II
et des lles^ Le but desUoiversités était réducation pour les trois professions savantes, les seules qui comportassent le doctorat, et qui répondaient à Tétude de la théologie, du droit canon et du droit civil. La faculté des arts qui comprenait la logique, la physique et la morale, était considérée comme IMntroduction nécessaire à ces trois sciences. La première époque de TUniversité de Glasgow ne parait pas avoir été fort brillante; et sa réputation languissait, lorsque survint la réforme qui fut sur le point de la détruire^ et qui la réduisit à un simple collège. Relevée par la reine Marie Stuart, en 1560, elle reçut du roi Jacques YI, celui qui fut roi d'Angleterre sous le nom de Jacques l, une institution nouvelle; elle recouvra ses anciens privilèges, et tandis que le principal du collège dut enseigner la théologie et les langues hébraïque et syriaque, trois régents durent faire chacun un cours, le premier de grec et de rhétorique, le second de dialectique, de morale et de politique avec les éléments de Tarithmétique et de la géométrie, et le troisième de physiologie *, de chronologie, de géographie et d'astrologie. La révolution respecta TUniversité, par égard pour le principal qui en était à peu près le seul membre républicain. Crpmwell reconnut ses droits et ses immunités. La restauration lui fut moins propice. Le gouvernement épiscopal ne pouvait protéger une institution toute presbytérienne. Quelques-unes des chaires dont elle s'était enrichie disparurent, et ce n'est qu'après 1688 qu'elle reprit le cours de ses progrès. Peu à peu, des dotations
^ Qydesdale, Teviotdale, Albany et Rotbesay.
< Ce mot signifiait alors sans doute : la science de la nature.
royales oa de libérales fondations la mirent dans l'état où la trouva Reid en y arrivant. Les trois professions savantes étaient maintenant la théologie, la loi et la médecine, enseignées chacune dans leurs diverses parties par plusieurs professeurs; le cours d'études ou l'éducation générale qui introduisait à cet enseignement spécial, comprenait d*uue part le grec et le latin, de l'autre la philosophie. Celle-ci, complétée par des cours accessoires de mathématiques et d'astronomie, se divisait en trois sections : la logique, la philosophie morale, la philosophie naturelle ^ . L'enseignement de la philosophie morale comprenait la théologie naturelle , l'éthique et le droit naturely et c'est cet enseignement qui était confié à Thomas Reid. Une institution où aucun serment, aucun test n'était exigé, et qui n'avait eu à souffrir depuis sa renaissance que du fait de l'absolutisme et de l'épiscopat, devait être une institution chrétienne et libérale, où la foi religieuse pouvait atteindre des degrés très-divers de dogmatisme et de ferveur, sans jamais s'aller perdre dans la tyrannie ou dans la licence. Là respirait l'esprit de vérité, de liberté, de modération. Là Thomas Reid de*vait retrouver les siens.
Le vieux Robert Simson, à qui peut-être Euclide doit une partie de son autorité absolue dans la Grande-Bretagne, vivait encore. Il avait iustitué une sociélé savante
1 Ainsi, il y avait du temps de Reid quatorze professeurs, sans compter les lecteurs de chimie, de matière médicale et d'accouchement. Il y a maintenant vingt-deux chaires. L'augmentation a eu lieu surtout pour la médecine, qui n'avait autrefois que deux professeurs, l'un de médecine théorique et pratique, l'autre d'auatomie et de botanique.
dont il était rame et qu'on appelait le Club du Vendredi. Les mathématiques fleurissaient dans une école où s'étaient formés Colin Maclaurin, Matthew Stewart, Trailet Bobison qui devaient les enseigner^ i*un à Aberdeen, l'autre à Edinburgh. Moor, à Tétude des sciences exactes, unissait les talents d'un babile helléniste; Patrick Wilson professait l'astronomie d'une manière distinguée. Beid trouvait dans leur réunion des ressources précieuses. Mais les études de Tordre moral étaient comme nulles à Glasgow, et il avait beaucoup à faire pour y ramener les esprits. Aussi Aberdeen et ses amis des bords du Don et de la Dee conservèrent-ils longtemps ses plus chères affections. Vainement son parent, John Gregory, avait été appelé à Edinburgh, dont la célèbre école de médecine doit beaucoup à sa renommée, Reid ne pouvait s'empêcher de regretter son ancienne résidence. La population de Glasgow lui paraissait moins intelligente que celle à laquelle il était accoutumé. La régularité des mœurs le frappait; mais il observait en même temps un puritanisme exalté, une roideur morose, et dans la prédication des pasteurs, il ne reconnaissait pas toujours TÉvangile. Quant à l'intérieur de TUniversité, s'il y rencontrait ce qui existe dans tous les corps, des divisions et des cabales auxquelles il n'avait aucun goût, il trouvait des moyens variés d'instruction, une grande bibliothèque, de nouveaux instruments de physique et d'optique , des expériences instructives, particulièrement les leçons de chimie du docteur Black qui l'intéressait vivement en lui enseignant sa théorie, alors toute nouvelle, de la chaleur latente.
Dans une correspondance pleine de simplicité et d'intérêt avec les docteurs Skene, tous deux médecins naturalistes y et de ses meilleurs amis d*Âberdeen, il donne sur sa vie privée, sur ses occupations universitaires, sur les petits événements d'une destinée toute scientifique , des détails bien familiers^ mais qui plaisent quand on sait apprécier la dignité et la douceur d'une existence consacrée tout entière aux sciences et aux lettres.
a Je vous conduirai maintenant chez moi, dans ma maison, qui est située au milieu des tisserands, comme le Back-Wynd à Aberdeen ; vous passez par une longue, obscure, abominablement sale entrée, qui vous conduit dans un petit enclos fort propre ; vous montez à une jolie petite salle à manger, et vous trouvez ce qu'il faut de jolies chambres à ma famille, comptées avec tant d'épargne que mon appartement est un cabinet de six pieds sur huit ou neuf, auprès de la salle à manger. Pour compenser ces petits inconvénients^ la maison est neuve et sans insectes, elle a le meilleur air et la plus belle vue de Glasgow, la jouissance d'un grand jardin très- aéré pour promenade, lequel n*est pas si bien tenu qu'on n'en puisse user en toute liberté. Cinq minutes de marche vous conduisent en passant au-dessus d'un précipice de rochers dans un large parc en partie planté de sapins, en partie découvert, qui domine la ville et toute la campagne environnante et d'où Ton a la vue des détours de la Glyde dans une grande partie de son parcours. L'ancienne cathédrale est au pied du rocher, moitié de sa
hauteur au-dessous de vous, moitié au-dessus, et c*est vraiment un magnifique édifice ^ d
Cependant au milieu des avantages de sa nouvelle posltioDy Reid éprouvait plus d*un ennui. Quoique les professeurs eussent formé entre eux une société littéraire, il écrivait à David Sl^ene : a Que dévient notre société philosophique ? Bataille-t-on encore à propos de David Hume?p Un Jour qu'il avait vu un beau fourneau de chimiste : « Pour moi, écrivait-il encore, je voudrais trouver une machine aussi propre à analyser les idées, les sentiments moraux, et autres matières appartenant au quatrième règne. Je crois que j*aurais le cœur d*en donner bien de Fargent. » Il s'intéressait cependant aux nouvelles expériences de chimie et de physique; il annonçait les nouveaux perfectionnements apportés par Watt à la machine à vapeur qu'il voyait fonctionner dans une fabrique. Fidèle aux exemples de Smith, il écrivait pour sa société académique des mémoires sur des matières de commerce, sujet de conversation que la guerre d'Amérique mettait à la mode. Il accueillait avec plaisir des étrangers curieux des choses scientifiques, et jusqu'au comte de Lauraguais qui pensait savoir la chimie, et que la réputation de Black attirait sans doute à Glasgow. Les sciences exactes continuaient de lui être assez familières, pour qu'il fût appelé par le consolide ville d^Aberdeen à siéger parmi les examinateurs des candidats à lacbaire de mathématiques du collège Marîschal. Mais malgré tout
* Letlen to A. and D, Skene.^Corresp. A, Works, p. 40. Cette hauteur qui domine la cathédrale rendue à sa beauté primitive, est maintenant uncimeUère placé et orné d'une manière très-pittoresque.
cela, après cinq ans de séjour, il écrivait encore : a Nous ayons ici des spéculatifs en médecine, en chimie, en mécanique, en histoire naturelle, qui sont dignes d*étre connus... Pour moi, le monde immatériel a englouti toutes mes pensées, depuis que je suis ici. Mais je trouve bien peu de gens qui aient voyagé loin dans cette région, et je suis souvent seul à poursuivre mon terrible chemin, plus solitairement que lorsque nous nous réunissions au club *. D
Ce n'est pas à ses auditeurs que cette plainte s'adresse. Il en avait des trois nations, et plus d'Irlandais qu'il n'aurait voulu. Les élèves ne payaient que pour la première année, et le total de leurs rétributions s'élevait de 70 à 1 00 livres sterling qui s'ajoutaient à 50 livres de traitement. Mais les mêmes auditeurs suivaient gratuitement une seconde année, et quelquefois quatre ou cinq. Toute cette jeunesse montrait de l'ardeur. Les leçons de Beid étaient fort suivies, plus même que ne l'avaient été celles d'Adam Smith, et il avait jusqu'à soixante élèves et davantage. Cependant sa manière d'enseigner n'était pas fort attrayante. Il improvisait rarement ; et ses lectures froidement débitées ne s'emparaient de l'attention que par la clarté, l'exactitude, la solidité. Il ne paraît pas qu'il se prescrivit un plan bien systématique et qu'il s*astreignit sévèrement au programme officiel. Mais on comprend, malgré cela, que sa philosophie de l'esprit humain, même enseignée sans ordre, devint une introduction excellente aux principes généraux de la théologie, du droit et de la morale. Un jeune disciple qui, dans Thiver de 1772,
^ Letters, p. hi, 43, 48, 40-
arriva d'Edinburgh pour l'entendre, nous rend témoignage de l'attention respectueuse que lui prêtait son auditoire. Ce disciple était Dugald Stewart. Il avait alors dixneuf ans ; fils d'un professeur de mathématiques à TUniversité, et destiné à le remplacer, il s^était fait remarquer par son professeur de logique, Stevenson, et par le docteur Adam Ferguson, pour son aptitude aux sciences morales, et eux-mêmes l'avaient dirigé vers Id chaire de celui qui devait être en effet son vrai maître et son ami ^ Quoique Glasgow eût beaucoup de rapports avec Edinburgh, on ne voit pas que Beid se déplaçât souvent pour former ou entretenir dans cette capitale d'intimes relations. 11 n'eut d'abord de correspondance suivie qu'avec lord Kames, qui occupait une assez grande position dans les lettres et la magistrature K Henri Home, lord Kames, juge de la Cour de session et lord du Justiciaire, ce qui est la plus haute place de judicature de l'Ecosse, avait dès 1751 publié des essais sur les principes de la morale et de la religion naturelle où Ton retrouve quelques points de la doctrine de Descartes. Dix ans après, parut son
* An Account of the life^ etc., sect. I, p. 11^ Dugald Stewart, fils du Dr Matthew, Télève de Simson et le successeur de Maclaurin, était né dans le collège même d'Edinburgh, le 22 novembre 1753 ; il fut, avant l'âge de vingt ans, appelé à remplacer son père dont la santé s'était affaiblie, et, en 1774, il fut définitivement nommé son assistant et son successeur. Il lui succéda officiellement à l'époque de sa mort, 1785. Sept ans auparavant, Ferguson, absent, l'avait chargé de le suppléer dans son cours de philosophie morale, et Stewart échangea définitivement contre cette chaire sa chaire de mathématiques.
s II était né à Kames, Berwick, en 1696. Avocat et Jurisconsulte habile, il avait été, malgré quelques soupçons de Jacobitisme, élevé au banc de la Cour de session en 1752, et mourut en 1782.
IntrodueltonàVArt de penêer^ et en 1774 ses E$quis$e$ de V Histoire de f homme où Reid inséra une analyse de la Logique d'Aristote. L'esprit original et plus yif que sûr du juge écossais Tavait porté à des opinions hasardées et incohérentes dont quelques-unes lui attirèrent de la part de Reid d'amicales observations. On voit par la première lettre de celles qu'on nous a conservées que lord Kames Tétait venu voir en 1772 , et qu'ils avaient discuté la question de la liberté humaine. Le cas avait été posé où un accès de colère, un mouvement de passion irrésistible aurait entraîné un homme à poignarder son meilleur ami. On demandait s'il devait être tenu pour responsable de raciion qu'un instant après il détestait lui-même, et si les effets d'une folie momentanée ne devaient pas être jugés d'après les mêmes règles que ceux de la démence habituelle. Le magistrat métaphysicien prenait parti contre la permanence de la liberté de l'agent, et la lettre de Reid est une excellente et même une belle dissertation en faveur des droits indéfectibles de la liberté et de la morale ^ Trois ans après, Je docteur Priestley , qui avec moins de méditation que d'esprit abor« dait toutes les questions de la religion et de la science, avait commencé à attaquer quelques-uns des principes de Reid, et soutenu notamment que la faculté de percevoir étant le résultat d'une certaine structure du cerveau^ l'homme tout entier devait s'anéantir à la mort , et ne puisait Tespérance de se survivre que dans les promesses de la révélation. Le zèle de Reid s'enflamma pour la
* Corresp,, B, I, p. 50.
dignité humaine. Un fragment d'une de ses lettres à lord Kames est digne de ce beau sujet. On y voit que son correspondant n'avait pas été plus satisfait que lui des ouvrages d'Helvétius. a D'après ce que j'apprends, écrit Reidy les écrivains français sont toas devenus de complets épicuriens. On penserait que la politesse française devrait s'accorder à merveille avec la bienveillance désintéressée^ mais, si nous les en croyons, elle n'est que grimace; c'est une flatterie qui en cherche un autre: ainsi le cheval, quand le col lui démange, lèche le cheval voisin pour en être léché. Je déteste tous les systèmes qui déprécient la nature humaine. Si c'est une illu* sion que de supposer dans la constitution humaine quelque chose de vénérable et de digne de son auteur, qu'on me laisse vivre et mourir dans cette illusion.... N'était que nous voyons souvent les extrémités se rencontrer, je trouverais très-étrange de voir des athées et des théologiens haut-montés ^ se disputer à qui noircira et dégradera le plus rhumaine nature ; toutefois je trouve les athées les plus conséquents des deux ; car assurément de telles vues sur l'humanité tendent plus à servir l'athéisme que la religion et la vertu *. »
Diverses questions scientifiques^ comme celles qui intéressent les lois du mouvement ou la théorie alors bien inconnue de l'agriculture, amènent encore Reid à examiner, en écrivant à lord Kames, quelques-uns des principes de Newton et de Descartes, et l'on devra lire cette correspondance pour connaître avec précision ses
1 Higli-shod.
< lUtmy II, p. 52.
idées sur ]a notion des causes physiques et sur la valeur des hypothèses. Elle ne se termina que par la mort du magistrat d'Edinburgh, 1782, et dans une lettre touchante à sa veuve, on voit à quel haut prix Reid mettait son amitiés
A cette époque, Reid commençait à ressentir les atteintes de l'âge. Dévoué à la composition, à la révision du livre qu*il préparait, il ne pouvait^ sans fatigue» accomplir seul tous les devoirs du professorat. Dès Tan* née 1780, il avait obtenu de son collège la nomination d'Ârchibald Arthur pour son assistant et son successeur, a Je pense, marquait-il à lord Kames, avoir rendu par là un grand service au collège, et m'étre à moi-même assuré quelque loisir, bien qu'aux dépens de mes finances'.)» Arthur, homme d'un talent modeste, remplaça pendant quinze ans son habile prédécesseur dans la chaire de philosophie morale ; et Reid, tant qu'il vécut, s'applaudit de ravoir choisi.
Son cours, au reste, n'avait été en quelque sorte que le continuel remaniement des matériaux de son grand ouvrage. U mit vingt ans à le préparer ainsi. La première partie ou les Essais sur les Facultés intellectuelles de Vhomme parurent en 1785 ; les Essais sur les Facultés intellectuelles actives trois ans après. U lautjoindre à ces écrits et aux deux précédentes publications l'analyse de la Logique d'Aristote, insérée dans le second volume de V Histoire de t homme de lord Kames , et une Histoire de l'Université de Glascowf imprimée pour la première fois
* Hig-Shod, V. p. 56.
* Idemy IX, p. 61*
dans une Statistique de l'Ecosse ^ et l'on aura tout ce qui a été publié des ouvrages de Reid. Ils se trouvent réunis avec une partie de sa correspondance^ dans la précieuse édition de ses œuvres complètes, donnée par sir William Hamilton'.
11 avait soixante-quinze ans lorsqu'il donna au public le livre auquel 11 doitsurtoutd'ètreregardécommeun chef d'école. Il en concevait lui-même Cette opinion, et sans aucune vanité dans Texpression, il fait entendre souvent qu'il pense élever un monument nouveaif. Comme Bacon, comme Descartes, comme Locke et ses àisciples, comme Kantet Hegel, il était persuadé que la vraie philosophie était encore au berceau, et ne commençait qu'avec lui à se lever et à marcher. Dans une lettre au docteur James Gregory ', il lui demande s'il doit donner dans ses essais une grande place à la polémique. Il remarque que Bayle et ceux qui comme lui allumèrent le flambeau de la réformation de la philosophie naturelle, jugèrent nécessaire de mettre leurs découvertes en contraste avec les idées d'Aristote qui dominaient avant eux. a Ce que je regarde comme la véritable philosophie de l'esprit humain est encore dans un état si infime, in so low a itate^ et compte tant d'ennemis que ceux qui veulent l'améliorer doivent^ je le crains, au moins pour un temps, bâtir d'une main et
1 StatisUcal account of Scotland, 1799.
* A brief account of Aristotle'3 (ogic, with remarks. — A statistical account ofthe University of Glasgow, Works, p. 631 et 722.
> Le fils allié de John, et son successeur comme professeur de médecine ft TUniverslté d*£dinburgh. Il est Fauteur du Compendium theoreticœ medicinœ, et il est mort en 1821, à Tâge de soixante-huit ans. Corresp.y G, II, p. 02.
tenir une épëe de Tautre. » Après lord Kames, qui n*était plus, Gregory et Stewnrt avaient été les confidents et les censeurs de Beid ; il leur communiquait toutes les parties de son ouvrage à mesure qu'il les aoheyalt, et profitant avec docilité de leurs observations, il ne fit en le leur dédiant que rendre témoignage de sa reconnaissante amitié.
On ne saurait dire que le grand ouvrage de Reid ait produit dès Tabord une vive sensation. Un plus célèbre encore, la Critique de Kant, ne fut point remarqué lorsqu'il parut. Plus accessibles au lecteur le moins préparé, recommandés par ses premières recherches^ les essais de Reid furent même accueillis avec plus d'empressement, et dans le cercle des universités de TÉcosse, ils ne tardèrent pas à prendre leur rang. Déjà sa doctrine y faisait école^ et Stewart, dont le talent brillait dans renseignement oral, donnait aux idées de son maître réclat et la popularité, si une vraie philosophie est jamais populaire. En Angleterre, la polémique que Priestley avait entamée avec une certaine rudesse contre le premier ouvrage de Reid, assurait au second l'attention du public sérieux ; et le docteur Price, dont on associe toujours le nom à celui de Priestley, parce qu'ils ont soutenu la même cause en politique et en religion, mais qui se séparait de lui par une philosophie différente et supérieure, écrivait à Reid, en lui demandant de Findulgence pour son ami : a Votre ouvrage est du premier ordre. * »
* Corrêêp., C, VIII, p. 67.