I. Les Fâcheux, acte III, scène vi
BERLIOZ ' l6^
d explosion I un incendie qui s'éteint sans avoir éclaté, un effet ridicule au lieu de Técroulement tant annoncé ; ridiculus mus 1 . . . »
Après Berlioz lui-même, nul n'a mieux parlé de Berlioz qu'un ardent ami de la musique, M. Georges de Massougnes, qui a consacré au musicien-poète une brochure émue, enflammée, toute palpitante d'admiration et d'indignation. (Berlioz. Son œuvre, Paris, E. Dentu.) En effet, il ne marchande pas à son héros la dure, l'inexorable vérité. « Les formes mélodiques de Berlioz, dit-il, ont deux défauts considérables : l'originalité et la distinction. Qu'un musicien (comme Meyerbeer par exemple) soit original et nouveau dans ses effets harmoniques, le public et la critique le lui pardonneront aisément, par la raison qu'ils ne s'en apercevront pas ; mais ce sera à la condition expresse que ces beaux vêtements harmoniques habillent des mélodies banales et ressassées. » C'est là que gît le lièvre, et M. Georges de Massougnes a dit brutalement la vérité : il faut espérer pour lui qu'il n'aura jamais, besoin de personne !
23 décembre 1878
Berlioz ne savait ni aimer ni chanter pour rire^ Il aimait Gluck et la musique avec passion et il aimait avec passion la France, association de sen-
timents impossible à un moment où, en fait de musique, la France ne voulait entendre parler que de Faridondaine et de Tiir lurette 1 II n'était pas seulement un musicien : il était un poète, comme Gluck et comme Orphée ; avec son instinct sublime, il avait compris que Musique et Poésie ne sont qu'un seul art, et que les séparer c'est les tuer toutes les deux. Il avait attendri les Allemands, les Anglais, les Italiens, les Russes ; il eût, comme son aïeul, attendri les rochers et les tigres, mais il voulait vaincre les Français, et cela il le peut à présent seulement que la mort a posé son doigt de marbre sur le front inspiré où naissaient les symphonies immortelles. En vain les autres peuples l'accablaient d'honneurs, d'argent, de croix, de lauriers 5 il voulait conquérir le Parisien, le public du boulevard, sachant bien que ce qui est fait sans lui n'est pas fait ; mais que de fois ce Prométhée, cloué sur le rocher de la Pauvreté plus aride qu'un Caucase, sentit son foie mangé, non par un vautour, mais par des oies !
La mort de Berlioz devait être shakespearienne comme sa vie. Je laisse parler son biographe *, qui a peint avec la plus poétique grandeur une de ses suprêmes agonies. C'est le récit d'un banquet offert au grand compositeur par les habitants de Grenoble, à propos d'un festival orphéonique.
« Qu'on se figure, dit M. Daniel Bernard, une