‹ CritiquesChapitre 90 sur 99 · I.SIMUT · texte numérisé non relu

I.SIMUT

^ i \ re , être clic/ >< >i dans les tbéàtiv>. >av<>ir pourquoi les Parisiennes sont belles et jolies, èt.re en garde contre tous les pièges tendus pour confisquer notre liberté, voilà les premières conditions d'existence à réaliser pour pouvoir se dire Parisien. Combien de milliers de lieues faudrait-il parcourir en ce moment pour trouver quelque chose comme ce qu'on voit tout simplement au Luxembourg, cette collection d'azalées ileuries en nappes, en éventails, en pyramides, ici couvrant le gazon comme des ailes étendues, là suspendues coin nie des lustres aux flammes blanches et roses sous les ombrages croisés de l'allée de Médicis, où les arbres sont rejoints entre eux par les vertes guirlandes vivantes des Fêtes enebantées ?

Quanta l'esprit, on prétend qu'il coure les rues; mais quelle hérésie ! Une tradition gothique représente l'homme d'esprit sous les traits d'un écervelé bavard, expansif, parlant à tort à travers et voulant briller à tout prix. Au contraire. l'esprit suppose, avec la rapidité de pensée qui fait tout comprendre et qui suggère à n«»tiv imagination des rapports in-1 nieux entre des choses et des idées en apparence très diverses, un solide bon sens, une âme noble, une distinction innée, une érudition profonde, une politesse exquise et l'horreur absolue de tout ce qui est mensonge ou convention fausse. Un sot spirituel, voulant • tonner les imbéciles, accumulera les paradoxes, erreur dans laquelle un homme d'espril ne saurai t tom ber, attendu que le paradoxe, étant l'envers de la vé

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rite, n'est pas surprenant et ne peut pas l'être, car il es! aussi simple de dire : - - la neige est noire, — que de dire: — la neige est blanche. — Mais en dépit de tous les préjugés, de toutes les conventions, de toutes les opinions courantes, de toutes les idées ac quises, voir, et d'un mot toujours juste peindre au vif dans la lumière la vie moderne, si variée, si touffue, si effroyablement complexe, dans toutes ses manifestations, avec ses décors innombrables et ses milliers de personnages, et trouver toujours d'inspiration l'expression saisissante qui aux esprits les plus rebelles imposera la conviction ; avec cela rester vif, rapide, ne pas peser, parler en homme du meilleur monde et écrire assez habilement pour avoir I ait' d'écrire comme on parle, tout savoir et fuir le pédanlisme, la pédagogie; être à son aise et mettre le lecteur à son aise, distraire, éclairer, instruire, sans imposer aucune fatigue et, sans lâcheté, sans flatterie, sans obséquiosité, plaire, avoir et commumquer le charme, donner à celui qui vous écoute une saine impression de gaîlé, de rafraîchissement, de bien être par je ne sais quelle magie heureuse et toul «aimable : voilà l'esprit.

DÉCORS LITTÉRAIRES i fi-

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Décors littéraires. — M. Charles Asselineau voyage moins pour aller chercher des tableaux à peindre que pour ai 1er reconnaître et vérifier les décors de ses lectures et de ses rêves.

« J'avoue, dit-il, que le principal intérêt qui m'attache aux villes que je visite en voyage est l'intérêt littéraire. Vérone est un drame ; Venise est toute une littérature, de Shakespeare à Byron et de Bandello à Carlo Gozzi ; Conslantinople est un conte sans fin ; Turin n'est rien du tout ; Florence est une nouvelle ; Sienne est une légende ; Trieste est un roman. »

Certes, voilà un point de vue bien personnel : aussi la Venise de Charles Asselineau est-elle neuve et indispensable à lire après les mille Venise des romanciers et des poètes ! Et quoi de plus charmant que ces lamentations soupirées à Trieste :

« .l'entends bien les violons, les harpes et les violoncelles; j'entends bien les voix et les guitares : et pas une guzla ! La guzla, la lyre du romantisme. l'ornement obligé de tous les ateliers de i835, que Delacroix a peinte, que Mérimée a célébrée ; la guzla, constellation ironique qui a éclipsé et renvoyé aux ténèbres et au bahut les mandores et les cithares de i8'jo, tout le vieil arsenal pseudo-gothique de I ilmanach des Grâces et dc> Etre unes aux dûmes \ .le suis en I II \ rie et pas de guzla! »

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2 août 1869

T. F. — Si marcher sur la tête, parler avec le nombril, ponctuer le discours par les gestes des convulsionnaires de Saint-Médard et reculer les limites de l'absurde plus loin que la suprême Thulé et plus loin que les pôles gelés dont les habitants boivent de l'huile de baleine, constitue ce qu'on appelle : être drôle, les acteurs Kopp, Hittemans, Blondelet, Baron, Bordier, Mlle Julia H... sont drôles assurément. Et toutefois, inféodés pour jamais à l'opérette, ils semblent attendre avec anxiété un accord que le chef d'orchestre ne donne pas, et du regard ils se demandent l'un à l'autre à quel moment il faudra entonner le chœur, et pourquoi on ne chante pas encore « Bu qui s'avance ! » . Car FAchéron a lâché sa proie deux ou trois fois, mais l'opérette jamais. Quand elle a posé sa main nerveuse et maigre sur une victime, avec un fer rougi et fumant dans la chair grésillante, elle leur inscrit sur l'épaule les deux lettres sacramentelles T. F., qui veulent dire au choix, et comme on voudra : « Travaux forcés », ou ce qui est la même chose : « Très farceur » !

PARIS LA M Ll ^(K)

iô novembre 1869

Epopée. — Pénétrés que nous sommes de la grau deur quasi divine de la Révolution, lorsqu'on évoque devant nous cette époque surhumaine, qui, pour être peinte, voudrait une Iliade, nous voudrions entendre parler en vers de Corneille ou de Hugo les Achilles géants de cette prodigieuse épopée, le lion Mirabeau <l Danton aux cris superbes; mais le Paris révolutionnaire des piques, des carmagnoles, les sections, l'agitation des clubs, tout cela n'a plus pour nous que l'intérêt pittoresque des estampes, et la couleur locale est devenue aussi impossible autour de ces demi-dieux transfigurés qu'autour des héros d'Homère. Il est certain que sous les tentes d'Achille on devait être occupé à faire la soupe et à fourbir les armures d'airain ; mais il nous est plus facile de nous figurer le fils de Thétis demi-nu et baigné de lumière que vaquant aux soins du ménagea

3 janvier 1870

Paris la nuit. — Les spectacles viennent delinir, et la foule moutonnière, immense, compacte, s'en retourne vers ses dortoirs. De bons bourgeois montent dans des fiacres ou dans des cabriolets découverts, reçoivent le numéro du cocher et allument leurs cigares. Sur le store blanc d'un restaurant, on voit en ombres chinoises deux tètes qui se rapprochent.

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deux lèvres qui se baisent. Les sergents tic ville errenl par groupes et filent des gens suspects. Passe une de ces terribles soupeuses de minuit, écarlate connue la bête de l'Apocalypse ; un innocent gandin la suit, puis l'aborde, reçoit d'elle un sourire — quel sourire ! — prend son bras et s'éloigne avec elle. Les pompiers, portant leurs engins, passent au pas de gymnastique pour aller éteindre quelque incendie, et enfin les balayeurs, les balayeuses aux bandeaux de cheveux jaunes prennent possession de la voie publique : le drame du jour est fini.

7 lévrier 1870

Modernisme. — Gomme Henri Heine l'explique si bien, si magistralement à propos de Racine, le cadre, le costume, le milieu, les personnages ambiants sont historiques, et c'est dans cette résurrection du passé que le poète satisfait son érudition et sa fantaisie

d'artiste ; mais le personnage ou les personnages en qui s'incarne sa propre pensée ont forcément les idées el les passions du temps où le poète écrit, — car il sail bien qu'on ne peut émouvoir et intéresser les hommes qu'en les mettant en face de leurs propres passions et de leurs propres idées. La Bérénice de Racine agit et parle en femme de i 670, aussi rigoùreusemenl el aussi nécessairement que la Lucrezia de Victor Hugo parle et agit en femme de iN.*).'>;

lUSSÎ 11 \ a I. il rien de plus niais (pie celle question

L ART ET LÀ MOI)!. | l 1

si souvent posée : — Faut-il faire des pièces antiques ou des pièces modernes? — Car il n'y a, il ne peut y avoir ni pièces antiques ni pièces modernes, et il ne dépend pas d'un poète de ne pas être de son temps. Les drames dont Shakespeare a pris le sujet, soit à l'antiquité romaine ou grecque, soit comme pour celui d'Hamlet, au moyen âge primitif et presque fabuleux, reflètent non ces âges évanouis, mais l'heure même où le poète les écrivait. Par contre, nous entendons pousser des cris de joie et louer Y « actualité », à propos de certaines comédies où les personnages, il est vrai, sont vêtus d'habits noirs, de vestons et de robes à traîne, mais parlent comme s'ils vivaient en Chine ou à la cour du roi Dago bert !

Toute œuvre qui existe est et doit être nécessairement moderne, et il ne dépend pas de son auteur qu'elle ne le soit pas. Quant aux décors et aux costumes dont il lui plaît de l'habiller, ceci ne regarde que son style et sa toute-puissante fantaisie.

K) juillet 1870

L'Art et la mode. — Le rapprochement de ces

deux mots, qui hurlent de se trouver ensemble, esl non seulement l'histoire du Salon de 1870, mais au>M toute l'histoire des œuvres de l'intelligence, dans un leinp^ où le culte du Beau n'existe plus qu'à l'étal

(\ 12 k PERÇUS

de préoccupation individuelle et de manie bizarre. assurément, il y a encore de vrais artistes, dignes de ce grand nom ; mais, lorsque, pareils au vieux burgrave du Taunus, entrant comme un fantôme dans la salle où son petit fils Ilatto mène l'orgie, ces hommes d'autrefois arrivent avec leurs fronts nus, avec leurs barbes blanches ou grises, dans le temple où triomphent les modistes, les tailleurs pour dames et les marchands de « suivez-moi jeune homme », on se demande à qui en veulent ces remuants et ce que réclament encore ces -trouble-le le. — « Pourquoi n'êtes-vous pas encore mort? » est une question impérieuse, qui se pose plus souvent qu'on ne croit parmi les nations civilisées, dans tous les cas où les sauvages, avec plus de franchise, assomment les vieillards. — Mais, me demandera- t-on, ne saurait-il donc y avoir aujourd'hui , comme il y en a toujours eu, de vrais artistes parmi les jeunes hommes-? — A quoi je réponds; Dieu me garde à jamais de condamner ainsi toute une génération ! cl j'ajoute cependant que, pour peindre, il est rigoureusement indispensable de croire à la Peinture.

(3 novembre 187 1

Les MAISONS de BBRQUHï,. — Orphée, eu jouant de li 1 il h u< -, ;i désarmé des tigres, mais il n'eût pas dé sarmé be Gérojçe Berquin, dont la domination devient

Ion-, les juin - |»lii> I \ i.nnniqueel plus impérieuse. Qu'il

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