BERLIOZ
qui lui fut cher ! Et puis, Berlioz avait de mauvaises connaissances ; il était lié avec des révoltés, ce que ne pardonne aucune police, et c'est en vain que Tauteur de Roméo et Juliette, des Troyens et de Y Enfance du Christ aurait entrepris de nier sa partiale affection pour Shakspeare et pour Beethoven. Quoi donc I Tharmonie, le style, une idée musicale suivie et développée du commencement à la fin d'une œuvre, voilà en vérité de belles sornettes ! En cette France où « le Français, né malin, forma le vaudeville », est-il, pour un musicien, une autre sagesse que celle qui consiste à enfiler en chapelets des mélodies comme J*ai du bon tabac et Marie^ trempe ton pain dans la sauce ? Mais Berlioz n'était point un sage; il n'avait ni plus ni moins de raison que n'en ont tous les initiateurs et tous les martyrs.
a8 mars 1870
... Je viens de lire, de dévorer les Mémoires de Hector Berlioz, membre de f Institut de France, tout récemment publiés par Michel Lévy. Que d'esprit, que d'imagination, que de poésie dans ce livre immense, où est racontée toute la série des souffrances que peut subir un grand homme égaré en pleine civilisation moderne, c'est-à-dire à travers les cercles de l'enfer I Oh I les chutes, les luttes contre la misère, les critiques idiotes, les musiciens ai-
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mables, les Chérubini zézeyant Titalien ! — Et les orchestres I Ah ! Molière avait bien raison de dire :
Monsieur, ce sont des masques Qui portent des crincrins et des tambours de basques.
Et comme indication de scène : Les masques entrent, qui occupent toute la place * .
Mais écoutons Berlioz lui-même, car n'importe quel chapitre de sa vie, dévorée par l'amour, par la haine et parles mauvais virtuoses, est toute sa vie. Il s'agit cette fois de la cantate de Sardanapale, exécutée à l'Institut.
« La cantate, dit Berlioz, se déroule sans accident. Sardanapale apprend sa défaite, se résout à mourir, appelle ses femmes ; l'incendie s'allume ; on écoute, les initiés de la. répétition disent à leurs voisins : — Vous allez entendre cet écroulement, c'est étrange, c'est prodigieux I — Cinq cent mille malédictions sur les musiciens qui ne comptent pas leurs pauses 1!! Une partie de cor donnait dans ma partition la réplique aux timbales, les timbales la donnaient aux cymbales, celles-ci à la grosse caisse, et le premier coup de la grosse caisse amenait l'explosion finale 1 Mon damné cor ne fait pas sa note, les timbales, ne Tentendant pas, n'ont garde de partir ; par suite, les cymbales et la grosse caisse se taisent aussi ; rien ne part I rien ! ! 1 les violons et les basses continuent seuls leur impuissant trémolo ; point