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ÉDITION

voie dans un théâtre une porte en tr' ouverte, vite il se glisse parmi les décors de salon et de jardin, et jetant alors le masque, il s'écrie d'une voix amère et stridente :

La maison m'appartient, je le ferai connaître.

Oui, toutes les maisons dramatiques, un peu plus tnt. un peu plus tard, appartiennent à Berquin, et les. Hugo, les Vigny, les Musset, Racine, Corneille et Molière lui-même n'y sont jamais que des passants. Mais, en somme, c'est Berquin tout seul qui s'en empare à la fin, pour y cultiver l'art d'élever des colombes et de s'en faire trois cent mille francs dé rente.

i5 janvier 1872

Editions. — « Le devoir du nouvelliste est de dire : il y a un tel livre qui court et qui est imprimé chez Cramois) en tel caractère ; il est bien relié et en beau papier, il se vend tant ; il doit savoir jusqu'à l'enseigne du libraire qui le débile ; la folie est d'en vouloir faire la critique. » Ainsi s'exprime La Bruyère clans son beau chapitre des Caractères intitulé : Des ouv rages de [esprit, et, pouriri'eti tenir, comme il me l'ordonne, à mon métier de nouvelliste, je dirai que le Cramoisy de ce temps-ci, c'est-à-dire M. J. Claye, a imprimé sur papier de Hollande, et avec de \r;iis caractères anciens, une excellente édition des Caractères ou les Mœurs de ce siècle. Je connais bien le libraire qui le débite, il se nomme Uphpnse Lemerre,

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el je connaîtrais aussi son enseigne s'il en avait une ; mais nous avons remplacé ces frivolités par des numéros, ce qui est infiniment plus ordonné. Peutêtre même arriverons-nous, dans un bref délai, à désigner aussi par des numéros, comme font les Vméricains, nos enfants et nos rues. Nous serons alors devenus de parfaits utilitaires, ivres d'amour pour la toile cuir et pour la gutta-percha, et mettant la plus belle rose au cœur sanglant au-dessous du légume qui sert à fabriquer la soupe et les féeries. En attendant que nous ayons atteint ce degré de perfectionnement, je suis de ceux qui ne peuvent contenir leur joie et leur admiration devant cette merveille inutile qui se nomme un beau livre. Inutile en effet ! Il est clair que La Bruyère, imprimé avec des tètes de clous sur du papier à chandelles, ne perdrait pas pour cela une étincelle de son génie, mais il esl séant de voir les dieux vêtus de pourpre vermeille plutôt que de loques et de guenilles; aussi dirai-je que, dans ce livre fait à souhait pour le plaisir des yeux, La Bruyère est habillé comme il convient qu'il \c soit.

18 mars 187a

l.i \i;. — Réouverture du Théâtre Italien.

Le luxe esl une indispensable floraison dans un pays dont t'arl et la poésie sont les meilleures gloires, dans un pays d'industrie et de manufactures,où tant d'ouvriers vivent de la fabrication des

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objets de Juxe, et qui peut bien être la république d' Ubènes, mais non pas la république de Sparte. \uv loges et balcon, nous avons revu avec une joie toute patriotique (il fautbienque les canuts, que les fabricants de soieries et que les couturières mangent ! ) quelques robes dignes d'être notées par un Gavarni, et quelques gerbes de diamants étincelantes et superbes, étonnant l'atmosphère par leur blanc frissonnement d'astres. Dans les corridors et au loyer, de gigantesques camélias, arbres chargés de Heurs de couleur blanche et pourpre, formaient le plus somptueux décor, et les cheminées étaient ornées de gçaminées immenses, coupant les miroirs de leurs capricieuses verdures. Quant aux Parisiens, qui maudissent l'habit noir, mais qui l'adorent, ils étaient si heureux d'avoir pu reprendre ce costume, aussi national chez nous que la blouse, qu'ils se sont montrés on ne peut plus indulgents pour toutes les faiblesses de la Traviata.

Peintres. — Je les ai vues chez Durand Uuel, à l'exposition pour l'Œuvre des Dames de France, ces œuvres que le jury a si prestement condamnées, !<• Faucheur de Puvis de Chavannes, endormi dans un paysage de Mantegna où jouent des nymphes sveltes et ebarmantes, et la Femme de Mrae Eva Gonzalès peinte dans une si fine harmonie, et les Pommes rouges de ( '.ourbel. d'une facture ^i magistrale el <i puissante,

et j'ai admiré que nous ayons de grands peintres à refuser, comme en i83o.

D'ailleurs il n'y a pas que cette curiosité-là à l'exposition de Durand-Ruel. On y voit 'par exemple, réunies pour la première fois depuis bien longtemps, les principales œuvres du grand coloriste Alfred Dehodencq, le Juif et la Juive de Tanger, la Justice du Pacha, la Halte de Bohémiens, la Mer à Tanger, la Charlotte Corday, merveilles qui, hélas, serontprobablement perdues pour la France, car pour Debodencq comme pour ce qui nous reste de Delacroix, l'Amérique fait des offres auxquelles il sera bien difficile de résister.

Debodencq est un tempérament de peintre comme la France en a bien rarement possédé, et ses compositions où la couleur dessine, modèle, peint la vie, la passion et l'expression portent la marque incontestable du génie. Harmoniste prestigieux, les pages où il a fait briller les plus magnifiques splendeurs de la pourpre et des ors sont calmes et tranquilles, par la parfaite résonance des couleurs entre elles, et il semble qu'elles soient baignées d'une atmosphère réelle, tant ces images ont le mouvement, la fascination et le frissonnement de la vie.

L'Orient de Debodencq n'est pas un Orient de convention comme celui que nous ont montré quelquefois les phis grands de nos artistes, car ses personnages ont l,i couleur, la pensée et l'attitude particulière de l'Orient, où la pierre, les chairs, les étoffes, (oui semble broyé el pétri avec «le la lumière.

l'androgtne 'i i 7

« Si j'étais roi. disait un petit berger, je garderais mes moutons à cheval ! » Moi, si j'étais le gouvernement de la France, j'achèterais pour nos musi chez Dnrand-Ruel, tous les Dehodencq et aussi toute la salle des Puvis de Chavannes. toute la salle des Delacroix, et les Courbet aussi. Il y a entre autres. de Dehodencq, un portrait de très \ieille femme en mhe bleue, au visage brûlé par le soleil et strié de mille rides, qu'il faudra regretter à jamais comme un morceau sans prix, si on nous l'enlève décidément. Mais que dire, si on laisse bien partir les curieuses mythologies inachevées de Delacroix et son imende honorable et son tableau de fleurs et de fruits !

1er février 187.")

L'Androgyxe. — Selon les bibles primitives, l'homme et la femme, à l'origine des choses, ne formaient qu'un seul être, et le vague souvenir de cet être complexe et parfait a toujours persisté dans la conscience humaine. L'antiquité admira toujours ces Hippolytes. ces Antiopes, ces Penthésilées qui vi- \ aient en guerrières au bord des fleuves glacés, se brûlant un sein, buvant le lait des cavales sauvages el no quittant l'épée d'airain souillée de sang que pour s'endormir dans leurs tombeaux en forme de losange.

Les statuaires hellènes donnaient à leur Mercure, à leur Ipôllon el à leur Dionysos le charme féminin,

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