Publiés chez (ji>iaut, 18B
TOÏ'SSMNT CIIARLKT. ^1^
flexion dans ces simples observations d un modeste dessinateur !
En joignant à cette remarquable préface les quelques pages que M. de La Combe nous a conservées (p. 101 et -119>, et un chapitre extrêmement concis, qui est à lui seul un cours complet d'aquarelle (p. 89 et suivantes), on se fera une idée exacte de la façon dont Gharlet considérait son art, du rôle (ju'il le croyait appelé à jouer, des principes qui le réglementaient, et enfin de quelle manière et dans quelles limites il le trouvait susceptible de figurer dans une éducation bien entendue.
En 1840, il donna sa démission du grade de cliel de bataillon de la garde nationale, qu'il occupait depuis 1834. Cette démission, des plus honorables poui* le caractère de Tarlisle, était justifiée par des motifs politiques qui ne doivent pas nous occuper ici, mais que Ton trouvera déduits tout au long dans les lettres publiées par M. de La ('ombe. Ces lettres, ofi les événements, où la marche du gouvernement d'alors sont jugés avec trop peu de modération sans doute et avec un sens politique médiocre, sont toutefois em preintes d'une telle sincérité et d'un si vif senliment de la dignité nationale, elles laissent passer des éclairs de prévision si prophétique, elles sont écrites d'un style si rapide, si franc du collier, si accentué, (jue Ton regrette la réserve de M. de La Combe à les distribuer dans ce volume. Nous savons que Charlet en a écrit un grand nombre dans ce genre, et nous sommes convaincu qu'une publication exclusive de
ces appréciations politiques le montrerait sous un jour aussi nouveau que favorable à sa réputation.
Deux années après (1842), Gharlet publia VHistoire de Valentin en cinquante pièces, espèce de petit roman militaire en lithographie, où il se donne libre carrière dans ses sympathies pour les enfants et les soldats, et qui est resté comme sa dernière et sa plus attachante communication avec le public. Cest là où il a le mieux développé son idéal du soldat : brave au feu, gai au bivouac, doux au foyer, modeste dans ses goûts, héroïque dans sa résignation, véritable et grand Jacques Bonhomme des camps. M. de La Combe a retrouvé dans les papiers de Gharlet la préface de ce recueil. C'est dans son genre un morceau achevé, et qu'on lira avec d'autant plus de plaisir qu'il est terminé par la touchante anecdote où l'artiste a puisé le sujet de son histoire.
Les dernières années de sa vie furent occupées à soigner une santé négligée jusque-là, et devenue de our en jour plus mauvaise. Dans les intervalles que la maladie lui laissait de libres, Gharlet se rejetait au travail avec ardeur. Les cinq cents dessins dont il illustrale Mémorial de Sainte-Hélène, publiépar Bourdin, les nombreux essais au vernis mou catalogués soigneusement par M. de La Combe, quelques essais de lissier ographie^ un vaste projet de recueil de tous les costumes militaires depuis 1792, une grande quantité d'aqup.relles, et enfin son tableau du Ravin (1843), occupèrent pendant cinq ans les trêves que lui laissaient ses souffrances . Enfin les forces manquèrent
à son courage, et le 30 octobre 1845, voulant terminer un dessin comnaencé, et se faisant soutenir par son fils, il se sentit frappé : « Adieu, mes amis, dit-il, je meui's, je ne puis plus travailler. » N'était-ce pas mourir sur la brèche, les ai'mes à la main, et fidèle à la devise qu'il s'était composée : Travail et résignation ?
Cliarlet laissait derrière lui ^a Icnnue, deux îils, dont un, je crois, est maintenant lieutenant dans un régiment de ligne, et quelques amis (|ui ont conservé pour sa mémoire un ciiltr dont l'd'uvre de >I. de I.a Combe est la plus sincère et la plus touchante expression. Ses meilleurs élèves sont MM. lUillet et Hippolyte Bellangé, à qui nous devons, entre autres, un excellent tjibleau de la balaillc de TAlma.
M. de La Combe, possesseur (Tune grande quantité de dessins et d'aquarelles de son ami, a réuni un œuvre complet de ses lithographies et en a dressé un catalogue détaillé (jui foinn' la seconde partie du volume. Après avoir fait connaître et aimer l'homme en le peignant dans la vie privée, il a voulu rendre le même service à Tartiste en recueillant tous les documents de sa vie active. Cet œuvre ne se compose pas de moins de mille quatre-vingt-neuf pièces, divisées en dix sections. Nous ne nous appesantirons pas sur le mérite de ce travail tout spécinl. Avec le goût des collections qr.i a saisi les amateurs, c'est le radeinecum indispensable de qui voudra apprécier en con naissance de cause la variété et la fécondité du talent de Charlet. Nous pensons toutefois que M. de la
Combe s'est montré trop réservé, et qu'un supplément comprenant toutes les pièces gravées d'après Charlet n'eût apporté aucune ombre à sa gloire. Dans ce supplément pourraient figurer les gravures au burin et le beau portrait sur bois de Béranger, publié dans la première édition de Perrotin, Nous nous permettrons enfin de regretter qu'aux trois tables alphabétiques, méthodiques et parémiologiques du catalogue, l'éditeur n'en ait pas joint une dernière par ordre chronologique. Celle-ci serait, je crois, la plus importante pour l'étude comparée des débuts, des modifications et des progrès du talent de Charlet. Par son intérêt^ le livre de M. de La Combe est destiné à avoir plusieurs éditions, et je crois que ces deux adjonctions donneraient encore plus de valeur à une nouvelle édition, revue et considérablement augmentée. C'est un souhait rare à adresser par le temps qui court, et qui n'est que justice pour l'ouvrage de M. de La Combe.
Féviier J857.
EUGÈNE DELAOnoiX
Dans la srancc du S janvier dernier, M. Ruj^ène Delacroix a été nommé membre de 1 Académie des beaux-arts. Cette nomination, accueillie avec une vive satisfaction par Topinion pul)Ii(|ue, est devenue un événement dans le nîonde des aits.
Depuis trente-(|uatre ans (|ue le nom de M. Delacroix a été prononcé pour la première fois, chacune de ses nouvelles apparitions a soulevé des tempêtes de discussions. Sa renommée, commencée au milieu iVuno espèce de scandale, s'est continuée entre la frénésie de ses admirateurs et les railleries de ses critiques, sans que l'artiste ait pu se reposer dans Tespoir d'une conciliation. Apologie exagérée et dédain plein de sarcasmes, t ds ont été les sentiments de la foule quand il Ta interrogée sur la valeur de son talent.
Dans une contradiction aussi tranchée, il y a évidemment un fait dont il faut tenir compte. Un homme ainsi discuté ne peut être médiocre. Si le nom de M. Delacroix n'avait occupé la foule que pendant peu d'années, on pourrait croire à une surprise de l'opinion publique ou à une de ces précocités aussi rapidement oubliées qu'inopinément apparues. Mais il n'en est rien. Depuis 1822, M. Delacroix n'a jamais abandonné une lutte qui a été sa vie même. A la longue, il a bien fallu lui reconnaître une originalité naturelle ; car on ne se déguise pas pendant un pareil laps de temps. Aussi, si Ton peut, dans la carrière de l'artiste, regretter de pénibles inégalités ; si chaque œuvre isolée ne progresse pas régulièrement sur la précédente, leur ensemble du moins donne à cette existence cette unité soutenue à travers laquelle les grandes organisations s'avancent vers leur idéal. La foule est sujette à des surprises, mais ses erreurs ne sont pas de longue durée. Elle les fait payer cher à ceux qui en sont Tobjet. L'opinion , un instant agitée, reprend son niveau, la vérité se dégage, et avant le jugement de l'avenir, il se fait déjà un premier travail à travers lequel on entrevoit l'arrêt définitif. C'est ce qui est arrivé pour M. Delacroix. Pendant trente ans il a été simultanément bafoué et préconisé outre mesure; et il n'a fallu rien moins que l'Exposition universelle pour donner raison au petit nombre de ses défenseurs, reconnaissant chez lui un des plus beaux talents de notre époque et un des plus légitimes héritiers de la tradition française.
J'ai prononcé plus haut le mot de conciliation. En y rélléchissant, je doute qu'il soit applicable au talent et au caractère même de M. Delacroix. Tempérament nerveux, imagination aussi active que féconde, esprit très -exercé et très -alerte, un travail égal et tranquille eût été funeste à son développement. Il lui faut la lutte, et il est incapable de s'astreindre aux ménagements imposés par une conciliation. Sous ce rapport, sans être insensible aux sympathies, il a vu avec plus de plaisir que de peine, j'en suisconvaicu, les critiques soulevées i)ar sa marche. En suivant ces hostilités (fun œil railleur, en remerciant ses ennemis (Tattiser la llamme, il s'y est fortifié et aclievé, pareil au bronze qui doit passer par la fournaise pour devenir statue.
M Delacroix est né à (^harenton le :2G avril 1799. Il reçut en naissant les prénoms de Ferdiï)and-Vicîor- Kugène. Ne faisant [)as une étude l)iographi(|ue, nous franchirons, srms nous y arrétei', ses premières années. Après avoir, comme tout le monde, passé quelque temps au collège Louis-le-Grand, où, par parenthèse, il fit (rexcellentes éludes, et dont la forte instruction littéraire a laissé chez lui des traces que nous retrouverons plus tard, sa vocation était décidée. Il entra vers 1815 à Tatelier de Guérin, Tautcur de Phèdre et Ilippolyte, de Mdviiis Se.rtus ci de VO/J'i ande à Esculape * . Il avait alors un peu moins de dix-sept ans.
1. La Didon et la Cltjteninef^tve lUî furent exposés qu'au saluii 'le 1817, bien que le premier de ces deux tableaux soit daté de 1813.