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d'harmoniser la nature avec les émotions et le mouvement de ses personnages. Voyez sa série des Eglogues parlementaires ! il y a là telle prairie ou telle avenue qui est un effroyable vacarme et une raillerie magistrale. Enfin, par le soin prétendu puéril que Balzac a mis à décrire les détails d'appartements, n'a-t-il pas voulu faire comprendre que le drame ne peut se passer de cette harmonie entre les personnages humains et le décor qui les environne ? Il y a là pour la mise en scène des pièces du répertoire toute une révolution à faire ; mais Balzac n'est mort que d'hier, et quel directeur de .théâtre comprendra cela avant cinquante ans d'ici ? Il y a vingt années déjà qu'un génie ardemment novateur et original, une voix éloquente entre toutes, adressait aux directeurs de théâtre, à propos de la tragédie, ce raisonnement extrêmement simple :
« Comme au temps de Racine, la scène était encombrée de monde, il a dû écrire ses tragédies et les mettre en scène de façon que ses personnages dussent se mouvoir dans un espace extrêmement restreint. Si donc, la scène reste vide et n'est pas diminuée, vous aurez ce spectacle ridicule de personnages tournant sur eux-mêmes lorsqu'ils ont à leur disposition un espace immense. Pour toutes les tragédies où vous n'aurez pas à faire mouvoir de giam limasses chorales, diminuez la scène dos deux tiers. »
Mais, me dira-t-on, tout cela coûte de L'argent ! Il est plus facile, je le sais, do donner dix mille lianes à M. Scribe que dix sous à Racine, el quand
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Molière a besoin de souliers ou de décors, il en est réduit à mendier chez lui, comme Homère sur les grands chemins de la Grèce. J'entends encore une objection et plus sérieuse. Jamais, medira-t-on, on n'a songé à cela, ni sous Louis XIV, ni sous Louis XV, ni sous l'Empire, ni sous la Restauration ! — Au temps de Molière, la scène était petite une fois pour toutes, et le peu de réalisme de décors devait amener tout naturellement l'effet comique. Quant à la tragédie, elle n'avait besoin de rien, puisqu'elle -o jouait aussi sur une scène littéralement encombrée.
Sous Louis XV, la fantaisie, et le sentiment d'harmonie entre l'homme et ce qui l'entoure, c'était l'âme elle-même des arts. — Et l'Empire et la Restaura l'n mi ? Sous l'Empire et la Restauration, comme aujourd'hui, la mise en scène des chefs-d'œuvre du répertoire était exécrable, et, pour la faire oublier, il fallait les immenses talents réunis avec tant de profusion dans la maison de Molière. Et depuis la Restauration, je le répète, sans parler de Delacroix, de Decamps et de Daumier, qui ont renouvelé complètement la face des arts, nous aurons eu un de ces génies surhumains qui sont, comme Pindare, comme Homère, comme Molière, les créateurs d'un génie tique, M. de Balzac ! Il n'est plus permis de ni m: : Je fais ainsi parce qu'on faisait ainsi. Une dernière fois, je le répète, le succès est à ce prix : que les décors, les costumes, la dimension d<' la barmonisenl avec le sentimenl de la pièce
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représentée. Toutefois, je suis bien bon de m'aniuser à jouer le rôle de M. Robert, et ne sais-je pas bien que Martine veut être battue ?
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Changements a vue. — Les meubles très rares et les décors extrêmement peu compliqués, une toile de fond, des coulisses droites et des frises, représentant le plus souvent une suite du rideau d'avantscène, donnant une indication très suffisante, sont le vrai bagage qu'il faut à Shakespeare,, et permettent de ne pas lui supprimer un seul de ses changements à vue.
Quand on a voulu jouer Ilamlel chez nous, le drame a été tué par les décors prétentieux, découpés et plantés, par les me es et les déménagements, par les rideaux sans cesse baissés et levés, et surtout par les entr'actes interrompant indûment l'action. Ah ! le changement à Mie. c'était le grand combat qu'il fallait li\reren 1800, et on eut sauvé le théâtre ; mais cela, personne ne l'a osé ; et on parlait de Shakespeare en imitant Schiller ; ce qui nous a amenés, avec le temps, à jouer des comédies aussi simples que des tragédies...
22 janvier 1872
Trucs. — Trouver de nouveaux trues ingénieux, les bien encadrer et les bien amener, telle devrait être
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la seule préoccupation du directeur de spectacle et du poète dramatique, lorsqu'ils se proposent de donner au public une nouvelle féerie : or, c'est la chose à laquelle ils pensent le moins ; c'est la seule chose à laquelle ils ne pensent pas du tout. L'histoire récente du truc sera bientôt faite, et peut s'écrire en peu de lignes. Le très excellent et amusant mélodrame féerique de Martainville et Ribié, le Pied de Mouton, résuma ou mit au jour tous les trucs sur lesquels le théâtre vécut uniquement, sans y ajouter rien jusqu'à l'apparition des Pilules du Diable. Cette joyeuse féerie des Pilules comptait parmi ses auteurs M. Laurent, qui avait été acteur aux Funambules, dans la patrie du truc par excellence, et elle fut montée par un machiniste du premier ordre. A eux deux, l'auteur et le machiniste, ils inventèrent une nouvelle série de trucs, qui vinrent s'ajouter très heureusement à ceux du Pied de Mouton. Dès lors, dans toutes les féeries nouvelles qui furent données au public, on se contenta de copier et de -reproduire les trucs du Pied de Mouton et des Pilules du Diable. Enfin, quand le publie fut las de voir ces trucs 5 toujours les mêmes, comme les auteurs et les machinistes manquaient de génie pour inventer de nouveaux trucs, ils n'en montrèrent plus du tout ; et ils les remplacèrent par les cortèges, par les figurants déguisés eu soi-disant poissons, insectes ou légumes, et par les grosses et laides femmes nues suspendues par des tringles à des barres de fer.