‹ CritiquesChapitre 88 sur 99 · U'.TEURS · texte numérisé non relu

U'.TEURS

a dit qu'il était peu intelligent et ne se préoccupait guère de comprendre ses rôles. Disons mieux, il se gardait bien de les comprendre, et d'attacher une importance quelconque aux paroles que l'auteur lui avait dictées; mais il regardait le public des yeux, prenait son mot d'ordre, et lançant ses regards de feu, envoyant le mot comme une flèche avec sa voix mordante, il disait ce qu'il fallait dire !

Félix était gros ; il avait une large face assez commune, mais embellie par une admirable chevelure et par une barbe soyeuse et toute jeune ; en dépit de ses soixante ans, sa tournure un peu épaisse était relevée par une élégance toute parisienne et par un entrain d'enfer. Au dénouement, il épousait d'ordinaire la jolie femme de la maison, M,le Davril ou MUe Cellier, non par un puéril amour-propre, mais parce qu'il faut que le peuple parisien triomphe en dernière analyse. Félix qui imagina tout et ne se douta de rien, comme un être purement instinctif, est mort sans avoir soupçonné la grandeur de son rôle, car il fut le vrai trait d'union entre le vieux théâtre et le théâtre qui va naître. Ses auteurs non. plus, excepté l'instinctif et rusé Barrière, ne comprirent pas la portée de cet homme-peuple dont les mains si bien gantées de blanc étaient

robustes co e celles qui émiettent les Bastilles !

Eli un autre temps, il aurait mérité une élude complète, mais Paris armé et frémissant n'aurait pas le temps de s'arrêter même à des tombes plus illustres

que la sienne.

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