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ÊTRE JET NE

qu'elle ne l'était il y a quelques mois ; on buvait avidement son regard et son sourire ! C'est en

vain qu'Agnesi, Palermi et Verger ont chanté mieux que jamais, que Ciampi a eu les plus heureuses inspirations comiques et que M11* Sanz, dès son début, s'est révélée comme un contralto de premier ordre ; on n'entendait, on ne voyait que la divine Adelina Patti, elle a pu savourer une admiration furieuse et exaltée comme l'amour. Pourquoi avait-il fallu qu'elle chantât la mélodramatique et ennuyeuse Lina di Chamounix ? Quoi ! toutes les constitutions s'écrouleront l'une après l'autre, et cet opéra savoyard s'obstinera à durer autant qu'un chef-d'œuvre ! — « Moi, si j'étais gouvernement, disait Jocrisse dans la Sœur de Jocrisse, j'enverrais tous les tailleurs au bagne. Autant de tailleurs, autant de galériens. » — Combien cette idée, éminemment juste, civilisatrice et féconde pourrait être appliquée d'une manière plus équitable et plus fructueuse encore aux auteurs de romances pour piano !

7 août 187 1

Quel rêve, quel miracle, quel prodige, être jeune au théâtre ! Certes, pour réaliser cette effrayante synthèse, il tic s'agit pas, car ce serait trop facile, d'avoir quinze ans, de petits pieds, une lèvre étonnée êl une longue chevelure ; cela, toute fillette le lait

une fois dans sa vie, cl c csl bien peu de eliose ; mais il faut apprendre, accaparer, résumer en soi, exprimer sous une forme simple, générale et gracieuse, tout ce qui est le charme de l'enfant, de la vierge curieuse et même du jeune animal ; car non seulement la vraie ingénue de théâtre doit représenter Chloé aussi bien queBathylle ; mais il faut que parfois elle fasse songera un jeune faon de biche errant dans les bois profonds enquête de sa mère, et fixant sur les bocages mystérieux sa vague prunelle indécise.

Ce n'est que par une science profonde, par une étude patiente du geste et de la mimique, par une attention toujours éveillée, qu'on arrive à ces transpositions inouïes. En marchant, en s'asseyant, en souriant, en étendant la main, Anaïs Aubert avait ijiiuize ans ; mais lorsqu'elle parlait, quelle voix pure et quelle musique ! Pas plus que Mlle Mars, elle n'aurait été capable de chanter la plus petite ariette, et il fallait qu'on dît pour elle dans la coulisse les ingénieux couplets où Beaumarchais a si bien imité l'assonance des chants primitifs ; mais sa voix était comme une lyre aux cordes d'or, ayant toutes les forces et toutes les douceurs. En ce tempslà, les giandes comédiennes avaient reçu du ciel des voix pour parler et non pour chanter ; aussi parlaient elles, car il y aura toujours antipathie et séparation forcée outre les deux musiques ! Elles parlaient si bien que, lorsque vinrent les poètes roman tiques , apportant leurs conceptions hardies, ils

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lurent tout étonnés de trouver dans ces Agnès et dans ces Eliantes aux voix caressantes comme des soupirs de flûte, de puissantes actrices de drame, très capables de pousser les cris désespérés d'Ophélie et de lady Macbeth. Au théâtre, la justesse de l'intonation es1 la clef d'or avec laquelle on ouvre tout ; le tout est de lavoir, car avec quelle justesse il faut donner la note exacte, pour avoir quinze ans une fois qu'on ne les a plus !

M11,1 Anaïs Aubert avait été liée avec Rachel ; celleci lui avait offert la guitare que tout enfant elle portait pour chanter dans les bouges, et Chérubin se plaisait à mettre en vue, comme un trophée, cet instrument de musique. On n'en a jamais bien su la raison ; mais un vieux Parisien a prétendu que, dans la pensée de M11' Anaïs Aubert, cette exhibition signifiait : que pour arriver à tenir une grande place à la Comédie-Française, avant d'avoir atteint un âge déraisonnable, le plus sûr est encore de commencer par jouer de la guitare.

1 1 novembre 1872

C'est uue personnalité très intéressante que celle de Mlle Sarah Bernhardt. Très grande, mince, douée de cette sveltesse sans laquelle il n \ a pas d'héroïne de théâtre, et qui d'ailleurs a l'avantage de fournit

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aux faiseurs de mots des méchancetés faciles, elle a une de ces têtes à la fois expressives et délicates que les imagiers du moyen Age peignaient dans les miniatures de leurs manuscrits. Des yeux profonds, éclatants et noyés, un nez droit et mince, une bouche rouge qui s'ouvre comme une fleur, laissant voir très vive la blancheur des dents, un cou long et llexible, reçoivent un éclat inouï de cette coloration riche et transparente qui est le caractère essentiel des belles femmes hollandaises. A ces charmes bizarres, Mlle Sarah Bernhardt en joint un plus bizarre encore, car son front se couronne d'une lourde, énorme, très abondante et épaisse, mais un peu courte chevelure, très pareille aux tignasses des déesses, à ces fouillis de lumière et d'or que les statuaires de la Renaissance accumulaient sur les fronts de leurs Dianes avec une prodigalité furieuse. La particularité de cette chevelure fantasque, c'est qu'on ne saurait ni la coiffer ni la décoiffer. Il suffit que la jeune comédienne fourre ses mains dedans et ensuite y plante une épingle, pour qu'elle ait bâti un de ces gracieux et curieux édifices que calculait le caprice inspire de Cellini ou de Jean Goujon. Il lui a même suffi de poudrer légèrement cette crinière ensoleillée pour être .ulmirablement coiiVéc en Mademoiselle de Belle-Isle '.

Le t\ |x- de la comédienne n'est pas moins curieux

i . Ë< iii à propos «In (l(':lnit de Sarah Bernhardt à la Comidie- Prançaise dans Mademoiselle de Belle-Tslet

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