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XVIII PRÉFACE

Sa morale est bonne conseillère ; die suit le courant de la vie, non sans vouloir davantage : on peut la croire héroïque ou esthétique dans la large mesure où ces deux mots s'accordent. Il voit volontiers dans le poète un avocat de la nature qui n'a pas à se faire l'auxiliaire des autres forces d'organisation. Son interprétation du caractère de Don Juan atteste une admirable et saine audace philosophique. Il sait d'ailleurs que la morale des peuples «volue dans le temps autant que dans Tespacè, et simplement il écrira : « Ainsi change l'horizon de la conscience humaine. »

En somme, et bien qu'on ait pu croire le contraire, Théodore de Banville est peut-être le seul critique dramatique qui, jugeant d'instinct les hommes et les œuvres, ait eu une doctrine de théâtre et une tenue individuelle dans ses pensées d'ordre. Barbey d'Aurevilly, pour ne citer que celui-là, plus brusque et plus mordant, s'en tient trop souvent aux indications du catéchisme catholique, spirituel et diabolique, et tranche de tout au gré de ses préventions et de sa fantaisie.

J'ai pu connaître Théodore de Banville dans les dernières années de sa vie. A côté du poète qu'on admirera toujours, il me fut donné d'ap-

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précier en lui un vîeu?: monsieur exquis, causeur délicieux et profond observateur des travers humains

Il aimait peut-êlre Balzac et Victor Hugo plus que ne le veut son œuvre. Mais en dépit de ces vastes admirations, je comprends mieux aujourd'hui qu'il savait rester léger et railleur comme un sage de l'Attique à une époque où la critique tournait déj.à à la classification des marques, l'aurais dû, au sqrlir de ces charmants dimanches de la rue de l'Eperon — le poète y demeurait entre cour et jardiin — noter ses propos. Mais c'était au moment où paraissaient les premières années du «Journal des Goncourt » qui nous détournait du « rapportage » littéraire. Je retrouve cependant dans mes carnets le crayon d une visite que Leconte de Lisle et François Coppée firent à Théodore de Banville pour l'engager à se présenter à l'Académie, en l'assurant du succès de sa candidature. .

Ce fut Leconte de Lisle qui, le premier, fit l'invitation. Banville s'excusa avec la discrétion qui convenait devant un académicien si justement immortel.

— Vous n'auriez qu'un mot à dire, insista Coppée a v«c déférence.

— Ce mot, je ne le dirai pas, je ne peux pas le dire après ce que j'ai écrit.

— N'avons-nous pas tous parlé librement de rAcadémie ?

— Non ! pour moi ce n'est pas une question personnelle. Je crois même avoir raisonné mon opinion *. Mais d'ailleurs vous savez bien que mes critiques n'allaient pas jusqu'aux académiciens.

Et sur cette politesse qui donnait un tour à la conversation, on parla d'autre chose. Banville en arriva à dire avec un léger tic de la joue gauche :

— Ce bougre de Voltaire, pour qui je ne professe d'ailleurs aucune espèce d'estime, a une phrase que j'entends comme parole d'évangile : « Tout ce qu'on écrit doit pouvoir se dessiner avec un crayon. »

Leconte de Lisle approuva :

— C'est un mot de poète. La poésie ne vit que

1. Dans ses Lettres chimériques, Théodore de Banville a précisé une fois de plus un grief qui tenait à sa doctrine :

ce L'Académie, en temps que personne morale et collective, a toujours été en butte aux railleries, et rien n est plus juste, car, prise dans son ensemble, elle se laisse gouverner par un préjugé auquel ne consentirait isolément aucun des membres qui la composent. Elle s'imagine, croit et veut faire croire que la meilleure des œuvres d'art est celle qui se propose un but moral immédiat : à ce compte, r Iliade aussi bien que la Vénus de Milo seraient des œuvres très inférieures. »

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