‹ Critiques d'art et de litteratureChapitre 17 sur 24 · SA VIE, SES LETTRES, PAR M. DE I. A COMBK · texte numérisé non relu

SA VIE, SES LETTRES, PAR M. DE I. A COMBK

Depuis quelques années, le goût des monographies est entré dans les liabitudes des écrivains et du public. L'histoire véritable s'en est trop bien trouvée pour (jue Ton ne s'ai)plaudisse pas du succès de cette forme. Faites la plupart du temps par des esprits consciencieux, (jui, tout en s'éprenant d'un personnage, peuvent dépenser assez de loisir à l'étude d'une physionomie unicjue pour (pie Timpartialité résulte de la critique même des documents, elles ont ce mérite d'apporter une masse de faits assez solides pour permettre d'y baser une appréciation équitable. Grâce à ce système, bien des jugements faux, bien des erreurs singulières ont déjà été relevées; et Ton |)rut

constater dans le domaine de l'histoire l'influence plus profonde de jour en jour de cette parole de M. de Châteaubriand : « En histoire comme ne physique, ne décidons que d'après les faits. )>

C'est ce mode dont s'est servi M. de La Combe dans le volume qu'il vient de publier sur Charlet. Il faut lui en savoir d'autant plus de gré, que les quelques pages de lui servant de points de suture à la correspondance^ prouvent qu'il eût pu y substituer ses appréciations sans que le public y eût rien perdu. Comme presque tous ceux à qui le hasard met la plume à la main, son style est simple et naturel; et j'avoue que pour ma part ce sont là des qualités auxquelles je me laisse facilement prendre. Mais la modestie de l'auteur ne lui a pas permis de partager la place qu'il réservait à son ami. Il s'est contenté de le présenter au public dans une suite de lettres non interrompue de 1819 à 1845, et s'est retiré ensuite. Lié pendant de longues années avec Charlet, attaché à cet artiste par le goût des arts, par le souvenir d'une carrière militaire dignement remplie, M. de La Combe a voulu montrer que chez son ami l'homme était à la hauteur de l'artiste, le caractère égal au talent. Il aura réussi au delà de ses espérances.

Mais, par un heureux hasard, ce pieux monument révèle un côté de Charlet d'autant plus intéressant qu'il était à peu près inconnu jusqu'à ce jour. Je veux dire l'écrivain. Oui, Charlet était un écrivain, un écrivain d'un talent original. Incorrect., débraillé, plein de taches que le goût réprouve, son style n'est certes

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pas académique, et je ne le recommande pas aux faiseurs de cours de littérature ; mais il est doué d'une personnalité qui n'a rien de bizarre, et n'en est que plus vive; il est clair, coloré, non surchargé, animé, rapide. La phrase procède souvent par bonds, jamais la pensée. C'est un cerveau droit qui a réfléchi avant d'écrire, qui sait à l'avance vers quel but il marche, et qui y marche fermement, mais sans dédaigner les ornements naturels du chemin. Oui, j'ai pris un vif plaisir à lire ces lettres. Ç a été une heureuse surprise dans un genre où les surprises sont si souvent malheureuses, et à un moment où la pauvre langue française reçoit de si tristes accrocs. C'est si bon et si rare d'entendre j)arler français ! Mais pour en revenir au livre de M. de La Combe, c'est Charlet homme, artiste et écrivain qu'il nous fait connaître.

Charlet, comme artiste, grandira-t-il dans la postérité, ainsi que le dit son biographe? Je ne le pense pas; mais il se pourrait (|u'ici l'amitié se fût trompée de terme. Fin observateur, dessinateur habile et prompt, peintre par rencontre, mais non d'une manière suivie (^l)ien ([ue Retraite de Bussie soit empreinte des plus sérieuses qualités), Charlet est avant tout un artiste sincère, et c'est, je crois, ce mérite qui le distinguera aHxyeux de ce juge sévère invocjué par M. (le La Combe. 11 ne grandiia pas, du moins je le crois, mais il se séparera de la foule, il aura une place bien à lui, et qui, pour ne pas être au premier rang, n'en sera que plus tranchée dans la foule qui l'entoure. Charlet a créé un type ; il a fait revivre à

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