‹ Critiques et croquisChapitre 8 sur 32 · LES MÉMOIRES D'UN POETE · texte numérisé non relu

LES MÉMOIRES D'UN POETE

Le titre de ce chapitre n'est pas précisément celui du livre que nous voulons examiner. Le livre est intitulé : Victor Hugo raconte par un témoin de sa vie. Ce témoin de la vie de M. Hugo n'est pas très-sûr : c'est M. Hugo lui-même. Du reste, l'auteur ne songe guère à se cacher. S'il se met en scène à la troisième personne, c'est affaire de goût et non pour dissimuler l'identité du héros et de son panégyriste (1) . Il ne donne pas seulement des détails intimes sur sa vie, il nous fait assister au développement de sa pensée dès l'âge le plus tendre; il raconte ses plus lointains souvenirs, notamment qu'il commença ses études à trois ans, dans une école où il y avait un puits et où il regardait Mademoiselle Rose mettre ses bas; il répète ses premiers bons mots, révèle ses plus secrètes aspirations, note ses impressions les plus personnelles comme les plus fugitives , et travaille avec un soin pieux à mon-

(1) Il est convenu dans la presse d'attribuer ces deux volumes à Mine Victor Hugo. Je ne vois pas pourquoi je me prêterais à celte fiction, qui, d'ailleurs, n'enlèverait au véritable auteur aucune responsabilité. Si M. Hugo n'a pas tout écrit, i! a tout 'ourni et tout revu.

trer que s'il a porté toutes les cocardes, il n'a jamais eu au fond, — bien au fond, — qu'une seule opinion. Nous ne chicanerons pas le poète sur ce détail. Nous sommes même très-sincèrement disposés à reconnaître une certaine unité de pensée sous la diversité de ses actes. 11 y a toujours eu, «mi effet, chez M. Victor Hugo, un sentiment tic haine contre La société. Cependant il est di' ceux pour Lesquels la vie a été brillante et facile : niais s'il a beaucoup reçu, il a toujours trouvé qu'il ne recevait pas assez. Ses succès n'ont pu répondre à ses prétentions et son orgueil a été blessé jusque dans ses triomphes. Ce livre, composé sur ses notes et avec des extraits du journal où il se raconte pour la postérité, révèle à chaque page L'égoïsme intellectuel le plus absolu et, par conséquent, le plus irritable, ('-'est la maladie du moi.

En qualité de penseur égalitaire, M. Victor Hugo tient à prouver qu'il est de souche aristocratique. Le titre de comte donné à son père par Joseph Bonaparte, alors roi de Naples ou d'Espagne, lui paraissant de trop fraîche date, il a soin de remonter plus haut. Les Mémoires débutent ainsi :

« Le premier Hugo qui ait Laissé trace, parce que les « document» antérieur* ont disparu..., est un Pierreci Antoine Hugo, né enl532,conseillerprivé du grand- « due de Lorraine et qui épousa la fille du seigneur « de Bioncourt. » Suivent des renseignements sur toute la descendance,

Évidemment, M. Hugo déplore l'apparence roturière

de son nom et veut établir que La particule ne fait pas le noble; il a raison, elle n'est même pas toujours un signe de noblesse. Autrefois les articles de, du, le, de lu, s'attachaient au nom du bourgeois, du vilain, du plus humble artisan connue à celui du gentilhomme. <>n n'était pas noble ai regardé comme tel, parce que le de ou le du précédait votre nom. D'autre part, des familles d'une très-ancienne noblesse, les Mole, les Séguier, les Pasquier, les Colbert et beaucoup d'autres signaient simplement ou Mole, ou Colbert, ou Séguier. Les anoblis, obéissant à la règle, ne prenaient pas la particule. La noblesse donnait des privilèges: elle ne pouvait ni allonger ni raccourcir le nom patronymique. Le matelot Jean Bart, devenu chef d'escadre et noble, ne signait pas Jean de Bart. Donc, la revendication de M. Victor Hugo n'a rien en elle-même d'impossible ni d 'invraisemblable. Seulement, elle nous étonne, d'abord à cause des opinions présentes de l'auteur, ensuite parce qu'il s'est d'ailleurs proclamé roturier :

Mes jours

Dans une humble roture ont commencé leur cours.

M. Victor Hugo ne parle pas seulement de ses ancêtres, parmi lesquels il compte un évèque; il entre dans de longs développements sur son « père vieux soldat » et sa « mère Vendéenne (1). » Il le fait avec

(1) Mme Hugo n'était pas Vendéenne; elle était de Nantes, et Nantes n'appartient pas à la Vendée,

plus d'affection que certains auteurs de Mémoires, nos contemporains; mais il manque, comme eux, de tact et de convenance, .le ne comprends pas, par exemple, qu'un tils, même libre pensi ur, vienne dire au publie que sa mère étail parfaitement incrédule et taisait ti du mariage religieux.

Voici de quel ton dégagé M. Hugo raconte l'union de ses parents :

« Les deux jeunes gens se marièrent civilement à l'Hôtel de Ville même. Il n'y eut pas de mariage religieux. Les églises étaient fermées dans ce moment, les prêtres enfuis ou cachés. Les jeunes gens ne se donnèrent pas la peine d'en trouver un. Lu mariée tenait médiocrement à la bénédiction du curé, et le marié n'y tenait pas du tout. »

Notons qu'à cette époque, — 1797 ou 1798, — bien que les églises ne fussent pas encore rendues au culte, il était facile de trouver un prêtre, mais les jeunes gens n'il tenaient pas. Il paraît, du reste, qu'ils n'y tinrent jamais. L'auteur, qui entre dans les détails les plus minutieux, ne dit nulle part que son père et sa mère reconnurent un jour le devoir de joindre à leur union civile le sacrement de mariage.

La religion, restée étrangère àl'union des parents, fut écartée de l'éducation des enfants. Le général Hugo, attaché à la personne de Joseph Bonaparte passé roi d'Espagne, devint en 1811 gouverneur de Madrid. Il appela auprès de lui sa femme et ses trois tils restés à Paris. L'ainé. Abel, fut mis dans les pages du roi; les deux autres, Eugène et Victor, entrèrent au col-

lége dos nobles. La règle du collège portait que chaque élève devait à son tour servir la messe. M. Hugo rapporte comment sa mère les déchargea de cet assujettissement.

« Mme Hugo, dit-il, avait sa croyance à elle, qu'elle avait prise moitié dans la religion et moitié dans la philosophie. Elle voulait que ses fils eussent aussi leur religion telle que la leur feraient la vie et la pensée. Elle aimait mieux les confier à la conscience qu'au catéchisme. Aussi, lorsque don Bazile (le directeur du collège) lui avait parlé de leur faire servir la messe, elle s'y était vivement opposée. Don Bazile ayant répliqué que c'était une règle absolue pour tous les élèves catholiques, elle avait coupé court à toute discussion en disant que ses fds étaient protestants.

« Eugène et Victor ne servirent donc pas la messe, ' mais ils l'entendaient; ils se levaient quand les autres se levaient, mais ne faisaient aucun autre simulacre et ne répondaient pas aux prières. Ils n'allaient pas à confesse et ne communiaient pas. »

Il y aurait beaucoup à dire et même à rire, — si le sujet admettaitla gaieté, — sur cette croyance prise moitié dans la religion, moitié dans la philosophie, et de ces deux moitiés faisant le néant. Ce trait montre bien M. Hugo. On le reconnaît encore lorsqu'il dit de sa mère qu'elle voulait pour ses fds la religion que leur feraient la vie et la pensée. Elle n'en cherchait pas aussi long : elle était incrédule et trouvait à propos d'élever ses enfants dans l'incrédulité. Il faut noter que cette incrédulité n'était pas le fruit de l'ignorance. Mme Hugo

sortait d'une famille chrétienne. Au moment où elle se mariait civilement, disent Les Mémoires, <( ses sœurs, à force de dévotion, se faisaient Ursulines.

Le lecteur se demande peut-être si M. Hugo, qui passait pour protestant au collège de Madrid, appartenait à un culte quelconque. Oui, il appartenait au culte catholique. Sa mère, oubliant ses principes, lui avait fait, (1rs sa naissance, une religion. M. Hugo nous raconte qu'il a été baptisé à Besançon et a eu pour parrain le général Lahorie, ancien aide-de-camp de Moreau. Lahorie fui plus tard compromis dans la conspiration Malin et fusillé.

Lorsqu'il fallut quitter L'Espagne, Mme Hugo revint à Paris et donna pour professeur à ses fils un ancien prêtre de l'Oratoire, « un brave homme, o dit M. Hugo. « La révolution l'avait épouvanté, et il s'était vu guila lutine s'il ne m' mariait pas; il avait mieux aimé « donner sa main que sa tète. Dans sa précipitation, o il n'était pas allé chercher sa femme bien loin ; il » avait pris la première qu'il avait trouvée auprès de « lui, sa servante. » Ce brave hennin' paraissait trèsheureux d'être en ménage et, par conséquent, ne troublait pas la conscience de ses élèves. Si ceux-ci croyaient à quelque chose, c'est qu'ils le voulaient bien. 11 paraît que M. Hugo continua d'attendre que la vie et la pensée lui fissent une religion. Il attendit longtemps et Ton ne voit pas dans ses Mémoires qu'il ait fait sa première communion. Ces détails expliquent bien des choses : ils jettent sur toute la vie de M. Hugo,

sur toute son œuvre, des lumières dont il n'a pas luimême la perception.

Voici, quant à l'éducation de notre auteur, encore un trait qu'il faut rapporter.

Il rappelle avec complaisance que Mme Hugo n'avait « pas voulu violenter l'âme de ses lils et leur faire une religion; » puis il ajoute : « elle ne gênait pas plus leur intelligence que leur conscience. » Cela signifie qu'elle autorisait et même provoquait les plus mauvaises lectures. Aimant elle-même beaucoup à lire, elle faisait essayer ses livres par ses enfants afin de ne pas s'embarquer dans une lecture ennuyeuse. Le reste ne l'inquiétait guère. Elle eut bientôt épuisé tous les livres avouables du cabinet littéraire où elle se fournissait. Écoutons maintenant M. Hugo :

« Le libraire avait bien encore un entre-sol, mais il ne se souciait guère d'y introduire des enfants : c'était là qu'il reléguait les ouvrages d'une philosophie trop hardie ou d'une moralité trop libre pour être exposés à tous les yeux. Il fit l'objection à la mère, qui lui répondit que les livres n'avaient jamais fait de mal, et les deux frères eurent la clef de l' entre-sol.

« L'entre-sol était un pêle-mêle. Les rayons n'avaient pas suffi aux livres et le plancher en était couvert. Pour n'avoir pas la peine de se baisser et de se relever à tout moment, les enfants se couchaient à plat-ventre et dégustaient ce qui leur tombait sous la main. Quand l'intérêt les empoignait, ils restaient quelquefois là des heures entières. Tout était bon à ces jeunes appétits, prose, vers, mémoires, voyages, science. Ils

lurent ainsi Rousseau, Voltaire, Diderot, ils lurent Faublas el d'autres romans de même nature. »

Qu'une mère fasse essayer de tels Livres par ses fils, à des enfants de douze à treize ans, pour ne pas s'exposer à une lecture ennuyeuse, c'est un aveuglement qui consterne; mais que le fils vienne cinquante ans plus tard conter le fait au public, c'est inexplicable. M. Hugo éprouve cependant, en rapportant cet exemple de laisser-aller, une sorte d'embarras dont il ne se rend pas compte; il sent vaguement que M'nc Hugo accordait trop de liberté à l'intelligence, laquelle n'a certes rien à voir dans Faublas et autres romans de même nature, proscrits par la police. Il ajoute : i Avec « cela, Mme Hugo était, pour tout ce qui louchait à la « vie positive et matérielle, une mère très-ferme et « presque sévère. »

Et le père, que disait-il? Le père! il paraît pou. Sous l'empire, il faisait son métier en brave soldat et ne pouvait guère s'occuper de ses enfants; quand il fut libre, il ne s'en occupa pas du tout. L'auteur dit à ce sujet : « Victor voyait moins que jamais son père, « qui, deux ou trois fois Tan, tout au plus, venait pasci ser un jour ou deux à Paris. Dans ces rapides pas- « sages, le général ne logeait même pas chez sa femme. « Ces perpétuelles séparations n'avaient pas été, on « le devine, sans relâcher l'union du ménage ; le mari « et la femme s'étaient habitués à vivre l'un sans « l'autre, et c'était maintenant la volonté qui les sé- « parait autant que la nécessité, o On devine, en effet. que le lien du ménage était très-relâché; mais on ne

devint' pas pourquoi M. Hugo éprouve le besoin de dire toutes ces choses au public. Il pouvait se raconter sans méconnaître ainsi la loi fondamentale du respect :

Tes père et mère honorera*. Il ne sent pas, il est vrai, le triste caractère de cette confession.

J'ai dit en commençant et je tiens à répéter que si M. Victor Hugo montre son père et sa mère sous un jour qui ne fait pas briller son tact, il ne songe nullement à les critiquer. Tout au contraire, il veut les peindre en beau. Quiconque, par exemple, le croira sur parole, devra regarder le général Hugo comme l'un des plus grands hommes de guerre de l'épopée napoléonienne. Je ne le chicanerai pas sur ce point. Je tiens même à reconnaître qu'il plaide très-bien la cause paternelle. Il y met de la vanité sans doute, mais il y met aussi du cœur. Du reste, le général Hugo a réellement fait preuve, en maintes circonstances, d'habileté, de courage et de vraie dignité. Le caractère de cette rapide étude ne me permet pas de résumer ses campagnes, qui remplissent une bonne partie du premier volume. J'y puiserai cependant deux ou trois traits.

Le général Hugo prit part, étant capitaine, aux guerres de la Vendée. Il put, dès le début, sauver a un enfant de neuf à dix ans, » qu'on se préparait à fusiller comme ayant été pris « les armes à la main. » Cinq ou six semaines plus tard, un escadron, qui se rendait à Nantes, reçut quelques coups de fusil en passant devant Bouquenay. Les soldats irrités se ruèrent sur ce village et en ramenèrent deux cent quatre-vingt-

douze prisonniers dont vingt-deux femmes. I ne commission spéciale lit immédiatement exécuter les deux MMii soixante-dix hommes. Le capitaine Hugo avait demandé, — et c'était vraiment un acte de courage, — qu'au lieu de fusiller ces hommes, on les envoyât travailler aux mines dans l'intérieur de La France. On jugea ensuite les femmes. Le jeune capitaine présidait la commission ; il insinua que ces malheureuses étaient déjà sévèrement punies par la mort de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris et de leurs enfants. Elles furent acquittées. Celte décision était très-exceptionnelle, nue de Vendéennes ont été exécutées sans qu'un seul coup de fusil tut parti du village où on les avait saisies!

Le général Hugo n'a jamais fait la grande guerre. Attaché à Joseph Bonaparte, il fut chargé de mettre lin au brigandage napolitain de ce temps-là et eut le mérite de prendre Fra-Diavolo. 11 suivit le roi Joseph en Espagne et lutta avec une heureuse énergie contre les guérillas espagnoles. M. Victor Hugo, tout en racontant avec amour les exploits de son père, a été saisi d'un scrupule. Il a reconnu que ce brave soldat avait médiocrement tenu compte des nationalités. Et crai gnanl de se compromettre aux yeux des démocrates par une telle origine, il s'est appliqué, sans succès, à établir qu'en 1810, un homme, habitué à voir le vrai a dans les plis de ce morceau d'étoffe » qu'on appelle drapeau, pouvait chercher à l'étranger une revanche de la France envahie la première par l'Europe. C'est là, dit-il, une circonstance atténuante. Il oublie que le

général Hugo, devenu comte espagnol et .songeant à faire souche en Espagne, guerroyait non pour la France, mais pour Joseph Bonaparte et pour luimême.

Le désir de mettre sou passé et celui de sa famille en harmonie avec ses idées, ses visées et ses billevesées actuelles, entraîne M. Victor Hugo dans plusieurs écarts de ce genre. L'ancien pensionné de la Restauration, l'ancien pair de France de la dynastie de Juillet, l'ancien candidat des conservateurs de 1848 veut absolument mettre de l'unité dans son passé. Il ne s'aperçoit pas que s'il établissait son unité, il nierait sa sincérité.

M. Hugo donne, d'ailleurs, d'intéressants et instructifs détails sur la résistance des Espagnols. Il laisse de côté l'ensemble des événements, mais il rapporte différents faits qui éclairent toute la situation. Lorsque sa mère voulut se rendre de Bayonne à Madrid, où le général l'appelait, elle dut attendre le départ d'un convoi, car il était impossible à des Français de voyager en Espagne sans une escorte militaire. « L'escorte, dit M. Hugo, était formée de quinze cents fantassins, de cinq cents chevaux et de quatre canons. Deux canons étaient à l'avant-garde et deux autres derrière le trésor. » Voilà à quelle condition les amis et les fonctionnaires de Joseph pouvaient traverser ses États. Voici comment ils y étaient reçus :

« Le convoi logeait chez les habitants, quand il y avait des habitants. Leur accueil était sombre comme la défaite et froid comme le ressentiment... Vous frap-

piez, personne, vous frappiez encore, rien. Un nouveau coup, la maison était sourde. Enfin, à la dixième retombée du marteau, el plus souvent à La vingtième, un guichel s'entrouvrait et une figure de servante apparaissait sèche, lèvres serrées, regard glacé. Cette servante ne vous parlait pas, vous laissait dire ce que vous vouliez, disparaissait sans répondre, et, quelque temps après, ouvrait et entrebâillait la porte. Celle qui vous ouvrait n'était pas L'hospitalité, c'était la haine. Vous étiez introduit dans des pièces meublées du strict nécessaire. Pas un objet de commodité ou d'agrément; l'aisance était absente, le luxe proscrit. L'ameublement même était hostile, les chaises vous recevaient mal et les murs vous disaient : Va-t'en ! La servante vous montrait les chambres, la cuisine, les provisions, s'en allait, et vous ne la voyiez plus. Vous ne voyiez jamais les maîtres. Ils avaient su qu'ils auraient à loger des Français, ils avaient fait préparer les chambres et la nourriture; ils ne devaient rien de plus. Au premier coup de marteau, ils se retiraient, avec leurs enfants et leurs domestiques, dans leur pièce la plus reculée, s'y enfermaient et attendaient, emprisonnés chez eux, que les Français fussent repartis. Vous n'entendiez ni un pas, ni une voix. »

Mme Hugo reçut une fois cependant un accueil tout différent. La maison était meublée avec luxe, et le propriétaire se mit de très-bonne grâce aux ordres des voyageurs. Le jour du départ, 3I"'e Hugo exprima le désir d'acquérir un vase qu'elle avait remarqué. L'Espagnol le lui donna immédiatement. — Combien?

lui dit-elle. Il affecta de ne pas comprendre. Bile insista. Alors son hôte lui répondit, avec un sourire amer, qu'il > avait un malentendu entre eux, que madame la générale était chez elle et non chez lui; que tout était aux Français. L'Espagne et les Espagnols; que son pays étant en esclavage, il s'était, lui, conduit en esclave, mais qu'il n'était pas marchand de pots, et qu'il était surpris, d'ailleurs, que les Français eussent tant de scrupule à prendre un pot, quand ils en avaient si peu à prendre les villes.

Ces sentiments éclataient partout, en toute occasion, sous toutes les formes. M. Hugo se complaît à les retracer, et il y réussit bien, car l'emphase est ici chose supportable et, d'ailleurs, elle n'est pas prodiguée.

Revenons à la biographie intime de l'auteur.

En dépit de son éducation, M. Victor Hugo entrevit un instant les lueurs de la foi. Il avait vingt-un ans, sa mère était morte et l'isolement lui paraissait rude. L'abbé duc de Rohan lui parla de Dieu. — Mais je suis religieux, reprit le jeune poète. — Avez-vous un confesseur? — Non. — Il vous en faut un, je m'en charge. L'auteur ajoute: o Victor était dans une de es heures de désespoir où l'on renonce à soi et où « l'on se laisse l'aire. Il lui était, d'ailleurs, indifférent « de confesser une vie qui n'avait rien à cacher. Le duc « n'eut pas beaucoup de peine à le décider, et, pour « qu'il ne se ravisât pas, vint le prendre dès le « lendemain. »

L'abbé de Rohan conduisil son jeune ami chez l'abbé Frayssinous, qui se montra trop conciliant.

i itte religion mondaine el commode n'était pas, « dit aotre auteur, celle que voulait Victor. L'abbé

acheva de l'éloigner en lui disant <lu bien dos Jéi suites et du mal de M. de Chateaubriand, a M. de Rohan accepta les scrupules du sévère néophyte et lui offrit de s'adresser à Lamennais. Il y consentit, s' avouant sans peine, d'après les observations de son guide, que, s'il promit un bon curévulgaire, il le dirigerait au lieu d'en être dirigé, et qu'il lui fallait une intelligence. Le lendemain on étail chez Lamennais.

— Mon cher abbé, dit le duc, je vous amène un pénitent.

Il nomma Victor, auquel M. de Lamennais tendit la main.

« Victor se confessa très-sérieusement et avec tous les scrupules des examens de conscience. Son gros péché fut les agaceries que lui avaient faites Mesdemoiselles Duchenois et Lcverd (1). M. de Lamennais, voyant que c'était là ses grands crimes, remplaça désormais la confession par une causerie : »

J'ai analysé très-exactement tout ce passage des Mémoires, et, ne voulant pas mettre en doute la bonne foi de M. Hugo, je dois me borner à croire que ses souvenirs ne sont pas toujours très-sûrs. Il y a là, en effet, des invraisemblances et même des impossibilités.

I Deux actrices célèbres de ce temps-là.

M. Victor Hugo déjà connu, presque célèbre et doué d'uni1 confiance illimitée en lui-même, ne s'est pas laissé faire aussi facilement qu'il le dit. Ou il a résisté, hésité, contesté, ou il était dans les dispositions d'esprit qui le portaient sérieusement vers les pratiques religieuses. Dans tous les cas, cet acte si grave n'a pu être accompli avec la froide indifférence qu'il affecte aujourd'hui. Un jeune homme de vingt ans, qui a déjà vécu, et dont l'intelligence supérieure aime a tout approfondir, n'entre pas pour la première fois dans le confessionnal sans avoir subi une forte secousse. Mais M. Hugo craindrait, sans doute, de se compromettre vis-à-vis de ses amis du jour, en rapportant les angoisses et les joies qui durent alors assaillir son cœur et son esprit. Il trouve piquant de dire que Lamennais a été son confesseur, mais il a soin d'établir que la confession a été pour lui un acte sans importance, sans signification, un abandon de jeune homme, une curiosité de bel esprit mélancolique.

C'est probablement aussi pour se mettre en règle avec la Révolution et le socialisme, qu'il se pose comme ayant été dès cette époque hostile aux Jésuites.

D'autre part, il est très-difficile d'admettre que l'abbé Frayssinous ait effarouché, par une morale trop mondaine le puritanisme du jeune Victor. Néanmoins, cela n'est pas impossible, car les gens qui ne veulent rien donner, trouvent volontiers qu'on ne leur demande pas assez.

Mais ce qu'aucun lecteur chrétien n'acceptera, c'est la conduite que M. Hugo prête à l'abbé de Lamennais.

Il le montre confessanl une première fois son nouveau pénitent, puis le trouvanl trop pur pour le confesser encore el remplacanl désormais la confession par la causerie. C'esl là une idée de libre penseur. M. de Lamenais étail en lSi':; un prêtre rigide, plein de foi el plein de feu. 11 a certainement t'ait son devoir, et, par conséquent, il a trouvé que M. Hugo, nourri des plus mauvaises lectures, imprégné dé doctrine suspectes, en proie à toutes sortes d'aspirations ambitieuses, vivant dans un milieu très-fourni d'écueils, et, manquant absolument d'instruction religieuse, avait besoin de recourir souvent à la confession. Il lui a dit de revenir, il lui a conseillé des lectures, des études el donné une règle de vie, Voilà incontestablement commenl 1rs choses se sont passées. M. Hugo se trompe en disant le contraire. — Mais j'étais si pur! reprend notre auteur. Eh bien ! même en admettant eeiie pureté que plusieurs de mis aveux démentent étrangement, l'abbé de Lamennais, comme tout autre prêtre, vous eût dit : Revenez vous confesser; vous en avez grand besoin.

Nous ne trouvons plus rien dans les Mémoires de M. Hugo qui ait trait aux choses religieuses. Il est probable cependant qu'il essaya de la vie chrétienne; mais il tait ce détail afin de conserver son rang dans l'armée des libres penseurs. Les frères et amis ne lui pardonneraient pas de s'être confessé plusieurs fois. Et comme ils sont peu clairvoyants en ces matières, ils ne comprendront rien aux aveux indirects et involontaires des Mémoires. Il est certain, par exemple,

que M. de Lamennais, dont on nous cite trois ou quatre lettres, écrivait à M. Hugo comme on écrit à un chrétien. Son jeune ami lui ayant parlé de ses projets d'avenir, m'approuvait ; puis, faisant un retour sur lui-même, il ajoutait:

« Au reste, j'éprouve une grande douceur àm'abandonner à la providence; elle est si bonne pour ses enfants et pourtant nous nous inquiétons comme si nous étions orphelins. Un de mes amis dans l'émigration avait épuisé toutes ses ressources; il ne lui restait qu'une petite pièce de monnaie ; il la regarde ; il y lit ces mots : Deus providebit ; à l'instant sa confiance renaît, et, quoiqu'il ait dans la suite éprouvé bien des traverses, jamais le nécessaire ne lui a manqué.

« Vous me demandez, mon cher ami, où j'en suis de mon troisième volume (1); il est fini, mais l'ouvrage ne l'est pas, à beaucoup près. Mon dessein n'était d'abord d'offrir que des résultats ; mais ces résultats, quoique incontestables, auraient été contestés, attendu la disposition des esprits à mon égard. Je me suis donc décidé à présenter les preuves de tout ce que j'avance, c'est-à-dire le tableau de la tradition du genre humain sur les grandes vérités de la religion. Je sens fort bien que ces longs développements doivent jeter de la langueur dans la troisième partie de YEssai, mais que faire à cela ; l'auteur y perdra peut-être, mais la vérité

(i) Il s'agit de l'Essai sur V indifférence. Le 1er volume parul en 1817. Le troisième en 1823.

y gagnera, je crois; et c'esl toul ce que je désire, Le reste est trop vain pour s'en occuper... Ce qui me peine le plus, c'est d'être si longtemps séparé de mes amis. Il faut que je me redise de temps en temps que Dieu le veut, et il est vrai que ce mot répond à tout et console de tout. Priez pour moi, mon cher Victor. Je ne vous oublie point à l'autel et votre souvenir esl partout un des plus doux de mon cœur. »

Voici maintenant la réponse de M. de Lamennais à la lettre où M. Hugo lui annonçait son prochain mariage. On nous permettra de la citer tout au long, car elle nous reporte au Lamennais fidèle à l'Eglise, le cœur brûlant de foi, l'esprit chargé de nobles projets et donnant, avec un véritable accent de tendresse, les plus nobles conseils :

« Un événement qui fixe votre destinée, mon cher Victor, ne peut que nfintéresser bien vivement. Vous allez devenir l'époux d'une personne que vous avez aimée dès l'enfance, et qui est digne de vous connue vous êtes digne d'elle. Dieu, je l'espère de tout mon cœur, bénira cette heureuse union qu'il semble avoir préparée lui-même par un long et invariable attachement, par une tendresse mutuelle aussi pure que douce. Mais, en goûtant le bonheur d'être lié pour toujours à celle que votre cœur avait choisie, et qui vous a gardé, dans le secret du sien, une foi si constante, sanctifiez ce bonheur même par des réflexions sérieuses sur les devoirs qui vous sont imposés. Ce n'est plus un amour de jeune homme qui convient à votre étal présent, mais un sentiment plus solide et plus profond,

— 1 iO —

quoique moins impétueux. Vous êtes époux, vous serez prie; songez, songez souvent à tout ce que ces deux tires exigent de vous. Vous ne l'oublierez jamais, si vous vous souvenez que vous êtes chrétien, si vous cherchez dans la religion la régie nécessaire de votre vie, la force de supporter les peines dont nul n'est exempt et celle même d'être heureux. La joie que vous ressentez est légitime, elle est dans Tordre de Dieu, si vous la lui rapportez, et je me plais à en trouver dans votre lettre l'expression naïve et touchante. Mais entendez aussi que c'est une joie du temps et fugitive comme lui. Il y a une autre joie dans l'éternité, et c'est celle-là qui doit être l'objet de tous les désirs de vôtre Ame. Que le ciel cependant, cher ami, répande sur vous et sur celle dont le sort ne sera plus désormais séparé du vôtre tout ce qu'il y a de plus doux dans les grâces qu'il accorde aux jeunes époux. Qu'il daigne écarter de votre route, à travers ce monde, ce qui pourrait affliger votre vie et en troubler l'aimable paix. Voilà les vœux que forme pour vous le plus sincère et le plus tendre de vos amis. »

M. Hugo était-il alors digne d'entendre ce langage et capable de le comprendre? On pourrait en douter, car voici les lignes qui , dans les Mémoires , suivent la lettre de M. de Lamennais :

« Bientôt après cette lettre, M. de Lamennais revint à Paris, et ce fut lui qui donna à Victor le billet de confession dont il eut besoin pour se marier. »

Cette phrase est louche ; elle semble indiquer, — surtout d'après le ton général du livre, — que M. Hugo

demanda un billet de confession comm i demande

un acte quelconque de l'état civil, et que M. de Lanit'ii nais, ne voyant là qu'une simple formalité matérielle, lui donna sans condition »■«• papier, dont il avait besoin. Ces insinuations manquent de vérité M. de Lamennais n'a certainement donné le billet qu'apr^s avoir entendu la confession. Si M. Hugo recule devant cet aveu, crainte de perdre l'estime di amis, il lui reste une ressource : c'est de dire qu'il ne s'est pas confessé sincèrement. Les -eus auxquels il veut plaire '-ne lui pardonneraient pas un acte de foi, mais ils accepteront sans peine un acte d'hypocrisie. Quant à moi, je crois qu'il fut sincère; et si j'insiste sur les misérables efforts qu'il fait aujourd'hui pour antidater son incrédulité, c'est parce que ses efforts contiennent un précieux enseignement. Et puis le souvenir du Lamennais révolutionnaire ne doit pas nous empêcher de défendre le Lamennais qui défendit l'Eglise.

Nous ferons une autre observation sur les confidences du poète au sujet de son mariage. Les Mémoires nous donnent divers extraits des lettres que M. Hugo écrivait à celle qui allait être sa femme. 11 y parlait naturellement de poésie et d'amour; il le faisait, d'ailleurs, avec retenue et aussi avec une certaine grandeur.

« Lorsque deux âmes, disait-il, qui se sont cherchées plus ou moins longtemps dans la foule, se sont enfin trouvées, lorsqu'elles ont vu qu'elles se convenaient , qu'elles s'entendaient , en un mot qu'elles étaient pareilles l'une à l'autre, alors il s'établit entre

elles une union ardente et pure comme elles, union qui commence sur la terre pour ne pas finir dans le ciel. Cette union est Y amour, l'amour véritable , tel à la vérité que le conçoivent bien peu d'hommes, cet amour qui est une religion qui divinise l'être aimé, qui vit de dévouement et d'enthousiasme, et pour qui les plus grands sacrifices sont les plaisirs les plus doux. »

L'amour de M. Hugo était certainement très-profond et très-dévoué ; néanmoins il nous permettra de n'y pas voir une religion. Du reste, ce sont là licences de poëte et d'amoureux sur lesquelles on peut passer, surtout lorsque le ton général est élevé , et que la pensée est pure. Ce que nous voulons signaler ici, c'est le fait même de la publication. M. Hugo ne se borne plus à s'écrier comme le poëte des Feuilles d'automne:

Oh ! mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse ! C'est donc vous ! je m'enivre encore à votre ivresse. Je vous lis à genoux !

il va plus loin, il livre cette correspondance au public, il bat monnaie avec des souvenirs que l'on outrage en les divulguant. Que l'écrivain, lorsqu'il étudie les choses de la vie , laisse passer dans ses œuvres un écho de ses douleurs et de ses joies, qu'il y montre comme un reflet de son âme et de son cœur, c'est inévitable. Mais il n'y a là rien de personnel ; ce sont des appréciations générales et non des confidences. Dirat-on que M. Hugo donnant ses Mémoires devait aller plus loin? Nous ne le contestons pas. Il pouvait parler

de son mariage , il pouvail môme indiquer discrètement que ses espérances étaienl grandes et avaient

été remplies. Nous n'admettons pas qu'il pût fouiller dans ses tiroirs et nous donner, même par extrait,

les lettres d'amour qu'il écrivait à sa fiancée. Il y a des êpanchements dont on ne doit pas trahir le mystère. La tendresse la plus légitime est tenue à la réserve devant le public ; si elle l'oublie, doutez de sa délicatesse et de sa profondeur.

Voici un dernier extrait des lettres de M. l'abbé de Lamennais à M. Hugo. Celui-ci venait de visiter un coin de la Suisse et de la Savoie ; il avait parlé de Genève à son illustre ami ; M. de Lamennais lui parlait de Rome :

«,.. J'ai connu des gens qui ne pouvaient souffrir cette belle campagne de Rome, modèle de grandeur et même de grâce dans son apparente désolation. Quand le soir on passe devant le tombeau de Métella et les catacombes de Saint-Sébastien, et qu'à travers les ombres des vieux Romains et des souvenirs de vingt siècles, seuls habitants de cette solitude, on arrive au Mont-Sacré, tout ce qui se remue dans l'âme est inexprimable. Pas une chaumière, pas un arbre, quelques aigles qui planent sur ce sol désert où une multitude de petites collines, semblables aux flots de la mer, forment d'immenses ondulations, une lumière douce et moelleuse qui s'épaissit pour devenir la nuit; voilà tout ; mais c'est Rome encore avec sa puissance, avec son empire, et vous êtes subjugué par son fantôme même... »

A propos de Genève, que M. Hugo louerait aujourd'hui, mais qu'il traitait rudement en 1825, M. de Lamennais disait :

o Genève au bord de son lac, triste, froide, pesante, élevant de temps en femps un cri aigre et discordant, ressemble à un cormoran sur un rocher. Ce serait l'honorer beaucoup trop que de l'offrir en sacrifice à la ville Éternelle. Quand l'industrie sera tout à fait divinisée, on pourra tout au plus la traîner à son autel. »

M. Victor Hugo, qui comptait déjà dans les lettres, ne tarda pas à prendre la tête du mouvement romantique. Il publia en 1826 la seconde édition de ses Odes et arbora résolument, dans sa préface, le drapeau de la liberté littéraire.

Rien,dansles premiers ouvrages de M. Hugo, n'indiquait une pensée chrétienne ; mais, comme les romantiques aimaient à parler du moyen âge, faisaient profession d'admirer les églises gothiques et méprisaient le dix-huitième siècle , il fut convenu que la nouvelle école avait des tendances catholiques. De plus, les feuilles voltairiennes attaquaient très-vivement et très-pauvrement les doctrines littéraires de M. Hugo; ces attaques contribuèrent à lui conserver longtemps de chauds amis parmi les hommes dévoués à l'Église. Aussi, dès 1830, M. de Montalembert, alors Agé de vingt ans, mais déjà prêt pour le combat, voulut-il lui être présenté. Voici comment M. Hugo raconte cette première entrevue :

Un jour que M. Victor Hugo accrochait dans son cabinet une bibliothèque composée il»' quatre planches reliées entre elles par des cordes, el qu'il s'en lirait assez mal, le prince de Craon lui amena un jeune homme blond, d'un visage agréable, où l'on ne voyait d'abord que de la douceur el ensuite que de la finesse. Ce jeune homme était allé à Hernani et avait voulu complimenter l'auteur. 11 était ravi de voir le théâtre s'affranchir; il voulait la liberté partout. Il s'appelait .M. de Montalembert. o

On sent sous ces lignes, d'une indifférence calculée, un assez vif souvenir de certaines rencontres de tri hune, où vingt ans plus tard le jeune homme blond malmena rudement l'auteur à'Hernani. Et notez que M. de Montalembert, qui a t'ait subir de si rudes échecs oratoires à M. Hugo, a le premier peut-être jeté dans l'esprit de cet homme de lettres l'ambition d'être orateur politique. M. Hugo raconte un procès qu'il eut à propos de son drame, le Roi s'amuse , et rappelle avec orgueil qu'il fut son propre avocat : « Quand M. Victor « Hugo, dit-il, eut fini de parler, il fut entouré el

complimenté. M. de Montalembert lui dit qu'il était « un orateur autant qu'un écrivain, et que, si on lui

fermait le théâtre, il lui resterait la tribune. » Assurément, M. de Montalembert s'est trompé dans cette circonstance... comme dans quelques autres; mais quel avantage M. Hugo trouve-t-il à le rappeler?

Nous ne savons si M. de Montalembert attendait encore quelque chose de l'auteur du Roi s'amuse; il esl certain, au moins, qu'il eut de singulières illusions

sur l'auteur de Notre-Dame de Pans. M. Hugo le constate; il cl i t que l'un des journaux les plus bienveillante pour ce détestable roman, e fut l'Avenir, rédigé par

« MM. de Lamennais, do Montalembert et Lacordaire, « qui fit trois articles. » L'auteur de ces articles était M. de Montalembert. Évidemment, le jeune homme blond voyait encore une pensée religieuse sous la religiosité archéologique de M. Hugo. D'autres, plus mûrs, entretenaient les mêmes erreurs. Bientôt il fallut se rendre, car le caractère antisocial, antichrétien des aspirations de M. Victor Hugo devenait évident. Les catholiques les plus sensibles à la sonorité des grands mots reconnurent enfin un ennemi de race dans cet écrivain qu'ils avaient pris pour un allié.

Nous n'avons examiné qu'un côté de ce livre, — le coté qui pouvait le mieux montrer le fond de l'homme en nous apprenant comment il a été formé. Que résultet-il de cette sorte d'enquête ? Il en résulte que M. Victor Hugo a été élevé en dehors de tout principe solide; que rien de ferme n'a fécondé son esprit. Il a eu des tendances, mais pas de croyances, des aspirations, mais pas de résolutions. Par suite même de ces facultés, qui se résument dans l'imagination, il avait particulièrement besoin d'une direction vigoureuse, calme et suivie; toute direction lui a fait défaut. La base chrétienne qui avait manqué à l'union de ses parents a manqué également à son enfance et à son éducation. Un instant il s'est approché de la vérité ; mais son es-

prii n'a pas su la reconnaître, ou son cœur n'a pas trouvé la force de s'y dévouer. Il s'esl cru tourà tour légitimiste, orléaniste, conservateur, libéral, démocrate; il s'est même cru catholique ; maintenant il se croit socialiste. Au fond, en politique comn n religion, il n'a jamais eu que des opinions d'amateur dictées par son orgueil ou ses intérêts.

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