‹ CritiquesChapitre 22 sur 99 · BIBLIOTHECA L · texte numérisé non relu

BIBLIOTHECA L

Tel comédien entre en scène, et avant qu'il ait dit un mot ou fait un signe, la foule est déjà suspendue à ses lèvres, tandis que tel autre aura eu besoin que toute sa passion déborde de son âme comme d'une urne renversée, avant qu'une communication existe entre lui et ceux qui l 'écoutent.

\insi, voyez Frederick Lemaître. Il arrive, vieux, laid, disgracieux, ridiculement vêtu, il entre en scène gauchement et lourdement. Malgré cela, par un pressentiment inexplicable, le public sent en lui l'homme qui va tout à l'heure lui arracher des larmes et le tenir haletant sous son émotion amère. De la foule subjuguée s'échappe un sourd murmure ; elle ondoie comme un champ d'épis sous la brise ; Frederick reçoit le contre-coup de cette émotion que luimême a éveillée, les voiles se déchirent, la langue se délie, un souffle passe dans sa chevelure, et c'est alors qu'il devient sublime. Tel est ce don de la sympathie dont nous avons vu si souvent les effets et qui nous étonne toujours comme un des plus merveilleux phénomènes de la vie.

Mais ce don heureux que la nature donne si sou- \< ut aux comédiens en mère prodigue et amoureuse, elle en «si a*\ are envers les poètes. Pour être sympathique, il faut, si je puis m'exprimer ainsi, posséder une âme et un esprit où tout soit humain, car ainsi seulement <>n louche par tous les côtés à l'aine des autres hommes. Mais la plupart du temps, au contraire, les demi dieux choisis pour exercer ce grand h t de la poésie qui est le premier de tous, les poètes,

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