COMPÈRE FÉLIX
en ont été préoccupés. Shakespeare tantôt fait intervenir, poète ou bouil'on, un acteur chargé de représenter le chœur, et tantôt crée un personnage qui symbolise la foule ; Racine essaie de ressusciter le chœur antique : Corneille, en ses monologues lyriques, fait converser directement son personnage avec le spectateur, et c'est au public aussi que dans Y Avare de Molière, Harpagon demande en pleurant sa cassette. Molière n'a pas osé, et c'est un malheur . autoriser le public à lui répondre ; car le théâtre ne sera pas vivant tant que le poète et le peuple ne se parleront pas l'un à l'autre, comme aux Ages glorieux de la démocratie et de la poésie. Y des époques très récentes, plusieurs acteurs bouffons, Odry, Arnal, Sainville, sentirent instinctivement le besoin qu'a la foule, au théâtre, d'entendre quelqu'un parler pour elle, et ils essayèrent, non sans succès parfois, de se donner cette tache ; mais pour représenter la foule, le peuple, il faut non pas un bouffon, mais un être à la fois satirique et lyrique, sceptique et enthousiaste, gai. railleur, amoureux, invincible comme elle et capable, comme Pislliélérns. dans les Oiseaux d'Aristophane, d'épouser au dénouement la souveraineté. Félix fut trAit pela; il eut ce don étrange et particulier que le public assis en face de lui se sentait agir dans ses gestes et parler par sa voix. Dès que Félix avait paru et ouvert la bouche, la foule n'était plus immobile et muette; elle était en scène et mêlée à l'action.
Ce l'ut là le talent, et tout le talent, (]o Félix ! On