‹ CritiquesChapitre 56 sur 99 · Ecrit ;i propos de 1 inauguration de l'Opéra · texte numérisé non relu

Ecrit ;i propos de 1 inauguration de l'Opéra

MISE EN SCÈNE

'>.\ juin i85o

Epoques. — Je l'ai dit ailleurs, la grande gloire de Racine fut d'avoir peint son époque sous prétexte de pièces antiques ! Le péplum et la chlamyde, les noms harmonieux de la Grèce, les colonnades de marbre, contribuent heureusement à la pompe théâtrale, et les sujets antiques sont peut-être ceux où l'éternelle passion humaine trouve le mieux à s'épanouir. Mais, dans la façon de les traiter, le vrai poète n'oublie jamais qu'il a à représenter le temps où il vit. Dans Phèdre comme dans le Dé[)it amoureux, il n'y a pas seulement le Donec gratus eram et VHippolyte d'Euripide, il va tout le siècle de Louis XIV. Phèdre est un chef-d'œuvre parce que les personnages y pensent et y parlent comme à la cour du grand roi. Aussi n'était-ce pas sans raison que Racine faisait représenter ses pièces avec des costumes contemporains et sur une scène encombrée de seigneurs, sans se soucier autrement de la vérité locale. Le jour où. sous prétexte de progrès, Talma ordonna la repré sentation de ces tragédies avec des conditions maté rielles de vraisemblance, le sens intime en fut perdu pour jamais.

■•> \ , . MISE EN SCÈNE

'i novembre i85o

Scènes. — On a beaucoup cherché le secret des succès du théâtre Montansier et la pierre philosophale de M. Dormeuil ; le secret n'est que là : une petite scène ! Pour mettre au théâtre les farces de Molière, le premier soin d'un habile metteur en scène devrait être de rapetisser la scène autant que possible an moyen de décors exécutés exprès avec tout l'ait matériel que des artistes de génie ont poussé à ses dernières limites. Surtout ces décors devraient être peints dans le sentiment spécial de l'ouvrage qu'ils sont destinés à accompagner. Une toile représentant un salon peut être à gré triste, bouffonne ou terrible ; demandez à Decamps ou à Delacroix ?

Mais comment comprendre qu'aujourd'hui on puisse jouer encore dans le même salon (sous prétexte que ce salon s'appelle un Molière) une farce et le Tartuffe ? Sans rappeler les poètes de l'antiquité, dont la grandeur fut déployer violemment la nature et delà transformer au gré des passions humaines, peut il (jii'on commette d'aussi grossières erreurs après que noua avons eu Daumier et Balzac ? Avant Daumier (ce <létail est important) si. par exemple, les personnages d'une caricature se trouvaient placés dans un passage, ce paysage eûteonvenu aussi bien à une scène sentimentale ou dramatique ; mais le premier il a eu, comme après lui Gham, la gloire

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