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446 PASSfi ET PRËSBNT.
€8 jougs y déchiilBe toutes les passions contre tontes tos r^eS) et rayage le monde pour le déiiyrer^ L'ancien régime d'un pa^ni dvillsé offre souToit dans ses demièreit années un apeetaeie dangereux pour la moralité des peuples, celui de la vieillesse qui n'est pas respectable. L'habitude d'iiisulter les institutions devance alors le désir de les changer. Une société se déprave , quand elle méprise longtanpa ce qui lui commande ; elle se dégoâie de l'obâs* sance plutôt qu'elle n'aime la liberté; elle perd le seni de l'autorité légitime, et tombe dans l'impiété poUtique^ Rien de pardi die^ les Amérieains du dernier siècle. Leur libéralisme sérieux et traditionnel ne ressemblait pas à cet esprit de réaction novatrice qui aime la révolte pour eUaHonème, et renverse en passant tout ce qu'il volt de^ bout. Plus simplem^t fiers ^que les Sicambres de notre histoire, n'ayant jamais fléchi le genou devant les idoles, les Américafads n'avalent point à bràlerce qu'ils n'avaient jamais adoré.
D'un tel peuple quelle devait être la révolution?
Les passions humaines ne respectent rien. Lorsqu'une fois les évén^nents les soulèvent, elles corrompent les meilleurs^ égarent les plus sages; elles emportent avec dles les moeurs mêmes à l'ombre desqudks elles ont pris naissance, et dévastent, comme un chaume qui s'enflamme, le champ qui les a portées.
1^ l'oppression qui révolta les colonies eut été cette tyrannie violente qui provoque des ressentiments égaux à ses ftareurs , ses excès eussent appelé des représailles ; pour s'àflhinchir, les Américains se seraient vmgés; ils étaient des hommes. Mais c'est ici qu'il faut admirer leur bonfie fortune* Certes t la réslstaiice leur était permise |
ils la devaient am pHndpes Mcrés et aux vérités fn?i<^ labiés dont ils se sentaient dépositaires. Néanmoins elle n'était j^ une obligation absolue ; pour eax » point de revanche à prendre contre des rigueurs intqpportables; une passion impétueuse ne les pousiait paè; ils n'avaient point, comme par exemple le Bmbant sous Philippe II, à renverser des bûeliers et des échafouds. Le gouverne* ment britannique n avait attenté qu*à un principe eonstiti^onnel ; on ne pouvait dire qu'il eût persécuté les Américains , il ne leur avait guère que manqué de ines^ pect ; ils trouvèrent que c'était bien assez , et cela les ho^ nore; mais enfin, Us purent dé1il>érer avant d'agir, ils ne coururent pas aux armes précipitamment et du premier bond , ils prirent conseil de la prudence , continrent leur courroux, mesurèrent la résistance, graduèrent la révolte, ets^nblèrent s'attacher à légitimer à chaque pas leur n^ vdtttion. Ils l'accomplirent comme un d»roir. D'ailleurs, le gouvernement qu'ils; attaquaient n'était pas là , sous leurs yeux , tour k tour insolent et faible, Joignant aux prétentions irritantes les vexations de détail , les excès de répression. Il pmiit peu ; de loin , on ne punit pas, on fidt la guerre. Ce fut une guerre civile^ puisque les deux armées avalent même origine, même langage, et que pendant longtemps elles avaient eu même gouvernement et même drapeau. Cependant, lorsque la mer sépare les deux fractions d'un peuple , et que , pour se combattre, il faut que l'une d'elles embarque ses soldats pour une expédition lointaine , la guerre civile perd beaucoup de ses douleurs ; les haines moins vives y enfantent moins de crimes ; le drdt des gens sul)siste et la modère ; la vie* toire ne se montre pas impitoyable, et la force reconnaît
des lois. C'est encore là une des cireonstanees bieuheu-^ reuses qui firent la révolution d'Amérique si peu révolu-^ tionnaire ; aussi , ce mot même de révolutionnaire est-il en Amérique une qualification tout honorable , lorsqu'en d'autres pays 11 est une injure.
Ainsi s'explique le caractère incomparable de la révolution de 1776. Il se lit, écrit et signé de la main même de ceux qui l'ont faite, dans cette immortelle déclaration d'indépendance où respire en quelque sorte l'àme de la nation américaine. Rien qu'à la lire, on devine comment précédera une révolution si réfléchie , si scrupuleuse , 9i inquiète de montrer son bon droit, et de mettre de son côté le suprême arbitre de la justice. On prévoit que dans un événement, précédé d'un tel manifeste, tout sera d'accord, les principes, les moyens, le résultat, et que ce qui S'est entrepris au nom de la liberté , s'accomplira par la liberté , pour aboutir à la liberté.
La liberté est, en effet, sortie de cette révolution. Quelque doute qu'on se plaise à concevoir aujourd'hui sur l'avenir des Etats-Unis , on ne contestera pas que leur révolution ait réussi. Quand elle n'aiurait produit que les cinquante ans qui viennent de s'écouler, la décadence tant prédite de cette singulière société fût-elle commencée , les sacrifices et les souffrances de la génération de 1776 n'auraient pas été perdus, et le salaire vaudrait le travail. L'humanité a rarement aussi bien employé sa peine, et des peuples qui se sont plus laborieusement affranchis ne se sont pas si bien gouvernés.
Après la guerre de la révolution, rien ne fut plus honorable à la nation que l'effort de raison et de vertu qu'elle fit sur elle-même pour se donner un gouverne-
meDt. Elle n*eD possédait qu'une vaine apparence dans les pouvoirs improvisés qui avaient servi Jusque-là. Ces deux causes ordinaires de despotisme , l'insurrection et la guerre y n'avaient pas produit leurs effets accoutumés. Les comités de salut public de cette révolution-là n'a* vaient rien eu de dictatorial» et le congrès exhortait plus souvent qu'il ne commandait. Sans oser s'abandonner à l'autorité militaire , il se défiait de la sienne , et les assembléeief coloniales qui suspectaient à la fois celle du congrès et celle de l'armée, usaient de leurs droits plutôt comme d'une liberté locale que comme d'un ressort de gouvernement. Une sorte d'esprit municipal , tel que h moyen âge l'a déveloj^, dominait dans les treize états, esprit de résistance plutôt que de direction, propre à protéger les droits privés plus qu'à sauver ceux de la société. Il tenait comme en échec le pouvoir central. Ces hommes intrépides, qui avaient osé disputer à une métropole redoutable l'autorité suprême^ n'oMient la garder pour eux . Ils déclaraient la guerre et ils hésitaient à y contraindre leur pays ; ils reprenaient à l'Ân^eterre le droit de lever l'impôt, sans en user pour leur compte; ils revendiquaient toutes les prérogatives d'un gouvernement et ne gouvernaient pas. Un excessif respect pour la liberté les exposait à ne la point conquérir.
Ces scrupules ou ces défiances mirent plus d'une fois en question le salut de l'Amérique , et la guerre eut plus d'un Jour où l'on regretta la dictature. Mais finalement tout réussit, et le dénoûment n'en valut que mieux. Tandis que d'ordinaire le danger public arme le pouvoir et ajourne la' liberté , ce fut au moment de la victoire et
de la paix que la nation aperçut la fail^lesse , le néant de «on gouvernei|)€nt, et la nécessité de le fortifier ou plutôt de le reftdre. L'union n* avait été qu'un mot d'ordre na« tional; le lien fédéral n'existait que de nom; aucone institution puissante ne le consacrait. Ces États-Unis, qui avaient captivé l'admiration de l'univers, déclinaient en naissant. Ils n'avaient point d'armée , de finances , de diploomtie. La vie politique semblait prête à s'éteindre en eux au moment joù ils étaient libres. Us sentirent le mal, et quoi qu'il leur en coûtât, ils voulurent le répmrer. Ni leurs opinions ni leurs haUtades ne les portaient vers une organisation centrale; amis de l'union en Uiéorie, ils eu supportaient impatiemment les conséquences, et tout ce qu'ils accordaient à la force de la nationalité, leur semblait autant de pris sur la liberté locale et sur la liberté populaire ; mais leur bon sens fit taire levm pré* jugés et leurs goûts. La constitution de 1787, cette constitution qui, de ce c6té-ci de l'Océan, semble l'utopie écrite, le rêve légal de la démocratie, fut une œuvre de raison, un produit de l'expérience, un sacrifice à la né* cessité. C'est une réaction de l'esprit de gouvernement qui a organisé la grande république américaine ; elle Ait établie contre l'anarcble, et, en effet, à dater de 17 89, les États-Unis ont pris leur rang dans le monde.
Le caractère qui nouf a frappé dans le peuple américain , et 4ans Tévénement le plus mémorable de son histoire, nous le retrouverons plus remarquable et plus éclatant eneore dans le général Washington. En lui la nation et la révolution se sont personnifiées. Sa vie réfléchit l'histoire de sa pArie. Peut-être , quelque jour y ne
WÂSHIÏ^TON. fSt
devronfl-Douft plot admirer que lee maiie» : pendant qvCîl en est temps encore » donnons-nous le plaisir d'adn^er nn grand homme,
Washington descendait d'une famille ancienne en An* gleterre. Celui de ses aleox qui vint le premier s'établir en Virginie, sur les bords du Potomac, avait quitté l'£a« rope en 1657. Il appartenait donc à cette génération tout, ensemble religieuse et politique, contemporaine de la réroitttion. Il acheta des terres » il Ait planteur, et son arrière*petit»fils naquit dans les conditions de fiunille, de profession , de situation sociale, où nous avons vu que se reproduisait le plus complètement le caractère américain. Si le sort l'eût à Jamais confiné dans la vie privée, il eût été un propriétaire intelligent , un ngrieulteur éclairé , d'une instruction simple, de mesura sévères , soumis à la religion, Jaloux de son honneur, robuste, actif, fait an travail, au danger, à la solitude, froid dans ses manières, obéi dans sa maison, respecté dans sa contrée, et obte<* nant facilement la déférence de tous par l'excellence de son juyment et l'énei^e de sa volonté. Il eût ignoré toute sa vie que ses qualités , mises à l'épreuve des af» foires publiques , s'élèveraient sans peine à leur niveau , et grandiraient à la mesure du théâtre où elles devraient se déployer. La plus modeste situation lui eût convenu , pourvu qu'elle fût digne; il efl^int à la plus haute» égal à toutes par ses talents , supérieur h toutsi par son caractère.
Il avait le goût des mathématiques , et il «i savait ce qu'il faut pour être un arpenteur habile , profession im« portante et <fifflcile dans une soeiébé qui s'approprie des forêts primitives et qui défriche le désert. C'est dans les
travaux de t'arpentage qu'il oommençà Tapprentissage de la fatigue et du péril , et qu'il sentit naître en lui cette vocation militaire que la guerre de 1755 vint développer. Major dans la milice de son district à dix-neuf ans, il prit part à plusieurs expéditions hasardeuses au delà des monts AlieghanySy et devint commandant en chef de la poignée d*h6mmés que la Virginie appelait son armée, et qui soutenait une guerre de frontières contre les Indiens et contre les Français. C'était sans doute un oflider capable, alliant à la prudence une firoide audace. Mais ce qui frappe le plus daiis ce début de sa vie publique , c'est le soin jaloux qu'il montre en toute occasion de maintenir saî dignité personnelle ; c'est le sentiment consciencieux d'une respoiûabilité qui porte sur lui tout entière, lors même qu'il agit en commun; c'est enfin l'idée qu'il répandait involontairement autour de lui, de sa supériorité naturelle. Partout il était ou devenait le premier ; partout il inspirait la confuse croyance qu'il était réservé à de grandes destinées.
Il siégeait depuis quelques années dans la chambre des bouiigeois, assemblée nationale de la Virginie, lorsque l'Angleterre commença ses fautes. On sait que la première fut l'établissement aux colonies d'un droit de timbre, par un parlement dont elles n'élisaient aucun membre, violation flagrante du principe élémentaire, source historique et commune de la liberté moderne. Le nouvel impôt fut déclaré inconstitutionnel , les assemblées protestèrent , et celle de Virginie ne fut pas la moins animée. L'Angleterre céda , et l'acte du timbre fiit révoqué. « Si elle l'avait maintenu , écrivait dès lors Washington , sa pet*slstance aurait eu des conséquences plus terribles
qu'on ne le croit Cimimunéinent, tant pour la mère-patrie que pour ses colonies*. » Mais le parlement qui n'avait fait qu'une feinte retraite , inventa d'autres taxes et ne dissimula ptus la prétention d'exercer un conû^le illimité sur toutes les parties du territoire britannique , et de placer les colons sur un pied d'exception parmi tous les sujets anglais. Cette prétention fut le grief fondamental de l'Amérique ; il motiva à lui seul les protestations , les remontrances , les pétitions , puis le refus de l'impôt, puis la rupture des relations de commerce, puis la déclaration d'indépendance et la guerre. Washington passa, comme son pays, par tous ces degrés de la résistance. Dès le premier moment, il décida que c'était à l'Angleterre de céder, et que réparation serait faite à l'Amérique. Inflexible sur ce point, il dut vouloir et faire tout le reste , tout, y compris une révolution. Sans la désirer, sans la poursuivre, quoique de bonne heure il la prévit, il approuva ou conseilla toutes les mesures par lesquelles elle fut progressivement amenée. Toujours présent et actif dans la législature locale deux fois dissoute, dans la convention de Wiiliamsburg, dans les assemblées de .comtés , enfin dans le congrès, il prit vivement part à tous les actes décisifs qui signalèrent le patriotisme de la Virginie. « Les armes , disait-il dès 1 769 , doivent être la dernière ressource ; mais il n'est pas un seul homme qui doive hésiter ou craindre de les prendre pour défendre la liberté que nous avons reçue de nos ancêtres. » Cinq ans après , il s'écriait : « La crise est arrivée , il n'y a de remède pour nous que dans la détresse de l'Angleterre.
* Lettre écrite en 4767, citée par M. Sparks, dans la Vie de Washington .
11 faut maiotenir nos droits , ou nous soumettre h toutes les charges dont on voudra iious accablert b U ne deman* dalt pas riadépendance, mais il déclarait que « jamais aucun homme, sur le continent américain , ne se soumet» trait à perdre ses droits et ses privilèges. » Il détestait la rébellion , mais « si le ministère , disait-il , pousse les choses à Textréme» il y aura plus de sang répandu qu'il n'en a jamais coulé dans les guerres dont les annales de TAmérique du Nord ont conservé la mémoire, » La Virginie réorganise ses milices : a J'accepterai bien volontiers l'honneur de commander, car ma résolution bien arrêtée est de consacrer ma vie et ma fortune à notre cause. » La journée de Lexington inaugure le règne de la force ; a Les plaines de l'Amérique doivent être abreuvées de sang ou habitées par des esclaves. Triste alternative I mais un homme vertueux peut^il hésiter sur le choix ? b Aussi n'hésite-t-il pas. Le congrès où il siégeait décrète à l'unanimité que les colonies doivent être mises. en état de défense. Une armée américaine est formée , le commandement en chef lui en est donné. Il répond qu'il accepte , qu'il est prêt , mais qu'il ne se croit pas à la hayteur des fonctions difficiles dont on l'honore, a Mon inquiétude est inexprimable , écrit-il à sa femme ; un mois passé près de vous, chez nous, me donnerait cent fois plus de bonheur que sept fois sept ans de commandement ; mais puisque la destinée m'entraine. J'espère... Je ne pouvais refuser sans ternir ma réputation., . Je me confie donc à la Providence*. »
• Lettre à George Hason, 1769, citée par M. Sparks. — Lettre à Dryan Fairfax, 4774; t. m de la traduction. — Lettre au capitaine Mackensio, citée par M. Spar"ks. — Lettre à son frère, citée par le
On résumerait dilIflcilemeDt la guerre d'Amérique ; il ne serait pas aisé de raconter en peu de mots ces liuit an-» nées dé combats , de souffrances et d'anxiétés , pendant tesquefles tout fut indécis, tout Ait en péril Jusqu'au dernier jour , et dont l'Europe attentive suivit le spectacle avec un prophétique intérêt. A parler comme les mili^ taires , ce ne fut pas une grande guerre ; mais peu de grandes guerres ont autant ému , autant servi le monde* c Ce sont des reneoiitres de patrouilles » disait M. de La Fayette à Napoléon , qui ont décidé des droits du genre humain. »
Nul , plus que Washington , n'a prouvé que dans le gouvernement aussi il n'y a point de génie sans la pa-*, tience. La sienne fut mise à Tune des plus dures épreu*' ves que puisse subir un homme responsable tout àla fols de son armée et de sa cause. C'était peu que d'avoir ic braver les dangers et les maux auxquels la guerre condamnait une armée pauvre et nue, opérant, par des saisons rigoureuses, dans un pays vaste, d'une richesse mé* diocre et ^'une population rare. La fermeté et Faetivité de son g^éral y pouvaient suffire; mais il eut à vaincre deux grandes ^fficultés, Tune militaire, l'autre politique, toutes deux particulières à sa situation.
C'est une infériorité à la guerre que de ne pouvoir risquer son armée. Les succès décisifs ne sont quelquefois possibles qu'à cette condition, et tous les capitaines célèbres ont su jouer le tout pour le tout. W ashington ne le pouvait pas ; il eôt craint d'anéantir en une fois tout l'es'^ poir de l'insurrection américaine. Avec des troupes trop
même. — Réponse au congrès et lettre à madame Marthe Washington ^ 4775: t. m delà Iriducikm;
faibles et trop mal organisées pour être aisément maniables f il se voyait obligé de laisser passer cent occasions favorables de fi*apper un grand coup ; car il y avait tel revers qui eût perdu sa cause et son pays. De là une perpétuelle contrainte, une vie d*abnégation et de sacrifice, insupportable à la tète d*une armée. Son esprit le portait naturellementà prendre en toute situation hasardeuse le parti d*une Judicieuse audace. Il s*en abstenait et résistait à toute tentation de gloire. Presque toujours le plus hardi dans le conseil, ilse résignait à Tavis qui risquait et obtenait le moins, et cet homme si entreprenant a laissé la renommée du plus prudent général. Dès le commencement des hostilités , il voulut tenter d*enlever Boston avec une poignée d'hommes. Tous ses officiera 8*y opposèrent. Il céda et se borna à la guerre de position. C'est alor^ qu'il écrivait : « Si j'avais prévu les obstacles qui hérissent notre marche., si j'avais connu l'éloignement des vieux soldats pour rentrer au service, tous les généraux du monde ne m'auraient pas convaincu qu'il fallût ajourner une attaque sur Boston ^ » Mais le plus souvent il se soumettait sans murmure à son impuissance , et se contentait de tenir la campagne sans courir la chance d'une victoire ou d'un échec. Cependant il sentait par intervalles la nécessité de ranimer l'ardeur de ses soldats et de ses concitoyens par une action d'éclat. Après avoir consumé des mois dans une stérile défensive , il risquait un engagement qui ravivait les couleurs du drapeau aux yeux de la nation; car il fallait qu'elle fût toujours contente de son armée.
* Lettre à Joseph ReeU, 1775; t. m de la traduction.
La situation politique de \\ ashingtou n^était pas moins difficile. Uesprit républicain est toujours défiant. Le pouvoir militaire inspirait des craintes à ceux-là qu*il devait sauver. Le peuple s'alarmait pour sa liberté avant de ravoir conquise » et le gouvernement central craignait d*étce usurpateur. Gomme toute assemblée , il avait ses &ctions intérieures; divisé et timide, il fut longtemps au-dessous du rùle auquel les circonstances rappelaient. 11 ne manquait point de patriotisme , mais de volonté* Malgré de sourdes inimitiés^ le général en chef y trouva toujours une confiance personnelle, rarement une coopération énergique. Soumis avec un religieux respect à l'autorité civile, il ne lui contestait aucun droit et ne lui cachait aucune vérité. Sa correspondance est une perpétuelle remontrance : soit qu'il s'adresse à l'assemblée, à ses comités, à ses principaux membres, soit qu'il écrive aux chambres ou aux gouverneurs des divers états , il ne se lasse pas de leur représenter avec force lesl>esoins de l'armée, les vices des règlements, les nécessités de la guerre, les devoirs d'un gouvernement. Quand il leur parie, il n'a garde d^ diminuer leur responsabilité; quant il agit, il accepte toute la sienne et même un peu de la leur, sans ménager jamais sa réputation aux dépens de son pays, en laissant percer le secret des fautes qu'il n'aurait (las faites. Il consent à être blâmé sans répondre, quand son inaction ne vient que de l'insuffisance des moyens qu'on lui donne, quand ses revers ont pour cause l'exécution d'un ordre qu'il n'approuvait pas. Tous les sentiments personnels semblent s'être anéantis dans son âme pour y laisser dominer le seul dévouement au devoir. Cet homme, dont le caractère était impérieux, et qui portait à son