‹ CritiquesChapitre 48 sur 99 · MACBETH · texte numérisé non relu

MACBETH

revoit Macbeth avec ses mains sanglantes, avec de la chair aux ongles, lady Macbeth, la grande Euménide des bruyères, voluptueusement livrée aux baisers féroces du Crime et de la Folie ?. Tel drame contemporain, dont le tort le plus grave fut de n'avoir pas porté Thabit noir et le stick, était, disaiton. emprunté à une époque barbare et fabuleuse, par conséquent ne pouvait nous émouvoir. Et Macbeth ! Quand il n'y a plus là un auteur vivant à contester ou à nier, est-il assez facile de voir quelle grandeur ajoutent à un drame vraiment humain ces âges héroïques et grossiers où Tamour de la couronne et de la pourpre, où la soif du meurtre ont la brutalité d'un appétit; où Thomme, comme le tigre des jungles, jouit de déchirer lui-même sa proie ; où Thonneur et la loyauté fidèle sont des vertus héréditaires sucées avec le sang; où, dans la nature encore mal soumise, les démons, que chassera plus tard notre génie, complotent dans la brume et sont encore mêlés à la vie des forêts et des chênes. Jouets de l'igno* rance elles-mêmes, les sorcières du carrefour, agitant leur infâme ragoût de crapauds et de vipères, évoquent devant l'homme ignorant l'avenir incertain, le meurtre, les spectres des rois ; une fatalité plus terrible que le destin antique, la sombre fatalité du moyen âge, enveloppe tout ce monde et rétreint. Vaillant de corps seulement, esprit non encore affranchi, le guerrier ne peut échapper k cette nature où la haine règne encore, où l'enfer tient autant de place que Dieu, et où les morts, mal

gardés par la tombe, ont le droit d'errer en montrant leur blessure ouverte..

Alors, comme toujours, la femme est déjà supérieure à l'homme, mais la charité n'est pas encore entrée dans sa blanche poitrine ; héroïne, elle n'a pas encore posé sur le front du serpent sa chaussure victorieuse ; elle ne voit que les biens visibles, l'or, la pourpre, la domination. En vain elle a reçu la force des anges, son cœur est habité par la révolte, et elle chancelle sous l'implacable ivresse du trône.

Conseillé parla caverne qui parle, guidé parla nuée gonflée d'orages, affolé par le mirage incertain de l'avenir, il va, ce couple aux mains rougies, vers le meurtre, vers la folie, vers les horreurs de la mort désespérée, jusqu'à ce que la forêt elle-même se lève pour l'accabler et pour le faire rentrer dans le néant jaloux. Le plus cruel éperon du crime, l'amour mortel, celui qui est non pas l'union des âmes jusque par delà la vie céleste, mais la complicité de la chair pour violenter le bonheur humain, a déposé dans leurs veines le détestable germe de la mort future. Elle, intrépide et forte jusqu'à ce que son cœur se brise, lui, brave soldat, faible esprit incapable de secouer le joug des démons, mais craintif devant l'assassinat et timide partout ailleurs que sur le champ de bataille, ils sont tels que le veut la tragédie, qui a besoin de montrer l'homme opprirné et vaincu dans sa lutte héroïque. Le jour où il aura triomphé de ses derniers ennemis et où de nouveau il entendra distinctement la parole de Dieu, il ne sera plus bon pour

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