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L’ABBÉ PRÉVOST

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à la manière d’ Abraham Adams, avec scs deux bosses, ses jambes crochues et sa verrue au front, tuteur cordial et embarrassé de ses> frères et de sa jolie sœur, me fait l’effet d’une poule qui, par mégarde, a^couvé de petits canards; il est sans cesse occupé d’aller de Dublin à Paris pour ramener l’un ou l’autre qui s’écarte et se lance sur le grand étang du monde. Ce genre de vie, auquel il est si peu propre, l’engage au milieu des situations les plus amusantes pour nous, sinon pour lui, comme dans cette scène de boudoir où la coquette essaie de le séduire, ou bien lorsque, remplissant un rôle de femme dans un rendezvous de nuit, il reçoit, à son corps défendant, les baisers passionnés de l’amant qui n’y voit goutte. L’abbé Desfontaines, dans ses Observations sur les Éfirits modernes^ parmi de justes critiques du plan et des invraisemblances' de cet ouvrage , s’est montré de trop séyère humeur contre l’excellent doyen, en le trai- •tant de personnage plat et d’homme aussi insupportable ail lecteur qii’à sa famUle. Pour ■ sa famille, -je ne répondrais pas qu’il l’amusât constamment; mais nous qui ne sommes pas

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amoureux, le moyen de lui en vouloir quand • . il nous dit.-ïJe lui prouvai par im raisonne- » ment sans réplique que ce qu’il nommait •ï) amour invincible, constance inviolable, fi- » délité nécessaire , étaient autant de chimères n que la religion et l’ordre même de la nature » ne connaissaient pas dans un sens si badin ?» ,

Malgré les démonstrations du doyen , les passions de tous ces jolis couples allaient toujours et se compliquaient follement; l’aimable Rose, dans sa logique de cœur, ne soutenait pas rhoins à son frère Patrice qu’en dépit du sort qui le séparait de son amante, ils étaient, lui et elle, dignes d’envie, et que des peines causées • •

par la Jidèlité et la tendresse méritaient le nom du plus charmant bonheur. Au reste , le Doyen de Killerine est peut-être de tous les romans de Prévost celui où se décèle le mieux sa manière de faire un livre. Il ne compose pas avec une idée ni suivant un but; il se laisse porter ’ à des événemens qui s’entremêlent selon l’oc- ^ currence, et aux divers sentimens qui, là-« dessus, serpentent comme les rivières aux ,, contours des vallées. Chez lui, le plan des sur- ’ ■ faces décide tout; un flot pousse l’autre; le ^

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phénomène domine; rien n’est conçu par masse, rien^’est assis ni organisé.

Le Pour et Contre, « ouvrage périodique » d’un goût nouveau, dans lequel on s’explique » librement sur ce qui peut intéresser la eu- ’ » riosité du ‘public en matière de sciences, n d’arts, de livres, etc., etc. , sans prendre au- » cun parti et sans offenser personne, » demeura consciencieusement fidèle à son titre.

Il ressemble pour la forme aux journaux anglais d’Addison, de Steele, "de Johnson, avec . moins de fini et de soigné, mais bien du sen^, de l’instruction solide et de la candeur. Quelques numéros du plagiaire Desfontaines et de I..efebvre-de-Saint-Marc, continuateur de Prévost, ne doivent pas être rais sur son compte.

La littérature anglaise y est jugée fort au long dans la personne des plus célèbres écrivains ; on y lit des notices détaillées sur Roscommon , Rochester,Dennys, Wycberley, Savage; des analyses intelligentes et copieuses de Shakspeare ; une traduction du Marc-Antoine de Dryden , • et d’une comédie de Steele. Prévost avait étudié sur les lieux, et admirait sans réserve l’Angleterre, ses mœurs, sa politique, ses femmes

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