PRÉFACE
changer l'ordre, d'y ajouter, d'y retrancher et d'en faire, si vous le voulez, une traduction libre.”
Le titre, SPIRITUAL PEPPER AND SALT, que j'ai traduit par CROIRE C’EST VIVRE, prouve assez fout de suite combien j'ai usé de cette dernière liberté.
Quelques jeunes Pères, scolastiques de notre maison de l’Immaculée-Conception, ont bien voulu m'aider dans ce travail, et je les en remercie cordialement. Sans leur concours, les trop rares loisirs de la vie de missionnaire ne m'auraient pas permis de donner si tôt cette traduction. Elle est leur œuvre, et ils en ont tout le mérite. Puisset-elle faire autant de bien que nous en désirons à ceux qui daigneront la lire!
Si vieilles que soient les vérités que renferme PEPPER AND SALT, elles sont toujours, et aujourd’hui plus que jamais, pleines d'actualité. Mgr Stang connaît bien notre temps, et il sait lui parler et l’instruire.
Nous ne pouvons pas dire encore de notre gé-
nération qu’elle est incrédule; mais ce n’est pas être pessimiste d'affirmer qu’elle marche vers l'incrédulité. Sa foi a besoin d'être éclairée; son
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cœur a besoin d'être soutenu; il lui faut des réponses aux objections qu’on lui pose ; il lui faut des armes pour se défendre contre ses ennemis.
Dans toute décadence religieuse, il y a d'habitude trois étapes, qui servent à en marquer la marche descendante.
La première est en haut, dans la génération qui croit et pratique comme elle croit. Ce fut la génération de nos pères, celle qui s'en va et dis- Paraît vite du Canada.
La deuxième est au milieu d'une £énération qui croit aussi, mais dont beaucoup de croyants ne pratiquent plus, leur foi étant en constante opposition avec la morale, leur cœur en lutte contre l'intelligence pour l’amener à façonner un credo commode, tronqué, assoupli au goût des sens et des passions.
La troisième nous montre une génération qui ne croit plus et ne pratique pas. Celle-ci est pré- Parée par la deuxième. Et si l’on peut dire qu’elle est plus malheureuse qu’elle, qui pourrait dire que la deuxième n'est pas plus coupable ? — Et c'est la nôtre.
Quand notre génération aura longtemps ofiert à celle qui la suit, la perpétuelle contradiction
de sa foi et de ses mœurs, elle finira par faire croire qu'on n’a pas besoin d’une foi qui ne n : 1e qu'à de pareilles œuvres.
Plus d'un catholique d'aujourd'hui, qui compte bien sur sa foi, — gardée inactive dans un demijour où elle languit, comme on garde un vieil habit daus un vieux meuble, — pour se sauver à la fin et se préparer à mourir, qui y mêle mille connaissances contradictoires, afin de mieux paraître dans le mouvement de l'instruction moderne, laisse nier et railler en sa présence des vérités auxquelles il croit, les nie parfois lui-même
pour poser en libre penseur, s'arrange une religion
accommodante et ne troublant ni ses finances, ni ses plaisirs, ni ses lectures, ni ses actes publics de politicien ou d'entremetteur; plus d’un, disje, n'a pas l'air de songer qu'il pose par là les causes d’un scepticisme contagieux qu’il se fera peut-être pardonner, lui, si Dieu lui en donne le temps et la grâce, mais qui produira assurément ses fruits désastreux chez les jeunes, qui ont assisté à tout ce spectacle démoralisant.
Les catholiques de cette génération, qui est la nôtre, ne voudront pas mourir sans les derniers sacrements; mais plusieurs pourront se dire en les
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recevant : “Il en est d’autres, Plus tard, qui ne voudront pas les recevoir, et ce sera notre œuvre!”
C'est une formidable responsabilité.
Ceux qui s’en chargent feront bien d y réfléchir en lisant ce livre de Mgr Stang. Il s'adresse particulièrement à eux.
Veuille le sacré Cœur de Jésus le bénir et nous accorder — nous n’ambitionnons pas d'autre ré. compense — le bonheur d’avoir contribué, par cette traduction, à rendre chez quelques-uns de zos compatriotes l'intelligence plus éclairée, le cœur plus fort, la vie plus sincère et plus heu-
reuse, la foi et les œuvres en plus parfait accord.
Louis LALANDE, S.].
1er vendredi du mois de janvier 1906.