le stjle dramatique mis en dehors et traduit aux yeux. — Les personnages du drame, vivant de la vie réelle comme tout le monde, .-.doivent en rappeler k chaque instant les détails et les habitudes, //ier, aujourd'hui^ demain,sont des mots très-significatifs pour eux. I.ÆS plus checs souvenirs dont se nourrit leur passion favorite leur apparaissent au complet avec une singulière vivacité dans lès moindres circonstances. 11 leur'^'éehappe souvent de dire : Tel jour, A telle heure. En tel endroit. L’a- - tnour dont une âme est pleine et qui cherche, un langage, s’empare de tout ce qui l’entoure, eu tire des images , des comparaisoas sans nombre , en fait jaillir des sources imprévues de tendresse. Juliette, au balcon, croit entendre, léchant de l’alouette , et presse son jeune époux , •* de partir; mais Roméo veut que ce soit le ros- 'signol qu’on entend , afin de rester encore.
La douleur est .superstitieuse; l’ànie, en ses
RACINE
niomens extrêmes , a de singuliers retours ; elle semble, avant de quitter cette vie, s’y rattacher à plaisir par les fils les plus délies et les plus fragiles. Desdémona , émue du vague pressentiment de sa fin, revient toujours, sans savoir pourquoi, à une' chanson de $aule que lui chantait dans son enfance une vieille esclave qu’avait sa mère. C’est ainsi que le lyrique même , grâce aux détails naïfs qui le retiennent et le fixent <dans la réalité, ne fait pas horsd’œuvre, et concourt directement à l’effet dramatique. ^
Le pittoresque-épiquc", le descriptif pom-. peux siexl mal au style du drame ; mais sans se , / mettre exprès à décrire, sans étaler sa toile pour peindre, il est tel mot de pure causerie, qui, jeté comme au hasard, va nous donner la M couleur des lieux , et préciser d’avance le théâtre où se déploiera la passion.. Duncan arrive avec sa suite au cliâteau de Macbeth; il en trouve le site agréable, et Banco lui fait remarquer qu’il y a des'nids de martinet à chaque frise et à chaque créneau; preuve, dit-il, que :• l’air est salubre en cet endroit. Shakspeare abonde en traits pareils; les tragiques greesr
r . RAONE.’* • !.. «h ■
eii" offriraient également; Raÿne n’en a ja- ' * «
mai.s^ ' ■ I
-, Le style de Racine se présente, dès l’abord , sons une teinte assez uniforme d’élégance et de
poésie; rien ne s’y d'étache particulièrement. Le procédé eii est d’ordinaire analytique et ^ abstrait; chaque personnage principal , au lieu de répandre sa passion au dehors en ne faisant
qu’un avec elle , regarde le plus souvent cette
'passion au dedans de lui-méme, et la raconte par ses paroles telle qu’il la voit au sein de ce monde intérieur, au sein de ce /noz, comme •
disent les philosophes : de là une manière gé- • nérale d’exposition et de récit qui suppose tou- ■ jours dans chaque héros ou chaque héroïne
' un certainloisirpour s’examiner préalablement; . de là encore tout un ordre d’images délicates ,
et un tendre coloris de demi-jour, emprunté .
à une savante métaphysique dû cœur; mais peu ou point de réalité, et aucun de cesdétailsf , qui nous ramènent à l’aspect humain de cette • vie. La poésie de Racine élude les détails,’^ les dédaigne, et quand elle voudrait y atteindre, elle .semble impuissante à les sai- • sir. Il y a dans Bajazet un pa.s.sage entre au- *
RACINE
très, fort admir^de Voltaire: Acoinat explique à Osmin coinineiVt, malgré Ic.s défenses rigoureuses du sérail , Keixane et Bajazet ont pu se
voir et sauner
Peut-être il te souvient qu’un récit peu fidèle De la mort d'Amurat fit courir la nouvelle.
La stdtane à ce bruit feignant de s'effrayer,
Par des cris douloureux eut soin île l’appuyer. Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent ; De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent;
Et les dons achevant d’ébranler leur devoir, B Leurs captifs dans ce trouble osèrent s’entrevoir.
Au lieu d’une explication nette et circonstan- ’ ciée de. la rencontre, comme tout cela est toti- ^ché avec précaution ! comme le mot propre est habilement évincé! les esclaves tremblèrentl . - : (es gardes se troublèrent] qtic d’efforts en pure
• perte! que d’élégances tléplacées dans la bouche •; sévère du grand-visir! — Moniinea voulu s’étrangler avec son bandeau , ou , comme dit Racine^/ù/re un ajfreux lien iVun sucré diadème elle apostro|)bece,diadémcen vers encbanteiys
• que je me garderai bien de blâmer. Je noterai
• seulement que, dans la colère et le mépris
RAriNE.
Omit elle accable ce fatal tissu, elle ne l’ose noniiner qu’eu termes généraux et avec d’exquises injures. Il résulte de cette perpétuelle nécessité de noblesse et d’élégance que s’imjiosc le poète, que lorsqu’il en vient à quelques-unes de ces parties de transition qu’il est impossible de relever et d’(‘unoblir , son vers inévitablement déroge et peut alors sem' bler pi-osaïque par comparaison avec le ton de rensemble. Chainpforts’estamuséà noter dans Eslber le petit nombre de vers qu’il croit entachés de prosaïsme. Au reste. Racine a tellement pris garde à ce genre de reproches, qu’au risque de violer les convenances dramatiques, il a su pivter des paroles pompeuses ou fleuries à ses personnages lej» plus subalternes commeà ses héros les plus achevés. Il traite ses confidentes sur le même pied que ses reines : Areas s’exprime tout aussi m.ajestiu'useinent qu’Againeniuon. M. Villemaiii a «léjà remarqué que dans Euripide, le vieillard qui tient la pface d’Aicas n’a qu’un langage simple, non figuré, conforme à s;i condition d’esclave : «Pourquoi » doue sertir de votre tente, ô roi Agamemnon, B lors(]ue autour de nous tout est assoupi dans
RACINE
i> un calme profond , lorsqu’on n’a point encore » relevé la sentinelle qui veille sur les retran- » chemens. » Et c’est Agamemnon qui dit : « Hélas ! on n’entend ni le chant des oiseaux , » nile bruit de la mer; le silence règne sur l’Eu- » ripe. » Dans Racine , au contraire , Areas prend les devons en poésie , et il est le premier à s’écrier :
Mai* tout dort, et l’amiéc, et lea vents, et Neptune.
Che* Euripide , le vieillard a vu Agamemnon dans tout le désordre d’une nuit de douleur; il l’a vu allumer un flambeau , écrire une lettre et l’effacer, y imprimer le cachet et le rompre , jeter à terre ses tablettes et verser un torrent de larmes. Racine flis avoue avec candeur qu’on peut regretter dans Tlphigénie française oette vive peinture de l’Agamemnon grec; mais Euripide n’avait pas craint d’entrer dans l’intérieur de la tente du héros, et de nommer certaines choses de la vie par leur nom.
Le procédé continu d’analyse dont Racine fait usage, l’élégance merveilleuse dont il revêt .ses pensées, l’allure un peu solennelle et
RACINE
igS
arrondie de sa phrase, ia mélodie cadencée de ses vers, tout contribue à rendre son style tout-à-fait distinct de la plupart des styles franchement et purement dramatiques. Talma, qui , dans ses dernières années , en était venu à donner à ses rôles, surtout à ceux que lui fournissait Corneille , une simplicité d’action , une familiarité saisissante et sublime , l’aurait vainement essayé pour les héros de Racine; il eût même été coupable de briser la déclamation soutenue de leur discours , et de ramener à U causerie ce beau vers un peu chanté. Est-ce à dire pourtant que le caractère dramatique manque entièrement à cette manière de faire parler des personnages? Ix)in de notre pensée un tel blasphème! Le stj^e de Racine convient k ravir au genre de drame qu’il exprime, et nous offre un composé parfait des mêmes qualités heureuses. Tout s’y tient avec art, rien n’y jure et ne sort du ton; dans cet idéal complet de délicatesse et de grâce, Monime, en vérité, aurait bien tort de parler autrement. C’est une conversation douce et choisie, d’un charme croissant; une confidence pénétrante et pleine d’émotion, comme on se figure qu’en pouvait
suggérer au poète le commerce paisible de cette société où une femme écrivait la Princesse de Clèvei. C’est un 'sentiment intime, unique, expansif, qui se mêle à tout, s’insinue partout, qu’on retrouve dans chaque' soupir, dans chaque larme, et qu’on respire avec l’air. Si l’on pass<! brusquement des tableaux de Rubens à ceux de M . Ingres, comme on a l’œil rempli de l’éclatante variété pittoresque du grand maître namand , on ne voit d’abord dans l’artiste français qu’un ton assez uniforme, une teinte diffuse de pâle et douce lumière. Mais qu’on approche de plus près et qu’on observe avec soin : mille nuances fines vont éclore sous le r^ard; mille intentions savantes vont sortir de ce tissu profonil et seri-é ; on ne peut plus en détacher ses >eux. C’est le cas de Racine lorsqu’on vient à lui en quittant Molière ou Shakspeare; il demande alors plus que jamais à être legardé de tres-|>res et long-temps; ainsi seulement, ou surprendra les secrets de sa manière ; ainsi, dans l’atmosphère du sentiment principal qui fait le fonds de chaque tragédie, on verra se dessiner et se mouvoir les divers caractères avec leurs traits personnels; ainsi, les différences
RACINE
d’accentuation, tugitives et tenues, deviendront ■saislssables, etpreteront une sorte de vérité relative au langage de chacun; on saura avec précision jusqu’à quel point. Racine est dramatique, et dans quel sens il ne l’est pas.
Racine a fait les Plaideurs, et, dans cette admirable farce, il a'tellement atteint du premier coup le vrai stjle de la coraedie, quon. peut s’étonner qu’il s’en soit tenu à cet essai. Comment n’a-t-il pas deviné, se dit involontairement la critique questionneuse de nos jours, que l’emploi de ce style sincèrement dramatique , qu’il venait de dérober à Molière , n’était pas limité à la comédie; que la passion la plus sérieuse pouvait s’en servir et l’élever jusqu à elle? Comment ne s’cst-il pas rappelé que le style de Corneille, eu bien des endroits pathétiques, ne diffère pas essenlielleriient de celui de Molière? il ne s’agissait que d’achever la fusion ; l’œuvre de réforme dramatique qui se ^Kiursuit maintenant sous nos yeux eût été dèslors accomplie. — C’est que s;ins doute, dans la ' tragédie telle qu’il la concevait. Racine n’avait nullement besoin de ce franc et libre langage; c’est que les ne lurent jamais qu’une
19§ aACOfB.
débauche de table, un accident de cabaret dans sa vie littéraire; c’est que d’invincibles préjugéss’opposent toujours à ces fusions si simples, que combine à son aise la' critique après deux siècles. Du temps de Racine , Fénelon son ami, son admirateur, et qui semble un de ses parens les plus proches par le génie, écrivait de Mo* Hère : « En pensant bien , il parle souvent mai.
» Il se sert des phrases les plus forcées et les » moins naturelles. Térence dit en quatre mots » avec la plus élégante simplicité ce que celai* • » Cl ne dit qu’avec une multitude demétapho*
B res qui approchent du galimatias. J’aime bien B mieux sa prose que ses vers. Par exemple,
» V Avare est moins mal écrit que les pièces » qui sont en vers; il est vrai que la versification » française l’a'géné; il est vrai même, qu’il a » mieux réussi pour les Amphitryoti,
B où il a plis la liberté de faire des vers irré- » guliers. Mais en général, il me paraît jusque » dans sa prose , ne parler point assez simple- B ment pour exprimer toutes les passions, b 11 faut se souvenir que l’auteur de cet étrange jugement avait la manière d’écrire la plus an* tipathique à Molière qui se puisse imaginer. Il
BACME.
était doux , fleuri, ' agréableinent subtil, épris (1rs antiques chimères, doué des signes ghicieux de l’avenir, et sa prose y encor qu’un peu traînante, ne ressemblait pas mal à ces beaux vieil* lards divins dont il nous parle souvent, k longue barbe plus blanche que la neige, et qiri, soutenus d’un bâton d’ivbire, s’acheminaient ^ lentement au milieu des bocages vers un temfile du plus pur marbre de Paros. Quoi qu’il en soit, il énonçait à coup sûr j dans cette lettré à l’Acadétnie, l’opinion de plus d’un esprit délicat, de plus d’un académicien de son temps, et'Bacine lui-méme, se serait probableaieiit entendu avec lui pour critiquer stié beaucoup de points ta diction de Molière." o ;
La sienne est scrupuleuse, irréprochable; et totit l’éloge qil’on a coutume de faire dit style de Racine en général , doit s’appliquer sans réserve à sa diction*. Nul n’a su , mieux que lui la valeur des mots, le |wuvoir de leur position et de leurs alliances, l’art dos transitions, de d'œuvre le plus difficile de là poésie, côïDivae lüi disait fioileau;on peut voir là-dessus leur corres- |X)ndafice. En setenant àuii vocabulaire un peu restreint. Racine a imdtiplié les combinaisons
HACINE,
et les ressources. On remarquera que dans ses tours il conserve par momens des traces légères d’une langue antérieure à la sienne, et je 'trouve pour mon compte un cluirme 'infini à. ces idiotismes trop peu nombreux qui lui ont valu d’être souligné quelquefois piir les critiques du dernier siècle.
En somme, et ceci soit dit pour dernier mot, il y aurait inju.stice, qe me semble, à traiter Racine autrement que tous les vrais poètes de génie, à lui demander ce qu’il n’a pus, à ne pas le prendre pour ce qu’il est, à ne pas accepter, en le jugeant, les conditions de sa nature. Son style est complet en soi, aussi complet que son drame lui-méme; ce style est le produit d’une organisation rare et flexible, m'odifiée par ime éducation continuelle et par une multitude de circonstances sociales qui ont' pour jamais disparu; il estautant qu’aucun autre, et à force de finesse, sinon avec beaucoup de saillie , marqué au coin d’une individualité distincte, et nous retrace presque partout le profil tendre et mélancolique de l’homme avec la date du temps. D’où il réstilte aussi que vouloir ériger ce style en style-modèle^ le professer
iÀgitizctTEÿ'Gf^ft^c"
R/VaNE.
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à tout propos et en toute occurrence , y rapporter toutes les autres manières comme à un type invariable, c’est bièn peu le coinpreutlre et l’admirer bien superficiellement , c’est le renfernun-tout entier dans^ qualités'de grammaire et de diction. Nous croyons faire preuve d’un respect mieux entendu en déclarant le style de Racine, comme celui de Lafontaine et de Bossuet, digne sans doute d’une éternelle étude ^ mais impossible, nrais inutile à imiter, et surtout d’one forme peu applicable au drame nouveau, précisément 'parce qu’il nous parait si bien approprié à un genre cUs tragédie qui n’est plus. -
JEAIS-BAPT18TE ROlJ8S£A|j.. .
Louis XIV vieilli^itaii milieu de toutes sortes de disgrâces, et survivait à ce qu’on> a bien voulu appeler jon siècle. Les grands écrivains comme les grands généraux avaient presque tons disparu. On perdait des batailles en Flandre;^ on donnait drok de préséance aux' bâtards légitimés sur les ducs ; on applaudissait Campistron. C’est précisément alors, si l’on en croit un bruit assez généralement répandu depuis line centaine d’années, que ■commença de briller un poète illustre, notre grand lyrique, comme disent encore quelques-uns. Né en 1669 à Paris, d’un père cordonnier, qu’il renia plus tard, ou qu’au moins il aurait cer>
JfLAIf-BAPTISTF. ROUSMU^y. inS
taineiiient troqué 4rés>vuluutierb contre uo an* tre, Jean^ptiste Housseau se sentit de bonne lieure l’envie de «urtir d’une si basse condition. On ne sait trop comment se passèrent ses prc^ . mières années-; il s’est bien gardé d’en parler jamais, et il parait s’étre expressénaenti^terdit, comme une honte, tout souvehir d’enfance^ c’était mal imiter. Horace pour le début. Rousseau se destinait pourtant à la poésie lyrique.. II connut Boileaii,. alors vieux et chagrin, et reçnt de lui des conseils et de^ traditions. Il s’in^ sinua auprès de grands seigneurs qui' le protégèrent, le baron deBreteuil> Bonrepeaux , Chamillard , Tallard , et fuli|iéme attad^ à ce der^, nier dans l’ambassadê d’Angleterre. U afvait vu à Londres Saint-Évremond ; à Paris, il était des familiers du Temple, des habitués du Laurent i il s’essayait au théâtre par de froide» comédies;* il- paraphrasant les psaumes quelle maréchal de Noailies lui oommandnit pour la cour, et composait pour la villè ‘d’olMcènes épigrainmes, qu’il appelait les gloria patri de ses psau nies. Son existence iittérah*e, comme on voit, ne laissait pas de devenir, considérable: il était membre de l'Académie des inscriptions;
toA J{:^-BAPT1STE ROUSSEAU.
l’upiuiun le désignait |)oui' l’ Académie tcain^siise,^ comme liéritier présomptif de Boileau. En un mot, tout annonçait à J.-B. Rousseau qu’il allait, durant quelques années, tenir un des premiers rangs, le premier rang peut-être!... dans, les cercles littéraires, entre I^motle, Crébillou , La Fosse, Duché, Lagrange -Chancel, San rin de l’Académie des sciences, et autres.’;! ont cela se passait vers 1710.. ,
Mais, comme nous l’avons 'déjà indiqué, et comme il le dit lui-même avec une élégance |>ài'iaite,' il s’était accoquiné à la hartUse du café Laurent ; c’était rue Dauphine, non loin ilu Théâtre-Français, q^i de la rue Guenégaud. avilit passé dans celle des Fossés-Saint-Germaiudes-Prés. l^es étahlissemens de ce genre ne da-
taientquedepeud’annéesietremplaçaientavan-
tagensement pour-les aiiteuréet gensdelelü'es le cabaret, où s’étaient encore enivrés sans vergogiie Chapelle et Boileau. Le café.n avait pas passéde uiodé, malgré la prédiction dehiadame de Sévigné; bien au contraire, il devait exercer une itssi^z gi'ande influence sur le dix-huitième siècle, sur cette éjxïquC si vive et si hardie, nerveuse, irritaible, toute de saillies, de con-
, JEAN-BAPTISTÉ ROUSSI, AIT. \rA
versations, de vérVè artificieUe, d’onthonsiasnie après quatre heut^s du stiir; j’en ]>rends à témoin Voltaire et son amour du moka. Ce café de la veuve Laurent était donc lUic espèce dé café Procope du temps; on y politiquait; on y jugeait la pièce nouvelle ; on s’v" récitait a l’oreille l’épigramme de Gâcon sur V Athenaïs de I.agrange-Chancel, le huitain de T.agrange en réponse aux critiques dé M. Le Noble; ori y compai-ait la musique de Lulli et celle de Canipra. ôr, Rousseau', après quelques essais lyt-i- ■ques peu goûtés, avait donné en 1696, *ati Théâtre-Français , la comédie’du Flatteur, qui n’avait eu qu’un demr-succès, et en 1700, le Capricieux, qui réussit encore moins.. Il s’èn prit de sa disgrâce hut habitués du' Café-, et les chansonna dans de grossiers couplets- à rimes riches , ce qui le fit âussitôt reconnaîtiv. OI1 peut juger du scandale. Rousseau désaccoquinâ du café et désavoua les couplets datis.le nuJnde; mais bn en parlait toujours :’de temps à autre de nouveaux couplets clandestins se retrouvaient sur les tables, sous les portes; cette petite guerre dura dix ans et ouvrit le siècle. EnfinVen 1710, quelques derniers couplets.
»o€ JEAN-BÀI^STR ROUSSEAU.
si infâmes qu’on doit les d'aire fabriqués à dessein par les ennemis de Rousseau, mirent Le comble â l’indignation. Rousseau, non con- Mit de s’en laver, les imputa à Satirin ; de là, procès en diffamation et en calomnie, arrêt du Parlemeni en 171a , et bannissement de Rous- .seau à perpétuité hors dii royaume.
■ ' Jean-Baptiste avait quarante-trois ans; quelque long que fût alors le noviciat des poètes, son éducation lyrique devait être achevée. Il avait déjà composé quelque.s odes,’ et sa haine contre Iæ motte, qui en composait aussi, n’a-’ vait pas. peu contribué,'^ sans doute,' à déterminer sa vocation laborieuse et tardive. Qu’estce donc qu’un poète lyrique ? Avec sa nature d’esprit et ses habitudes', Kbiisseau pouvait-il prétendre à l’être? pouvait-il s’en rencontrer un, vers 1710? ’ *
Un poète lyrique, c’est 'une âme à nû qui passe et chante au milieu du monde, et selon les temps, et les souilles divers, et les divers tons où elle est montée, cette âme peut rendre bien, des espèces de sons. Tantôt, flottant entre un passé gigantesque et un éblouissant avenii”, égarée comme une harpe sous la'main
JBim-BAPTUTE ROVSSBXtS,
Dieu , i’âme du prophète exhalera les gé* inissemetis d’une époque qui tinit, d’une loi qui s’éteint, et saluera arec amour la .venue triomphale d’une lot meilleure et le char vivant d’Emmanuel; tantôt, à des époques moins hautes, mais belles encore et plus purement humaines, 'quand les rois sont héros, ou fils de héros f quand les demi-dieux ne sont morts que d’hier , quand la force et la vertu ne sont toujours qu’une même chose, et que le plus adroit à la lutte, le plus rapide àda course, e.st atissi le plus pieux , le plus sage et le plus vaillant, le chantre lyrique, véritable prêtre comme le statuaire, décernera au milieu diine solennelle harmonie les louanges des vainqueurs; il dira les noms des coursiers et s’ils sont de race généreuse; il parlei-a dès aïeux et des fondateurs de villes, et réclamera les couronnes , les coupes ciselées et les trépieds d’or.
U sera lyrique aussi, bien qu’avec moins de grandeur et de gloire, celui qui, vivant dans les loisirs de l’abondance et à la cour des tyrans, chantera les délices gracieuses de la vie et les pensées tristes qui viendront parfois l’eflBeurer dans les plaisirs. Et à toutes les épo-
JBAM-BAPTISTR ROUSSBAÜ.
qiias de trouble et de renouvellement, quieonqiie, témoin des oraj^es politiques, en saisira par quelque côté le sens profond , la loi sublime,, et répondra à chaque accident aveugle par un écho intelligent et sonore; ou quiconque, en ces jours clè révolution, et debra"îilement , se Teciieillera en lui-méme et s’y fera un monde à part, un uionde poétique de.seqtimetis et jcKidées-, d’ailleurs anarchique ou harmonieux., funeste ou serein , de consolation ou'^ de désespoir, ciel, chaos ou enfer; ceux-là encore seront lyriques, et prendront place entre le petit nombre dont se souvient rhumanité et dont elle adore les noms. Nous voilà bien loin 'de Jean-Baptiste; il n’a rien été de tout cela. Fils honteux de son père, sans eiifance', vain, malicieux, clandestin , obscène en propos, de vie équivoque , ballotté des cafés aux antichambres, il eût été bon peut-être à donner quelques jolies chansons au Temple, s’il avait eu plus de sensibilité, de naturel et de mollesse. On hii a fait honneur, et Chaulieu l’a félicité agréablement, d’avoii- refusé une place dans les Fermes, que lui offrait le ministre Chamillard. Mais ce refus nous sernble
Dioiüzâd by GooJîtlS-?
JEATV-BÀPTI5TK ROUSSEAU.
motins tenir à (jçs principes d’faonorRble i^dépendance qu’au goût qu’avait Rousseau pour la. vie de Paris et les tripots littéraires. Sans dire positivement qu’il fut un malhonn^ homme, sans trapcher id la. question restée indécise des derniers couplets, on "peut a£hr* mer que ce fut un coeur bas, un earacRtre louche, tracassier , né pour la domesticité des* grands seigneurs; avec. cela, nul génie, peu d’esprit, tout ,en métier. Quand il eut quitté la^Francev en 171a, et durant les trente 20iné«i- dignes de succédèrent aux
trente années dignçs Rousseau, sun-
. qessivement protégé dp -comte du ,Loc , .du prince Eugène, du d^e^d’AreInherg, dutttra*vailler sur lui-méme ppuTiraérit^ cesRiveuan dont il vivait, et^ r^tabUr sa.xéputatigp compromise. Dans l’insignifiante correspondance qu’il entretenait avec, d’Oliyet, Brossçtte, Des!fontaines et M. Boudet, on remarque ,un grand étalage de principes rdigieux, moraux, et un caractère anti - philosophique très- prononcé. En supposant cette conversion sincère^ on s’étonne que -Rousseau n’ait pas plus, tiré parti pour sa poésie de cette nature de sentimens;
»i« J^fl-Bi^lSTE RO'OSSÉAV.
c’ôlait peofc»èhl^en effet la seule corde lyrique qui fût ca|)âble de vibrer en* ces tçtiips-là.' 'Les . événemen» extérieurs dégoûtaient par leur pe^ titesse et leur pauvreté*; la guerre se faièait; • misérablement et même sans l’éclat dés désas- ■'très; les querelles religieuses étaient sottes, criardes; sans éloquence, quoique persécutrices; les mœurs, infâmes et plateinenli hi- ^ denses; c’était une Société et un trône sourdement en proie aux vers et k la pourriture. Ge tpi’il y avait dé plus c|air', c’e^ que l’ordre ancien dépérissait, que la religion était érf péril, et qu’on se précipitait dans un avenir mauvais et fatal. 'Voilà ce qué sentaient et disaient dU riîoiiis * les partisans et léâ débéis dn dernier règne,
M. d’ Aguesseau et Racine^fils par exemple. Or, sans faire d’hypotbèse* gratuite, sans demander/luxhoitimes plus que leur siècle ne coni-. ■porte,** on conçoit , ce më seinble^^ dans çette etmosphèrétde souvenirs^ét d’affeCtions, une "■ âme tendre j^' chïiste,, austère, vMftayée de la Côhtagion croissante et du débordement phjlesophique'j fidèltrau culte de la monarchie de’ Louis-xrV, assez éclairée pour dégager la re^*. ligion du jansénismèf', et cette âiiië, alarmée» -
JaAK-BAPXISTE R(ÀSSBAU.
avjAnt l'orage, de 'prc^ntimé^s douloureux,
ot géTBissaijt -avec une doiiceiir tiHste; (Quelque choseten un mot comme IjOuîs 'Racine, aussi honnête etÿlus fort en talent et w^himiéres.* Rousseau manqua à cette mission ,‘dqpl U n’étidt pas digue. JI avait feçu- comme une. lettré^ morte, les traditions tlu règne qui ‘finissait;' il •êy' attacha obstinément;^ ses antipathies litté- ^ (aires et sa jalousie (Sontr^Ies talens rivaux l’v repoussèrent chaque jour de* plus %n plus; il * tint’pour le dctnier sièj;le,: parce que petit Arouet était^du lioqvèau. Dans les poésies à la mode , il étdit biemphis choqué des mauvaises rimes, que du mauvais goût et des mauvais principes. De la sorte,>chez lui, nul sautiinent vrai du passé non pjils que du peésent; son es^ , prit, était le: plus terne deS.miroirs; rien ne s’y' peignait; il ne réQéchitxien;.sai}s ortginalit^ sans vBeMntimë^ou ihéme ifinement superfr.* pielle; .sans . yivai^é de.'spuYônûrf, aussi loin des tcHœurs ^ Èmter que dc^ vers tlatés de Pbihsbourg, tenant tout juste au siècle de bouip'ÿü V par XOde à Dfanÿtr, cf- fût le moins lyrique*de tou8 les hommes à'ia moins -lyrique de tôfiteîfc lès époques. Tl % . u '
ai3
JEAN-BAPTISTE HOUSSEAV.
Avec un auteur aussi peu naïf que Jean-Baptiste, chez qui tout vient de labeur et rien d’inspiration, il n’est pas inutile de rechercher, avant l’examen des oeuvres, quelles furent les idées, d’après 'lesquelles il se dirigea, et de constater sa critique et sa poétique. Deux mots suffiront. Le bon Brossette, ce personnage ex- ^cellent, mais banal, un des dévots empressés de feu Despréaux, espèce de courtier littéraire, qui caressait les’ illustres pour recevoir des exemplaires de leur part et faire collection de leurs lettres, s’était lounleinent avisé, en écrivant à Rousseau, de lui signaler, comme une découverte, dans \Ode à la Fortune, un passage, qui semblait imité de Lucrèce. Ijà-des-^ sus Rojisseau lui répondit,: a 11 est vrai, mon- » sieur, et vous l’avez bien remarqué, que j’ai » eu en vue fe passage de Lucrèce, quà magis » in dubiù, etc., dans la' strophe que vous me «citez de mon Ode,à la Fortune; et je vous » avoue, puisque vous approuvez la manière » dont je me suis* approprié la pensée de cet « ancien , que je m’en sais meilleur gré que si • j’en étais l’auteur, par la raison que c’est' » l’expression seule qui fait le poète, et non
JEANr BAPTISTE ROUSSEAU.
» la pensée, qui appartient au philo!K)plie et à B l’orateur , comme à lui. » L’aveu est formel j on conçoit maintenant que Saurin ait dit qu’il ne regardait Rousseau que comme le premier entre les plagiaires. Les jugemens et les lectures de Rousseau répondaient à une aussi forte poétique. Il aime et admire Régnier, mais il le range après Malherbe , et trouve qii’iV ne lui a manqué que le bonheur de naître sous le règne de Louis-le-Grand. Il appelle Gresset un génie supérieur, et ne le chicane que sur ses rimes; il ne voit rien de plus élevé ni de plus rempli de fureur et cle sublime que les vers de Duché, ce qui ne l’eiupéche pas d’écrire à propos de M. Monchesnay : o Je ne » connais que lui (.17. de Monchestuijr!) pré- » sentement, qui sache faire des vers marqués * au bon coin, n Réfugié à Bruxelles en 173/1, il prie son ami l’abbé d’Olivet de’ lui envoyer un paquet de^tragédies; en voici la liste ; elle serait plus complète' et plus piquante, si Rotrou ne s’y trouvait pas :
de Rot rou ;
CléopAtrt, de La Chapelle;.
Géta, de Péehaiilré; .■
JËAM-BAPTISTË ROUSiiËAU.
Andntuù., 7i/ù^te, de Cani|)istron;
Polixéne , Manlius, Thèse f , de L« Fosse;
Ahsalon , de Duché.
Je me suis trompé 'en disant que Rousseau ne s’inquiétait jamais de l’idée; ii a fait une ode sur les Divinités poétiques , dans laquelle est exposé en style barbare un ,systènu; d’allégorisation qui ne va à rien moins qu’à metti’e Bellone pour la guerre, Tîsiphone poui* la peur. Le plus plaisant, c’est que pour cette démonstration esthétique, comme on dirait aujourd’hui, il s’est imaginé de recourir à l’ombre d’Alcée :
Je la vois; c’est l’ombre d’Alcée Qui me la découvre- à l’instant, ,
Et qui d^i, d'un oeil content,
, Dévoile à ma vue empressée ^ ,
> ' Ces déités d’adoption, . - .
Synonymes de la'pensée,
Symboles de l’abstraction.
Alcée se met donc à chanter en ces termes :
Des sociétés temporelles Le premier lieu est la voix ,
Digitiz
ogie
JEiW-BAPtWSTE ROüS8^U4
Qu’pv d|rer»,»9n8 ?<»“ «hplf., . ,;.
Modifie et fléchit pour clUs; ,,
Signes communs et naturels, , *
Où les âmes incorporelles ' ' • Se tracent aux sens corporels.
Roiiâscsu' âvait prot>al)lciD6nt attrapé ccs lambeaux de métaphysique, sinon' dans le oommwtsed’Alcée, du moinx dans lesilivfcs ou lés conversations de son anu, IVL.dé Crouxa^ P y tenaât aii reste beaucoup pius,qn’on.,n^ erairait. Ses odes en sont cbnun»rréear et se^ allégories^ qu’il estimait autan! ét plus quu ses odes, nous offrent «comme k jnise e« oéuyre et le résultat direct du systèmp, . - f, Attaquons-nous maintenant r plus tarder, aux œuvres de Jean-Baptiste, j . nous kisserons de côté soi» théâtre,. et, puisque nous avons nommé nés allégories , nous les brapr perons tout d’abord. I>e fantastique au dixr huitième siècle, en France, avait dégénéT(é dans tous les aits. I)e brillant, de gracieu*»de grotesque.ou de terrible qu’il était au moyep- Ige et à la renaissance, il était devenu froid, lourd et superficiel ; on le tourmentait comiué une énigme , paixe qu’on ne l’entendait plus â
ai 6' JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU.
demi-mot. Le fantastiqne en effet n’est autre chose qu’une folle réminiscence , une cliarmante étourderie, un caprice étincelant, quelquefois un effroyable éclair sur un front serein ; c’est un jeu à la surface dont l’invisible ressort gît au plus profond de l’âme de la Muse. Que les faciles et soudains mouvemens de cette âme se ralentissent et se perdent; que ce jeu de physionomie devienne calculé et de pure convenance; qu’on sourie, qu’on éclate, qu’on grimace, qu’on fasse la folle à tout propos , et voilà la Mtise devenue une femme à la mode, sotte,, minaudière, insupportable ; c’est à peu près ce qui arriva de l’art au dix-huitième siècle, lie fantastique surtout, cette portion la plus délicate et ht plus insaisissable, y fut méconnue et défigiu-ée. On eut les amours de Boucher; on eut des oves et des vohues au - lieu d’acanthes et d’arabesques de toutes formes; on eut les Bijoux indiscrets, les métamorphoses de la Pucelle, VÉcumoir, le Sopha,et ces contes de Voisenon où des hommes et des femmes sont changés en anneaux ou en baignoires. Caiotte seul, par son esprit, rappela un peu la grâce frivole d'Hamilton; mais