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XIV PREFACE

disant platonique. Elle nous mènerait à comprendre, à goûter pleinement le sentiment qui fit trembler la voix de Socrate sur la fin du Banquet quand il rapporta son entretien avec une femme de Mantinée.

Et qu'importe, au demeurant, que ce frisson du dialogue avec la Fantaisie, avec l'Inspiration avec l'Etrangère ne soit pas celui qu'on peut attendre des théâtres d'argent, s'il est l'essence du Théâtre comme Télan secret est l'âme de l'action ! La générosité du critique, c'est de reconnaître, malgré tout, une telle importance aux directives du spectacle, de les dégager du jeu et des accidents. Théodore de Banville cherche la beauté : ses yeux sont de « vifs et puissants miroirs » ; il sait la reconnaître quand elle passe ; est- elle absente, il l'évoque, il y supplée par son imagination ; et toujours il subit le vertige du dithyrambe que Nietzsche définira après lui dans sa valeur de sagesse et de folie.

Si le monde pouvait avoir un sens, les poètes l'auraient trouvé : celui-ci s'efforce donc à deviner, il va plus loin que les mots, vers le Chant. En lin il l'avouera, ce fut là son objet :

■J'ai vécu seul, penché sur le monde physique, Toujours étudiant le grand art, la Musique, Dans le cri de la pourpre et dans le chant des Heurs.

Après cela, on montrerait sans peine que le dilettantisme de Banville est une formule de combat, la seule qui lui laisse la pleine possession de son domaine, et que sa théorie de l'art pour l'art esta tout prendre la plus utile et la plus ')' * ^ : {• [ui absout toujours la chose parfaite en considération de ce qu'il entre de bonté supérieure dans la perfection de la forme.

La qualité d'une pensée ou d'une émotion le touche plus que sa mise en scène et que la surprise des mouvements, car il sait par quels liens l'idée tient à l'action et qu'on ne peut pas agir tout à fait dans de la toile peinte. Mais cette conviction si rigide et souvent axiomatique, il Taflirmera sans pédàntisme, en musicien brillant et sensible, soucieux d'émouvoir avant que de prouver et d'émouvoir autrement que par la secousse des larmes. Voyez, par exemple, son explication du tragique dans Eschyle contre Euripide : « Et c'est à la lyre seule qu'il a été donné de communiquer la vie aux choses inanimées. » Théodore de Banville savait où nous allions et, de toutes ses forces, il a voulu retenir l'antique chariot emballé sur la pente d'un réalisme sans réalité désirable. Il a dénoncé le jeu des accessoires et les artifices de la rampe. Dans cette voie, il est allé jusqu'au paradoxe apparent en déclarant qu' « entre ces deux éléments.

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