‹ CritiquesChapitre 29 sur 99 · LAMARTINE IO · texte numérisé non relu

LAMARTINE IO

crevé, rît de leur lutte pleine d'angoisses. Voyez, dit-il, comme je dirige bien mon imagination, et comme je Tempêche de franchir foUementles abîmes ! A la bonne heure, et pour le bien contenir, rien ne vaut un cheval de bois, mais croyez-vous qu'on gouverne aussi facilement les coursiers nés d'une brise ?

M. de Lamartine a toutes les qualités poétiques qui empêchent un écrivain de faire un bon drame. Créateur inépuisable, génie essentiellement épique, cerveau où s'agite sans cesse un lumineux fouillis d'images colossales, il peut se fendre cent fois le front sans en faire sortir autre chose que des dieux. Ce n'est pas là la nature du poète statuaire, qui pétrit avec la fange de vivantes images et qui, pour les animer, vole le feu céleste. Lui, au contraire, il prend des hommes et il en fait des fantômes, mais des fantômes grands comme le monde, et dont les formes vagues nous éblouissent, enveloppées au loin dans une lueur flamboyante. Il ne peut entrer dans l'histoire qu'à la condition de la transfigurer sur le modèle de ses espérances et de ses rêves.

Dans un poème de M. de Lamartine, chaque personnage est une idée ou une aspiration bien plutôt qu'un homme, et souvent ces idées mêmes et ces aspirations s'oublient elles-mêmes pour laisser'murmurer le lyrisme panthéiste, qui est la personnalité du poète des Harmonies, Aussi, s'il est vrai qu'on ne puisse équitablement juger un artiste que sur le terrain où il s'est placé, il serait profondément injuste d'accepter le titre de drame historique, imprudemment donné

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à Toitssaint-Loiiveriuref fdLTÏdif&che du théâtre. Avant tout, pour juger une œuvre de M. de Lamartine, il faut fermer tous les livres et imposer silence à la mémoire...

... Ces quelques situations, ce thème simple et grand, M. de Lamartine les a développés avec la magie de son vers prestigieux, plus beau que la vérité, plus séduisant que la forme pure, et auquel il ne manque rien, si ce n'est la vie. Les personnages portent tous leurs fronts dans la lumière et semblent sourire aux idées sereines des temps qui naîtront. Les plus fiers sentiments gonflent leurs poitrines, Tamour déborde dans leurs paroles, et il ne leur manquerait rien si Ton voyait leurs pieds toucher la terre. Ils ne vivent pas assez, mais ils sont immortels.

8 mars 1869

Ombres, fumées, vains mots qui obscurcissaient encore cette noble figure, tout s*est dissipé comme en rêve, et déjà elle nous apparaît avec le calme auguste que le Temps donne à ceux qui ne doivent plus mourir ^ . Oui , comme si déjà mille années avaient passé sur le laurier dont rien ne peut découronner sa tête, celui qui fut par excellence le Poète vit dé-

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