‹ CritiquesChapitre 71 sur 99 · RÉPIT · texte numérisé non relu

RÉPIT

Qu'elle a été belle, énergique et fière à la scène du cachot, dans l'admirable duo où Fraschini aussi s'est montré un grand et inimitable chanteur, car il retrouve toute la fraîcheur et toute la puissance de sa voix pour l'unir à la lyre ineffable de Beethoven ; c'est assez pour Inique l'orgie des cuivres se soit tue et qu*il puisse parler le langage de la passion et de la souffrance divines !

— A la bonne heure ! répond notre Paris aussi las et aussi blasé que Frédéric Moreau , Beethowen est le maître de maîtres, M"" Krauss et Fraschini sont de grandes artistes, qu'on leur donne leur laurier et n'en parlons plus, et retournons à nos moutons, à nos casseroles, à nos crécelles, à nos cuisses nues, aux pièces où Blanche d'Antigny est habillée en Sagesse, où M'^" Silly est costumée en Folie, où il y a à l'avant-scènc Cora Pearl ^ Caroline Letessier, et M''* de Clercy, et M''" Anna Deslions, en cheveux jaunes, en cheveux roux, en cheveux paille, coiffées

I. Dans ses Camées parisiens Théodore de Banville retient de Cora Pearl « ces petits yeux de feu enfoncés et rapprochés des sourcib, ce nez au vent, ce front un peu large, cette bouche aux plans accusés. » Il montre « l'énorme tresse qui fait diadème sur les bandeaux ondes par le fer » et « cette robe envahie par une dentelle qui agace agréablement l'œil comme une muraille de l'Alhambra. » Il ne nous cache pas que « Cora Pearl a introduit au monde cette teinture grâce à laquelle une femme brune peut se donner le plaisir d'entendre un poète comparer ses cheveux devenus rouges ou roses à une rose du Bengale et à j un voile de pourpre ». Et il ajoute : « Ne fût-ce que pour

'. l'amour du rouge, ô Cora Pearl, je vous salue ! »

298 FIN D*EMPIRE

de gaze, d'or, de paillon, de velours vert-feuille et saupoudrées d^ diamants !

6 décembre 1869

Protestation. — C'est au Cirque-Napoléon que la chose s'est produite. Une écuyère de beaucoup de talent, d'ailleurs, M™* Besnard(ô muse de l'Histoire, retiens ce nom !), qui mime debout sur son cheval une scène intitulée la Madrilène y et qui, en faisant claquer les roulements de ses castagnettes, retrouve, non sans génie, les poses cambrées, les fiers déhanchements et les beaux tordions de Fanny Essler, a commis la violence que voici. En pleine mode des faux cheveux, des chignons à tresses, des bonnets à poils jaunes et des casquettes de cheveux roses, noisette, maïs, paille, nankin et beurre frais dont s'affublent M»^ Silly, M"« de Glercy, W\ Blanche d'Antigny, et ce qui est plus grave, hélas ! la charmante Desclée, sachez que cette M™® Besnard a paru devant le public avec une chevelure, sa chevelure, qui est bien à elle, noire, soyeuse, entièrement dénouée et flottante, longue comme un manteau de roi, simplement lissée sur le front et tombant plus bas que les j upes de la danseuse, emportées dans le g;alop tourbillonnant de son cheval ! Une vraie chevelure, et noire encore I Où allons-nous, et que signifie un pareil cataclysme ? Après cela, on viendrait nous dire que c'en est fait aussi des lignasses de ficelles du vieux

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