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INTERPRÉTATION

créer et faire vivre, le décor et le costume ne doivent être qu'une indication nette, précise, spirituelle et peu appuyée, et jamais aucune réalité ne doit briser brutalement l'harmonie idéale éveillée dans l'esprit Tiu spectateur par Je génie du poète ! Laissons à l'opéra, et s'il le faut à l'opérette, ce luxe matériel si borné qui, en coûtant des centaines de mille francs, ne peut pas donner l'idée du palais d'un roi ou de la retraite d'une fée.

Un grand maître, Philarète Chasles, l'a dit en un aphorisme terrible et décisif comme un coup de couteau : « Quand le théâtre est arrivé à sa perfection, la poésie dramatique est morte. » Au bout d'un quart d'heure d'exhibition, tout œil humain est blasé.

3 janvier 1874

• Interprétation. — On ne peut pas mettre au théâtre les événements contemporains sans taide de la poésie.

Et quand je dis : la poésie, il faut entendre celle dont disposaient Eschyle et Aristophane, celle à laquelle le théâtre reviendra forcément s'il ne doit périr, et qui est le moyen d'expression absolu et nécessaire du théâtre ; je veux dire : la poésie dramatique mêlée de poésie lyrique, de chant. La poésie lyrique possède seule ce privilège merveilleux et presque divin de donner aux choses contemporaines.

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fet mêtne actuelles, réloignemôht et la poi*speôllvê des (Choses pàsséei», de matérialiser 6t d& ^6tidt6 vl-' sibles des aspir^tioDS et â6^ B^tltihlf^iltsj et suttdUt de faire parkr d'une seule voix un peuple, UUe eôlleclion d'homUies. A cause de telk même, elle é&t le seul interprète possible desévénemeâtà qui bouleversent les empires et changent là foce du môftdèj lorsqu'ils se sont passés à une épôqUê récente. DaUà un sujet ancien, on peut montrer deé persôttttâgéë de ftintaisie et se dontenter de fâit^ entrevoit* par échappées quelque» tâbleaiix caréetériâtlqueé de Thlstoire datts laquelle ils se meuvent ; mais si vous Voulea ressusciter leë espoirs trompés ^ les éléné de bravoure et left douleurs d'un peuple dont le flétic saigne encore, il voudra voir représentée au vif et tout entière l'histoire dont il fut le héros. Et qui pourra l'invoquer, la rendre \isiblo, si ce n'est la poésie?

6 août iâ')7

Lyrisme, — Quelle joie d'entendre cette musique des moiSï supérieure à toutes les autres^ qui â été le premier et qui sera le dernier langage dfes sociétés ! Car une peuplade sauvage a ses pOctes lyriques, et d'autre part, quand l'histoire, les arts, leâ scieuceâ, se sont spécialisées et Ont trouvé leur expression propre et technique^ la poééie seule i*este à l'homme pour célébrer les deUx formés éternelles de son déiir idéal :

la beauté et la justice.

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a 4 juin 1878

Sébaration. —r. Certes, il était beau dr cliamantep l'ombre et d'argenter tout un ciel, rien que par l'heureux arrangement de douze syllabes ; mais ces miracles ne seront plus faits désormais, parce qu'ils sont devenus inutiles. Montrer Tobscure clarté des astres ou la sereine blancheur de la lune, c'est désormais affaire au lampiste, et la magie se paiera au mois, comme le chauflFage et le balayage. La fière poésie, qui n*a besoin de rien et de personne pour régner sur le monde, retournera à Tode et à l'épopée ; quant au théâtre, il sera envahi par deux courants très divers. D'un côté la féerie, embellie par les derniers progrès mécaniques et photogéniques ; de l'autre -la comédie réaliste, moderne, bourgeoise» allant droit au fait, affectant de plus en plus la concision d'un siècle affairé et du style télégraphique.

5 août 1878

Désillusion. — Certains drames gagnent à être entendus dans une langue étrangère qu'on connaît à demi. Le mouvement des scènes, l'expression dramatique du chant, le jeu des acteurs, la pantomime éveillent des idées claires et qui s'enchaînent bien ; une tragédie vraie et touchante se construit d'ellemême dans notre cerveau. Mais si, au contraire, les

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acteurs prononçaient des mots intelligibles, quelle désillusion 1 Nous nous étonnons alors d'entendre le héros Radamès (d'Aïda) parler comme un berger de VAstrée, et mêler lefFra vante Isis à de langoureuses romances.

8 novembre 1880

CuANT. — La langue des vers, telle que Racine l'a comprise et telle que nous la comprenons après lui, est un chant ; elle ne saurait donc être coupée par des hoquets et des sanglots réels, puisque ces éclats de la douleur ou de la violence sont exprimés dans les vers par des mots qui en sont la transformation poétique.

3i juillet i85o

Fugue. — Je ne passerai pas ici en revue tout ce qu'on a dit contre l'élude du contrepoint et de la fugue. Ces longs travaux, ces discours interminables, ces éloquentes phiJippiques se résument à Téternelle objection faile par certains esprits forts contre l'étude du grec et du latin : il vaudrait mieux apprendre un bon métier — menuisier ou maçon.

Assurément, si une loi inexorable contraignait tout enfant de douze ans à étudier exclusivement la fugue, ce serait le cas ou jamais de chanter que « les tyrans sont des ennemis ».

Mais je crois pouvoir affirmer qu'aucun article de la Constitution n'autorise M. Auber à enlever violemment aux éludes de maçonnerie et de menuiserie, par un moyen analogue à la « presse » des matelots anglais, les jeunes adultes qui désirent ne point étudier la fugue. L'étudient ceux-là qui le veulent bien, et, s'il faut admettre cette opinion extrême que la fugue sert médiocrement aux compositeurs, assurément leur est-elle moins nuisible qu'un œil de moins ou une jambe cassée. La science n'est rien, j'en demeure d'accord, et la connaissance des règles ne sert qu'à savoir s'en affranchir ; mais encore, pour sortir des règles, faut-il au moins y être entré.

Si l'on eu croyait de modernes utilitaires (Fesprit fort du siècle dernier), non seulement il n*y aurait ni artistes ni poètes, niais il n'y aurait non plus ni menuisiers ni maisons, car où s'arrêtent les études indispensables à un métier ?

i5 novembre 1869

Chef d'orchestre. — A la place des yeux, deux larges cavernes d'ombre, mais d'où par instants sortent des flammes, un nez d'oiseau de proie, des joues osseuses, une lèvre qu'a brûlée le charbon ardent, un front énorme, démesuré, avec une longue chevelure crêpée, bizarre et blonde, un corps maigre qui va tout d'une pièce avec des gestes d'automate, une cravate blanche mal mise, des mains royales, spirituelles, lumineuses, voilà l'homme au repos ; maïs sitôt qu*îl a saisi son bâton de commandement, c'est un dieu, un |^lissant àémon qui, à son gré, anime, embrase, contient, exaspère les mille voix de son orchestre ; c'est de lui que tombent, que ruissellent ces pleurs, ces cris, ces chants de triomphe ; il est à la fois l'âme, le souffle, le frissonnement, la vibration de ces clairons, de ces flûtes et de ces cordes sonores ; c'est lui qui vous tient pâles et charmés sous les épouvantes et les mystérieuses caresses de l'Harmonie. Mais il ne faut pas voir Tauteur de Faust conduire un orchestre de deux cents musiciens après Litolf, car alors les portes du monde surna-

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