‹ CritiquesChapitre 62 sur 99 · VERBE · texte numérisé non relu

VERBE

'l avril 1870

Orateurs. — On croit avec assez de raison que le talent d'écrivain et celui d'orateur s'excluent d'ordinaire l'un l'autre. En effet, le geste, l'attitude, le son de sa voix sont pour l'orateur des moyens bien autrement puissants que le verbe, que les mots euxmêmes ; bien souvent il se contente d'à peu près, de lieux communs, de phrases toutes faites, de mots sonores, qui, adroitement ou magnifiquement débités, subjuguent matériellement l'auditeur, sans que son esprit ait été convaincu ou charmé. Aussi est-on fort étonné en lisant tel sermon de M. de Ravignan, tel plaidoyer de M. Berryer, acclamés avec un immense succès, de voir qu'ils n'ont rien ou presque rien dit, et que la mimique et l'accent de la voix ont suffi pour passionner une foule. Le véritable écrivain qui vient par exception parler devant un public, n'ose pas faire si bon marché de ce qu'il a à dire et de la façon dont il doit le dire ; une incurable pudeur l'empêche de fouler aux pieds le bon sens et la grammaire ; il s'attarde à chercher le mot propre, l'expression juste, la bonne tournure de phrase, au lieu de fasciner ses auditeurs par de beaux meurve ments empiriques, et c'est pourquoi les bons écrivains obtiennent rarement de grands succès oratoires.

2ÔA VERBE

9 avril 1870

Grise. — Nous sommes arrivés à un moment où le théâtre fou de complications, de mobiliers, d'allées et de venues, de tohu-bohu et de surprises, se démène fiévreusement à la façon des personnages du Chapeau de paille d'Italie, et frappé de démence, supprime parmi ses moyens d'action la parole humaine ! Essayer de recommencer à introduire peu à peu la poésie dans un art qui peu à peu l'a bannie et rejetée, en un mot procéder timidement et par esprit de conciliation pour ressusciter ce grand art qui va mourir, ce serait une folie encore, car il y a des momenls où rien ne peut être sauvé que par une révolution, elle théâtre en est arrivé à un de

3 moments. »

3 décembre 1872

Expressions. — Il y a eu au théâtre et pour les comédiens deux écoles dont la première — à laquelle ont appartenu Corneille, Molière, Racine, tous les

lies et tousles grands acteurs — trouvait dans le verbe, dang les mois eux mémos, l'expression delà situation dramatique, et voulait qu'au théâtre comme dans la vie, la passion et l'action fussent exactement représentée par la parole humaine. C'était tel mot,

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