ROME ET LES ENFANTS JUIFS
Août 1864.
Les journaux de la libre pensée, qui sont toujours un peu ceux de la Synagogue, croient avoir trouvé une redoutable machine de guerre contre Rome. Ils prétendent qu'un enfant juif a été frauduleusement enlevé à ses parents, sur Tordre ou avec l'assentiment de l'autorité pontificale, et enfermé dans la. prison dite du catéchuménat où il sera fait chrétien malgré lui. Ils partent de là pour se répandre en injures brutales et ineptes contre la Papauté.
Prise en elle-même, cette question est uniquement religieuse ; mais la plupart des journaux veulent lui donner un autre caractère. De là tout ce tapage. Essayons de replacer le débat sur son véritable terrain, le terrain des faits, de l'histoire et des principes.
Voici d'abord le récit sommaire et très-exact de l'incident si étrangement dénaturé :
Joseph Coën, enfant juif âgé de onze ans, avait été mis en apprentissage chez un cordonnier catholique. La conduite de son maître et les relations qu'il put avoir avec d'autres personnes lui donnèrent la pensée
de se faire chrétien. Il demanda instamment à entrer au catéchuménat, qui n'esl pas une prison, mais un lieu d'asile et une école religieuse, comme L'indique son nom. Après quelques jours d'attente et sur des
instances nouvelles, son maître se rendit à ses prières et le conduisit, en compagnie de trois autres personnes, dont un prêtre, chez le recteur des catéchumènes.
Celui-ci était absent, et l'enfant attendit seul son retour. Lorsque le recteur rentra, Joseph Coën donna la raison de sa présence, soutint avec beaucoup de calme et de persévérance un examen rigoureux, déclara de nouveau bien positivement qu'il voulait être chrétien et fut admis. Le recteur eût manqué aux devoirs ci.' sa charge s'il l'avait repoussé.
On ne s'en tint pas là. Un des cardinaux préposés à la direction de l'établissement fit venir le jeune Coën à Frascati, pour sonder encore une fois sa volonté, constater la valeur de sa détermination et en prendre acte. Ce nouvel examen eut lieu devant le gouverneur de Frascati, un notaire et deux membres du barreau. Les personnes que l'on pouvait soupçonner d'avoir influencé Joseph Coën n'étaient point là, et par conséquent, sa volonté était, de toute évidence, complètement libre. Il répéta qu'il n'était mû ni par suggestions, ni par intimidation, ni par promesses ; qu'il voulait être chrétien pour obéir à un sentiment profond de son âme. Les témoins que le cardinal avait convoqués déclarèrent qu'aucun doute n'était possible sur la résolution ferme, libre et réfléchie de cet enfant ; son admission fut maintenue.
Ce n'es! pas encore tout. Le père de Joseph Coën et le secrétaire de la communauté juive furent invités, selon les règles, à être témoins d'un troisième examen. Le père refusa de venir et le secrétaire ne vint que pour notifier ce refus.
L'enfant est resté au catéchuménal. Devra-t-il y rester toujours? Cela dépendra de lui. D'autres examens auront lieu encore, et, si les choses n'ont pas été faites régulièrement, si sa volonté faiblit, il sera rendu à ses parents. Sinon toutes les clameurs du monde seront inutiles. Le Pape ne refusera pas de sauver une âme pour faire plaisir aux journaux.
Voilà les faits.
Comme on le pense bien, il y a une autre version. Les journaux antireligieux du Piémont et à leur suite toutes 1rs feuilles juives, protestantes, libres penseuses et solidaires de l'Europe ont prétendu et prétendent encore que Joseph Coën a été conduit par surprise au catéchuménat, qu'il y est retenu malgré ses pleurs et ses protestations. Écoutez le Temps : « La « liste des rapts d'enfants juifs commis à Rome vient « de s'enrichir d'un nouveau nom.... Joseph Coën est « enfermé au catéchuménat, cette horrible maison, « moitié couvent, moitié prison, où l'on parfait les « conversions ébauchées, où on les commence lorsv qu'il y a tout à faire, sépulcre vivant où celui que « vous pressiez naguère dans vos bras est à jamais « mortpourvous.... » Le Siècle tient le même langage déclamatoire, lourd et faux ; il ne veut pas douter que la violence ait seule fait entrer et que seule elle retienne
Joseph Coën dans ce sépulcre; il exige que l'Europe fasse justice d'un pareil crime.
Tout cela rsi mensonger, toul cela est absurde.
Le récil que dous avons résumé a été donné par les journaux de Rome ; c'esl le récil officiel el c'esl le récit vrai. II dit tout, il précise tout, et porte un cachet de véracité que l'on ne pourrait méconnaître, même si la source « Ion t il émane ne garantissait point sa parfaite exactitude. La plupart de ceux qui exploitent les versions des correspondants anonymes à la solde des ennemis de l'Eglise sont, au fond, de notre a\ is. Ils sentent très-bien que la vérité est là, et qu'elle y est loul entière. Mais Voltaire, leur maître, a dit un mol et donné un ordre qu'ils n'ont pas oublié. Le mot c'est : Mentons! l'ordre c'est de toujours calomnier l'Église.
Nous disons que ces accusations de violences et de rapt son absurdes. Une simple observation suffil à le prouver. On compte à Rome quelques miliers d'enfants juifs. N'y sont-ils pas libres, et leurs parents, qui pourraient si facilement s'en aller ailleurs, songent-ils le moins du monde à quitter cette terre hospitalière? Pourquoi aurait-on enlevé Joseph Coën? Le journal le Temps parle d'une liste de rapts; mais il ne la donne pas et ne la donnera pas, parce qu'il n'y en a pas. Si l'on faisait entrer 'les juifs de forée au catéchuménat, n'aurait-on depuis de longues années que deux faits à citer, tous deux faux? Enfin, il conviendrait de reconnaître au Saint-Siège quelque sagesse humaine. Or l'affaire Mortara est encore dans tous les souvenirs et
il ne pouvait ignorer que l'affaire Coën serait terriblement exploitée contre lui, qu'elle devrait lui susciter des embarras de toutes sortes et ferait répandre un flot d'injures, de blasphèmes contre les choses saintes. Il savait tout cela et cependant il a passé outre. Oseraton dire qu'il n'a pu résister au plaisir de prendre un enfant juif, parmi quelques milliers d'autres, pour l'enfermer dans le sépulcre ducatéchuménat? Ce serait par trop absurde. Il faut chercher une autre raison, et si Ton y met un peu de bon sens et de bonne foi, on verra qu'il n'y en avait qu'une, mais péremptoire et toute puissante : le devoir de donner la vérité à qui la demande et de sauver une âme.
Cette raison, il est trop évident que les rédacteurs des feuilles anticléricales ont le malheur de s'en soucier fort peu. Mais sont-ils donc si enfoncés dans le matérialisme et l'ignorance qu'ils n'en puissent sentir ni la puissance, ni l'autorité, ni la grandeur? Ne peuventils écarter du débat toute cette grossière fantasmagorie de rapt, de pleurs, de cris, de sentimentalité? Ne peuvent-ils voir les faits tels qu'ils sont, consulter les lois de l'Eglise et porter le débat sur les principes?
Non, ils veulent tromper et passionner la foule ignare; il leur faut du mélodrame, et ils continueront de dire que le Saint-Siège s'empare violemment des enfants juifs, les emprisonne et en fait de force des chrétiens.
Ici, comme en toutes choses, on agit à Rome d'après des règles prévoyantes et fermes, qui ne méconnaissent aucun droit, mais que domine l'amour des âmes.
La législation de l'Eglise a toujours protégé la liberté religieuse des juifs, toujours elle a défendu sous des peines sévères de baptiser leurs enfants par force ou parruse;elle défend même de les instruire avanl l'âge où ils peuvent se rendre bien compte des enseignements qui leur sont donnés. Dans une autre circonstance le Siècle lui-même a soutenu cette thèse et reproduit avec éloges un décret de l'Inquisition daté du 20 mars 1776. Voici les passages essentiels de ce décret rendu « en exécution des ordres suprêmes de notre Saint-Père le Pape Pie VI :
« Très-expresse défense est faite aux habitants de toutes les villes, villages et bourgs du Comtat-Venaissin de baptiser les enfants juifs, ni de parler ou menacer de les baptiser, ou menacer de dire de les avoir baptisés; et en outre, fait inhibition et défense à toute personne, de quelque état et qualité qu'elle soit, d'enlever de leurs parents les enfants juifs sous prétexte de baptême, ou sur la déclaration que quelqu'un pourrait avoir faite de les avoir baptisés et sous prétexte de les faire instruire dans la religion catholique, sous peine corporelle, même de la galère pour les hommes et de fouet par les rues publiques pour les femmes, encourable sans aucune rémission par tous ceux qui oseront baptiser les enfants juifs ou menacer de dire de les avoir baptisés, voulant et ordonnant que cette publication et affiche publique serve de personnelle intimation. »
Ce seul document suffit à faire justice de toutes les déclamations de la presse irréligieuse sur l'intolé-
rance, les violences et les cruautés de l'Eglise envers
les juifs, sur les prétendus encouragements qu'elle donne aux rapts d'enfants, etc.
La question n'était pas plus nouvelle en 1776 qu'elle ne l'est aujourd'hui. Saint Thomas d'Aquin, pour ne pas remonter plus haut, l'avait traitée. A cette question : « Doit-on baptiser les enfants des juifs et des autres infidèles malgré leurs parents? » Il avait répondu non , et donné à l'appui de sa réponse des arguments que l'Église a toujours ratifiés. Et puisque nos adversaires invoquent le droit paternel, rappelons que saint Thomas défend justement aux chrétiens de baptiser les enfants des infidèles contre la volonté de leurs parents afin de sauver ce droit. « A toutes ces « objections, dit-il, je réponds qu'il ne faut faire d'in- « justice à personne. Or on ferait injustice aux juifs si « on baptisait leurs enfants malgré eux; car alors ils « perdraient sur leurs fils devenus fidèles le droit de « la puissance paternelle. »
Exposant autre part la môme doctrine, il dit :
« Les enfants des infidèles ne doivent pas être baptisés malgré leurs parents :
« 1° Parce quela coutume de l'Église de Dieu, qui doit être suivie en tout, n1a jamais approuvé cette conduite;
« 2° Parce que cela répugne aussi à la justice naturelle : il est de droit naturel que l'enfant, avant d'avoir l'usage de la raison, soit sous la garde de son père, d'où il suit qu'il serait contraire à la justice naturelle d'enlever l'enfant aux soins de ses parents avant qu'il ait l'usage de la raison ;
• '>" Parce que la foi pourrail être par là mise en péril : si, en effet, ces enfants recevaient le baptême avant de jouir de l'usage de leur raison, lorsque ensuite ils arriveraient à l'âge de raison, ils pourraient fctre facilement amenés par leurs parents à abandonner la religion qu'ils auraient reçue sans la connaître, ce qui tournerait au détriment de la foi (1). »
Le Docteur angélique reconnaît expressément, d'ailleurs, le droit de baptiser, malgré leurs parents, les enfants même mineurs, des juifs et des infidèles, s'ils le désirent, ayant atteint l'âge de raison. Alors, ajoutet-il, l'enfant commence à être maître de lui-même; il peut, par conséquent, user, sans le consentement dé ses parents, des droits que lui donnent le droit divin et le droit naturel.
C'est précisément le cas actuel. Le jeune Coên n'a pas été soustrait à ses parents, et, quoique mineur, il esl d'âge à savoir ce qu'il demande en demandant le baptême. D'ailleurs, il a déjà subi divers examens et il en subira d'autres encore, qui éclaireront sou jugement et sa volonté. De plus, il est évident qu'il ne pourrait rentrer dès à présent dans sa famille sans y être exposé à de continuelles embûches, à d'incessantes persécutions. Les partisans de la liberté de conscience nous paraissent oublier ce point important. Mais depuis longtemps la liberté des consciences catholiques est rayée de leur programme.
L'opinion de saint Thomas sur l'obligation de donner le baptême, quelle que soit la volonté des parents,
(1) In 2. 2. Q. X, art. 12.
à tout enfant juif qui le réclame, pourvu qu'il ait l'âge de raison, n'est pas une opinion isolée ; c'est l'opinion générale, c'est la pratique de l'Église. Citons encore quelques autorités :
« Si l'un ou l'autre des parents, le père ou la mère, consent au baptême, on doit le donner malgré l'opposition de son conjoint. Cela a été arrêté par le quatrième concile de Tolède (cap. lxiii), parce que la volonté, juste et favorable à l'enfant, de l'un des parents, doit être préférée à la volonté injuste et nuisible de l'autre (1). »
« Le baptême est licite si l'enfant, ayant l'usage de ja raison, demande le baptême malgré ses parents, parce qu'alors l'enfant, pour ce qui est de la religion, est en son propre pouvoir (2). »
Tournély, Collet, Nicole, etc., etc., soutiennent la même doctrine.
Mais, reprend-on, pourquoi ne pas laisser dans sa famille l'enfant baptisé?
Un théologien français, que son gallicanisme déviait faire accepter du Siècle, Billuard, répond:
« S'il arrive que des enfants infidèles aient été baptisés malgré leurs parents, on doit les en séparer à cause du danger d'apostasie.
1 /;. P. Thumœ ex Charmes Thcologia dogmatica, édition nouvelle publiée par M. J. A. Albrand, supérieur du séminaire des .Missions étrangères. — Vives, éditeur, t. IV, p. 29.
(2) Mi. PP. Societatis Jesu Theologica, dogmatica, polemica, etc. Edition nouvelle. Chez J. Lanier. Paris, 18o3. — T. V, p. 219.
« En ce cas-là le droit de la puissance paternelle ne t'ait pas obstacle, parce que le droit que L'Église a acquis par le baptême doit prévaloir; l'exercice de ce droit sauvegardant l'intérêl de l'enfant et l'honneur de Dieu, de la religion et du sacrement qui souffriraient une grave atteinte par L'apostasie future de l'enfant, apostasie moralement certaine (i). »
La même réponse est donnée par le canon suivant du quatrième concile de Tolède, qui se trouve au corps du droit :
« De peur que les fils el les filles des juifs ne soient par eux imbus de Leurs erreurs, nous décrétons qu'ils seront séparés de leurs parents, envoyés dans les monastères, ou confiés soit à des hommes, soit à des femmes craignant Dieu, afin que sous leur direction ils apprennent le culte de la foi et que, élevés plus convenablement, ils tassent des progrès sous le rapport de la foi et sous le rapport des mœurs. »
Écoutons maintenant Benoit XIV. Ce pape dont les philosophes ont vanté la tolérance et auquel ils auraient t'ait volontiers une réputation d'esprit fort, a rendu le 28 février 1747 un décret sur la question qui nous occupe. Que dit ce décret? Il expose et approuve la doctrine de saint Thomas; il rappelle qu'il n'est « licite de baptiser des enfants juifs sans le consentement de leurs parents, que si ces enfants sont à l'article de la mort, » puis, il déclare que régulièrement l'âge où les enfants des infidèles peuvent en vertu de |eur propre volonté et nonobstant l'opposition de leurs
(1) Billuard, De Baplismo, dissert. ;î, art. l.
parents, recevoir le baptême, est l'âge de sept ans. C'est aussi L'âge indiqué par saint Thomas et par Les théologiens français nommés plus haut.
Et ces enfants baptisés malgré leurs parents, à qui devront-ils être confiés? Benoît XIV répond :
« Si les enfants infidèles avaient déjà reçu le sacrement de baptême, on doit ouïes retenir ouïes retirer des mains de leurs parents juifs, et les confier à des fidèles, pour qu'ils soient élevés d'une manière pieuse et sainte. »
Comme on le voit, sur cette question l'Eglise a constamment admis une pratique qu'aucun catholique ne saurait improuver sans une témérité extrême. Mais pour qu'un catholique improuvât cette pratique, il faudrait qu'il eût perdu la notion du baptême. Peutêtre, hélas ! s'en trouve-t-il dans ce cas, même parmi ceux qui sincèrement se déclarent catholiques sincères. En leur qualité d'hommes sages ils ne comprennent pas que le Pape s'expose à tant de difficultés, tant de périls peut-être, pour qu'un enfant juif puisse devenir chrétien, et d'autre part, ils ne sont pas éloignés de trouver que l'Église , la mère commune, empiète sur l'autorité delà famille naturelle. Comme ces chrétiens doivent souffrir, quand ils rencontrent ces paroles de Notre-Seigneur : « Je suis venu séparer le fds du père, « la fille de la mère... Celui qui aimera son père ou sa « mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui « qui aimera son fds ou sa fille plus que moi n'est pas « digne de moi. » Dom Guéranger, commentant cet enseignement divin, a dit :
« Le Christ venait-il anéantir les liens de la famille? Loin de là; les faits prouvent assez que la famille, au contraire, doit sa conservation, son rétablissement an christianisme, qu'elle périssait sous la loi païenne. Comment donc s'est-elle relevée? Par L'application du principe surnaturel, qui, en proclamant les droits absolus de Dieu sur toute créature humaine, a corroboré les relations naturelles et les a réglées en 1rs soumettant au bon plaisir de Celui de qui l'homme tient tout, s
Peut-on demander aux écrivains de la presse librepenseuse de s'élever jusqu'à comprendre ce langage et cette doctrine? Ils ne tiennent nullement, d'ailleurs, à la conservation delà famille. Tout au contraire ceux d'entre eux qui, pour le moment, crient le plus fort, mit positivement travaillé à détruire la' famille dans son essence. M. Jourdan, du Siècle, et M. Guéroult, de V Opinion nationale, n'ont-ils pas combattu sous les drapeaux du saints-imonisme ? N'ont-ils pas demandé, avec M. Enfantin, que la femme fût affranchie, c'est-àdire dispensée du lien conjugal, afin que la chair pût être sanctifiée dans le plaisir? N'ont-ils pas été les adeptes et ne restent-ils pas les défenseurs officieux et sympathiques d'une école qui aboutissait au communisme complet « par l'abolition de l'héritage et de la « famille, par l'attribution conférée à un pouvoir irres- « ponsable de disposer des biens et des personnes, par « des théories sur la femme libre, qui conduisent di- « rectement à la promiscuité des sexes? » Enfin ne disent-ils pas, comme les hommes de la Terreur, que L'enfant doit appartenir à l'État? A côté d'eux, nous
reconnaissons d'anciens phalanstériens. Ceux-là proposaient autrefois de remplacer l'organisation familiale par des corporations amoureuses. Quant aux enfants, comme ils eussent gêné l'essor passionnel de leurs auteurs, ils devaient appartenir aux phalanges, et de vieilles femmes, qui auraient eu ce goût-là, se seraient chargées de les élever. Puis, s'ils étaient devenus trop nombreux, on aurait pu rétablir l'équilibre harmonien au moyen de l'infanticide. Fourier, le chef de l'école, a du moins recommandé cette coutume salutaire.
Voilà quels avocats se donnent mission de défendre aujourd'hui contre l'Église la famille, l'autorité paternelle, les droits de l'enfance! Il y en a d'autres? dirat-on. Oui, il y a les sectaires de toutes sortes : les ennemis absolus delà Papauté, les docteurs du Charivari, journal cher aux darnes du demi-monde, ces dames qui ont leurs mères pour domestiques et qui n'ont pas d'enfants. Il y a aussi certains sages, venant d'un ton gourmé plaider une thèse d'entre-deux. Ces prétendus sages sont plus déplaisants que les ennemis notoires. Quoi ! aucune passion ne les emporte, aucune haine ne les aveugle, et cependant ils concluent, au fond, comme M. Jourdan ! Et ce n'est pas là de leur part simple tactique. Ils ont perdu la notion chrétienne de la paternité et veulent, sans se l'avouer, faire rentrer l'enfant dans les conditions du droit païen. On les étonnerait en leur disant que Dieu s'est réservé sur nos enfants les droits de père et de maître, que nous devons les élever pour lui ; que l'Église, en nous rappelant ce devoir, nous aide à le remplir, et que ses enseigne-
ments sont pour L'enfance comme pour L'autorité paternelle La plus efficace des garanties. Os ne connaissent pas cette parole : Prend* cet enfant et nourrisle-moi ; je te donnerai ta récompense; ni celle-ci : Honore ton père et ta mère. Ils se croient dévoués h la famille et acceptent des doctrines qui la perdraient.
Que de choses il faudrait ajouter! Cependant nous croyons en avoir dit assez pour montrer, qu'au fond de toutes ces déclamations, il y a beaucoup d'ignorance et beaucoup d'hypocrisie.
Deux mots maintenant sur l'incident relatif à Joseph Coën.
De tout ce que nous avons dit sur la question en elle-même, il nous semble résulter avec évidence :
1° Que la législation catholique ne menace nullement la liberté religieuse des juifs ;
2° Que le cas relatif au jeune Coën est parfaitement défini.
On peut donc indiquer sûrement dès aujourd'hui le dénoùment de cette affaire.
Si Joseph Coën, contre toute probabilité, a subi une pression quelconque, s'il a obéi à quelques suggestions qui l'ont intimidé, il sera de nouveau pressé de le dire, et, s'il renonce pour ce motif ou pour tout autre à demander le baptême, les portes du catéchuménat lui seront ouvertes. Mais, s'il persévère, s'il veut être régénéré par l'eau baptismale, il sera baptisé ; et sa mère, la sainte Eglise, le protégera jusqu'au jour où il pourra, sans péril pour sa foi, se retrouver seul en face de ses parents.