XII PRÉFACE
Cependant, par ce livre d'extraits choisis, qui portent en eux leur style, leur théorie, leur passion fragile et leur morale, on se flatte de prouver que la critique alerte exista déjà au xix*" siècle, et de la façon la plus rare, la plus inattendue, avec le poète des Occidentales.
Le fait que le public responsable est maintenant juge en dernier ressort n'ajoule rien à Tesprit des plaidoiries, et le moment où tout le monde parle pour ne rien dire est sans doute celui où l'on éprouve le profond besoin d'entendre quelqu'un.
Théodore de Banville offre des garanties. 11 ne se prononce pas au hasard en rapportant les œuvres à sa foi poétique et à son métier. Il prend les rôles au sérieux en écoutant sa voix intérieure ; dès son entrée, on voit que ce singulier soiriste n'est pas seulement un témoin de la pièce, mais un écrivain de race conduit par son instinct à des considérations essentielles. Il a des choses à dire, des constatations à faire, et son impatience s'explique, car il sait que le théâtre n'est que la façade du siècle et que latragédie de la Révolution va se continuer dans les mœurs . Une impatience philosophique s'accorde alors avec la vivacité de sa jeunesse. L'expérience viendra. Il ne cessera pas d'affirmer les exigences les plus hautes de la vie, et
PREFACE XTIl
l'on verra bientôt que son apostolat spirituel annonçait un nouveau sourire du bonheur, la détente d*un art trop agité, l'abandon des complications futiles, la rénovation du spectacle et la purification de la joie moderne par le miracle du verbe.
Mais une telle fin requiert une autre force que celle de 1 écriture : il y faut le consentement d une foule qu'on amuse trop facilement par des moyens mécaniques et que rebute l'initiation aux grands mystères de la parole. C'est pourquoi après avoir fait confiance au peuple, comme le voulait l'esprit de son temps, Théodore de Banville n'en continuera pas moins sa propagande pour les meilleurs.
Qu'on ne s'y trompe pas, l'exaltation qu'il nous propose n'est pas celle des mots bavards. Il sait que le lyrisme peut interpréter une autre émotion que celle de l'éloquence, il croit au rythme, il y voit une idée supérieure aux déductions de la logique pédante ; héros de la pensée essentielle et féconde, il réalise son espoir d'humanité, son désir de régénération dans cette vertu d'enthousiasme qui fondra les cœurs comme la cire et finira les guerres de sang quand on aura compris le secret de la musique.
Nous n'atténuerions pas une telle grâce en la