V MADAME DE SÉVIGNÉ
> » bois, si j’avais une feuille qui chantât: Ahl »4iâ jolie chose qu’une feuille qui chante ! »
Et comme elle nous peint encore le triomphe du mois de mai, quand le rossignol^ le coucou, <*• ■ la fauvette, ouvrent le printemps dans nos forêts \ comme ellç nous fait sentir et presque toucher ce; beaux jours de cristal de b automne, qui ne sont plus chaudsyqui ne sont pas froids\ Quand son 61s, pour fournir à de folles dépep- ' ^es, fait jeter bas les antiques bois de Duron, elles’éraeut, elles’afllige avec toutes cesdryades ’ fugitives et ce» sylvains dépossédés; Ronsard .. n’a pas mjeux déploré la chute de la forêt de ACastine, ni M. de Chàteauhriand celle des bois paternels. ’
' Parce qu’on la voit souvent d’une humeur ^ enjouée et folâtre, on aurait tort de juger madame de ^vigné frivole ou peu sensible. ' Elle était sérieuse, même triste, surtout pcndant les séjours qu elle faisait à la campagne, et la rêverie tint une grande place dans sa vie. Seulement il est besoin de s'entendre; elle, ne rêvait pas sous ses longues avenues épaisses . ^t sombres, dansle goût dè Delphine ou comme . l’amante d’Oswald; cette rêverie-là n’était pas
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inventée ertcoiv; il a fallu 93, potircjue'inadaine
(ïe Staël écri vît son ad inirable livfe
des Pas'sions suf le Jusque-là, tè*
^ ver, é était 'une chose plus facile, plus simple, plus individuelle,' et c dont pourtant on'^ 'se rendait* moins compte: c’était jïenser à sa fille absente en Provence, à son fds qui était en Candie ou à rarnu'‘e du roij à ses ainis^' éloignés ou morts; (fêtait dire: «Pour ma vie^ w vous la connhissez: on la passe avec cinq' ou » six amies dont la'^iété plaît, et à mille » devoire à quoi l’on est obligé,* et ce n’est pas*
» une petite affaire. Mais, ce qui tnef^clie «c’est tju’cn ne faisant rien, les jours se'p,a<i • « s«'i)t, éV notre pauvre vh* est composée de ,» c<^ jours, et l’on vieillit, et l’on meurt, .le » trouvejcela bien mauvais ». l.a reli'gionprédse et^ régulière , qui gouvernait la vie, coiitribuarf beaucoup alors à fempéi'cr ce libei-tinagê île sensibilité et d’imagination qui, depuis, n’a plus connu de frein. Madame de, Sévigné .se «léfiait avec soin de ces pensées sur l('squelles il faut ÿ glisser; elle veut expressément que- la morale soit^rétiehne, et raille plus d’une fois .sa fille d’é^re èntichéd'dé Cartési.inisme; Quant à elle ; ‘
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au milieu des accidens de ce monde, elle incline la tête , et se réfugie dans une sorte de fatalisme providentiel , 'que ses liaisons avec Port-Royal et ses lectures de Nicole et de Sjiint- Atigtistin lui avaient inspiré. Ce caractère ré- ’ ligieiix et résigné augmenta chez elle avec , l’âge , sans altérer en rien la sérénité de son humeur; il communique souvent à son langage quelque chose de plus fortement sensé et d’unë tendresse plus grave. 11 y a surtout une lettre à M. de Coulanges sur la mort du ^ministre LouvoiSj OÙ elle'VélèVè jusqU’â lasukliihité'dé Bossuët, comme, én d’autres teoops et en d’autres endroits, elle avait atteint au comique de Mblieire. ^ ‘
' M. de Saint-Surin, dàns ses cxcellenstravaiix sur madame de Sévigné, n’a perdu, aucune occasion de l’opposer à madanie de Staël et 'de lui donner l’avantage sur cette femme' célèbre. Nous croyons aussi qu’il y a intérêt et profit dans ce rapprochenkeiit, mais ce ne doit ' être au détriment de l’une «ni de l’autre. Madame de Staël réprésente tonte > une société nouvelle, madame de Sévigné -une société évanouie; de là des difTéèences prodigieuses, qu’on
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serait tenté <l’aboril d'expliquer uniquement par la tournure différente des esprits, et des natures. Cependant, A* èans prétendre nier cette profonde dissemblance orij^ûielle %ntre deux âmes, dont l’une n’a connu que.ramour matei nel, et dont l’autre <a ressenti toutesles passions, jusqu’aux plus pénéreu^ çt ai» plus viriles , on trouveeu elles, en y.regardant de prés , bien des faiblesses, bien des qualités communes, dont le développement divers n’a tenu qu’à la diversité des temps. Quel naturel
pleindelégèi-etégrâcieuse,quellespages éblouissantes de , pur esprit dans madame de Staël, quand le sentiment ne vient pas à la traverse, et qu’elle laisse sommeiller sa. philosophie et sapolitiquel Et madame de Sévigné, est-œdonc qu’il de lui arrive jamais de phdosopher et de disserter? A quoi lui serviiait-il autrement de faire son ordinaire des Essais de morale, du liocrute chrétien et de Saint Augustin? car cett<‘ iênime, qu’on a traitée de frivole, lisait tout et lisait bien; cela donne, disait-elle, les pâles couleurs à l’esprit, de ne pas se plaire aux solides •lectiu-es. Eile lisait Kabelais et l’histoire des Ppriations, Montaigne et Pascal , la Cléopâtre et
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Qiiintilieii j,Saint-Jean Chrysostôme etXacileVef Virgile, non pas travesti, mais dans toute la majesté du latin etcüalien. Quand U pleuvait, elle Usait des in-foho en-douze jours. VemXuvix les carêmes, elle se faisait une joie d’aller en Hourdalone.Sa. conduite envers Fouquet dans ladisgrâêe^flonneà penser de quel dévgû mentelle eût été capable en des jours de révolution. Si elle se montre un ,pea vaine et ^rieuse, quand le roi danse un moment avec elle,tüu quand il lui adresse un compliment à Saint*C^yr après Es'ther, quelle autre de son sexe eût été plus philosophe en sa plaee? Madame de Staël elle-même he^S’esb-elle pas mise en frais, diton, poiir.arracher un mot et un coup d’œil au conquénuit de l’Egypte ët de l’Italie? Certt^s, une femme qui , mêlée d^ jeiinciilie aux Ménage, au» Godeaii, anx Benserade, se garantit,'par la seule force «le son bon sens, de leurs pointes Tt deletirs fadeui's; qui esquive, comme en se jouant, la prétention plus raffinée et plus séduisante des.Saint-Evremond et' des- ^Bussy; une femme qui, amief admiratrice de mademoiselle de Scudery et de madame de Maintenon, ste’ tient à égale.distaucë des senti-
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menft' romanesques de Tune et de la réserve un Jteu mesquine de l’autre; qui; liée avec Port*‘ Royal et ifourrie des ouvrages de ces /t/wj/earj; ii’en prise pas pioins Montaigne, n’en cité pas moins Rabelais, et ne veut d’autr&inscription à ce qu’elle appelle son couvent que sainte liberté, ou Jais ce que voudras, comme à l’Abbaye de Thélème ; une telle femme a beau fo-‘^ lâtrer, ‘s’ébattre, glisser sur des pensées ,-^et ' prendre volontiers les choses par*!e côté familier et divertissant, elle fait preuve d’une' énergie profonde et d’une^Originalité d’esprit bien rare. ' ' ' r
U est une seule circonstance où l’oii ne peüt s’empêcher* de regretter qùe madame de Sér vigné se soit abandonnée à sers habitudes mo- (pieuses et légères; où* l’on se refuse absolument à entrer dans son badinage, et où, après en avoir recherché ’ toutes les raisons atténuantes , on a peine encore à le lui pardonner; c'est lorsqu’elle raconte si gaiment à sa fille la révolte'des paysans Bas-Bretons et les horribles sévérités qui la répirimèi’ent. Tant qu’elle se borne à rire des Etats; des gentilshommes ciHnpagnards et 'de leurs galas étourdiss.ans.
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rt de leur entliousiasme 'à' tout voter ^etUt^ midi et une heure, et de toutes les àuft'es folies A\\ prochain de Bretagne après dîner, Cela estliien, cela est d’une’solide e^ légitime plaisanterie , cela râppelle en certains endroits la touche de Molière. Mais, du moment qu’il y ;#«eu de petites*" tranchées en Bretagne et à ' ■ ^ Rennes -une colique pierreuse, c’est-à-ilire que ^ le gouverneuryM. de Chaulnés, voufant dissiper le peuj)îe par sa présence , a été repouSsé chez lui à coups de pièrres; du moment que M. de Forbin arrive avec' six mille hôhimes de troupes contre les mutins;’ et que ces pauvres diables , du plus loiir qu’ils aperçoivent lés trotipes royales, scdébandentparleschamps, se jettent à gehudx, en criant méâ chipa (ciir c’est lé seul mot de français qu’ils sachent) ; quand , pour châtier’ Rennes,- Un transfère- son parlement à Vannes, qu’on prend à fuvenUire Vingtcinq ôu trente hommes pour les pendiv , ([u’oti chasse et qu’on bannit touffe une 'grande rue, femmes accouchées^ vieillards, enfaris, avecdéfense de les recueillir, sous peine dé mort ; quand on roué, qu’on écarlellc/ et qu’a force d’avoir écartelé et roué l*on sè’relâclie', et qu’6n
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pend: au milieu de ces horreurs exercées contre des innocens ou de pauvres égarés, on souffre de voir madame de Sévigné se jouer presque comme à l’ordinaire ; on lui voudrait une indi- ,gnation brûlante, amère, généreuse; surtout on voudrait 'effacer de ses lettres des lignes comme celles-ci î « Les mutins de Rennes se » sônt sauvés il y a long-temps; ainsi les bons » pâtiront pour les mécbans; mais je trouve » tout fort bon, pourvu que les quatre mille » hommes de guerfe qui sont à Rennes, sous ■ messieurs de Forbin-etde Vins, ne ^m’empê-
• chent point de me promener .dans mes bois,
». qui sont d’une hautéur et d’une beauté merj» veilleuse »; et ailleurs : « On a pris soixante » l)oupgeois{ on commence demain à pendre.
• Cette province est un bel exemple pour les » autres, et surtout de respecter les gouverneurs » eties gouvernantes, de ne letir point dire d’in -
• jurés et de ne {itbint jeter de pierres' dans leur «jardin »; eb enfin :« Vous me parlez bien » plaisammènt-denos misères; tiousne sommes «plus si roués; un en hui^ jours seulement
• pour entretenir lal justice la* penderie me , s " parait maintenant un rafraîchissement ». I>e ^
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duc^^ti X^iütiilnes, qui .a provoqué toutes ‘Ce?> vciigcuucos , parce qu’oii à jeté des pierres dans soli jardin et qu'ou lui a dit mille injures dont la plus douce et la plus familière était g'/'os ct^huH , ne baisse pas pour cela d’un cran dans 1 amitié de madame de Sévigné;' il reste tou- 'jours pour ‘elle et pour madame dé Grignan noire bon duc à tour de bras ; bien plus, lorsr’* qu’il est nommé a mbassadeur à Rome et qu’il part du pays, il laisse toute la Bret-igne eu .. frislesse. Certes, y aurait là matière à bien des réflexions sur' les mœur'^s et la civilisation du grand siècle; nos lecteurs y suppléeront sans pfeine. Nous regretterons seulement qu’en cette ocçasion le cœur de madame dè Sévigné ne se soit pas davantage élevé au-dessus des préjugés de son temps. Elle en était digne; car sa bonté i^alait sa beauté et sa grâce. Il lui arrive quelquefois de recommander des galériens à M. de Vivonne ou à M. de Grignan. Le plus intéressant de ses protégés est assurément un^ gentilhomme de Provence, dont le j nom n’a pas été conservé : « Ce pauvre garçon, dit- » elle, était attaché à M.^ Fouqiiet : il a été « convaincu d’.avoir servi à ‘‘foire tenir à ma- -
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w «lam^ Fonq net une lettre de son .raari f'^sur D cela il a été condamné aux galères pour cin^ « ans; c’est nne .chose un pieu extrordinaire. ’» Vous savez quec’esb:|fci'’des plus honnêtes" » garçons qu’on puisse voir, et propre aux galères comme à prendre la luneavec les dente-i» Le style do madame de.Sévigné a- été si sbii- . ven t et si spiritueU^ren t j ugé , analysé , ad miré, /qu’il serait difficil^ujourd’Kui de trouver un éloge à la fois nouveau et convenableà lui appliquer; et d’jmtre part, nous ne nous'sentons disposés nullement à rajeunirdelieu communaldes chicanes et des critiques. Une seule ofaser-' vation générale<nous suffira : c’est qu’ôn peut rattacher les grands èt beaux styles du siècle ‘ de Louis XIV à deux procédés • différons v à deur manières -opposées. Malherbe et Balzac fondèrent dans notre littérature le style savait, châtié, poli, travaillé,. dads l’enfantement dii- ‘quel on arrive de la pensée à l’expression, leiitement , par degrés , à force de tàtonnemens et de ratures. C’est ce style que Boileau a.couseillé en toute occasion ; il vçut qu’on remette vingt fois son ouvrage sur le métier, qu’on lè {lolisse et '.le repolisse sàils ces.se; il se <vante.