II
droits f et qui renonce à faire elle-même ses^ destinées.
M. Royer-Collard sentit la nécessité de Fempire ; jamais il n'en méconnut la gloire; il se soumit, mais non sans défiance; il avait vu la force dans les origines de ce gouvernement* Imposant silence aux vœux mêmes de sa raison , il retira son esprit de la politique. Ge fut le temps de ses plus profondes études, de celles qui devaient commencer sa renommée.
Parmi les grandes créations de Tempire, il faut compter instruction nationale. L'Université fut fondée, institution cette fois digne de son nom » car elle embrassait toutes les conncdssanoes humaines et toute la France. L'esprit qui l'inspirait était à la fois un et divers, comme l'empire lui-même , ce composé savant de despotisme et de révolution. L'éducation publique, dans la pensée de Napoléon, devait revenir aux études élastiques, sans écarter les lumières nouvelles. Les principes de la religion, la connaissance de l'antiquité, l'amour sévère des lettres, rintelligence des méthodes et des découvertes scientifiques, tout devait s'allier et se coordonner dans l'Université sous la loi d'une discipline un peu militaire. A cette œuvre furent conviés par le génie conciliateur du souverain les bons ou grands esprits de toutes les ori* gines, de toutes les écoles. L'empereur ne craignait |ias cette diversité, il savait en faire de l'unité. Toutes les lignes devenaient pour lui des rayons dont il était le centre. Cette fois encore, il voulut d'une main habile fondre dans un précieux amalgame les métaux différents sortis de l'ardent ^sreuaet 4es irévolutions. Nul homme n*a plus souvent réalisé cette uniformité qui séduit sou** vent les grands hommes ( Montesquieu le dit de Charle-
DISCOURS DE RÉCEPTIOli A L'ACADÉMIE. 389
magne ) * , parce qu'elle est la preuve et pour ainsi dire Temprèinte de la toute-puissance d'une'seuîe volonté.
Un des bienfaits de cette restauration de rinstruction publique, fut le rétablissement de l'enseignement philosophique, négligé et comme abandonné par une étrange ingratitude de la révolution. Dans nos collèges , il m*en souvient, F Université fit connaître son avènement par l'ouverture des classes de philosophie. Avec une libéralité sans exemple, l'empereur dota de trois cours consacrés à cette science la faculté des lettres de Paris. Le premier appartenait de droit à ce métaphysicien ingénieux, à cet homme si respecté et si aimable, dont les excellents écrits unissent l'élégance à la solidité. Mais professée, même par M. Laromiguière, la philosophie de Locke restait insuffisante; elle n'épuisait pas la connaissance de la nature humaine. Eile en montrait un seul côté; ne considérant que nos rapports avec le monde extérieur , et tout ce que l'expérience apporte à la raison , elle omettait la raison même. C'est pour cela qu'on la nommait la philosophie de la sensation. On soupçonnait déjà qu'il y avait dans l'homme et dans le monde quelque chose dé plus à savoir, qu'il fallait à la morale , à la politique , à la religion , une métaphysique plus vaste et plus profonde. Le nom de M. Royer-CoUard fut, dit-on, prononcé devant l'empereur lui-même, et l'empereur le choisit, quoiqu'il ne connût pas sa personne et qu'il connût sa vie ; il le choisit sur la foi de ses principes.
Cependant, Jusqu'alors, la philosophie n'avait point été l'objet des études spéciales de M. Royer-Collard. Son
' Eaprit des Lois ^ liv. xxîx, chap. xviii.
esprit pénétrant et rigoureux rappelait naturellement à y exceller. II était impossible qu'il eût atteint la maturité de rage, sans réfléchir sur notre nature. De la science philosophique, il professait ce principe nécessaire, la foi dans la raison. Mais ce n'est point là toute la philosophie ; les leçons qu'il avait au collège entendues sous ce nom avaient laissé peu de traces. Il en faisait moins de cas que de Tétude assidue des sciences exactes, qui longtemps avaient occupé ses veilles. Gomme tant, d'illustres penseurs, il était préparé à la métaphysique par la géométrie. Le hasard mit sous ses yeux un ouvrage alors inconnu d'un philosophe étranger qui avait commencé aussi par les mathématiques. 11 lut Reid, et il aima aussitôt Cet esprit libéral et prudent qui doute si peu de la raison qu'il la croit naturellement dans le vrai, qui l'étudié pour la décrire et non pour la discuter, et qui consacre toutes les forces de la réflexion à rétablir les croyances irréfléchies de l'âme humaine. Une telle doctrine devait plaire à un td disciple par ses conséquences et sa méthode. Par ses conséquences, car elle raffermit au lieu d'ébranler, et remet en honneur la naïve autorité du sens commun. Par sa méthode, car dans l'observation sévère des faits , elle trouve la ruine de tous les systèmes. C'est la raison délivrée du jQug des hypothèses et rendue à elle-même. Si l'on peut souhaiter à la doctrine écossaise plus de grandeur, plus d'érudition , plus de hardiesse, on ne saurait lui contester sa valeur critique. M. Royer-Gollard parlait avec un peu d'ironie des prétentions de la théorie , cependant il lui en fallait une. Il se saisit donc avec force d'une arme qui dans ses mains devint irrésistible. Son enseignement marqua le terme
de Tempire de la philosophie du xviii* siècle dans Técole de Paris.
Les monuments de cet enseignement qui n'a pas duré trois années , sont dans vos mains. Vous pouvez lire tout ce qui en reste , trois cents pages de discussion quelquefois brisée en fragments épars. Vous y trouverez toutefois d'admirables exemples de dialectique et d'analyse, une sagacité peu commune, une élévation qui se fait sentir jusque dans les détails, enfin , ce qui doit toucher plus particulièrement l'Académie , des modèles de style philosophique. Ce n'est pas le moindre mérite de notre langue que de se prêter heureusement aux difficiles expositions des sciences. Dans les divers âges de notre littérature, la métaphysique a été bien écrite. On ne saurait prétendre, je le crois, que Descartes soit un grand écrivain, mais c'est un écrivain excellent. Son langage est juste, clair, solide, plein de force et d'ampleur : il semble l'expression nécessaire de sa pensée. J'appellerais Malebranehe le premier parmi nous des écrivains de la philosophie, si Bossuet et Fénelon n'avaient été du nombre. M. Royer-CoUard ne le cède point à Malebranehe en imagination , il le surpasse pour la précision , la rigueur, l'énergie. Il sait donner à une controverse toute idéale l'intérêt et le mouvement; il anime les systèmes en les exposant, et fait revivre devant lui les adversaires abstraits qu'il veut combattre. Ainsi , dans la chaire du professeur, il préludait aux luttes de la tribune. Il n'est pas le seul , il n'est que le premier qui , dans l'enceinte de la même école, ait formé et aguerri un talent réservé à toute la gloire de l'éloquence politique.
Par la réfutation d*une seule théorie sur les idées , en se bornant à dissiper des doutes exagérés 'sur la fidélité du témoignage de nos sens, il réussit à fonder en F)*ance un nouvel esprit philosophique. Sans faire de grandes découvertes, il fut Tauteur d'une grande nouveauté. Sans inventer de système, il créa une école, et tout le mouvement philosophique autour de nous procède de lui. Il nous a rendus capables de comprendre tout ce qu'il ne nous a pas lui-même. enseigné. L'esprit humain ne pouvait assurément s'enfermer dans les limites que Reid lui a tracées. Cette doctrine, bien que rendue plus saisissante par son habile interprète, n'était pas égale à toute la vérité. Il a bien fallu faire un pas de plus. Mais il nous est resté de cet enseignement primitif l'esprit d'observation, méthode commune et indispensable à toutes les sciences, la sévérité pour les hypothèses, l'a* version du scepticisme, la salutaire habitude de contrôler les systèmes par les faits , les principes par les conséquences, enfin la ferme volonté de ne pas souffrir que la philosophie , si profonde qu'elle se prétende, cesse Jamais d'être sensée. Cette sagesse. Messieurs, est aujourd'hui le caractère de ce qu'il est permis d'appeler la philosophie française. Elle est née de l'exempte de M. Royer- Collard. C'est lui qui a mis dans nos mains le fil conducteur. C'est grâce à lui que le génie de nos écoles, réglant son ardeur, gouvernant son audace, a pu s'élever sans se perdre , porter le flambeau dans la nuit des systèmes, et les consumer comme un voile léger et menteur qui recouvre la vérité inaltérable, marcher sans s'égarer dans cette multitude de doctrines enfantées par la logique et l'imagination , distinguer en chacune le fort et
le faible, emprunter à chacune sa part de découvertes et de démonstrations, les ramener toutes en les épurant à une conciliation méthodique, maintenir, avec un respect égal, l'autorité de la tradition et celle de la pensée, les droits de Thistoire et ceux de la spéculation, restituer à Tesprit humain ses croyances primitives sans lui disputer ses plus récentes conquêtes, le contenir sans Tintlmider, Tenrichir sans le surcharger, lui enseigner la défiance et non le mépris de lui-même, et faire évanouir enfin les contradictions des théories particulières dans Tuniversalité de la raison. Tout le champ historique de la philosophie a été parcouru ; tous les problèmes ont été abordés, toutes les questions posées. L*Orient , la Grèce , le moyen âge, la moderne Allemagne ont laissé pénétrer leurs mystères. Tout a été compris et jugé. Une critique impartiale a fait la revue des idées , et n*a ébranlé les prétentions des écoles diverses, que pour confirmer, au nom de la raison libre , la foi instinctive du genre humain dans la réalité du monde, dans la Providence, dans la vertu. Ainsi s* est formée et s*est conduite la philosophie de notre temps et de notre patrie. Je parle ainsi en sa présence; elle ne me démentira pas, quand Je rends hommage de tout ce qu'elle a fait à la noble mémoire de son premier maître.
Cependant, tandis que dans Tombre des écoles M. Royer- Gollard commençait une révolution intellectuelle, le monde changeait de face. L'empire s*écroulait comme un monument gigantesque qui ne peut porter sa hauteur. Sa chute donnait la France à la restauration. Au malheur irréparable de triompher par nos revers ^ la restauration opposait deux grands biens, la paix et la Charte. Avec un
344 PASSÉ ET PBÉSENT.
peu de sagesse , elle pouvait réaliser ce régime conciliateur toujours appelé par les vœux de M. Royer-GoUard. Sans doute le principe de Tantiquité monarchique, la légitimité, imposée comme un dogme et non pas enseignée comme une idée, risquait de perdre toute vertu dans les préjugés d'un absolutisme mystique, en devenant, au Heu d'une garantie de justice, le titre de la tyrannie. Mais aussi, dans cette France fatiguée des jeux cruels de la force, rétablissement de ce beau système où le gouvernement se discute, rendait toutes ses chances à la liberté publique. On parlait de respect des Aroits; on promettait la modération, Tordre sans abus, la liberté sans excès. M. Royer-GoUard se sentit appelé. Quand de récents souvenirs ne l'auraient pas lié à la restauration , ses principes et ses goûts l'auraient ramené dans le monde de la politique. Mais à peine a-t-il touché aux affaires, qu'il aperçoit de nouveaux périls, et l'ancien conseiller de l'émigration royale est forcé de défendre la révolution. Il intervient pour elle, comme un témoin de ce qu'elle a fait, et pour soutenir, non ce qu'elle a fait, mais ce qu'elle a voulu, pour sauver ses principes et ses résultats, en les séparant de son histoire, pour gagner sa cause en la désavouant. Par nature, il avait de la peine à rester longtemps du parti du plus fort^ Toute solidarité lui était bientôt à charge, et il ne croyait pas
* a On est heureux de trouver établies en soi-même les opinions qui semblent destinées à prévaloir. Je n'ai eu ce bonheur à aucune époque de notre longue révolution, » (Chambre des députés, séance du 4I> mars 1846.) — « Dans le cours d'une longue vie, au milieu d'événements si divers , en présence de tant de catastrophes , je ne me suis jamais senti empressé d'aller au secours des forts : Je ne me suis Jamais tourné contre le faible. » (Séance du 5 août 1822.)
que la fidélité politique fût Tabdication de la conscience. Aussi, pendant quinze ans, avons-nous vu cet ami^ ce serviteur, cet inventeur de la légitimité, résister au droit divin, et, se portant du côté menacé, opposer la France du siècle à la royauté du passé.
Suivez-le , soit dans Tadministration , soit dans la politique. Dans Tadministration , que fait-il? Il sauve d'abord, puis il complète, il améliore T Université, cet établissement où respire Tesprit contemporain , et qui ne sera jamais attaqué ni abandonné parmi nous sans que la société nouvelle â{pit menacée dans ses intérêts et presque dans son honneur. C'est ici, c'est dans cette tâche digne de lui qu'il faut admirer M. Royer-Collard. Le philosophe et l'homme d'état s'unissent pour consolider, pour achever ce monument de la raison et de l'unité nationales. Ses premiers soins sont pour une institution fondamentale qui devait être comme le foyer de tout l'enseignement, pour cette école normale, alors si riche et si brillante , son œuvre de prédilection , sa création chérie , « école non moins célèbre par ses disgrâces » que par ses services, a-t-il dit en la louant devant vous, » qui a pu périr, mais dont l'esprit a survécu tout entier, » parce qu'il n'était autre chose que l'esprit de notre B âge et le progrès de la société transporté dans les études » qu'il agrandit ^ »
Ces paroles vous expriment la pensée dominante de l'administration universitaire de M. Royer-Collard. Ce qu'il veut, c'est un enseignement plus sérieux et plus hardi, qui marche du même pas que le temps. C'est
' Discours de réception à T Académie, 4 3 novembre 1827.
ainsi qu*il élève de j^tis en plus rinstruction secondaire, et décide que dans les collèges la philosophie et rhistoire, c'est-à-dire» les études qui achèvent de former la raison, accompagneront celles qui développent rintelligence et le goût, car sa prudence ne se défie d*aucQn savoir. a Sans la philosophie, a-t-il dit, il n'y a ni littérature » ni science véritable.... C'est à elle, non à l'ignorance, ' » qu'il appartient de combattre les pernicieuses doc- » trines; à elle seule qu'il est réservé de les détruire.... » L'ordre est en péril aussi longtemps qu'il est un mys- » tère ^ » La réflexion lui semble l'alliée la plus sûre de la vérité. Il espère donner à la patrie des générations dignes d'elle et que la liberté n'étonne pas, et il sert en même temps, l'Académie s'en souvient, la cause des sciences et des lettres. Vous avez souvent , Messieurs , apprécié , honoré même ce que les hommes formés dans les travaux de l'instruction publique ont fait pour les nobles intérêts confiés à vos soins. Parmi eux, vous avez cherché d'illustres confrères, et d'abord le créateur de la critique éloquente, cet arbitre infaillible du goût qui enseigne le beau par ses ouvrages atissi bien que par ses leçons , tant d'autres qu'en m'asseyant près d'eux Je dois encore nommer mes maîtres. Leur présence est en quelque sorte un hommage à la mémoire de M. Royer-Collard; il vous appartient donc de lui rendre grâces pour la part qu'il a prise au gouvernement des esprits. Son
' Discours prononcé à la distribution des prix du grand concours , le 48 août 4 848. -^ a Les sciences naturelles, la philosophie, Tbistoire, n'énerveront pas T éloquence, n'appauvriront pas la poésie, n'altéreront pas les modèles du beau et du vrai. » ( Discours de 4 84 9.)
influence a rendu l'Université féconde, et l'Université a enrichi l'Académie.
Les temps, il est vrai, étaient favorables. Il ne m'en coûte pas, Messieurs, d*étre juste envers la restauration, et de la Iquer du bien qu'elle a fait , même quand elle ne l'aurait pas voulu. Quelques sombres nuages qui aient passé sur son berceau, quelque triste que doive paraître dans l'histoire la misère de sa fin , elle ne fut point une ère de décadence. Non-seulement elle a laissé prendre l'essor à cette industrie des choses matérielles qui améliore la condition du grand nombre, bienfait facile et fruit assuré de la paix« mais, par sa natura comme par les institutions qu'elle a souffertes, elle a soumis la France au meilleur apprentissage de la liberté. Elle résistait sans réussir à comprimer, et l'esprit d*examen, excité par sa résistance m^me , remettait sans cesse et son pouvoir et son origine en question. Qui dans la Charte avait triomphé? Était-ce la rc^auté, était-ce la révolution ? L'une et l'autre se disputaient la Charte. Ce pro^ blême renfermait dans son sein tous les problèmes de l'ordre social , et, en y pénétrant , la politique retournait Jusqu'à la philosophie. L*histoire des sociétés modernes, la destinée des sociétés de tous les temps étaient appro* fondies de nouveau , et il fallait bientôt remonter jusqu'à la nature de l'homme. Peut-on s'étonner qu'une si vaste controverse soit devenue encyclopédique, et que les théories des lettres et des arts aient fini par subir l'épreuve de la révision universelle? Commet la période, remplie par de si sérieux débats , à la fois libres et contenus , n*aurait-elle pas été propice aux progrès de l'esprit humain? J'aime à le dire devant votre tombeau, royautés
déchues, exilées, pour qui peut-être l*oubli commence, dussé-je même vous déplaire par cette louauge, vous n'avez pas éteint la France. Vos lois lui ont permis de réagir contre vos principes; vous avez souffert qu'elle grandit contre vous-mêmes , et l'ayant reçue insultée par la victoire, humiliée par la fortune, vous l'avez laissée, en la perdant , toute pleine d'orgueil et d'espérance.
Pendant les quinze années que la France donna à la politfque , M. Royer-Coilard fit comme elle , et c*est là ce qui placera son nom dans L'histoire. La politique d'un peuple libre se résout en une série de discussions : celle d'un homme qui ne participe au gouvernement que par la tribune , se retrouve dans ses discours. Ceux de M. Royer-Collard , ses premiers titres à vos suffrages, sont les plus grands monuments qu'il ait laissés ; mais ils rappellent des querelles apaisées aujourd'hui , et j'hésiterais devant de tels souvenirs s'ils devaient ranimer autre chose que de nobles passions. Heureusement c'étaient de grandes causes qui luttaient ensemble, et luimême on le rabaisserait de ne lui décerner que l'art de bien dire. Il se défendait devant vous, à cette place, d'avoir jamais à la tribune recherché la gloire du talent. U entendait que ses discours lui fussent comptés comme des actions.
La restauration aimait sans doute la France , mais c'était une France idéale, telle qu'elle eût voulu la refaire , en la retirant des mains puissantes de la révolution. Elle se serait contentée d'un pouvoir doux et régulier ; mais , dans les lofs mêmes qui le constituaient, elle voyait une atteinte à ses droits et croyait de son honneur d'être absolue. D'imprudents conseillers s'efforçaient de loi
rendre suspecte la nation même. Le devoir des sages amis de la restauration , c*était donc de rétablir la confiance, de revendiquer sans cesse la monarchie auprès du pays , le pays auprès de la monarchie, de prouver à tous deux que le nouvel ordre politique et le nouvel ordre social étaient à la fois possibles et nécessaires. Quelle fut rœuvre constante de M* Royer-Collard? Enseigner à la royauté du passé la société et la Charte, s'efforcer de les lui rendre respectables comme des faits, s'il ne pouvait les lui rendre chères comme des idées , lui redire sous toutes les formes qu'il y allait de son salut et de sa gloire à s'accommoder de sa patrie et à prendre son parti de la liberté. De là tant de discours consacrés à mettre en lumière, soit les conditions de la société nouvelle, soit celles du système représentatif. C'est M< Royer-Collard qui établit le premier à la tribune cette nécessité fondamentale de notre temps , l'empire des classes moyennes. Nul avant lui n'a dérivé de tsette idée les principes qui président à nos lois électorales, l'élection directe et l'égalité des électeurs. La raison politique, soit de la liberté de la presse , soit de l'institution du Jury , l'origine et la place de l'armée dans les pays libres , la situation régulière du clergé partout où il a cessé d'être un corps indépendant pour devenir une magistrature soumise comme toute autre à la souveraineté de l'état , l'inviolabilité de la conscience devant la loi pénale, l'impiété de la loi érigeant en crime social le sacrilège dogmatique, enfin l'indépendance des nations menacée par cette forme de la monarchie universelle , qui s'est appelée tour à tour coalition ou sainte alliance, par ce pouvoir énorme et nouveau dont /es èébjns de la Pologne (il faut redire aqjour-