‹ CritiquesChapitre 24 sur 99 · LA RÉVOLTE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLTE

peindre, et nous voyons alors que « Tartisannousavait déçus )). Après mil huit cent trente, il est survenu tout à coup une femme «qui savait peindre » , et nous avons eu Indiana, Lélia, Valentine, Jacques, ces poèmes dont le cri douloureusement passionné retentit encore dans nos âmes — et, à ce moment-là, le lion a eu terriblement raison.

Dans les époques où il y a au théâtre des poètes (M. Tarbé aime mieux dire : parnassiens ; ne le chicanons pas sur les mots !) il n'est plus nécessaire que la femme sache peindre, car les poètes ont cela de particulier qu'ils compatissent aux souffrances des femmes et qu'ils savent les exprimer avec une pitié touchante et fraternelle.

C'est ce que firent jadis le parnassien Euripide, le parnassien Sophocle, le parnassien Racine, et ce qu'ont fait de nos jours le parnassien Alexandre Dumas et le parnassien Victor Hugo, lorsqu'ils écrivirent Anlonyy Angele, le Roi s'amuse et Marion Delorme.

Le parnassien Alexandre Dumas fils est aussi un de ceux qu'a toujours préQCcupés le sort de la femme : il a lu avant tout le monde la Révolte ; il a trouvé que ce drame ne plaidait pas mal la cause dont il s'était charge, et (voilà le secret de la réception) c'est sur son initiative, sur sa généreuse garantie, que la pièce nouvelle a trouvé pour l'accueillir un directeur homme d'esprit.

On avait bien dit à M. Harmant que M. Villiers de risle-Adam était un «parnassien)) ; mais il pense

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que les éliqnellcs n'ont jamais rien prouvé et qu'on n'a pas manifesté beaucoup de génie quand on a appelé les comédiens des « cabotins», les soldats des «pioupious », lesrédacleursdesjournauxlittérairesdes c(boule\ardiers)) etlcs musiciens desucroque-noles». Le sujet de la /?t'tv>//e est bien simple... et bien terrible! C'est « le supplice d'une femme » jeune, belle, sensée, profondément honnête et vertueuse, douée même de la science des affaires et d'un remarquable esprit pratique, unie, mariée, enchaînée à un homme ([ui est un formidable et sinistre imbécile. Non cet imbécile appelé Jocrisse, qui du moins réjouit les yeux par le vermillon acharné de sa veste et par sa queue rouge envolée, surmontée du tricorne sur lequel voltige un papillon symbolique; mais l'imbécile riche, heureux, beau, bien fait, banquier, considéré, pas voleur, au contraire « honnête par politesse », vêtu à la dernière mode, instruit comme le dictionnaire de Bouillet, membre de tous les conseils et de toutes les commissions, beau joueur, beau cavalier, ayant de la considération en portefeuille, mais bête à manger du foin, si bien que toutes les tortures itivcntées par le moyen âge ne sont rien auprès de celle qui consiste à voir sitns cesse ses yeux atones qui contiennent des océans d'ineptie, ses lèvres où voltige un sourire plein de solécismes, son geste absurde ! et que la lente goutte d'eau tombant sans s'arrêter jamais sur le front du condamné enchaîné sous une roche n'est rien auprès du lieu comnuin toujours prêt et toujours le plus vulgaire

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