‹ CritiquesChapitre 54 sur 99 · OPERA · texte numérisé non relu

OPERA

ranle sous l'heure, déguisées eu Théroigne de Méricourt, avec des pistolets de gendarmes et des sabres de garde nationale. Baronnes débaronnisées. autrefois bonnes d'enfants ou balayeuses des rues, elles se croient forcées de bouder la République pour prouver leurs quartiers, que personne toutefois ne leur conteste, car. bien entendu, la noblesse de ces dames ne gène ni Mme la duchesse d'Harcourt ni la princesse Christina ïrivulcia.

Or, toute cette aristocratie à vingt-cinq sous s est -uadée depuis quelque temps qu'il était d'excellent goût de ne pas se montrera l'Opéra atant la seconde invasion des alliés et la restauration prochaine. Ces damés craignent d'exposer leurs « diamants de fatiliile >) en leur faisant faire le trajet de l'Opéra : messieurs tiennent à ne pas s'} montrer sans la croix du Lys, qu'ils espèrent bien trouver un de matins chez leurs papas, si. comme en iSi.'i. le gouvernement futur prend le soin d'adresser ce bibelot à tous les concierges.

Cependant le véritable grand monde va à l'Opéra comme par le passé, et n'a pas cru devoir faire1 voiler les tentures de ses loges, sous prétexte que le gouvernement provisoire a aboli les titres de do* Messe. De même que le diplôme de membre de la Société des gens de lettres est pour M. Hugo nu M. de Lamartine un meuble fort inutile, ni M. de Quiche, ni M. '!<■ Noailles, ni M. d'Àbrantès, a'onl besoin de porter des parchemins dan- leur poche pour qu'on sache qui ils sont.

() août 1869

La seule manière d'entendre de vrais vers à l'< )péra, c'est de se figurer qu'on les entend. M. Garnier a calomnié son monument en excitant le statuaire à y mettre une figure de la poésie lyrique * cette Déesse, avec laquelle je suis personnellement lié, a cela de particulier que, dès qu'elle entend une «-«■ulenotede sax-tuba, elle prend aux cheveux Pégase, saute sur son dos, et se sauve avec lui à travers monts et plaines, jusqu'au fond des invraisemblables déserts où le piano lui-même est inconnu ! — Notre musique théâtrale ne peut rien faire des vers, et les vers lui sont inconnus ; cela, M",c Carvalho le sait bien; aussi, pour broder ses délicieuses vocalises d'or, n'a t elle pas besoin d'autres paroles que celles dont se sert le rossignol et qui n'appartiennent à aucune langue humaine.

... Les anglais seuls me paraissent comprendre comme il faut Je xive siècle de M. de Jouy'1 . J'ai vu à Londres une Matbilde de Guillaume Tell irant à la chasse et chantant: «11 est donc sorti de mon Ame » avec un javelot, comme eussent pu faire Thalestris ou Penthésilée; et encore, pour tout dire ce javelot, entièrement doré, était une (lèche de

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