CU1T;QUI£S
mantèle peu à peu de ces beaux remparts d*un Ion si chaud cl si splendide, qu'on les dirait arrachés de quelque vieille loik du Pérugin, ou mieux encore, rapportés de Palestine tout d'au bloc par quelque lord Elgin du temps des croisades.
Une autre merveille qui se détériore tous les jours, c'est le palais des papes qui domine la ville. La grandeur de cet édifice, bâti sur le roc, son élévation, son imposante majesté, ses tours, répaisseur de ses murs, ses créneaux, ses ogives, tout, cet ensemble colossal étonne le voyageur. Malheureasemealj ces vastes salles, jadis armoriées et resplendissantes d*obj«|i d'art, sont aujourd'hui occupées par des soldats. Ce palais os tant d'actes importants se sont accomplis dans l'espace de cent années est devenu une caserne. La foi a fait place à la force, la tiare a été détrônée par le sabre.
0 barbares que nous sommes! nous avons un édifice unique par sa majesté, par les souvenirs qu'il rappelle, et nous en faisons ' une caserne quand nous ne pouvons plus en faire une prison!
Avignon compte bien d'autres monuments : la méiropols bâtie par Charlemagne, et qui renferme le mausolée du pape Jean XXIl et le tombeau du brave Grillon; l'église Saint-Agri* col, où est la tombe de Mignard, tout à côté de la coqoetis chapelle de cette famille célèbre de Florence, la famille Bianco; l'église Saint-Pierre, l'église Saint-Martial, le palais des légats; mais j'ai visité toutes ces curiosités au pas de course, et je ne puis que les signaler en passant.
Quant h « ce fameux pont d'Avignon, d ce qu'il en reste est toujours à la même place, mais il ne semble pas très -digne de la popularité dont il jouissait avant son écroulement. Il n a pas six pieds de largeur. On a jeté à côté une mince passerelle suspendue qui fait une assez triste mine sur ce large fleuve et en face de ces fiers remparts qui furent tant de fois assit^ês et défendus. Tel fut en effet le sort d'Avignon. Pendant te» deux derniers siècles, quand le roi de France était en querelle avec le pape, il s'emparait aussitôt du comtal, frappait \a% lia*
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bitanls de conlri bu lions de guerre, et quinze jours après, la querelle apaisée, rendait gracieusement son petit Etat au ponllfe. Louis XIV prit et rendit Avignon deux ou trois fois. Louis XV en fit autant. C'était toujours la ville qui payait les frais de ces brouilles entre papes et monarques. L'ambassadeur d'Kspagne prenait-il à Rome le pas sur l'ambassadeur de France : vile on envoyait des boulets aux Âvignonnais et l'on puisait dans leurs coffres. Cet beureux temps n*est plus, et Avignon n*a pas eu à se plaindre le jour où un décret de la conllttuanle, la débarrassant de sa dangereuse couronne de capilUe du comtat Venaisien, en fit le cbef-lieu du département de Vaucluse.
SS leptembre.
A partir de Tar«scon, nous ne sommes plus en France, mais en Provence. On sait que la grande prétention des Provençaux c'est d^ètre un peuple comirléteinent original et de former une nation à part. Ils ne sont Français qu'ft i'éiraoger, ce qui est déjà quelque chose. Nous laissons derrière nous les hautea montagnes de Vaucluse, et nous ne voyons plus qu'une plaine immense bordée de vertes collines dans laquelle se déroulent des champs de maïs, d'oliviers, d'amandiers, de grenadiers et de mûriers; cette plaine est sillonnée de petites routes poudreuses qui conduisent, à travers des détours, à des villages aux rnaisons jaunes comme les épis au mois d'août. Tout le long de la roule, des paysans qui regardent passer le convoi d'un air étonné et des gendarmes postés de distance en dislance. Une ville apparaît à Tborizon : c*est Arles la Romaine ; en quelques tours de roues, le convoi présidentiel est arrivé à la station. Là, Talfluence est considérable; le sous-préfet, le maire, le conseil municipal, tous les personnages à habits brodés attendent Louis-Napoléon, qui descend de wagon. Les autorités l'invitenl à venir visiter la ville, qui dresse h quelques pas son magnifique amphilhéâlre.
Le président cède aux sollicitations qui lui soni faîtes el se dirige vers Arles, escorté de son étal-major et de la popuiaiion qui crie : Vive Tempereur ! Ce sont des éclats de voix, un bruit, une musique dont il n*est pas facile de se faire une idée quand oo n*a pas vu de foule méridionale. Toutes ces jeunes Arlésiénnes, avec leurs peiits bonnets de tulle et leurs larges rubans, causent entre elles dans le patois du pays et semblent, quand elles parlent, chanter quelque amoureuse romance. Ce qu^H y a surtout de remarquable en elles, c'est la souplesse de leiv i taille, la finesse de leurs pieds et la majesté de leur déoiareliQ/ Le président arrive à ramphiihéâlre qui est couronné et grappes humaines suspendues à toutes les anfractuosiiéa du vieil édifice, le plus vaste de lous les amphithéâtres que les Romains aient élevés dans les Gaules.
Des restes de fortifications et des pans de murailles ayant appartenu à des maisons habitées, témoignent encore aujoor» d'hui du peu de sollicitude que la science et TadministraiioB ont montrée pour ce monument. Les habitations construites tour de sa circonférence gênent la vue et obstruent eu de tains endroits les portiques du premier étage. Mais c'est de rintérieur qu'on peut véritablement admirer ses belles portions. 11 est impossible de voir rien de plus imposant qi cet amphithéâtre construit d'énormes blocs appareillés une précision et une solidité toutes romaines. De la base an sommet, ce monument est divisé en deux étages percés chacun de soixante portiques. Le premier est d'ordre dorique, le cond d^ordre corinthien. La couleur de ces vieux dduk splendide; ils sont tous ruisselants d'or et de lumière.
Après avoir admiré cet édifice, dont la grandeur écrase nos constructions modernes, le cortège est revenu vers la station, et le convoi est reparti au milieu des hourras de la foule.
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17 Mptenbra.
Ce inalifl^ à huit heures, le président quittait Marseille à bord da beau vaisseau à Tapeur le Napoléon^ le plus fort marcheur naval qui existe dans toute la marine européenne. Le pont étincelait d'épaulettes d'or et d'habits brodés. Le Napoléon a levé Tancre aux sons de Tartillerie et de la musique, par un loleil miyestueux qui colorait d'une teinte rose la forêt de pftts des navires marchands. Les quais, le rivage, les hau« liDrS; fourmillaient de curieux. On apercevait de la rade un grand nombre de spectateurs juchés sur les toits des maisons qui iionient les trois ports. Par ce radieux soleil dont les nyoos baignaient ses maisons et ses édifices, Marseille se détaebait k l'horizon, hlonde comme une orange, sous son ciel Ueo et sur ses flots d'azur. Je ne vous parlerai pas de la traversée et du magnifique Sftectacle que Ton contemple dans Imite cette promenade en mer de Marseille à Toulon : le temps <t te papier me manquent. Ici toutes les boutiques sont si hof» métiquement closes aujourd'hui qu'on n'y trouverait pas, à prix tfor, une seule feuille de papier à lettre. Il n'y a d'ouvert que In hôtels, les restaurants et les voitures qui serviront ce soir ^ chambres à coucher à plus d'un visiteur.
A la hauteur du cap Sépet, le Napoléon a rencontré une escadrille d'honneur composée du vapeur à hélice le Charlema- Çf^j portant le pavillon du contre-amiral Jacquinot, du Gomer, du Sani, du Labrador, du Chaptal, du Caton, du ^pMn, de VAveme et de VOrénoque, appareillés pour aller ftu-devant du président. Les batteries de la côte saluent par des vulées d'artillerie; les bâtiments de guerre hisse'nt leurs pavillons et font trois salves de toute leur artillerie. Vous ne serez pas étonné si je vous dis que cette ville flouante qui mugissait par tous ses sabords ouverts présentait le plus imposant des spectacles.