‹ Critiques & études littéraires ou passé et présentChapitre 19 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

d*hui ses paroles) ont été le berceau sanglant ^ : tous ces grands sujets sDut traités par lui avec une force éloquente et une autorité définitive. Partout où il porte la main, il semble ne rien laisser à faire ; il épuise les questions qu'il touche; quand il plaide une cause, il la Juge. Tant que vivra parmi nous le gouvernement constitutionnel , ses discours en resteront le commentaire inefftiçable. Il a promulgué Tespritde nos institutions, il a écrit la raison de nos lois , il a fondé la philosophie de la Charte.

Tel fût cet enseignement politique que pendant quinze ans il fit entendre au tr6ne et au pays , plus écouté du pays que du tréne. La France s'affermissait dans ses meilleures convictions. Sacrifiant ses doutes et ses ressentiments, elle se rendait à de si sages conseils , elle entrait dans de si sages espérances. L'alliance offerte, elle l'acceptait. Elle eût volontiers choisi l'imposant orateur pour arbitre entre elle et la royauté. Sur sa parole elle aurait pris confiance. Ce n'est pas la France qu'il ne persuada pas.

Enfin se leva un jour triste et solennel, où il lui fallut, au nom de son pays, déclarer à la royauté un conflit qui présageait la. guerre. C'en était fait, la représentation nationale et avec elle la Franceavait été défiée. Le dese^idant de quarante rois dont la puissance a grandi par l'appui du peuple, signifiait à la société française qu'il ne voulait pas d'elle et qu'elle devait abdiquer devant lui. Ce Irefbs de concours dont la royauté prenait l'initiative , le plus impérieux devoir condamnait M. Royer-Collard à le lui dénoncer en sa présence. Il remplit ce devoir avec fer-

* Chambre des députés , séance du 34 férrier 4893;

meté, mais aTec douleur, avec la fiiible espérance que du moins en ce moment suprême sa voix serait écoutée. Illusion dernière I II présumait trop de Tempire de la raison. Il ne trouva sur le trône qu'une inflexible réso* iution, digne par sa sincérité d*une plus Juste cause, touchante même quand on songe aux périls qu'elle allait bravo*, et dont il m'est permis de parler avec. respect» à moi qui ne la déplore pas.

Les temps étaient accomplis. Une révolution qui semblait d'avance écrite dans les annales d*un peuple voisin , devait s'opérer au milieu de nous. Le divorce éclata entre la dynastie et la France ; mais cette fois la dynastie en fuyant n'emporta pas avec elle l'ordre ni la monarchie. La Providence qui nous donnait des Stuarts , avait près d'eux placé des Nassau. Elle nous réservait sur les -marches du trône, un prince qui savait prévoir, qui savait attendre, et qu'une position incomparable désignait d'ellemême au choix du pays ; un prince fier d'avoir combattu pour l'indépendance, digne de régner par la liberté. C'est la main même de la nation qui le fit monter sur le trône; victorieuse, elle lui remit avec joie le prix de sa victoire : victoire légitime , révolution pure et Juste qui sera dans Tavenir notre gloire la plus populaire et le meilleur exemple donné par la France aux nations.

Nous avons eu ce bonheur en 1830 de ne recourir à la force qu'au nom du droit. Le mérite de la restauration aurait été. Je l'ai dit, de rétablir ce sentiment de l'inviolable , sans lequel rien dans le gouvernement n'est stable et digne ; et ce sentiment , elle-même l'avait détruit. De ses propres mains, elle venait de déchirer ses titres. Ainsi la révolution conquérait sur elle le principe même qui

aurait dû lui appartenir; elle lui renvoyait TufinirpatioD; notre cause était aussi sainte qu'elle était grande. La France s*est donné la royauté que voulait sa raison. Chercher dans la raison le titre d*un gouvernement , c*est puiser la légitimité à sa source la plus pure. Toute autre légitimité n*est qu'un fait, celle*ci seule est un droit.

Mais Je m'arrête. Messieurs; si Je disais ici tout ce que je pense , Je froisserais d'autres sentiments , et Je manquerais en quelque manière à la mémoire de M. Royer- GoUard ; pour lui, la révolution de 1830 ne fut que nécessaire. Mais il appelait la nécessité le ministre de la Providence *, et il obéit. S'il vit la révolution avec tristesse , il ne la maudit pas ; il eut la vertu de lui souhaiter, sans y croire , d'heureuses destinées. Il ne voulut pas même quitter la scène où son rôle devenait moins actif. Son absence pouvait paraître une désertion , et il restait toujours avec sa patrie. Moins il augurait favorablement de l'avenir, plus il prévoyait de devoirs. Des générations nouvelles venaient d'être appelées à la lutte, à la puissance , à la renommée. Des partis dissous par le temps ou contenus tout à l'heure sous le joug d'une étroite légalité, relevaient déjà leurs enseignes. Des questions publiées ajlaient renaître; séduits par la facilité d'un renversement si rapide , trompés par cet exemple de la force si aisément triomphante , les esprits pouvaient se laisser emporter à des imitations insensées. Qui pouvait répondre que l'expérience eût conservé quelque autorité ? Celle du témoin de quarante ans de révolutions méritait bien d'être écoutée. M. Royer-CoUard venait d'atteindre à la vieillesse ;

' Chambre des députés, séance du 47 mai 1830.

mais i*âge n'avait affaibli ni son esprit , ni son courage. Désintéressé dans les débats nouveaux, il n'avait plus ni parti, ni cause, rien à défendre, hormis ce qui ne passe point, la vérité et la justice ; et il sied à la vieillesse de ne s'émouvoir que pour les choses éternelles.

Dans les douze années qu'il a encore passées au sein de nos assemblées, rarement il a rompu le silence, mais il l'a fait avec sa dignité accoutumée, et comme pour attester qu'il était toujours lui-même. C'est surtout par sa conversation qu'il agissait sur nous , ne refusant ni les encouragements, ni les conseils, ni même les reproches a ceux qu'il jugeait dignes de les comprendre. Dans notre camp, c'était un Nestor qui disait quelquefois : a J'ai vécu » avec des hommes qui n'étaient pas plus sages que vous.» Sa voix était pour nous celle même de l'histoire ; en nous montrant dans le passé notre avenir, il nous en a préservés peut-être , et qui sait si nous ne devons pas à ses avertissements l'honneur d'avoir trompé sa triste prévoyance?

Nous l'avons gardé jusqu'au moment où ses forces res-* sentirent les dernières atteintes de l'âge, et il rentra pour toujours dans la retraite. Il nous devait un dernier exemple ; l'exemple d'un esprit puissant, que rien n'altère , ne diminue , n'abat , qui assiste , non sans regret , san5t faiblesse pourtant, au déclin inévitable de la nature, mais qui , se ranimant sur les ruines du corps , semble attester sa propre immortalité; l'exemple d'une àme forte, qui s'attend, qui se prépare au jour suprême, et qui devient plus calme à mesure qu'elle le sent plus proche , qui ne s'épargne aucun des austères sacrifices, aucun des apprêts redoutés de la dernière épreuve , mais qui les adoucit et les rehausse encore par la courageuse sérénité

de la raison et de la foi. Ainsi , Messieurs , nne sage vie donne une sainte mort.

Ces dernières années, M. Royer-GoUard les a passées doucement au sein d*une famille qui Tentourait de res* pect et d'amour. Il revoyait avec Joie ses amis de tous les temps; il les charmait encore par d'incomparables entretiens. Il n'avait pas cessé de se plaire dans le commerce des maîtres de la pensée et de Fart; Platon ne le quittait pas. Vous savez , Messieurs , s*il se montrait indifférent aux intérêts de Tesprit, vous qui l'avez entendu les derniers. On peut dire que l'Académie française était restée son unique lien avec le monde. Il ne sortait plus, qu'il venait encore au milieu de vous. De tous les honneurs, aucun ne l'avait plus touché que vos suffi*ages. Dans l'année la plus populaire de sa vie, vous l'aviez élu, voulant honorer la tribune, et vous avez servi la littérature. Que lui manquait^il, en effet, de l'homme de lettres accompli? Ses discours, leçons vivantes de profonde politique, sont en même temps des modèles de style. A mes yeux, son talent doit marquer dans l'histoire de l'art d'écrire. Admirateur assidu des anciens, et de ces autres anciens du xvii* siècle, il eût borné son ambition à leur ressembler; il se trompait. Messieurs, il méconnaissait son originalité. Sa diction , comme celle de tout grand esprit uni à une nature vive et forte, est profondément individuelle. S'il tient de nos classiques la pureté du goût, la propriété des termes, la variété dés tours, le soin attentif d'assortir l'expression et la pensée, il ne doit qu*à lui-même le caractère qu'il donne à tout cela. C'est de la flnesse avec de la grandeur, c'est une élégance qui n'ôte rien à la force, c'est une précision savante qui n'efbce

pas les teintes de rimaglnation. On dirait qu'il grave sur acier, et cependant il colore vivement. Il anime Jusqu'aux idées, il passionne l'abstraction même; son esprit gêné* ralise ce que le sentiment lui suggère. Il s'empreint lui-* même partout; il met du sien Jusque dans l'absolu. Les déductions de cette logique sévère ,laissent percer une conviction véhémente. Jamais de négligence ni d'abandon, l'art est partout, il se montre *avec excès peutêtre, et il ne refroidit pas ; il ne fait que rendre l'expression plus Juste et la pensée plus acérée. Sous la parure de ce langage habile^ dans les liens de cette étroite argumentation, on continue de sentir une âme forte et passionnée. L'homme palpite dans l'écrivain, et la raison, chez un grand cœur ému , ne peut manquer d'être éloquente. En effet, à travers les œuvres de M. Royer-Collard, on entrevoit quelque chose de supérieur à ses œuvres, ou du moins, quelque chose de plus rare, c'est lui-même. Rien ne le pourra faire pleinement connaître au monde, à l'avenir qui ne l'aura pas vu. On saura bien admirer ses puissantes facultés , apercevoir, dans cet esprit plus pénétrant que flexible, plus de profondeur encore que d'étendue. Sa conduite révélera l'élévation de son caractère, et sa supériorité sera constatée par son influence. Mais sa physionomie réelle et vivante échappera. Il y avait dans sa personne Je ne sais quoi d'imprévu qui étonnait les mieux préparés , l'union rare de la singularité et de la dignité. Son organisation était d'une force remarquable, son ton quelquefois impérieux; il avait les formes de l'autorité ; puis avec tout cela un goût délicat qui se plaisait aux grâces des manières et du langage , une politesse presque flatteuse, le désir de plaire; avec des

ooDvictioDS inébranlables, des doutes illimités , avec la fermeté des principes, la soudaineté des impressions. Ces impressions, presque toujours exclusives, il ne les contenait pas, il les imposait; on devait penser comme il sentait. La contradiction ne le blessait pas, mais le touchait peu. Il honorait la franchise et ne lui cédait point. Pour accepter une opinion , il fallait qu'il Teût trouvée. On eût dit qu'il n'entendait que sa propre voix. Il était plus facile de l'attendrir que de le persuader, , car sa bonté le désarmait pour ainsi dire; mais qui n'eût donné l'honneur de le convaincre pour le plaisir de l'écouter? Sa conversation ne ressemblait à aucune autre. C'était la vivacité la plus piquante, c'était une verve inépuisable; presque toujours sous l'empire d'une seule émotion, il lui donnait les formes les plus variées; il la renouvelait à l'infini par l'expression; ne sentant rien à demi, il ne disait rien faiblement. Il semblait n'avoir jamais trouvé un langage assez précis, assez animé, assez pittoresque; ses sensations les plus fugitives, il les marquait au passage et les fixait par un trait. Sa parole donnait du relief à tout. Si la pensée était commune, il la refrappait à son empreinte ; quelquefois même il la rendait excessive pour qu'elle ne servit qu'à lui. Il y a longtemps, vous le savez, que les philosophes déclament contre l'imagination, sans avoir en vérité grand intérêt à s'en défendre; n'a pas affaire qui veut à cette charmante ennemie. On a dit qu'elle inspirait Malebranche en se cachant de lui ; je ne sais si M. Royer-CoUard se défiait de la sienne, mais il n'y paraissait pas à l'entendre.

Avec tant de dons brillants et redoutables, aucun homme n'avait plus besoin de l'excellence de l'âme et

de la droiture de la raison. Aucan n'eût couru plus de danger à n*étre pas homme de bien; mais il était en sûreté de ce côté-là. Malgré toute sa force, je sais une chose qu*il n'aurait pu supporter , c'est le mécontentement de soi. La paix de la conscience était nécessaire à la liberté de son esprit. Aussi ne pouvait-on l'approcher sans éprouver un prompt respect ; c'est qu'il se respectait lui-même. Il s'était 9 le dirai-Je? proposé la perfection. Ambition présomptueuse peut-être , bien insensée du moins pour la sagesse de nos Jours; mais qu'importe, il faut un modèle idéal à la pratique du bien. Dans la morale comme dans l'art , qui ne tend pas à l'impossible n'accomplit pas même le nécessaire. Je sais qu'à viser si haut on succombe souvent , et qu'on balance à poursuivre ce qu'on désespère d'atteindre. M. Royer-CoUard aimait peu à entreprendre. L'action irrévocable plaisait à son courage et répugnait à sa raison. De même qu'il a peu écrity parce qu'il ne voulait rien faire que d'achevé , il n'agissait point, si de grandes circonstances ou de grandes questions ne l'arrachaient à son repos. Il ne se risquait pas légèrement, ayant sous sa garde la paix de son âme et l'unité de sa vie. Il était résolu à ne point se tromper. Comme il amUtionnait l'irréprochable, il aspirait presque à l'infaillible. Avouons qu'à de si hautes conditions, l'action est difficile, et la pratique du monde devient* un rude problème. La responsabilité pesait à M. Royer- Collard; il ne l'acceptait qu'à la dernière extrémité, et l'on a dit que, pour l'éviter, il s'était trop souvent abstenu. Mais cependant, voyez : à quel devoir a-t-il fait défaut? Quand son temps est venu , qui a touché à plus de choses , qui a laissé plus d'exemples , qui a plus ému les es-

prits» et, du droit de la pure Intelligence, plus réagi sur les affaires? Cet homme spéculatif a prononcé des paroles qui ont remué la France, et, par la France, le monde. Dans le cours de ces derniers temps , son influence se confond avec la force des choses , et quelques uns des actes de sa pensée seront des événements de rhistoire.

Plus j*y songe , Messieurs, plus je me confirme dans cette croyance que , malgré les dérisions d'une prudence vulgaire, les affaires humaines ne dépérissent pas dans les mains de ceux qui regardent la pensée comme souveraine en ce monde. Voilà beaucoup de temps qu'on élève un conflit entre la théorie et la pratique, et que l'on veut rendre l'une étrangère et comme inutile à l'autre. Et cependant , « à vouloir se passer de la théorie, il y a, » disait M. Eoyer-Collard , la prétention excessivement » orgueilleuse de n'être pas obligé de savoir ce qu'on 0 dit, quand on parle, et ce qu'on fait, quand on agit *• »

L'homme n'a pas trop de toutes ses forces pour se mesurer avec la difficulté des choses, et sa raison n'est pas un superflu dans la lutte qu'il doit soutenir contre les volontés étrangères et contre ses propres passions. La réalité n'est pas si pure qu'il y ait danger à s'élever audessus d'elle, et les ailes de l'âme n'empêchent Jamais nos pieds de toucher la terre. La contemplation de quel- *que vérité immuable est seule capable de nous soutenir et de nous guider au milieu des obstacles de l'action ; celui qui ne sait pas qu'une lumière est sur nos têtes, marche dans les ténèbres; il ne comprend plus le réel, faute de l'avoir dépassé. Bans la cité où la politique, les

* Chambre des députés, séance du 8 mai 4 821.

arts, la guerre, ont produit les plus rares merveillesy un homme d*un génie divin et d'un esprit railleur , le disciple inspiré du plus sage des mortels chez la plus spirituelle des nations, Platon disait : a Tant que la

B puissance politique et la philosophie ne se trouveront Dpas ensemble.,... il n'est point de remède aux maux j» qui désolent les États , ni même à ceux du genre hu- 0 main ^ » Cela n'est-il donc vrai, Messieurs, qu'au pied de l'Acropolis et sur les bords de l'IIissus? Est-il absolument nécessaire d'habiter la ville de Phidias et de Sophocle, la patrie que défendit Thémistocle et que gouverna Péridès, pour penser que l'habileté, l'art, le talent, ne suffisent pas à diriger le monde, et qu'il y faut encore un peu de philosophie, c'est-à-dire d'amour réfléchi du vrai et du bien? Ne permettrez-vous qu'aux condtoyens des plus grands hommes de l'antiquité de préférer les sages aux grands hommes, et sommes-nous autorisés par quelque gloire inconnue à nous montrer moins sévères? Non, Messieurs, non, une certaine alliance de la politique et de la philosophie est de tout temps nécessaire. Le philosophe, étranger aux choses humaines, rêve ou s'égare; il s'isole, du moins, dans l'impuissance des systèmes, dans l'oisiveté de la spéculation; il languit comme un artiste d*un monde impossible, et dans ses mains la vérité n'est qu'un jouet précieux. Le politique sans principes, esclave des maximes changeantes d'une pratique d'expédients qu'il appelle raison d'État, plus touché des passions que des idées , des intérêts que des droits , abaisse au talent de corrompre l'art de gouverner

' Hépoblique, livre t.

et dégrade le pouvoir en avilissant Tobéissance. L'ambition n'est permise que si le commandement améliore , et' gouverner devrait être la plus haute manière défaire le bien. Assez longtemps on a cru la force et la ruse maltresses de la terre. Et de quoi donc serviraient ces révolutions douloureuses qui bouleversent les sociétés au nom des idées, si elles ne rendaient au droit un peu d'empire sur le fait, si elles ne constituaient avec le temps un nouveau progrès de la philosophie sur la politique I Platon a donc raison, Messieurs, et Socrate faisait bien d'enseigner la sagesse à l'ambitieux fils de Clinias. Oui, la philosophie doit régner; c'est une parole qu'on peut redire devant le tombeau de celui qui fit du vœu de Platon la règle de sa vie! Oui, le génie de l'homme, qu'il étudie la nature ou gouverne la société, doit s'élever plus haut que le sensible et l'utile. Sans doute, la politique, comme la philosophie même, ne peut commencer que par la simple expérience ; mais en aucune chose l'expérience ne donne toute la vérité. Les faits sont en quelque sorte multipliés par les idées , et le regard de la pensée s'étend au delà des limites de l'observation. L'univers physique lui-même a des mystères qui ne se révèlent qu'à la pure intelligence, et toutes les sciences ont leur philosophie. Je rends hommage à la sagacité patiente qui, s'armant des instruments admirables que l'art prête à nos organes, aperçoit laborieusement des phénomènes cachés au vulgaire. Guidée par le talent de l'expérience, la vue devient perçante et pénètre dans les deux infinis. Mais J'admire davantage encore celui qui, seulement appuyé de quelques obs^vations variables, projette sur la nuit de l'inconnu la lumière d'une induction hardie , et, sans autre instrument

DISCOURS DE RËCEPTION Â L*ACÂPÉMIË. 364

que cette analyse merveilleuse » œuvre -directe et abstraite de la raison^ deviae au sei^ de rinvisible un moude nouveau, le constate, saus Tobserver, le déxiqoHtre sans le connaître^ le prédit en quelque soi'te, dédaignapt de le découvrir, retrouve la création dans sa pensée» et semble à ia fois agraBdir le ciel et Tesprit humain.

"Il

Page 1