‹ Critiques et récits littérairesChapitre 11 sur 32 · ARRIVÉE ET RÉCEPTION A SA.N-FRAÎÎC1SC · texte numérisé non relu

ARRIVÉE ET RÉCEPTION A SA.N-FRAÎÎC1SC

Au moment où la violence de la tempête venait de rf-^ parer Tom de ses amis, leurs trois voix s'unirent dans on cri de détresse qui s'éleva en même temps du brick qni enfonçait et de l'embarcation que Touragan emportai! M loin. David et File-ton-Nœud purent dîslinguer un moment à la lueur des éclairs les gestes d»» désespoir do r.\mérioain, qui, les bras le^^s au ci^, leur envojaii «d

LA TOISOIV D 01. 34

funèbre et suprême adieu. Puis, précipités dans le creux des flots et assourdis par la tempête, ils ne virent et n*cntendirent plus rien.

n fallut toute l'adresse, le sang-froid et la force dos deux amis pour garantir la chaloupe contre l'immersion dont les menaçaient à tout instant des lames gigantesques. Us ne savaient de quel côté était la terre ; l'eussent-ils su d'ailleurs , le (lot était trop violent pour qu'aucune force humaine pût le dominer. Toute la nuit, l'aviron en main, ils s'épuisèrent en efforts et parvinrent à se maintenir à la surface des vagues, tantôt à leur crête, tantôt dans l'abîme. Enfin la mer se calma presque subitement. David pensa que la force des courants les avait enlramcs dans une baie. En effet, on entendit bientôt dans l'obscurité, à une grande dislance, le chant du coq, et peu après les premières gerbes de lumières sortant de l'Océan jetèrent un sourire vermeil sur le vaste amphithéâtre de verdure qui bornait partout Thorizon.

— Terre! cria File-ton-Nœud.

» Une ligne de maisons blanches pointait dans le lointain ; c'était San-Francisco.

Celle vue ranima nos aventuriers , qui firent force de rames et luttèrent si bien d'énergie qu'ils abordèrent enfin aa port tant désiré. On était au dimanche 30 avril 1848.

Quoiqu'ils eussent été fortement éprouvés par les fatigues 1*1 Ips émotions de la nuit précédente, ils ne purent

32 CONTES £T V0YAGB8.

rester insensibles au sublime tableau qui s'offrait à leur vue.

C'est qu'en effet le port de San-Francisco esl peutêtre le plus vaste et le plus beau du monde; une dizaine de gros vaisseaux, portant les pavillons de toutes les nations , mais surtout les pavillons anglais et américains se pavanaient fièrement dans cet immense espace ; ce port, encaissé entre^deux baies, est si vaste qu*il pourrait abriter, avec la plus grande sécurité, plusieurs centaines de navires; la première baie à droite, située au nord, se nomme San-Raphaël; Tautre, au sud, est connue soos le nom de Yerba-Buetia (bonne herbe), à cause des riches pâturages qui Tavoisinent , et qui présentent toutes les nuances diverses de la végétation. Du port, on aperçoit dans la campagne trois lignes parallèles aux reflets argentés, qui serpentent encaissées dans une nappe de prairies prolongée à perte de vue. Ce sont trois rivières : la première se nomme San-Juaquin , la deuxième Jesu- Maria; enfin , la plus éloignée est le très-vénéré Rio-Sacram-ento.

Les deux naufragés traversèrent le port. Sur le pont des bâtiments à l'ancre, aucun homme d'équipage n'apparaissait; les vaisseaux abandonnés se gardaient euxmAmes.

— (les gredins-là auront été pécher Je Tor, fit observer Fih*-ton-Nœud.

— Cela doit être, répondit David; mais fêla priMiw

LA TOISON b'oh. 33

en même temps que tout ce que Ton a dit sur ce pays est vrai.

Ils amarrèrent leur barque à la jetée déserte comme les navires et pénétrèrent dans la ville.

San-Francisco présentait contrairement à leur attente l'aspect le plus animé ; les rues étaient pleines de monde^ et la ville offrait en grand un spectacle bizarre assez semblable à celui que nous avons déjà vu sur le pont du brick la Mouette ; on apercevait surtout des Américains , des créoles espagnols donnant le bras à leurs femmes accompagnées de caméristes , choisies presque toujours parmi les plus belles filles indiennes. Au milieu des pâles |^an^ kieSf qui se reconnaissaient à leurs pantalons blancs et à leurs chapeaux de paille, au milieu des Indiens à deminus, on remarquait le Californien au teint bronzé, à Tœil noir et brillant, avec sa petite ve^ ronde aux broderies éclatantes, sa culotte de velours, sa ceinture de soie, ^le costume de Figaro dans le Barbier de Sécille,

File-ton-Nceud faisait remarquera David la grâce et la coquetterie des femmes ; leurs jupes de soie, coupées assez court pour faire voir des jambes rondes et fines, étaient couvertes de broderies écarlates ; leurs cheveux noirs tombaient en longues et luxuriantes tresses. Nous ne parlons pas des boucles d'oreilles, des colliers, des bracelets, des mille colifichets étincelants qui rehaussaient encore leur beauté. Rien n'était charmant surtout comme la façon dont elles se drapaient dans le reboifo, espèce d*é^

34 CONTES ET VOTÀGES.

charpe bariolée qui remplace la mantille de la vieille Espagne; elles le portaient de mille manières, et toutes gracieuses f celle-H^i sur les épaules , celle-là serrée sur k taille, autour du visage et toujours avec cette vivacité d*a^ kres et celte grâce agaçante qui font reconnaître en tout pays une Espagnole au seul maniement de son éventail. Et partout For brillait, scintillait, éclatait comme ud feu d'artiflce , For sur les habits , sur les robes, dans ks cheveux, aux bras, aux doigts, aux oreilles, For partoul. Des caballeros portaient, en guise de boucles d'oreiUe«, des petits lingots de la grosseur d'une noisette. Les deux amis ne pouvaient ouvrir assez les yeux pour contempl^T * ce splendide spectacle.

— En voilà-t-il tie ce métal , dit File-lon-Nœud, qui ne revenait pas de son étonnement. Et le jeune Pansies, garçon enthousiaste, comme on sait , serait probablemni resté jusqu'au soir en contemplation, s'il n'eût été rappela à la réalité par de cruels tiraillements.

— Sapristi I s'écria-t-il , j'ai mon serpent à sonneltw dans l'estomac. Si nous nous dirigions du côté de la marmite.

— Tu sais bien, répondit tristement David, que le poo d'argent qui me restait était dans ma valise , et la valise est dans ce moment avec le brick. . . .

--• Datis le troisième dessous, connu ! Mais moi qui n'ai jamais commis la légèreté d'avoir une valise, je porte mon argent dans ma poche. . . c'est plus sûr.

u Toisos ik'oa. M

^Tu as de rargenlt s'ëcrîa David.

— El la location et la veote du journal ! J'ai trente* euf piastres; ce qui fait, si je sais bien compter » cent uatre-vingt^quinze francs. Avec ça, on doit aller son pe* t boDhomme de chemin pendant quelques jours. Gierbons une auberge, nous avons le temps de voiries curiotés du pays , puisque nous sommes passés à l'état de aliforniens !

Complètement rassurés sur leur avenir, nos deux avenuriers entrèrent dans une hôtellerie avec le sans-façon rhommes à qui leur bourse bien garnie permettait de se lontrer exigeants.

Ils portaient des vêtements qui, a la première inspecon, n'inspiraient pas précisément la confiance ; File-toniœud surtout n*avait certes pas l'air d'un gentleman ^ee ses habits qui présentaient çà et là quelques intertices, en raison d'un raccommodage négligé, habits qui valent fait le voyage de Paris à San-Francisco, en pasantparricario.

^ Qu'est-ce qu'il y a pour votre service? demanda iiùte, Américain d'une trentaine d'années, qui tenait una ^p^cede boarding house et s'appelait John Marshall.

— Nous voulons diner d'abord, répondit David en je« int son chapeau de paille sur une chaise et en s'asseyant, ?s deux coudes sur la table, pendant que File^n-Nœud îomenait agréablement ses regards sur l'étalage, garni ^ différentes pièces de gibier.

L'hôte avait regardé les deux étnngers avec tin adr de dédain qui o*aanoncait pas une réception gracieuse. . . Le aans-géne des nouveaux arrivants ne fit qu'ajouter à sa mauvaise humeur.

— Il ne me reste plus rien, répondit-il brutalement.

— De quoi ! s'écria File-ton-Nœud. Et ce quartier de che\Teuil, et ce morceau de bœuf séché que j'aperçois ici; tout ça est donc en carton?

— Comme vous dites, répondit Thôle.

— Je vois ce que c'est, continua File-lon-Nœud, nolff accoutrement ne paie pas de mine. Vous dites : Voilà deux gaillards qui n'ont pas l'air cossu ; eh bien , détrompervous, mon brave homme, l'ouvrier charpentier n'est pas un niylord , mais il est honnête ; il ne demande à dîner que quand il peut faire honneur à son appétit.

Et en disant ces mots, File-ton-Nœud frappait éner^nquement sur son gousset, de manière à faille sonner!^

piastres.

A peine les mol^ d'ouvrier charpentier axaicnt-iU été prononcés, que la figure de l'hdte, complètement d^ ridée,. avait pris un air souriant.

— Vous êtes des ouvriers charpentiers, dit-il en regttdant avec attention David, dont les formes pleines de forée et d'élégance révélaient un rude travailleur.

— Oui, monsieur, répondit David.

— Et il n'y pas d'affront, ditFile-ton-Nœud; on n*esi

LA TOISOM D*OR. 37

luo des charpontiors, mais je vous répète qu'il n*y a rien k craindre avec nous.

Fa il recommença à tambouriner sur son gousset.

— Ces messieurs viennent sans doute des mines? demanda John Marshall avec inquiétude.

— Non, répondit Da\id, uous débarquons à Tinstant. La figure de l'hôte s'illumina d'un éclair de satisfac-

liun.

— Nous étions à bord d*un brick qui vient de faire naufrage presqu'en vue du port, dit File-ton-Nœud.

— Ces messieurs sont des naufragés ! s*écria ThAte, passant aussitôt de son ton bourru à une politesse presque obscquîcu.se, que n'avez-vous dit cela tout de suite? de braves charpentiers qui ont fait naufrage et qui me font riionneur de descendre à mon modeste établissement. Que puîs-Je faire pour eux? Je suis à vos ordres.

— Nous voudrions dîner, dit David; donnez-nous la première chose venue... un morceau de bœuf...

— Â des charpentiersl je veux dire à des naufragés malheureux!... non, messieurs, il ne sera pas que dit John Marshall, de la province de Maryland et pour le moment siniple hôtelier à San-Francisco, aura donné la première chose venue à des naufragés, ouvriers français, si j'en juge par l'accent. Je vais vous préparer un petit dîner fin, et en attendant vous régaler d'un verre de vieux Madère qui vous fera prendre patience.

— Ohé, James I cria-l-il, du Madère et doux verres!

38 COXTBS ET VOTAGES.

Trois verres, James! ajouta«HI. Si ces messieurs mel permettent", nous trinquerons à l'union de la France e de la Californie.

James, vieillard, d'une soixantaine d'années et quiétt le garçon du boarding home, apporta le plateau.

Les verres s'entrechoquèrent. Deux tostes furent ptf tés.

— A la France ! dit l'hAte.

— A la Californie I répondirent les deux ouvriers.

— Puisse-tnelle nous être hospitalière I ajouta Dnii

— Elle vous le sera» reprit l'hote; John Marshall vo« le promet. Maintenant, continua-t-il avec une volubiM extrén^e, en attendant le diner, James vous oonduin, si vous le voulez, à un combat de taureaux que le senonhi Lui/ d4^ Cunlonano offre aux dames de la ville.

— Notre aceoutroiuent ne nous permet pas» Ht^éM à ct' spectacle, répondit Da\id.

— Je comprends I Vos effets ont été engloutis dam \ê flots; il faut vous procurer d'autres vêlements.

«—Des \(^tements! s'écria File-ton-Nœud, dont l| cœur bondit de joie. '

— James, dit l'hôtelier avec un sourire perfide, cow chez le voisin Perkins, et dites-lui d'apporter deux hitfj lements complets pour leurs seigneuries,

James sortit.

— Permettez, objecta David, nos reasoureas ne pmnettront peut-Atre pas...

U TOI»0!«( p*ot. 39

— laîbez-rooi donc fairo, inlorrompit Thôle, cola me « regarde, eroyez-vous donc que ce soit une grande aflairc que deux méchants habits dans un pays où Ton remue Tor à la pelle?

Perkins arriva. En quelques minutes, les deux ouvriers furent métamorphosés en gentlemen.

— Très-bien, monsieur Perkins, dit rhôle en renvoyant le confectionneur; vous m'enverrez la note.- — A la bonne heure, voilà des hommes I s'écria-t-il en retenant une envie de rire à Taspect de File-ton-Nœud qui avait Tair assez embarrassé dans son nouveau costume ; toutes mes casseroles sont sur le feu pour la diner. En attendant qu'il soit prêt, James va vous conduire au combat de taureaux.

Deux palanquins magnifiquement ornés venaient de s'arrêter à la porte de rhôtellerie.

— Serait-ce pour nous? pensa File-ton-Nœud.

— Encore un verre de Madère I le coup de rétrier, dit Vbôte.

Et l'on trinqua une dernière fois.

— Les équipages de leurs seigneuries sont prêts, dit James.

— C'était pour nous! dit File-ton-Nœud, et en un clin d'œil il sauta dans la rue et s'élança dans le premier palanquin.

Il ne faut paf demander si lo jeune Parisien était heu-

roux el fier; dans le irajel il ne cessait de passer la tête hors de la portière.

— Quelle réception! disait-il à son ami. Qu est-ce que rhospitalité écossaise à côté de ça? Du fromage, duliitt du pain bis ; parlez-moi de Thospit^ilité californienne, de l'hospitalité au vin de Madère, aux habits neufs et aui palanquins dorés sur tranche!

— Je ne sais pas pourquoi, répondit David, la figure de notre hôte, d'abord si rébarbative, s'est adoucie toulà-coup lorsque tu lui as dit que nous étions des ouvriers charpentiers ; que diantre ça peut-il lui faire?

— C'est une si belle partie la charpente !

— Sans doute I mais c'est étonnant ! à moins qu'il n'y ait eu des charpentiers dans sa famille, et que ça ne lai rappelle des souvenirs agréables.

— C'est égal, que ce soit ce que ça voudra, nous sommes un peu bien mis.

En devisant ainsi, ils étaient arrivés au Cirque. La foule s'y pressait déjà. James les fit placer sur les premiers gradins.

Là encore, c'était la même variété de costumes et ik langages, c'était aussi le même éclat et la mèmeprofusioA d'or. Tous les visages étaient animés par le plaisir cpt |)romettait le spectacle.

Nous ne raconterons pas dans ses moindres détails « combat aujourd'hui si connu. A un signal donné, les pic cadores à pied et à cheval parurent dans l'arène et eici-

Là toison DOR. il

tirent le taureau. Un des cavaliers agita un drapeau rouge devant ies yeux de l'animal qui, devenu furieux, allait percer de part en part son adversaire , si un piccador n'avait attiré sur lui toute sa rage, en lui enfonçant dans l'épaule le fer de sa lance. Cet exercice se renouvela plusieurs fois aux applaudissements des spectateurs, jusqu'au moment où le taureau, blessé et fatigué, se retira triste et morne dans un coin de l'arène. File-ton-Nœud, qui assistait pour la première fois à ce cruel spectacle, ne pouvait comprendre qu'on trouvât plaisir à maltraiter ainsi un animal presque sans défense. .

—Hais ces gens-là sont donc des sans-cœur finis? di- MiHl à David.

— Calme-toi, répondait celui-ci, c'est leurs mélodrames dans ce pays.

"- J'ai une envie qui me démange d'aller faire le coup de poing avec les gredins qui tourmentent ainsi cette mal- •«Hureuse béte.

— Tiens-toi tranquille, disait David, cela ne servirait irien.

Cependant, le taureau était toujours acculé dans un ^in, presque mourant. Alors, pour ranimer sa fureur, on lui passa au col une espèce de collier surmonté de fils de fer, au bout de chacun desquels se trouvait un immense pétard, puis on y mit le feu. Alors l'animctl, brûlé Parles pièces d'artifices, poussa un mugissement furieux, ®^ s'élança de nouveau au milieu de Tarèue pour tomber

42 COMTBS ET VOYAGES.

au bout de quelques instants sous Tépée du tauîéador.

A celt6 vue, File-ton-Nœud n'avait pu se contenir plus longtemps, prompt comme la pensée, il s*était précipité

dansTarëne, et, courant droit au tauréador, occupé à saluer la foule, il lui avait passé la jambe avec l'agilité d*un praticien consommé dans l'art de la saviUte parisienne, eC l'avait étendu de tout son long dans la poussière.

Cette scène extraordinaire souleva aussitôt des boums sur tous les gradins ; les uns riaient, les autres applaudissaient, personne n'y comprenait rien.

Le tauréador, renversé d'une façon si inattendue, s'était relevé furieux ; heureusement pour notre héros, que l'épée de son adversaire était restée fixée dans le front da taureau, car il aurait infailliblement tué le trop chevaleresque File-ton-Nœud. Celui-ci voyantle tauréador prendre son élan, lui appliqua dans l'estomac un coup de iM qui le renversa une seconde fois, aux grands éclats de rire des tribunes; tout cela s'était accompli dans l'espatt d'une minute.

David, aussi étonné que tout le monde, et voyant h danger que courait File-ton-Nœud assailli par les piecadores, s'élança à son tour de son gradin dans l'arène, it« nouveau taureau, se précipita dans la mêlée, renversant celui-«i, culbutant celui-là, puis prenant dans ses bris son ami qui venait d'être terrassé, il s'élança en trois bonds hors du Cirque et déguerpit au plus vite au milieu de b confusion qu'avait excitée oet étrange intermède.

LA TOISOX DOft. 43

Les piccadores voulurent poursuivre les fugitifs, mais des spectateurs cosmopolites, que la scène improvisée de File-ton-Nœud avait considérablement réjouis, intervinrent, et s'opposèrent à ce que Taffaire allât plus loin.

—Que le diable t'emporte ! dit David à File-ton-Nœud, quand ils furent loin de tout danger, tu as manqué nous meure dans un bel embarras. A quoi donc pensais-tu?

— Comment! s'écria celui-ci qui trouvait sa conduite toute simple. Tu crois que ces gens-là ne sont pas des làehes de supplicier ainsi un pauvre bonhomme de bœuf qui ne leur a rien fait.

David eut beau dire, il noput jamais faire comprendre à son jeune ami que le spectacle auquel il venait d'assister était pour les Mexicains et les Espagnols ce qu'était pour lui, File-ton-Nœud, le spectacle du Cirquo-Olympique.

Mais ee qu'il y avait de véritablement déplorable pour lo jeune Parisien c'étaient les conséquences de cet incident dramatique; son habit neuf dont il était si fier une heure auparavant était complètement déchiré.

Quand ils arrivèrent au boarâing-houêe, la vue d'une toble splendidement servie tempéra la tristesse que lui causaient les profondes blessures faites à son costume de P»»tleman.

Sur une nappe blanche comme la neige, entre deux ^^ngées de flacons de diverses couleurs, au milieu de l>»leaux de hors-d'œuvre et d'assiettes de fruits, le vieux

ii CONTES ET VOYAGES.

James Ycnail de poser un large plat duquel s*ëckappdîl une colonne de vapeurs succulentes.

— A table! s'écria John Marshall, la serviette sous le bras.

— A table I répétèrent en chœur les deux amis ; ei, sans plus songer à la mésaventure du Cirque, ils se jel^ rent comme des loups affamés sur le fe^stin de leur bdie.

Page 1