UNE MISSION RUSSE EN PALESTINE
Sous 1g titre même que porte cette étude, M. René Taillandier a publié dans la Revue des Deux-Mondes un compte rendu trés-développé de l'ouvrage de M. Constantin Tischendorf intitulé : Ans de.m heiligen Lande. Dans cet ouvrage, M. Tischendorf donne toutes sortes de détails, quelquefois puérils, quelquefois précieux, sur le voyage qu'il a fait en Syrie et en Palestine, aux frais de la Russie et sous le patronage direct du grandduc Constantin , l'appui et l'espoir des orthodoxes russes. Un résultat important a signalé cette mission scientifique, politique et religieuse : M. Tischendorf a découvert dans un monastère du Sinaï l'un des deux plus anciens manuscrits, aujourd'hui connus, de l'Evangile. Les journaux ont parlé à diverses reprises de cette découverte ; mais nulle part on n'a donné les détails circonstanciés, officiels, que contient le volume de M. Tischendorf. Il y a là non-seulement des faits intéressants, mais aussi des dissertations, des aveux, des révélations dont il faut prendre note. Bien que M. Tischendorf soit allemand et protestant, il a tout le dévouement d\m orthodoxe, sujet du Czar, pour la sainte Russie..
M. Taillandier analyse ce volume avec sympathie.
— W8 — Il fait sans doute çà et là quelques légères critiques; mais visiblement M. Tischendorf le charme loul à la fois comme savant passionné el comme chrétien aux idées larges. M. René Taillandier, qui s'esl canonisé et signe Saint-René, n'a, en sa qualité de catholique libéral, qu'une crainte : c'est que M. Tischendorf ne finisse par se rattacher trop étroitement à une communion quelconque. Il lui conseille do se tenir dans lf grand milieu oii toutes les Eglises chrétiennes doivent se réunir; el où elles auront, j'imagine, la collection de la lit'vuc des Deux-Mondes pour Credo.
Ce langage ne blessera point M. Tischendorf. L'amour tics textes parait en effet beaucoup plus ferme die/ lui (iue L'amour des principes. Comme ledit gravement M. Saint-René Taillandier, quoique protestant fidèle, il s'accommode de toutes les formes du christianisme. Aussi l'a-t-on vu travailler à Paris pour une publication catholique, sous la direction de M. l'abbé Jager, et le voit-on servir aujourd'hui avec zèle l'orthodoxie russe, qui n'est pas tout à fait l'orthodoxie grecque. Rien de tout cela, d'ailleurs, ne l'empêche d'être un protestant fidèle, puisque personne, sauf peut-être M. Taillandier, ne sait d'une façon précise en quoi consiste la fidélité protestante.
Mais s'il est difficile de classer M. Tischendorf comme chrétien, on peut le mettre comme savant au rang des maîtres : c'est un helléniste-paléographe des plus distingués. Avant de travailler pour le Czar, il avait acquis une grande autorité par l'activité et le succès de ses recherches dans toutes les bibliothèques
riches en palimpsestes. De plus il s'était assez scrupuleusement renfermé jusqu'ici dans le rôle que lui assignaient ses connaissances spéciales ; et, si Ton ne pouvait accepter toutes ses notes, toutes ses vues, toutes ses explications, on devait au moins reconnaître en lui un homme absolument dévoué à la science. — Cherchons les textes anciens, disait-il, donnons-en de bonnes éditions, étudions-les bien à fond, et plus tard on les discutera. Aussi, tandis que M. Alexandre de Humboldt lui écrivait : « J'ai lu votre nouveau travail avec autant de joie que d'étonnement; vous savez combien j'admire l'activité de votre riche carrière; » Pie IX lui disait : Quis posset immanem laborem tuum satis admirari ? Mais il y a lieu de craindre que les roubles russes n'aient un peu entamé ce caractère de vrai savant. Certes, nous ne soupçonnons pas M. Tischendorf d'être homme à sacrifier un texte pour plaire à ses patrons ; nous voulons dire seulement que la Russie , en lui facilitant ses recherches et en lui donnant le moyen de les publier avec éclat, lui a fait entrer dans l'esprit une assez vive sympathie pour le schisme grec. S'il y a doute, ne verra-t-il pas volontiers les choses à travers les lunettes d'or du Saint- Synode? Son dernier ouvrage est celui d'un Russe. M. Saint-René Taillandier lui-môme le constate avec une certaine inquiétude.
Notons ici qu'avant de recevoir les encouragements de Pie IX, M. Tischendorf, qui en était alors pour ainsi dire, à ses débuts, avait reçu ceux de Grégoire XVI.
'était en 1846, quelques mois avant la mort du saint
et courageux Pontife. M. Tischendorf était à Rome eï avait facilement obtenu communication de toutes les
richesses de la bibliothèque du Vatican, sauf d'un manuscrit de la Bible, que l'on gardail sous triple clef,
à cause de son importance. Le cardinal Lambruschini, tout à la lois ministre d'Etat et chef de la bibliothèque, avait péremptoirement refusé de confier ce trésor à l'helléniste allemand. L'ambassadeur de France et le ministre de Saxe avaient vainement insisté pourfaire lever ce refus. Sur ces entrefaites, M. Tischendorf eut une audience du Pape. Je cite son récit, en l'abrégeant, d'après la traduction de M. René Taillandier : « Le Pape nous reçut debout, et resta debout pendant toute la visite qui ne dura pas moins de trois quarts d'heurt;. Je lui adressai la parole en latin, en nie conformant de mon mieux à la prononciation italienne : il m'interrompit et m'obligea de lui parler italien. Je lui remis la lettre de l'archevêque Affre ; il la lut à haute voix. Je lui offris ensuite mon édition du Nouveau Testament, d'après le texte de la Vulgate, en lui faisant remarquer le but de mon travail, qui était de faciliter aux théologiens catholiques de France et d'Italie l'étude directe du texte primitif des apôtres. Là-dessus, il me demanda si je connaissais un ouvrage, — de Bonaventure de Magdalano, je crois, — pour la défense de la Bible latine. Je lui répondis que moi aussi je préférais la traduction latine de saint Jérôme au texte grec publié par Robert Etienne, mais qu'il s'agissait maintenant de demander aux témoins grecs les plus anciens les expressions mêmes emplovées par
les apôtres, et qu'un texte grec comme celui-là était au-dessus de toutes les traductions. Le Pape me demanda si, en me proposant une pareille tâche, je ne craignais pas d'être contredit par les théologiens, et me rappela l'exemple de saint Jérôme. Comme il cherchait dans sa mémoire les paroles de ce dernier, je lui ! fis observer qu'elles étaient citées dans le préface même de mon livre : il les y trouva aussitôt et les lut à haute voix...
« Pour me prouver combien il était peu étranger à une entreprise comme la mienne, il me raconta que luimême, quelques années auparavant, avait projeté une rectification critique du texte hébraïque de la Bible. I) avait réuni dans cette vue un comité de savants; mais ni les uns ni les autres n'avaient voulu s'en mêler nolevano impegnarsi. Il alla prendre sur des rayons une vieille Bible hébraïque reliée en velours rouge e! me demanda si je la connaissais. Je vis avec étonne, ment que c'était l'édition de Leipzig donnée par Rei neccius. Je fis un juste éloge de mon compatriote, e ajoutant toutefois que la critique du texte hébraïqu offrait encore bien plus de difficultés que celle du texti grec. En entrant aussitôt dans cette idée, Sa Saintet me signala tanti punti du texte hébreu...
« Le Pape revint ensuite à mon édition du Nouvea Testament, et, pour en prendre une connaissance pli intime, il lut plusieurs passages des diverses préface; il lut aussi la dédicace, sur le désir que je lui » exprimai. 11 approuva sans réserve, à plusieurs repi ses, mes principes de critique, et déclara entre autr<
choses que, pour l'étude du véritable texte <le sain! Jérôme, les documents les plus anciens devaienl être préférés. A ces mots de la dédicace où j'exprimais l'espoir de mettre au jour les plus anciens manuscrits du texte sacré, en fouillanl à fond 1rs plus fameuses bibliothèques de l'Europe, il manifesta sod admiration, tit allusion à ma jeunesse, à l'énormité de l'entreprise, el me demanda enfin à quel point j'en étais. Je lui répondis qu'en France, en Hollande, en Angleterre, en Suisse, j'avais obteuu toul ce que je désirais, mais qu'il me manquait encore les manuscrits romains. Le Pape dit aussitôt : — Mon Laureani (l'un des custodes de la bibliothèque) .sera tout a votre service. »
M. Tischendorf, qui espérait cette parole, fit bien vite connaître au Souverain Pontife le refus si absolu du cardinal Lambruschini.
« Non-seulement, ajoute notre savant, ce refus, on le voyait assez, ne venait point du Pape, mais le Pape ne pouvait se l'expliquer. Forsei je cite ses paroles mêmes, — forse perché passano adesso tanti forestieri. C'était en effet le temps de Pâques, où Rome, comme on sait, ne manque pas de visiteurs. Il attribua donc la mesure de Lambruschini, mesure générale et temporaire, à la nécessité de défendre le Vatican contre les importuns. Je lui dis dans les termes les plus vifs quelle serait ma reconnaissance si Sa Sainteté daignait intervenir elle-même dans cette affaire, et il me parut en effet que telle était son intention. Ses derniers mots adressés au ministre saxon qui m'accompagnait,
furent ceux-ci : Ho tanto piacere di conosœre questo bravo signore professore.
« Et quel fut le résultat de cette audience? Le même jour, Sa Sainteté se rendit à la bibliothèque du Vatican auprès de « son Laureani, » et s'informa de ce qui me concernait. C'est alors qu'il apprit l'attitude prise par Lambruschini. Le lendemain matin, Laureani et Mol/a me racontèrent cette visite du Pape. Bien que la défense faite par Lambruschini ne pût être complètement rapportée, on me confia cependant le précieux manuscrit deux jours de suite pendant trois heures; ce qui me permit d'en examiner plusieurs passages et d'en prendre un fac-similé exact, le premier qui ait vu le jour. »
M. Tischendorf avait compulsé, contrôlé, copié dans les bibliothèques européennes des manuscrits gardés avec soin, bien que les dépositaires n'en connussent pas toujours toute la valeur; à Rome, il avait trouvé, dans leur plus complète expression, le respect, l'intelligence et l'amour des vieux textes. Ce fut autre chose en Orient. Il eut de grands efforts à faire pour vaincre l'indolence des moines schismastiques, possesseurs ignorants et indifférents de véritables trésors. « Des deux bibliothèques du Caire l'une était fermée ou plutôt murée depuis lougues années; M. Tischendorf ouvrit ces catacombes où étaient enfouies tant de reliques littéraires d'un prix inestimable. Que de pages précieuses dormaient également, inutiles et dédaignées, chez les moines coptes ou chez les cénobites géorgiens, dans les couvents de Jérusalem, au cloître
duSinaï, au monastère de Saint-Saba ! En pareil lieu, ce c'était pas assez de feuilleter, de transcrire, de prendre des fac-similé; il fallait arracher ces documents à une atmosphère de mort, o La moisson fut abondante. M. Tischendorf pul recueillir des manuscrits «lu moyen âge, des temps bysantins el du ive siècle.
De nouveaux voyages, de nouvelles découvertes vinrent accroître la réputation el l'autorité de M. Tischendorf. La Russie eut alors la pensée, très-politique, de protéger un savant dont 1rs travaux sur 1rs textes grecs des Écritures lui paraissaient pouvoir favoriser ses prétentions comme gardienne de la tradition orthodoxe <le HE g lise universelle. En conséquence, le gouvernement russe fit proposer à M. Tischendorf une nouvelle expédition scientifique en Palestine au nom et aux frais du czar Alexandre II. M. Tischendorf s'empressa d'accepter. C'était tout simple : car l'attache officielle de la Russie lui assurait de larges ressources et allait lui ouvrir toutes les portes. Quel supérieur de couvent, de n'importe quelle secte, ne s'estimerait heureux d'être agréable au protégé de l'empereur orthodoxe! Mais si M. Tischendorf devait accepter, s'il devait être reconnaissant, il pouvait se dispenser de prendre en tout la livrée russe. Nous montrerons plus loin qu'il n'a pas su éviter cet écueil. Quant à présent, suivons le savant.
M. Tischendorf se rendit tout droit au Sinai: c'était là, c'était dans le monastère de Sainte-Catherine qu'il espérait trouver quelque trésor. « LeSinaï, avec son cloître,
s'écrie-t-il, bien que je L'eusse déjà visité deux, fois, le Sinaï me faisait signe, le Sinaï m'appelait ! » Ses re* cherches furent d'abord infructueuses ; et, pour reprendre courage, il voulut gravir La sainte montagne. Ll y a de l'éloquence, du sentiment, et même des aspirations religieuses dans la description qu'il en donne, mais on y sent aussi L'absence de tout principe ferme. « Ce qui m'environne ici, aussi loin que mes regards peuvent porter, n'a pas d'analogue sur la terre. C'est un désert de rochers, le plus sublime et le plus grandiose qui se puisse voir. A des lieues de profondeur et presque de tous côtés se dressent des masses de granit entremêlées de gouffres ou d'arêtes, sombres masses où pas un bois, pas un champ, pas un pré, $>as môme le fil argenté d'un ruisseau ne fait apparaître le sourire de la végétation. Image de rudesse et de sublimité tout ensemble, image de la gravité qui écrase. Aucun signe de floraison, aucune trace de dépérissement ne signale ici la marche des années; on dirait que Le temps s'est arrêté sur ces cimes, on dirait que le passé s'y élance, s'y enfonce dans le présent avec la force irrésistible des grands phénomènes cosmiques, et apparaît avec sa sainteteté devant qui tout s'efface. C'est donc ici, s'écrie-t-on involontairement, c'est donc ici que le Seigneur a proclamé sa loi au milieu des coups de foudre et des éclairs; il semble que l'inflexible « tu feras, tu ne feras point, » soit toujours inscrit sur ces rochers par une griffe d'airain. Des mains pieuses ont bâti deux chapelles sur les sommets du Sinaï, une chapelle chrétienne, une chapelle mahométane, dont il
reste encore quelques ruines; mais la piété n'a pas besoin de ces secours : la montagne elle-même est un autel, un sanctuaire impérissable élevé par La droite de l'Eternel. N'a-t-on pas vu, pendant des milliers d'années, des pèlerins sans nombre, venus de toutes les zones, s'arrêter ici, plongés dans la contemplation ei la prière? N'a-t-on pas vu les juifs, les chrétiens, les mahométans, malgré les barrières qui les séparent, trouver ici un lieu propice pour une même piété? »
Le chrétien, mais le chrétien qui n'a pas de règle, pas d'église, se montre ensuite par une exclamation empreinte de tristesse, presque de doute :
« Chose extraordinaire! eette parole de la loi, avec ses avertissements et ses menaces terribles, de même qu'elle a retenti pour tous, pour tous aussi elle a été intelligible, à tous elle est demeurée chère, tandis que la parole de la promesse joyeuse, céleste, la parole de la consommation libératrice est devenue pour beaucoup une occasion de méprises pernicieuses et une cause de divisions pour les peuples de la terre. »
Les moines de Sainte-Catherine, quoique pleins de bon vouloir pour M. Tischendorf, ne pouvaient l'aider dans ses recherches. Le bibliothécaire lui-même, un érudit, un docteur venu du Mont-Athos, se souciait fort peu des richesses qu'il devait catologuer; sa grandi' affaire était d'illustrer de vers de sa façon les portes et les murs du couvent. Cependant M. Tischendorf cherchait toujours, il aspirait surtout à retrouver certaine corbeille pleine de vieux papiers, de parchemins rongés par le temps, où il avait découvert, lors
di1 son premier voyage, plusieurs fragments d'un ancien manuscrit de la Bible. La corbeille avait disparu, et la bibliothèque ne s'était pas enrichie des papiers qu'elle contenait. Le savant désappointé songeait enfinà
partir, lorsqu'un beau jour le 4 mai 1859, l'économe du couvent fait entrer le voyageur dans sa cellule pour y prendre des rafraîchissements. On cause, et naturellement M. Tischendorf parlé de vieux manuscrits;
l'économe lui répond qu'il possède une Bible manuscrite des Septante. Voyons-la, s'écrie le savant. On lui remet les parchemins qu'il se rappelait avoir vus dans la corbeille vouée aux papiers de rebut; il y jette un coup d'œil de maître, rapide, éclairé, passionné, et les emporte bien vite dans sa cellule. C'était un trésor. Il avait aperçu le commencement et la fin des Évangiles, YÊpître de Barnabe, et ce n'était pas tout. Laissons-le parler :
« Quand je fus seul dans ma chambre, je m'abandonnai à l'élan de joie et d'enthousiasme que me causait cette découverte. Le Seigneur, je le savais, le Seigneur venait de remettre en mes mains un trésor inestimable, un document de l'importance la plus haute pour l'Église et pour la science. Mes espérances les plus hardies étaient de beaucoup dépassées. Au milieu de l'émotion profonde que me faisait ressentir cet événement providentiel, je ne pus me défendre de cette pensée : A côté de VEpître de, Barnabe', ne pourrais-je trouver aussi le texte du Pasteur ?» Je rougissais déjà de ce mouvement d'ingratitude, de cette demande nouvelle en présence d'une telle grâce, quand mes yeux
s'arrêtèrent involontairement sur une page presque effacée. Je déchiffrai le titre et demeurai frappé 'I" stupeur. Voici ce que j'avais lu : Le Postera . Gomment décrire ma joie ? J'examinai alors ce que renfermaient i es pages; il y en avait trois cent quarante-six, et du format le plus grand. Outre vingt-deux livres de l'Ancien Testament presque tous complets, c'était le Nouveau Testament tout entier sans la moindre lacune. puis VEpitre de Barnabe et la première partie du Pasteur. d'Hermas. Dans l'impossibilité de fermer l'œil, je me mis à transcrire immédiatement VÊpître de Barnabe en dépit d'une mauvaise lampe et de la froide température ; je bondissais de joie en pensant que j'allais faire don à la chrétienté de ce texte vénérable. La première partie de cette Épître n'était connue jusqu'ici <[ue par une traduction latine très-défectueuse et si on avait pour la seconde quelques manuscrits en langue grecque, c'étaient des manuscrits de date récente et n'inspirant qu'une confiance médiocre. Cependant l'Église de- deuxième et troisième siècles accordait volontiers à cette lettre, inscrite sons le nom d'un apôtre, le même rang qu'aux Épîtres de saint Paul et de saint Pierre. Outre VEpitre de Barnabe, je transcrivis encore dans le cloître des fragments du Pasteur, ouvrage non moins considérable aux yeux de la primitive Église. »
Il n'y a pas lieu de rappeler ici les discussions auxquelles l'épître dite de S. Barnabe et le Pasteur d'Hermas ont donné lieu. Seulement nous devons noter deux points essentiels.
1° Un texte du quatrième siècle ne saurait trancher cette question capitale : la lettre de S. Barnabe est-elle l'œuvre du compagnon dé S. Paul, ou celle d'un chrétien d'Alexandrie qui l'aurait écrite au commencement du deuxième siècle? La même observation s'applique au Pasteur, d'Hermas. Ce livre est-il del'Hermas apostolique dont il est question dans S. Paul, ou bien d'Herma ou Hermas, frère du pape Pie Ier, qui l'aurait écrit dans la seconde partie du deuxième siècle? 2° Il est inexact de dire que YEpître de S. Barnabe avait, dans l'Église, aux deuxième et troisième siècles, le même rang que les Épîtres de saint Paul et de saint Pierre ; et il est tout à fait faux de donner également cette grande autorité au Pasteur, d'Hermas.
Les moines du Sinaï sont incapables de lire les manuscrits qu'ils possèdent et ne songent pas le moins du monde à se guérir de leur incapacité ; mais ces documents, qu'ils ne savent ni mettre en ordre, ni préserver de la destruction , ils refusent obstinément de les vendre. M. Tischendorf connaissait, par expérience, cette anomalie. Aussi demanda-t-il simplement la permission de copier les textes qu'il venait de découvrir. C'était une grosse affaire. Il ne pouvait entreprendre seul une pareille besogne, et aucun des moines n'était de force à l'aider. Il fallait donc obtenir l'autorisation de transporter au Caire le précieux manuscrit; il l'obtint, et, grâce au concours de copistes assez habiles, après deux mois de travail, il avait terminé son œuvre. L'influence de la Russie lui permit plus tard de faire mieux encore. Le manuscrit lui fut remis de nouveau
avec permission de l'emporter à Saint-Pétersbourg, pour y être reproduil dans un fac-similé monumental. Le texte que oous devons à >l. Tischendorf estîl vraiment le plus ancien texte aujourd'hui connu di Nouveau Testament ? Pas précisément, puisqu'il date du quatrième siècle comme relui du Vatican, et que Londres et Paris possèdent deux manuscrits, remontant aussi haut; mais tous deux, il est vrai, sont incomplets, a Le manuscrit de Paris ne contient « qu'une moitié du nouveau Testament; il manque
8 au manuscrit de Londres tout le premier Évangile,
a deux chapitres du quatrième et presque toute la seconde Épître de saint Paul aux Corinthiens ; « quant au manuscrit du Vatican, le plus ancien et le a plus important des trois, les Desiderata embrassent « quatre Epîtres de saint Paul, les derniers chapitres <' de l'Epître aux Hébreux et l'Apocalypse. On com- « prend la valeur d'un texte grec égal par l'ancienneté « au manuscrit du Vatican, et le seul complet entre « tous ceux qui, du cinquième siècle au quinzième, « ont échappé aux ravages des années. » Comme on le voit, nous acceptons ici purement et simplement les appréciations de M. Tischendorf. Nous ne pensons pas. eu effet, qu'il y ait lieu d'élever le moindre doute sur la partie scientifique de son œuvre; dans tous les cas, ce ne sérail pas à nous de le faire (1).
(1) Comme M. René Taillandier n'observe pas sur ce point notre réserve, nous reproduisons ici certain paragraphe que lui a consacré une publication qu'il connaît bien, les Etudes, revue publiée par les Pères de la Compagnie de Jésus :
« Voici, entre mille autres que l'on pourrait citer, un petit
Nous l'avons dit en commençant, chez M. Tischendorf, le savant est doublé d'un missionnaire russe et même d'un courtisan. Montrons notre heureux chercheur sous ce nouvel et fâcheux aspect.
Il devait rejoindre à Jalïa le grand-duc Constantin, afin de raccompagner à Jérusalem. Je crois vraiment qu'il eût abandonné le Codex sinaïticus plutôt que de manquer à ce rendez-vous. Le prince russe, que sa femme accompagnait, fit en grande pompe son entrée dans le port de Jaffa. Il montait une frégate qu'escortaient une autre frégate et un vaisseau de ligne. Le personnel des consulats russes alla au-devant de lui, en mer, dans une barque portant le drapeau national ; l'archevêque schismatique de Petra et son entourage, le caïmakan de Jaffa et le commandant de la garnison le reçurent lorsqu'il mit pied à terre, et Ton se dirigea
exemple assez piquant qui montre qu'il ne suffit pas d'être un homme d'esprit (pure politesse) pour parler sans inconvénient des doctrines de saint Augustin. M. Saint-René Taillandier publiait, il y a quelques mois, dans la Revue des Deux-Mondes, un compte rendu irés-flattcur de l'ouvrage de M. l'abbé Flottes, (sur la philosophie de saint Augustin . Venant à discuter le sens donné par saint Augustin au fameux texte de saint Luc : Compelle inlrare, l'hono-able professeur insinue fort gravement que ces mots pourraient bien avoir uue autre signification dans le texte grec et dans le texte hébreu (sic). Notez bien que le texte grec semble plus explicite encore que celui de la Yulgate. Pour ce qui est du texte hébreu, le malheur est qu'il n'existe pas : personne n'ignore que saint Luc a écrit son Evangile en grec. Notez encore que M. Saint-René Taillandier est un des théologiens de la Revue des Deux- M ondes, et qu'il s'est plus d'une fois prononcé sur de graves questions d'exégèse. »
immédiatement vers la cathédrale grecque, où l'on chanta le Te Deum. I.e soir du même jour, le grandduc el la grande-duchesse donnèrent un festin somptueux aux membres du corps diplomatique, aux autorités de la ville, à tous les notables du pays. Kt que faisait M. Tischendorf? Hélas! il étail arrivé à Jaffa au jour convenu ; mais il y avail alors quelque crainte de peste ou de choléra, e1 l'infortuné savant faisait quarantaine au lazaret. Il dut se contenter d'adresser ce billel à son patron : a... Notre mission n'aura pas '< été vainc : une grande chose en consacrera le souve- « nir. Je vais mettre au jour, grâce à nuis, [eplus ani cien manuscrit connu de l'Évangile.
RI. Tischendorf put quitter le lazaret assez tôt pour rejoindre le grand-duc sur la route de Jérusalem. Voici dans quel équipage le prince el la princesse russe accomplissaient leur pèlerinage. Nous citons M. Tischendorf :
« En tète de la caravane marchait un escadron bien équipé. C'était l'archevêque de Petra en costume ecclésiastique, le caimakan de Jaffa, le commandant de la garnison, suivi d'une troupe de cavalerie régulière et de bachi-bouzouks, dont les amies brillantes el les uniformes de toute couleur étincelaient au soleil. Le grandduc montail un cheval blanc de pur sang arabe que le pacha, gouverneur de Gonstantinople, avait envoyé pour lui à Jaffa. La grande-duchesse était en palanquin turc, également envoyé par le pacha : c'était une sorte de calèche traînée par deux mules, que conduisaient deux Arabes. Quatorze soldais de marine, delà
sarde particulière du grand amiral (le grand-duc , forniaient l'escorte de la noble dame... La suite du grandduc se composait d'une centaine de cavaliers. »
M. Tischendorf nomme ici les fonctionnaires, dignitaires, etc., qui suivaient le prince, etreprend :
« Une troupe à pied fermail la caravane : c'étaient trois cents .hommes de l'escadre, tous portant l'uniforme de marin, blanc des pieds à la tête, la carabine Minié sur l'épaule, avec un tambour au milieu des rangs. On voyait aussi marcher à pied l'excellent aumônier du grand-duc ; il avait fait vœu de ne pas voyager autrement tant qu'il foulerait le sol de la Terre- Sainte,
« Cette caravane, déroulant ses lignes à travers la plaine, selon les sinuosités de la route, offrait un spectacle magique. Bien que la grande route des pèlerinages conduise tous les ans au même but, objet de tant d'amour, des milliers et des milliers d'hommes venus de tous les points de l'univers, je ne pense pas qu'elle ait vu pareil cortège depuis les croisades. Les croisades ! ah ! le souvenir de ces merveilleuses explosions du grand patriotisme chrétien s'éveilla spontanément au fond de mon âme... »
Ce souvenir des croisades, évoqué par un protestant au profit du schisme grée, produit un singulier effet. On s'étonne d'une pareille maladresse, et, ne pouvant croire à tant d'audace, l'on croit à une inadvertance. Du tout, c'est un calcul. La Sainte-Russie se pose en héritière des croisades. Si elle ne prétend pas les avoir faites, elle prétend au moins les avoir continuées et ne
doute pas do les terminer. G'esl elle qui couronnera cel édifice. Tel esl le mol d'ordre donné depuis longtemps aux écrivains russes. M. Tischendorf l'a ponctuellement suivi.
L'entrée de la caravane princière à Jérusalem fui magnifique ii de nature, comme toul le voyage, à frapper l'esprit des populations. A quelque distance de la ville sainte, s'avança le patriarche grec, heureux de donner au prince sa bénédiction. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! dit-il (Tune voix émue. Un peu plus loin, on \ii apparaître le patriarche d'Arménie, l'évéque de Syrie, une députation du clergé copie et abyssin. lMus loin encore, aux abords de la ville, trois tentes avaient été dressées pour les cérémonies de la réception officielle. Les nobles voyageurs avaient pris soin de changer de costumes. Au moment où le grand-duc, portant l'uniforme d'amiral avec le cordon bleu de Saint-André, conduisit la grandeduchesse et son jeune fils dans la tente du pacha, gouverneur de Jérusalem, des salves d'artillerie éclatèrent au milieu des roulements des tambours et des fanfares des clairons. Les consuls de France, d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse, d'Espagne, Yévêque anglican, les premiers ulémas de Jérusalem, étaient groupés autour du pacha et furent présentés au grandduc Les Juifs eux-mêmes vinrent rendre hommage au frère du C/.ar. ALescorte officielle qui suivait le prince s'était jointe une multitude de pèlerins russes transportés d'enthousiasme en voyant le frère de leur souverain venir s'agenouiller avec eux dans les sanctuaires
de ht ville sainte. Des jeunes tilles jonchaienl de fleurs le chemin de la grande-duchesse. Le prince, fidèleà l'exemple donné par Godefroy de Bouillon, descendit
de cheval à la porte de Jaffa, et se rendit à pied au Saint-Sépulcre. Les rues étaient couvertes de fleurs et arrosées d'essences ; toutes les fenêtres, toutes les ter* casses, tous les toits regorgeaient de spectateurs. Et lé patriarche russe, recevant au seuil de l'église les trois membres de la famille impériale, rappelait, dit avec joie M. Tischendorf, que cette famille était la protectrice de la sainte Eglise, par qui est maintenue la foi à la divine Trinité. M. Tischendorf i grand soin d'ajouter, — toujours sur le ton de l'enthousiasme, — que depuis les croisades, aucun prince chrétien n'avait été reçu avec tant d'honneur et d'éclat dans Jérusalem. Il ne manque pas d'y voir un heureux présage. Il prétend même que si les autres Églises chrétiennes, les Êgli ses sœurs, n'avaient pas laissé paraître leur hostilité, les musulmans auraient compris que l'islamisme cesserait bientôt de régner à Jérusalem, j M. Tischendorf n'oublie pas toujours, d'une façon absolue, qu'il est protestant. Il cesse alors de parler en pur orthodoxe et devient fusioniste, sans oublier cependant les intérêts russes. Position oblige ! En effet tout en prêchant l'union, la fusion, il laisse voir que ce compromis devrait s'accomplir sous le patronage de la Russie. C'est lace qu'il appelle du patriotisme chrétien, par opposition à l'esprit de secte. «L'auguste « voyageur que j'accompagnais à Bethléem, s'écrie-t-il, << caressait l'espérance de voir Jérusalem devenir un
jour La capitale de La fédération chrétienne. Hélas ! « que nous sommes loin de cette création grandiose! a que nous sommes Loin de ce patriotisme chrétien ! Nous croyons sans peine que la fédération chrétienne^ dans une ville donl elle aurait les clefs, suffirait, quant à présent, à la Russie. Mais si naïf et si pensionné que suit M. Tischendorf, il ne peut ignorer que Le Juit du Czar, comme représentant de ['orthodoxie, est <lr posséder Jérusalem : il sait donc que la ville sainte. devenue capitale de la fédération chrétienne sons ce redoutable protectorat, serait bientôt une ville russe où Le schisme régnerait. 11 parle d'union ; il voit l'unité du christianisme se reformant à Jérusalem : « Les peuples, comme les troupeaux séparés, s'y retrouveraient tau bercail; un nouvel Évangile y serait annoncé «au monde, l'Evangile de la paix de L'Eglise. <> Cette phraséologie sentimentale et embarrassée prouve que M. tischendorf n'arrive pas à se donner Les i 11 u s i< » n s qu'il voudrait propager. Eu parlant d'union, de tolérance, de paix, à propos de la liussie. il se rappelle que de nos jours nulle puissance n'a plus violemment ni plus habilement persécuté l'Église ; en parlant H'unité, il s'avoue que le schisme gréco-russe ne-peut que perpétuer la division, (ouvre de ses fondateurs.
Nous n'insistons pas. Toute discussion sur les faits et les doctrines serait inutile. M. Tischendorf et ses patrons n'ont nul besoin d'être éclairés, et d'autre part, ce n'est pas en Franco qu'ils feront des dupes, ou, si l'on veut. dr<. prosélytes. M. René Taillandier lui-même refuse de suivre M. Tischendorf sur ce ter-
rain. Il oe reproche au savant helléniste ni d'oublier l'histoire, ni de méconnaître les principes, ni de faire) bon marché même de la science, en glorifiant cette Eglise orthodoxe, dont les membres les plus purs et les plus zélés, ceux qui se vouent au service de Dieu, pourrissent dans l'ignorance et laissent détruire les plus précieux manuscrits. Ses objections sont d'un autre ordre. Il parle d'abord, pour la forme, de la question polonaise : puis de ce détail, de cet accident, il passe au point fondamental, à la question de principe. C'est là qu'il donne sa mesure. Au projet de M. Tischendorf demandant avec embarras, en termes détournés, l'union des diverses communions sous le protectorat du représentant armé de l'Église grécorusse, M. Taillandier oppose la fusion de toutes les croyances chrétiennes au nom de la civilisation, de l'humanité, de \n société moderne et de Yesprit invisible (c'est le sien). Citons ce morceau lourd et soigné, où l'impuissance el l'outrecuidance s'équilibrent dans une parfaite proportion.
« M. Tischendorf affirme que le jour où Jérusalem deviendra la capitale d'une fédération chrétienne, on verra se préparer la rénovation du christianisme; pour moi, je soutiens que cette rénovation ne dépend pas des destinées de la Jérusalem réelle, et que nous devons la chercher en nous-mêmes. L'avenir du christianisme n'appartient pas aux peuples qui domineront dans Jérusalem affranchie ; il appartient aux peuples qui appliqueront le mieux aux intérêts immortels de la religion les principes immortels aussi de la société
moderne. La vraie Jérusalem, la ville sainte d'où «ortira, comme dil M. Tischendorf, un Evangile nouveau, c'est le respecl des croyances chrétiennes qui la rebâtira toi ou tard. Ce grand architecte attendu des nations, ce sera la civilisation chrétienne intégrale, non pas celle des sectes, mais celle de l'humanité ; non pas celle (|iii se borne à la tradition d'un livre, niais celle que Y esprit invisible développe av. cœur du genre humain, celle qui s'est complétée par la France, par l'Allemagne, par VAngleterre, par le xvme siècle, par la Révolution; — ce sera, en un mot, le christianisme père delà société moderne et glorifié par elle. Que les Églises chrétiennes rivalisent de charité, que le catholicisme romain renonce aux traditions des âges grossiers et rejette hors de son sein tout ce qui offense l'Evangile, que le luthéranisme suédois déchire le code barbare qui le déshonore, que la politique russe efface, s'il se peut, les crimes commis au nom de la foi orthodoxe contre les catholiques de- Pologne, afin que l'humanité chrétienne poursuive ses destinées agrandies sous le soleil vivifiant dé la justice, alors, alors seulement on pourra dire avec le poète :
« Jérusalem renaît plus charmante et plus belle. »
Dans les Mystères de Paris, roman malpropre où sont glorifiés les principes de la société moderne, M. Eugène Sue fait servir à l'un de ses héros un arlequin. C'est un ramassis faisandé des aliments les plus disparates : des ortolans et des tripes, de la choucroute et des fraises, du cervelas et de la crème. M. René
Taillandier s'entend, lui aussi, à fabriquer L'arlequin; seulement, comme il est penseur, il offre au public l'arlequin philosophique, et religieux. C'est un plat i{ue l'on rencontre très-souvenl dans la Revue des Deux- Mondes, où il est fort goûté. Rarement il y a été mieux réussi. 11 faudrait cent pages pour relever les contradictions, les puérilités, les absurdités, les blasphèmes que renferment ces vingt lignes. L'auteur, perdu dans sa période, parle d'an édifice qui n'a pas encore existé et «pie l'architecte de l'avenir rebâtira; il dit que cet édifice devra s'appuyer uniquement sur les croyances chrétiennes ; puis il lui donne aussitôt pour fondement le dix-huitième siècle et la Révolution. Voilà Voltaire, Diderot, Helvétius, Y Encyclopédie. Chaumette, Robespierre, Marat, Volney, c'est-à-dire l'athéisme, le matérialisme et la corruption sous toutes leurs formes, la négation absolue et systématique du christianisme, appelés à nous donner la civilisation chrétienne intégrale. Cette fois notre docteur restant logique, range parmi ses constructeurs l'Angleterre et l'Allemagne à côté de la France et de la Révolution. Pourquoi l'Italie et l'Espagne sont-elles exclues? Évidemment parce qu'elles sont restées catholiques, tandis que l'Angleterre et l'Allemagne devenaient protestantes et que la France était viciée par le philosophisme. Leur fidélité à l'Église les a empêchées de travailler à la confection de Y Évangile nouveau ; elles les a privées de ces semences de V esprit invisible qui, en détruisant la foi et les mœurs, développent au cœur du genre humain le vrai christianisme.
Ki comme s'il craignail que l'on Qe comprît pas la seule pensée qu'il ail su expliquer clairement, M. Saint- René Taillandier a soin de déclarer que le catholicisme romain doit être réformé. Il reproche à l'Église « 1 * • conserver les traditions des âges grossiers, d'enseigner le faux, (l'offenser l'Evangile. Quanl à lui, il le respecte, tout en reconnaissant que nous avons besoin d'un Evangile nouveau.
Les expressions manquenl pour exprimer les sentiments qu'excite cette outrecuidance. On a beau en sentir le ridicule el la misère, on ne peul se défendre d'une certaine irritation. N'est-il pas insupportable d'entendre ce pauvret déclarer d'un ton capable cl serein, au nom des croyances chrétiennes, que l'Eglise esl infidèle à sa mission, qu'elle devrait enfin renoncer à ses vieilles traditions, pour enseigner la vérité à la suite de lui, Saint-René Taillandier, apôtre delà civilisation chrétienne intégrale?
}lais pourquoi se fâcher?... Quand il est si évident qu'un homme ne sait pas ce qu'il pense, il faut lui montrer de l'indulgence, dans la pensée qu'il ne sait pas ce qu'il dit.