FORCE 3 I
pluie, était devenu une seule matière toute de la même couleur, ou plutôt sans couleur. Mais les ma gnifiques lignes de haillons tordus, abattus, et furieux ! et comme tout cela était d'un aspect triomphant et d'une tournure grandiose ! Ils étaient plus fiers, ces zouaves, plus résolus et plus surs deuxmêmes que le jour où ils sont montés en chemin de fer, brillants et pimpants avec leur drapeau tout neuf, et dans ces Achilles restés debout vivait encore la compagnie tout entière I
4 septembre 1870
Force. — Certes, notre âme tout entière est là où se décide la destinée de la France, là où s'accomplissent tant de merveilles d'abnégation, de vaillance, de bravoure, tant d'obscurs et magnanimes sacrifices ! Et pourtant n'abandonnons pas non plus, même à cette minute suprême, la France de la pensée et de la poésie, c'est celle-là surtout que le Prussien déteste et qu'il combat à outrance, car il sait bien que, fussions-nous tous vaincus et meurtris, l'âme française, la Révolution, irait encore sur l'aile de quelque tempête fulgurante porter à l'Europe féodale agonisante le souille inspirateur de la liberté.
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\]\ faction. — S'il pouvait resteren nous quelque chose de l'artiste, à l'heureoù uous ne sommes plus
') 1 (> LE THEATRE ET LA GUERRE
que les fils d'une mère meurtrie et les soldats silencieux, du combat suprême, nous aimerions encore la faction sur le rempart, derrière les sacs de terre, rien que pour l'amour du pittoresque et des beaux spectacles. Mercredi dernier, nous nous promenions l'arme au bras près de la porte d'Orléans, regardant tantôt la foule grouillante du faubourg, tantôt, sous le massif poiil-levis, les allées et venues des généraux, des chirurgiens, des états-majors, des troupes en marcbe; tantôt, devant nous, dans la première enceinte, les mobiles embusqués, cachés pat la muraille, attentifs et muets, et de temps en temps frottant avec leurs mouchoirs les canons de leurs fusils.
A notre droite, à de courts intervalles, les coups de canon se succédaient, et moi factionnaire, je tachais de percer d'un regard que ni éloignement ni obscurité ne déconcertent les massifs d'arbres verdoyants et charmants du cimetière de Montrouge, que la hache doit avoir abattus à l'heure qu'il est. Sacrifice nécessaire, car derrière les arbres touffus, il pousse naturellement des Prussiens ! Ils ne sont pas là. Dieu merci ! Avant d'y être, il leur reste à venir à bout de nos mobiles et à affronter les feux croisés de QOs soldats de marine, qui pointent si juste; niais il faut se défier de toutes les feuilles vertes! Celles du cimetière sont d'ailleurs les dernières qu'on voie au loin dans l'immense campagne sèche, ravagée et nue Mais la nature s'arrange toujours pour que rien n< manqué à ses pompes triomphales, aussi me futil donné devoir cette vaste terre de poussière et de