‹ Croire, c'est vivre [microforme]Chapitre 5 sur 15 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

affirmé, alors quiconque veut être sauvé est tenu de croire en lui et d'observer ses commandements.

Remarquez bien la solennité du procès judiciaire institué contre le Christ dans le palais de Caïphe.

En présence du grand prêtre, la plus haute autorité ecclésiastique, se tenait, garrotté et sans défense, Notre-Seigneur, comme un médiateur entre Dieu et le peuple juif. Caïphe, se dressant

devant lui dans la plénitude du pouvoir à lui,

conféré par Dieu, l’interroge en se servant de la formule solennelle du serment : “Je vous adjure, au nom du Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ, Fils de Dieu.” Jésus-Christ ne pouvait pas garder un silence qui eût été interprété contre lui. Il fallait répondre. En face d’une mort cruelle qui l’attendait, il proféra cette solennelle réponse, qui retentit avec plus de force que la foudre du Sinaï au milieu de cette assemblée, comme à travers les âges: ‘‘Je suis le Christ, Fils de Dieu.” Sa réponse était sans équivoque, aussi le juge suprême jugea inutile d’entendre d’autres témoins : tYous avez entendu le blasphème; que vous en semble?” Et tous de répondre d’une seule voix: ttIl est digne de mort” Ilfut donc condamné;

CROHRE C'EST VIVRE 51

on le crucifia; et pourquoi? Parce qu'il s'était proclamé Fils unique du Père, essentiellement un avec lui, Messie, Sauveur du monde. Quel homme sensé ou sincère osera douter de la parole du Christ ? À l'époque des persécutions, lorsqu'on demandait à un disciple du divin Crucifié : ttÊtesvous chrétien ?” i] répondait, en face du glaive, du gril ardent, de la torture, des lions et des léopards : “Oui, je suis chrétien!” Est-ce qu’on doutait alors de sa parole ?

Ci, Ô Jésus, nous le croyons; vous êtes le Christ, Fils de Dieu. Nous savons que rien n’est

plus vrai que votre parole. À deux genoux, nous Vous remercions ; nous pressons nos lèvres sur vos pieds ensanglantés et, avec le centurion qui se tenait au pied de la croix et qui vous vit mourir, non comme meurt un homme, mais comme seul

un Dieu peut mourir, nous nous frappons humblement la poitrine et nous répétons: ‘“*Celui-là était vraiment le Fils de Dieu.”

Seul un Dieu pouvait nous sauver

La croyance en la divinité du Christ est le fondement du christianisme, qui est depuis dix-

neuf siècles, la religion des nations les plus civilisées. Celui qui nie la divinité de Notre-Seigneur doit également fermer les yeux à tout ce que le

christianisme a apporté au monde, à tout ce qui s’est accompli de grand dans les sciences, les arts et les lettres, à toute la somme de bonheur, de lumière et de paix, qu’il a conférée à des millions d'hommes.

Pourquoi refuseriez-vous de croire à sa divinité? Une telle croyance est-elle opposée à la raison? Pas du tout; jamais la raison humaine ne sera capable d'y découvrir une impossibilité. Le dogme de la Trinité n'implique aucune contradiction. Nous ne disons pas: trois personnes n’en font qu’une; ce serait contre la raison, et jamais Dieu ne nous obligera à croire une absurdité. Nous disons: trois personnes n’ont qu’une seule et même nature divine; il y a trois personnes en un seul Dieu.

I n'ya Pas, non plus, l'ombre d’une contradiction dans la doctrine de l’Incarnation, Nous royons que la seconde personne de la très sainte Trinité a pris dans le sein de Marie un corps et une âme semblables aux nôtres, sans absorber l'humanité dans la divinité, mais ea unissant en une même personne la nature divine et la nature humaine. Nous trouvons quelque chose d’analogue dans la nature. La plante s’approprie les sucs de la terre et les constitutifs de l’air pour se les assimiler, La rose dessine sa forme élégante, peint ses feuilles de vermeil, colore ses pétales et remplit son calice de Parfums exquis avec les éléments de la terre, de l'air et de l'eau. Vous Vous asseyez à la table et vous vous nourrissez de pain, de légumes, etc., et tous ces éléments nutritifs deviennent votre propre substance.

Pourquoi aurais-je de la difficulté à croire au dogme de l’Incarnation ?

Ce n’est pas seulement une chose possible et conforine à la raison, que Dieu prenne la nature humaine; mais il semble de convenance qu'il dût le faire pour nous sauver d’une éternelle ruine.

Dieu s’est manifesté à nous dans la création; il a donné à l’homme la lumière de la raison pour

lui permettre de découvrir son Dieu ; mais l’homme oublia le Créateur et se mit à adorer des idoles conformes à ses désirs pervers. Il pouvait, seul, abandonner son Dieu, mais sans l’aide de ce même Dieu, il ne pouvait plus revenir à lui.

Pour sauver le genre humain, Dieu devait intervenir et nous indiquer la vraie religion. Il était digne de sa sagesse et de sa miséricorde qu’il vint lui-même sur la terre pour enseigner aux hommes comment il fallait vivre pour mériter d’être appelés ses,enfants.

En outre nous étions couverts de la lèpre du péché.

Par le péché, l'homme s’érige en être indépendant et substitue sa volonté à celle de Dieu. C’est le plus grand mal qu’on puisse imaginer ; il fait cortracter une dette infinie. Comment l'homme peut-il payer cette dette? Par le repentir ?

Le repentir ne change pas le mal en bien.

Par la prière ou la pénitence ?

Dieu est juste; il se doit d'exiger satisfaction; il

ne peut permettre qu’on viole impunément sa loi.

Peut-être les anges, ou les saints, ou Marie, reine des anges et des saints, pouvaient-ils satisfaire pour le péché ?

Non, ils ne sont que des créatures; leurs mérites sont finis et limités, tandis que le péché est une offense infinie. Dieu seul donc pouvait, en prenant notre nature, effacer la faute, Il eut pitié de notre misère: ‘Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.”

1 Jean, III, 16,

Un Rédempteur promis et attendu Le plus beau des enfants des hommes

Quand le Dieu juste chassa nos premiers parents du Paradis, il dissipa en même temps, par la promesse d'un Rédempteur futur, le désespoir qui empoisonnait déjà leur cœur affigé. Puis, par des prophéties, ami donnaient d'avance avec

ses moindres détails le portrait du Rédempteur, il tint constamment allumée dans l’âme de leurs descendants, l'espérance vacillante du salut. Toutes ces prophéties s’accomplirent à la lettre. On peut donc dire avec raison qu’elles sont des preuves solides de la divinité du Christ. Les Juifs mêmes jusqu'ici ont toujours défendu la divine autorité de ces prophéties, bien qu’elles aient souvent été citées contre eux par les chrétiens. On retrace l'arbre généalogique de Jésus-Christ en passant par Abraham, Isaac, Jacob et David. L'époque de sa venue est fixée : quand le sceptre sera sorti de la maison de Juda, à l’expiration des

semaines de Daniel, alors que le second temple sera encore debout. Le lieu de sa naissance sera Bethléem. Il doit annoncer la bonne nouvelle à son peuple ; il fera de grands miracles et entrera dans Jérusalem en triomphe. Cependant il sera trahi par un de ses disciples, vendu pour trente pièces d’argent qui seront ensuite consacrées à l'achat du champ d’un potier. Abandonné de ses disciples, mis en accusation devant un tribunal, il ne se défendra pas. Après avoir été condamné, il permettra qu’on le frappe et qu’on lui crache au visage; il sera crucifié eutre deux malfaiteurs, tourné en dérision durant son agonie, abreuvé de fiel et de vinaigre ; ses vêtements seront divisés et tirés au sort; il sera transpercé d’une lance, déposé dans le sépulcre d’un homme riche, et des hommes impies seront Préposés à la garde de son tombeau. Cependant il ressuscitera d’entre les morts et, parce qu’il aura donné sa vie pour les péchés de son peuple, il aura une nombreuse postérité, il donnera une loi nouvelle et établira un royaume fondé sur la connaissance du vrai Dieu, et qui embrassera la terre entière.

La divine origine de ces prophéties a affermi

les Juifs de l’ancienne loi dans leur croyance que

le Messie serait Dieu revêtu de la forme humaine, l'Homme-Dieu. Les Pères et les Docteurs de l'Église s’en sont souvent servis comme de puissants arguments en faveur de la divinité de Jésus-Christ. Ont-elles tout à coup perdu, au vingtième siècle, leur pouvoir de convaincre ?

Ce qui est vrai une fois, demeure vrai pour

toujours.

La grandeur morale de Jésus défie toute description. Les saints les plus glorieux s’éclipsent en sa présence. On rapporte de Léonard de Vinci

que, peignant sa Dernière Cène, il perdit courage au moment où il essayait de reproduire la figure du Maître bien-aimé et laissa tomber son pinceau

de découragement.

Seul le Christ pouvait se présenter au milieu de ses ennemis et leur demander avec calme:

“Qui de vous me convaincra de péché?” Le juge qui le condamna à mort fut forcé de déclarer publiquement : ‘Je ne trouve aucune faute en lui.”

Il nous apparaît en sa sainte humanité sans égal dans toute l’histoire du genre humain, car il est plus qu’un homme. Même ses ennemis les

plus acharnés des temps modernes, Baur, Strauss, Renan, négateurs impudents de sa divinité, sont forcés de le proclamer le plus saint et le plus sage des hommes. ‘La première place, dit Strauss, lui est réservée dans le temple du génie et de l'humanité, comme au type idéal de la grandeur morale qui ne saurait être surpassé.” Jamais homme sérieux ne l’a accusé d'être un rêveur, un enthousiaste où un fanatique. Il fut sans tache: l’homme parfait, idéal. Telle est l'opinion de nos modernes infidèles.

La vie de Notre-Seigneur se résume dans cette

expression énergique de l’Écriture : ‘Jésus commença à agir et à enseigner”! De même que son œuvre, la rédemption du genre humain, fut divine, ainsi fut divin son enseignement, sa doctrine céleste destinée à régénérer le monde. Les foules s’écriaient après l’avoir entendu : “Jamais homme n’a parlé comme cet homme ”.:

Il n’y a, dans la littérature des peuples, rien d'aussi beau, d'aussi pathétique, d'aussi puissant, que les paraboles et les enseignements pratiques de son Évangile. Le monde avait connu avant lui de grands maîtres, de grands philosophes ;

1 Actes, I, 1. 2 Jean, VII, 46,

E & EE El Î b LÉ

épée

il avait eu ses Platon, ses Aristote, ses Socrate, ses Cicéron, qui avaient enseigné des doctrines magnifiques et avaient ébloui les hommes par le brillant éclat de leur esprit etla fascination de leur langage. Le Christ les a tous surpassés par la pureté, la sainteté, la sublimité et la douceur de sa doctrine. Ces grands hommes d'état, ces grands philosophes ont-ils jamais retiré des ténèbres de l'idolâtrie une seule nation, une seule ville, un seul village, une seule famille ? Ils ne purent même pas sauver leur propre famille de la dégradation morale. Le Christ a changé la face du monde par sa doctrine qui vivra éternellement : ‘Mes paroles ne passeront point.”

Rousseau, l’oracle des incroyants, ne peut s'empêcher de témoigner en faveur du divin Maitre: ‘Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs! Quelle grâce touchante dans ses instructions ! Quelle élévation dans ses maximes ! Quelle profonde sagesse dans ses discours ! Quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! Quel empire sur ses passions ! Où est l’homme, où est le sage, qui sait agir, souffrir et mourir, sans faiblesse et sans ostenta-

1 Math., XXIV, 35,

tion ?..….. Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il pas pour avoir osé comparer le fils de Sophronisque ! au fils de Marie ! Quelle distance de l’un à l’autre ! Socrate, mourant sans douleur, sans ignominice, soutint aisément jusqu'au bout son personnage; ct si cette facile mort n'eût honoré sa vie, on douterait encore si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu'un sophiste La mort de Socrate, philosophant tranquillement au milieu de ses amis, est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit

de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre, Socrate, prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui présente et qui pleure ; Jésus, au milieu d’un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés, Oui, si la vie

et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu.”

Oh ! comme nous déplorons l’aveuglement de ceux qui ne revendiquent pas Jésus comme leur maître et leur ami!

“N'avoir jamais connu Jésus-Christ est le plus grand des malheurs : ce n’est Pas un crime ni une

1 Socrate,

ingratitude. Mais le renier ou l'oublier après l'avoir connu, voilà qui dénote une perversion si effrayante et si insensée, qu'on ose à peine y croire. Car il est la source et l’origine de tout bien, De même que le genre humain ne pouvait être racheté que par le sacrifice de Jésus-Christ,

ainsi ne peut-il être conservé que par sa puis-

sance.” 1

1 Léon XIII.

Les œuvres de Jésus-Christ

Non seulement Jésus-Cirist s'est dit le Fils de Dieu, mais il a affirme ue ce œuvres étaient celles

d'un Dieu. Si vous 4e ST0yez j18 À ma parole,”

dit-il ‘à ses ennemis, ‘croyez à mes œuvres ; car elles me rendent temoignage”. Ses œuvres furent ses lettres de créa 1€ apportées du ciel Pour prouver son domaine Suprême sur l’univers : ‘‘Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres”! I] opérait ses miracles en faveur des pauvres et des affigés et il les Oopérait, non pour satisfaire la curiosité ou faire parade de sa Puissance, mais Pour gagner les cœurs de ceux qui étaient disposés à croire en lui. Toute sa vie n’est qu’une suite de miracles. I] calme la tempête, il marche sur les eaux, il maudit et dessèche je figuier sté-

1 Math., XI, 4, 5.

rile, il multiplie les pains et les poissons et rassasie des milliers d'hommes, il change l’eau en vin, il rend la vue aux aveugles, l’ouie aux sourds, il guérit les lépreux et fait marcher les boiteux. Ses ennemis soumettent ses miracles au plus rigoureux examen. Lisez, par exemple, au neuvième chapitre de l’évangile selon saint Jean, la guérison du jeune aveugle de naissance, et dites-moi s’il est possible d'expliquer ce miracle par une cause naturelle. Ses prodiges sont ra-

contés par des témoins oculaires non suspects de

crédulité. C’étaient des faits publics connus de tout le monde: “Car,” dit saint Paul, ‘ce ne sont pas des choses qui se sont passées en secret,” mais devant les fouics. Ils étaient accomplis en faveur des absents aussi bien que de ceux quiétaient présents. Jésus avait conscience ‘qu'un pouvoir bienfaisant était sorti de lui” * et avait guéri la femme qui avait touché la frange de son vêtement.

Il ne fallait pas être bien savant, il suffisait seulement d’avoir un esprit droit et l’usage de ses sens, pour reconnaître un miracle dans la guérison d'un aveugle ou dans la résurrection d’un mort qu'on avait retiré du tombeau.

1 Jean, 1, 1. 2 Actes, XXVI, 26. 8 Marc, V, 30.

Le peuple, dit-on, était ignorant à cette époque, Comment! mais l’époque de la venue de Notre- Seigneur fut la plus éclairée de toutes les époques, on l’a appelée l’âge d’or de la science et des arts. L'histoire a enregistré les noms des esprits les plus cultivés d’alors; quelques-uns de leurs chefsd'œuvre servent de modèles pour tous les âges, et ils n’ont pas encore été surpassés,

Ses ennemis les plus acharnés n’ont jamais eu l’idée d'attribuer ses miracles aux causes physiques. Ni les Juifs, ni les païens des Premiers siècles, n’osèrent en nier l'authenticité. Ils furent et ils sont encore le sceau et le témoignage de sa mission et le signe évident de sa divinité.

Mais la preuve la plus convaincante de la divinité de Jésus-Christ est sa glorieuse résurrection. Il avait dit: «J'ai Je Pouvoir de déposer ma vie et j'ai le pouvoir de la reprendre”! I] n'y a qu'un Dieu qui puisse faire une pareille affirmation et la justifier, I] parlait souvent de sa résurrection qu’il donnait comme le principal argument en faveur de sa nature divine. Quatorze fois il l'a prédite, et ses ennemis connaissaient cette prédiction ; ils s’en Souvinrent très bien lorsqu'il

1 Jean, X, 18.

l’accusèrent devant le gouverneur romain d’avoir dit qu’il ressusciterait d’entre les morts. Or tout le monde, chrétiens, Juifs et incrédules, admettent que le corps du Christ fut déposé dans un tombeau et que, trois jours après, il ne s’y trouvait plus. Comment sortit-il du tombeau? Iln’y a pas d'autre réponse que celle-ci: Il en sortit par sa propre puissance ou par la puissance d’un autre. Les Juifs prétendent que les chrétiens dérobèrent son corps, ce qui est la négation d’un fait historique, outre que cette hypothèse ne dit pas comment il est revenu à la vie. Les incrédules disent que la résurrection se fit tout naturellement, car il était en léthargie. Cependant Notre-Seigneur mourut réellement sur la croix. Les quatre Évangélistes racontent sa mort ; saint Paul la raconte à son tour; les souffrances épouvantables qu'il avait endurées ne pouvaient laisser aucun doute là-dessus, et ses ennemis, que sa mort seule pouvait satisfaire, prirent bien soin d'en faire la constatation. L'ombre même d’un doute n'est

plus permise après que la lance de Longin lui a

transpercé le cœur. Pilate le fit constater officiellement. Puis l'embaumement du corps exclut

la possibilité de la vie dans ce corps.

Il est donc ressuscité Par Sa puissance divine et plusieurs personnes l'ont vu de leurs yeux. Sa résurrection ne laisse pas place au moindre doute: il est vraiment Dieu. Avec saint Thomas nous tombons à genoux devant Notre-Seigneur ressuscité et, pleins d’une foi vive, nous nous écrions d’un cœur reconnaissant : Mon Seigneur et mon Dieu!” Il est notre Dieu Sauveur, notre Seigneur et notre tout, la vie de nos âmes et notre espérance pour l'éternité. Sans lui la vie deviendrait un fardeau insupportable, Aux heures de dures épreuves, lui seul peut rendre la force à

l’âme découragée. ‘Au moment Suprême de la

vie, lorsque l'éternité se présente avec ses incertitudes, la grâce de Jésus-Christ est la seule espérance de l'homme. La Personne de l’Homme-Dieu, manifestation incarnée de la vérité et de l'amour divin, également inefiable dans sa majesté et dans Son humilité, dans Sa gravité et dans sa douceur, son infinie condescendance, sa pureté, son abné- &ation et la grâce divine coulant comme d’une fontaine de sa Passion et de sa mort : voilà ce qui seul rend l’homme capable de triompher des assauts du mal,” !

! Hettinger,

Croyez-vous aux miracles ?

A notre époque il est de bon ton de tourner en dérision le surnaturel et les miracles: cela vous donne un air savant. Pourquoi? Parce que nous sommes à l’époque de la superstition et de l'incrédulité. Un grand nombre ont perdu cette foi simple et solide qui ne recherche rien au delà de ce que la religion enseigne.

On retrouve facilement l’origine de la superstition dans l’incrédulité et les fausses religions ;

l'Église catholique l'avait extirpée, elle est reve-

nue en partie avec la Réforme. Chassez la religion, vous la remplacerez par le mensonge. Les librespenseurs qui ne croient pas aux miracles, croient fermement à l’imposture. Ils croient à toutes les sottises qu’on décore du nom de ttrites sacrés ” de la Franc-Maçonnerie; ils croient à l’hypnotisme, aux tables tournantes, aux planchettes, au spiri tisme, aux diseurs de bonne aventure, aux faux savants; mais ils semblent nier au Dieu toutpuissant le droit de faire des miracles. Une telle

prétention dénote un orgueil insensé, et il vaudrait peut-être mieux ne pas la relever.

“Si un homme, ” dit Rousseau, ‘posait sérieusement la question: Dieu peut-il faire des miracles ? ce serait lui faire beaucoup trop d'honneur que de lui répondre. Il suffirait de lui trouver une place dans un asile d’aliénés.” Ces hommes pervertis, qui prétendent que tout dans la nature est régi par des lois aveugles et nécessaires, sont épouvantés à l'idée d’un miracle, car le miracle renverse de fond en comble toutes les théories de l’athéisme et du panthéisme.

Une idée nette du miracle dissipera plus d’un sot préjugé.

Demandons-en la définition au prince des théologiens. ‘Le miracle, dit saint Thomas, est un effet de la puissance divine tout à fait en dehors du cours ordinaire de la nature; ou encore, un effet de la toute-puissance divine dépassant le pouvoir de toute cause créée.” Trois conditions sont requises pour constituer un miracle: il doit être un

effet qui dépasse les forces de la créature, il doit

appartenir à l’ordre naturel, il doit tomber sous les sens. Ainsi il n'y a pas de miracle à voir un chien marcher, mais il ÿ en aurait un à :oir une

montagne ou un bloc de granit se mouvoir luimême. Il n’y a pas de miracle lorsqu'un rosier produit des feuilles et des fleurs, mais il y en aurait un si un rocher se mettait à fleurir. Ce qui est naturel dans un certain ordre serait surnaturel dans un autre. Ce qui dépasse ici les forces de la nature est, ailleurs, dans l’ordre ordinaire des choses. Est-ce que Dieu n’est pas au-dessus de l’ordre et des forces de la nature? Y at-il quelque chose de difficile pour lui? Ne peut-il rien de plus que ses créatures ?

En outre, Dieu se sert des causes secondes pour

produire certains effets. Il fait dépendre, par exemple, la moisson du labeur du cultivateur, la solidité d'une maison, de l’habileté de l'architecte et des ouvriers. Qui va lui défendre de produire directement les mêmes effets sans passer par les causes secondes ?

Dieu ne renverse nullement les lois et l’ordre de la nature en faisant des miracles. La nature agit au moyen de certaines forces que Dieu lui 4 données, elle obéit à des lois que Dieu lui a dictées. Qui empêchera Dieu d'agir sans ces intermédiaires ?

Par conséquent, il n’agit pas contre la nature

au-dessus de La nature. À parler stricte.

ment, il ne Suspend pas les lois de la nature, mais agir une force Supérieure au lieu d'une

force d’un ordre inférieur.

Mais les lois de la nature ne sont-elles donc Pas immuables ?

Pas du tout : elles sont ConsStantes et uniformes, mais elles ne Sont pas immuables.

Est-ce que Dieu change lorsqu'il exauce une prière ?

Dieu ne peut Pas changer, La Prière est, dans le plan de la Providence, une condition nécessaire pour que certains résultats s’accomplissent. Beaucoup de ces résultats dépendent de la prière: ce ne Sont cependant pas des miracles, mais le simple effet des causes secondes.

Chaque fois qu'il s'agit de miracle, il faut se poser deux questions. Le fait a-t:il eu lieu réellement? Est-ce que les conditions essentielles au vrai miracle se sont réalisées ?

Les miracles Sont nécessaires dans la religion. Il fallait que Dieu accréditât ses envoyés auprès des hommes. I] Conféra à Moïse et aux prophètes le Pouvoir de faire des miracles, et

Jésus-Christ le Conféra à ses Apôtres. Lorsque,

de temps à autre dans l’histoire de l'humanité, Dieu montre par des miracles qu'il est le maître de la nature, il a ses raisons pour en agir ainsi. Il en opéra lorsqu'il établit sa religion sur la terre, et saint Augustin remarque que ‘‘le plus grand de tous les miracles serait de convertir l'univers ent: sans un seul miracle”.

ic crois au miracle, parce que je crois en Dieu

et au sens commun.

Y a-t-il encore des miracles de nos jours ?

Plusieurs de nos amis qui ne sont pas catholiques ont bien la condescendance d'admettre l'authenticité évidente des miracles rapportés par l'Écriture sainte, mais Par contre ils affirment que l’ère des miracles est passée et que l'Église

catholique ne possède pas le pouvoir d'en faire. Il y en a d’autres qui vont jusqu’à nier même les miracles que l'on trouve dans la Bible, et qui pat la prétention de les expliquer au moyen de la science moderne. ‘ Nous connaissons maintenant, disent-ils, les lois et les forces cachées de la nature, et par conséquent, il n'y a plus rien de miraculeux ; ainsi les Prétendus miracles de la Bible peuvent tous être expliqués dans un sens naturel.” Eh bien! nous défions ces derniers d'expliquer naturellement un seul des miracles de la Bible, et nous les invitons à nous montrer, au moyen d’une expérience, — comme tout bon professeur de sciences naturelles doit le faire, — que

D Le LORS de 2

De “ue Pen ES

l'un, au moins, des miracles de la Bible est un phénomène naturel. Jusqu'à ce qu'ils y aient réussi, nous les considérerons comme de malfaisants hâbleurs et de vulgaires charlatans.

Nous en connaissons plus long au sujet des forces naturelles, de l'origine et de la destinée du monde, que ceux qui vivaient à l'époque où ces miracles ont eu lieu. Or, s'il est vrai que la science moderne a tué le miraculeux, qu’on nous dise comment un homme peut aujourd'hui guérir les malades par l'imposition des mains ? comment il peut rendre la vue en frottant les yeux avec de la boue ? Comment calmer une tempête d’un mot de sa bouche ou d’un geste de sa main: Comment ramener à la vie un mort de trois jours? Vous n'aurez pas d'autre alternative, Ô savants illustres, que d'expliquer ces faits selon les principes de votre si sublime science, ou d’aller cacher quelque part votre ignorance dans la confusion et le silence.

Les miracles n’ont pas cessé avec les Apôtres; on Jes rencontre encore, et on les a toujours ren-

coutrés dans l’Église catholique. Le don des mi-

racles réside en elle, et chaque fois qu'il en est besoin, elle en fait de nouveaux. Ils étaient sur-

tout nécessaires À son berceau Pour confirmer sa divine origine; mais maintenant que nous voyons un miracle continuel dans son unité et sa continuité, le besoin de si nombreux miracles n'ap- Paraît pas autant, L'arbre, dit saint Grégoire, n'a besoin d'être arrosé que lorsqu'il est faible ct jeune.”

Cependant, bien que moins fréquents, les mi.

racles se sont perpétués dans l'Église jusqu'à nos jours. “Qui n’a Pas entendu parler des faveurs abondantes obtenues par l'intercession de la sainte Vierge, ct des merveilles opérées par la dévotion à saint Antoine de Padoue ? Les

mêmes prodiges sont quelquefois attribués à d'autres saints, tant pendant leur vie qu'après leur mort; surtout si ces bienheureux sont des

apôtres ou des martyrs. Les bêtes fauves se Couchent aux pieds de leurs victimes dans l'amphithéâtre romain; le bourreau est impuissant à trancher la tête de sainte Cécile. Saint François Xavier change l'eau salée en €cau douce pour 500 voyageurs : saint Raymond traverse la mer SUT SOn manteau ; saint André devient brillant au milieu des ténèbres ; sainte Scholastique obtient par ses prières une pluie abondante ; saint

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Paul est nourri par des corbeaux ; et sainte Françoise jouit de la présence de son ange gardien.”' Il n’est plus possible de refuser de croire au récit des miracles qui s’opèrent constamment au sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes; les incrédules ont été forcés par l'évidence, bien qu’à contre-cœur, d'admettre les merveilles dont y ils ont été témoins.

Dieu est le maître de son œuvre ; il l’a montré par le passé et l’on peut présumer qu’il continuera à le faire. Les lois qu’il a données à la nature sont universelles, mais non absolument nécessaires: il est libre d’en suspendre le cours. Ce qui est déjà arrivé, peut arriver encore.

ttParce que certains miracles prétendus, dit Newman, sont rejetés par tout le monde comme apocryphes, est-ce une raison de rejeter en bloc tous les autres, même les plus authentiques ? Il est tout naturel, et pour plusieurs raisons, qu’à côté des vrais miracles on en voie surgir d’autres, fruits de l’imposture, de l'esprit d'imitation ou de la superstition. Et ces contrefaçons devien-

nent non la réfutation, mais une preuve plus

forte, de l’authenticité des miracles qui ont servi

1 Newman,

de modèles aux imposteurs, absolument de même que l'hypocrisie et le pharisaïsme sont un argument pour, et non pas contre, l'existence de la vertu. Sans doute les esprits religieux sont portés à voir des mystères et des prodiges là où il n'y en a pas, surtout si réellement il s’est passé quelque chose qui soit de nature à exciter en eux la crainte religieuse; sans le vouloir, :ls rapporteront d’une manière inexacte, ou ils exagéreront et enjoliveront les faits dont ils ont été témoins ou qu’ils ont entendu raconter. Un fait n'est pas déclaré controuvé parce que les témoi-

gnages sont confus et insuffisants : il n’est pas prouvé, voilà tout. D'ailleurs, l'imagination, on le sait, est très habile à trouver des miracles appa-

rents; aussi chaque fois qu’arrive un événement extraordinaire qui dépasse les forces de la nature, on en trouve aisément d’autres qui dépassent son action ordinaire.”

On demande quelquefois pourquoi Dieu, s’il désire que le monde croie et se sauve, n’opère Pas quelque miracle éclatant parmi nous; il dissiperait de la sorte de l'esprit des gens sérieux tout doute possible.

C'est parce que cela ne servirait absolument de

rien; ceux qui ne veulent pas croire ne seraient pas

convertis. Celui qui connaît le mieux la nature humaine et son caractère, le Fils de Dieu lui-même, nous a donné, dans une de ses paraboles, une réponse péremptoire à cette question: * S'ils n’écoutent ni Moïse, ni les prophètes, ils ne croiraient pas non plus, même si un mort ressuscitait. <

1 Luc, XVI. 81.

Celui qui refuse d'adhérer à 1 "Eglise catholique sera-t-il damné ?

Un homme professant un culte non catholique commence à avoir des doutes sérieux: sa religion est-elle vraie ou fausse ?

La raison lui dit qu'une seule religion peut être vraie, mais elle ne lui dit pas aussi clairement que cette religion est la sienne. Que faire? Cet homme est tenu, sous peine de la damnation éternelle, d’éclaircir ses doutes, de faire des recherches sur les fondements de sa cr: ince. Il doit lire, consulter, réfléchir, avoir recours à tous les moyens à sa portée, en même temps qu'il implore la lumière et la force d’en haut. Est-il sincère, vraiment désireux de connaître? il trouvera bientôt des arguments et des faits pour l'aider à vaincre les difficultés. Il remarquera, par exemple, que des hommes dont la vie est pure, le savoir indiscutable et les aspirations élevées, quittent les

erses sectes protestantes pour entrer dans l’É-

use catholique, bien qu'ils aient à briser les liens

des plus chères affections, à perdre leurs moyens de subsistance, à renoncer à des positions lucratives et à encourir le mépris d’un grand nombre. D'autre part, il constatera que ceux qui abandonnent l’Église catholique sont d'ordinaire orgueilleux, pleins de suffisaace, mondains, rebelles, et s'éloignent avec l'espoir d’être reçus à bras ouverts par les protestants et traités avec faveur par les ennemis de l'Église.

Notre homme toutefois persévère dans ses doutes et ses inquiétudes. Il n’a pas le courage d'aucun effort véritable pour entrer en possession de l'intégrale vérité. Il a bien conscience que c’est une question de ciel ou d'enfer et que l’homme est tenu de servir son créateur dans la religion instituée par Dieu lui-même ; mais comme il ne tient pas à se causer d’ennui à prop de religion, il se résout, en fin de compte, à ne pas bouger et à courir sa chance quand viendra la mort.

Autre hypothèse: notre homme a fait des recherches, étudié, et, à sa grande surprise, il décou-

vre que l'Église catholique n’est pas le monstre

dépeint par ses ennemis; il se sent même attiré vers elle par l'unité et la solidité de sa doctrine, par l'équité de ses lois et la beauté de son culte;

mais il ne veut pas se rapprocher davantage, il reste malgré tout à l'écart, à cause du pénible changement dont il aurait à soufirir dans sa vie. Se faire catholique! mais ce serait la fin de douces amitiés et d'importantes relations d’affaires ; rais ce serait le deuil de toutes ces cordiales joies, de tous ces paisibles conforts du foyer domestique. Dieu peut-il vraiment exiger cela de lui? Certes il est bien résolu à mener une vie honnête, à se montrer bon, généreux envers les pauvres, mais aussi. à demeurer dans la religion où il a été élevé. Il ne saurait faire davantage.

Hélas, pauvre malheureux, pauvre illusionné!

Et la vie future, que fait-il pour elle? Il l’oublie: que dis-je ? il l’écarte délibérément: il consulte ses intérêts humains, mais ne se soucie guère de Dieu ;

il veut d’abord faire ce qu’il aime, non ce que Dieu

lui demande. Aussi bien, pourquoi Dieu donnerait-il le ciel à celui qui n’en a cure, à celui qui ne se donne même pas la peine d'en chercher le chemin et d’'yentrer? Cet homme aime son bien-être du moment plus'que Dieu; et pourtant la religior instituée par Jésus-Christ devrait lui être plus chère que la vie même; il s’en apercevra un jour, mais il sera. trop tard.

Ne jouez pas au ::rodigue avec la grâce de Dieu; soyez plutôt une âme docile aux lumineux rayons venus du ciel. Tout est vain, absolument inutile, si vous ne possédez pas la vérité, — c'est à elle qu'il faut viser pour remporter la récompense. Oui, il faut être prêt à tout sacrifier pour l'amour de la vérité. Si vous avez d’abord fait généreusement votre devoir, si, grâces aux lumières de votre intelligence et aux inspirations de l’Esprit-Saint,

vous avez trouvé l'épouse du Christ, l’Église

catholique, vous devez embrasser cette religion et vous soumettre à ses lois ou bien

jamais.

Le Pape est le chef de la vraie Eglise du Christ

Le pape est le successeur de saint Pierre, le chef suprême de l'Église du Christ et le docteur infaillible de la religion.

Le Christ confia le Bouvernement de son Église à saint Pierre seul. Les apôtres se dispersèrent après la Pentecôte: ils n’administrèrent pas l'Église en commun. Le Christ donna à saint Pierre une autorité suprême, non seulement sur les fidèles, mais même sur les apôtres et les disciples. Ce pouvoir ou cette prérogative s'appelle la primauté de saint Pierre,

Aucun gouvernement ne peut exister sans un chef; aucune société ne peut être dite bien réglée à moins qu’elle n’ait un officier qui préside,

N'objectez pas: Dieu est le chef de l'Église.

Qui en doute? Mais Dieu est le chef de tous les Souvernements: il en est l’invisible gouverneur.

Mais les membres de l'Église, comme ceux de toute société visible, doivent avoir un chef visible.

Et puis, de plus, nous savons que le Christ a nommé saint Pierre le chef suprême de son Église. Notre-Seigneur promit d’abord à saint Pierre la suprématie de son Église, quand il lui dit : «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre eïle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié aussi dans le ciel; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel’! Sur Pierre, le Christ bâtit son Église; avec les clefs de son royaume, il lui donna la juridiction universelle, le plein contrôle sur sa maison, le pouvoir d’admettre et d’exclure. Celui qui refuse de reconnaître saint Pierre ou son successeur comme le

chef de l'Église, n’est évidemment pas de la vraie

Église.

Le Christ accomplit la promesse solennelle quil avait faite à saint Pierre quand, après sa résurrection, il lui confia ‘‘son troupeau tout entier, les agneaux et les brebis, les pasteurs et le peuple”. ?

Si, pendant la vie de son divin Maître, Pierre est honoré de faveurs spéciales, si son nom appa-

raît toujours comme celui du premier des apôtres,

1 Matb., XVI, 18, 19. 2 Jean, XXI, 15-17.

s’il est un des témoins privilégiés des miracles, de la gloire et de l’ignominie du Christ, s'il est honoré d’une apparitir+ particulière, après la résurrection, ce n’est ceper ‘ant qu'après la Pentecôte, qu’il apparaît devant nous dépassant de toute la tête ses frères, et revêtu de son autorité et de son pouvoir divin. Cette supériorité ne lu est due ni à cause de son âge ni À cause de son ancienneté daus les rangs apostoliques: d’autres sont plus vieux que lui et ont suivi Jésus avant lui.

S'il est le premier, c’est parce qu'il est la pierre sur laquelle le Christ a bâti son Église. Il est

le premier à faire un miracle public; le premier à adresser la parole aux Juifs de Jérusalem et à faire des convertis. C’est 1} qui préside à l'élection du nouvel apôtre qui doit succéder à Judas. ïl préside aussi au concile apostolique de Jérusalem, où ‘‘il y eut de grandes disputes”. Mais saint Pierre se leva et parla, et quand :il eut fini, ‘‘toute la foule demeura en paix,” et accepta sa décision comme finale et sans appel.

Voilà le saint Pierre du Nouveau Testament, comme tout chritien loyal, qui lit les saintes Écritures sans préjugé, doit le reconnaître.

Mais comment le pape Pie X est-il son successeur ?

Parce qu'il prend sa place et qu'il occupe son siège. Saint Pierre fut d’aboid évêque d'Antioche ; puis de là il transporta son siège À Rome, où il mourut.

Comment prouve-t-on tout cela ?

Par l’histoire, tout comme nous prouverions à un étranger que le président Théodore Roosevelt est le successeur de George Washington, sur le siège présidentiel des États-Unis d'Amérique.

Le pape ou l'évêque de Rome a toujours été regardé, depuis le temps des Apôtres, comme le chef suprême de l’Église universelle. Tous les cas d'appel ont été décidés par le pontife romain ; dans tous les temps, les évêques, les prêtres, et le peuple, ont fait appel à lui comme au chef de toute

l'Église: lui seul a pu convoquer un concile général ; et les décrets d’un tel concile n’ont eu de

valeur et d'autorité infaillible qu'après avoir été approuvés, confirmés, signés par le pape.

C’est le pape qui fonda de nouveaux diocèses, pourvut aux sièges vacants, transféra les évêques d’un siège à un autre, envoya des missionnaires dans les pays païens, et jamais personne ne mit en question sa suprême autorité dans l'Église.

Le pape est le docteur, le maître infaillible en matière de religion.

Au premier abord, cette revendication peut paraître audacieuse et Arrogante À celui qui ne connaît pas bien les constitutions de l'Église. Mais les catholiques ne voient rien que de raisonnable dans cette infaillibilité du pape. Elle consiste en son pouvoir de décider des questions concernant la religion. Par conséquent, quand le pape, en sa qualité de docteur supreme de toute l'Église, définit une doctrine de foi ou de morale, comme v raie,-Ou Con mne une doctrine concernant la foi ou les mœurs, comme fausse, il est infaillible,

Un exemple vous fera mieux comprend

Une discussion s'élève à propos d'un texte de l'Écriture sainte. On porte la chose devant le souverain Pontife. Celui-ci, avant de décider la

question, se sert de tous les moyens eu son pou-

voir; il demande l'avis des cardinaux, des évêques et de théologiens expérimentés ; puis il réfléchit et prie ; enfin, S'appuyant sur un secours spécial de Dieu, promis par Jésus-Christ, il prononce sa sentence, qui est finale et infaillible.

Y at-il là quelque chose de déraisonnable ou

d’absurde? Est-ce que la Cour suprême, à Washington, ne décide pas les procès de la même

manière !

Infaillibilité ne veut pas dire inspiration. Le pape est infaillible, mais il n’est pas inspiré: il ne peut pas faire de révélation nouvelle ou une loi divine nouvelle. Par une inspiration, le pape saurait du Saint-Esprit ce qu’il doit décider ; son intelligence connaîtrait la vérité, d’une manière surnaturelle. Par une assistance, le pape doit trouver la vérité par les moyens ordinaires eh son pouvoir, mais le Saint-Esprit l'empêche de tomber dans l’erreur.

Infaillibilité ne veut pas dire impeccabilité. Ça ne veut pas dire que le pape ne peut rien faire de mal, qu’il ne peut pas pécher. Les vertus personnelles, pas plus que les vices, n’ont rien à faire avec l’infaillibilité. Le pape, quelque grand saint qu'il soit, se regarde comme un pécheur, va à confesse comme tout bon chrétien, et se reconnaît indigne d’être le vicaire de Jésus- Christ, le Fils de Dieu. La sainteté ou la méchanceté personnelle n’affecte en rien son infaillibilité comme docteur suprême du genre humain.

Nous ne croyons certainement pas que le pape

SÉ . où 10 te ii

soit infaillible dans ses conversations ordinaires, ni même quand il écrit sur des sujets religieux ou quand il publie un livre ou un traité sur la

théologie. Son infaillibilité ne s'étend pas aux

questions de science et de fait, qui n’intéressent en rien les vérités révélées, ni aux questions purement politiques et diplomatiques. Toutes ces restrictions mettent la doctrine de l’infaillibilité papale dans de justes bornes et l’appuient sur le bon sens.

Enfin nous avons l’histoire ecclésiastique, à laquelle nous pouvons faire appel : c’est un fait historique que jamais un pape n’a failli, n'a fait une erreur, en donnant une décision finale, en matière de foi ou de morale.

Nous aimons, nous honorons le pape comme chef suprême de l’Église de Dieu et comme notre père commun. Il porte la plus grande dignité qu'il y ait sur la terre et avec elle le plus lourd fardeau. Tous les jours nous prions Dieu pour lui en nous servant de ces mots de l'Écriture sainte: ‘Que le Seigneur le garde, lui donne longue vie, le rende heureux sur la terre et ne le livre pas à la volonté de ses ennemis.” 1

1 Ps., XI, 28.

Les mauvais papes

. Quand Jésus-Christ institua la papauté, il ne promit pas que, seuls, de vrais saints pourraient être revêtus de cette dignité, la plus haute sur terre. Il ne rendit pas le pape impeccable ; il laissa au chef de son Église la possibilité de pécher et de déshonorer sa sublime fonction.

Mais de même que l’indignité personnelle d’un juge ne détruit pas la dignité des tribunaux, ainsi un pape indigne ne saurait discréditer la papauté. ‘La dignité de Pierre n'est jamais obscurcie, même dans un pape indigne d’être son successeur. ’1 Nous avons l’infaillible assurance du Seigneur lui-même que, grâce à sa permanente présence, son Église restera protégée contre toute erreur et toute ruine.

Si le pontife régnant est un pécheur, la papauté reste la même: une institution divine. Par bonheur, presque tous ceux qui ont occupé la chaire de Pierre ont été des hommes d'une répu-

1S, Léon.

tation irréprochable. Sur les deux cent cinquante-

huit papes qui ont gouverné l'Église depuis saint

Pierre, soixante-cinq sont des saints canonisés. Avant de l'être tout le monde les considérait déjà comme des hommes d’une sainteté héroïque.

Combien y a-t-il eu de mauvais papes ? L'un des ennemis les plus acharnés de la papauté, Davisson, prétend qu'il y a eu vingt et un mauvais papes sur deux cent cinquante neuf. Supposons qu’il dise vrai, après tout, qu'est-ce que cela prouve? Le soleil est-il assombri par les quelques taches noires qu'on y remarque? L'éclat de la papauté sera-t-il obscurci par les fautes d’un petit nombre de ses représentants ? D’éminents historiens protestants ont, en ces dernières années, exonéré des viles accusations portées contre eux ces papes que l’on croyait mauvais. La liste des papes indignes est, d’après eux, réduite à trois ou quatre. Le pape Alexandre VI est ‘Je plus remarquable exemple des victimes de l'ignorance, des préjugés et de la calomnie”. Alexandre lui-même a trouvé grâce devant Roscoe et Hübner, qui maintiennent que tous les crimes imaginables lui ont été imputés par des écrivains remplis de préventions. Récemment on pubiiait des documents pour prouver sa

méchanceté. Ces documents sont-ils authentiques ? Mettons la supposition au pire, admettons que le pape Alexandre ait fait un flagrant abus de sa puissance, il n’a cependant jamais perdu de vue ses devoirs essentiels comme chef de l’ Église, il n’a jamais compromis ni les dogmes ni la morale.

Quelle dynastie dans l’histoire peut se réclamer d’un aussi grand nombre d’excellents princes que le siège de Rome? Dans quelle série de gouvernants peut-on trouver aussi peu de personnes indignes de leur position que dans la série des papes ? Mais alors comment se fait-il que tant d'histoires scandaleuses au sujet de mauvais papes aient circulé dans le monde ? D’abord laissez-moi vous dire que ce sont les méchants

qui calomnient et les vertueux qui sont calomniés. Ce ne sont pas les méchants, mais les bons, qui deviennent victimes de la calomnie. Tout

cela ajoute au crédit de la papauté, dont le fondateur disait: ‘Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous chargeront d’injures, qu’ils vous persécuteront, et qu'à cause de moi ils diront faussement toute sorte der 1 contre vous.” 1

Toutes les légendes menteuses à propos de

1 Math, I.

mauvais papes tirent leur origine des mauvais catholiques et des apostats, deux sources bien viles et bien peu dignes de confiance.

Le principal découvreur des mauvais papes au moyen-âge fut l'évêque de cour Luitprand, de Crémone, qui était à la solde des empereurs allemands et qui épousa leur cause contre les pontifes romains.

Bien qu’à toutes les époques les représentants de l'Église aient été attaqués par le mensonge et

la calomnie, il était cependant réservé au seizième siècle de voir la diffamation de la papauté érigée en système: ce fut l’œuvre de Martin Luther, un prêtre tombé. Certaines de ses injures sont tout simplement intraduisibles. ‘Ce sont, dit Héfélé, les plus sales choses qui aient jamais été confiées à l'impression.” Luther semblait atteint de démence sur ce sujet. Il nous dit lui-même qu'il ne pouvait prier sans maudire le pape. Il contournait les textes de l’Écriture sainte pour les transformer en menaces et en imprécations contre les papes. Il conseillait de pendre et de brûler le pape, l'appelait le véritable Antéchrist, un hypocrite impie. ‘Quiconque suivra le pape, moi, Martin Luther, je le livre au jugement de

Dieu.” Et cependant lui-même, au commencement de sa néfaste carrière, écrivait au pape Léon X : ‘tTrès Saint Père, je me jette à vos pieds avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis. Donnez la vie, prenez-la; appelez, rappelez; approuvez, réprouvez; votre voix est celle du Christ qui gouverne et parle en vous.” Il semblait avoir en horreur une ligne de conduite qui le séparait de Rome, car, en février 1519, il écrivait: ‘Aucune raison n’est assez forte, pour nous séparer de l'Église romaine ; car de tous les péchés et de tous les maux qu’on peut nommer ou imaginer, il n’y en a pas pour lesquels il soit permis de se séparer de la charité et de l’unité spirituelles.”

Comment concilier ces paroles de Luther avec ses actions et son language subséquents? C'est aussi peu facile que de comprendre les inconséquences de tous ses enseignements et de toute sa vie. Un trait caractéristique, qui semblait chez lui se creuser et s’affermir toujours davantage, c’est la haine du pape. En quittant Schmalkald, il disait au peuple: ‘‘Puisse Dieu vous remplir de la haine du pape!” Vers la fin de sa vie il ne pouvait plus mentionner le nom du pape sans y

joindre celui du démon. Le dernier livre qu'il

écrivit porte ce titre : ‘La papauté, institution diabolique”. La veille de sa mort, 17 février 1546, il saisit un morceau de craie et écrivit sur le mur: “Vivant, j'ai été, 6 pape, ton fléau; mourant, je serai ta mort.” Tels sont les derniers mots écrits par la main de l'homme qui a été probablement le plus implacable et le plus infâme ennemi de la papauté.

En dépit du courant de mensonges et de calomnies que Luther mit en circulation à travers

les siècles, et dans lequel tant d'autres ont bu

leur propre ruine, les papes passés et présent sont regardés comme les gardiens de la vérité divine, les protecteurs de la vraic civilisation, les promoteurs des arts et des sciences, les ornements de la race humaine.

L'Église catholique s'est-elle corrompue ?

Tous doivent reconnaître comme un fait indiscutable que l'Église catholique est la première et la plus ancienne Église, celle qu'établit Jésus- Christ lui-même. Nos amis protestants admettent qu'elle fut autrefois la vraie Église, mais qu’elle devint corrompue avec le temps au point que les réformateurs jugèrent nécessaire de rompre avec elle et d'établir une nouvelle église.

Si l'Église catholique a été autrefois la vraie Église et n cessé de l'être pour tomber dans l’erreur, alors l’œuvre du Christ a cessé d'exister et le christianisme n'est plus qu'une chose du passé. Jésus-Christ avait cependant promis que les portes de l’enfer ne prévaudraient point contre son Église, parce qu’il l’avait bâtie sur la pierre. Si l'Église est, avec le temps, tombée dans l'erreur et la cor-

ruption, alors les portes de l'enfer ont prévalu contre elle. Jésus-Christ a violé sa promesse, il nous a trompés, et tout le christianisme est une

imposture.

De plus, en envoyant ses Apôtres par le monde entier, pour enseigner et baptiser, pour conduire et commander, il leur dit: ‘Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles.” Par là, il engagea solennellement sa parole d’être toujours avec son Église. Comment l'Église a-t-elle pu se corrompre avec la puissance permanente de Jésus-Christ? Il promit encore, avant de quitter visiblement le monde, d'envoyer à son Église le Paraclet, l'E Esprit de vérité, pour rester avec elle à jamais, lui enseigner toute vérité et la garder de toute chute dans la moindre erreur. Et vous dites que l'Église s'est égarée dans le mensonge et la corruption ?

Il a encore fait de son Église l'organe par le moyen duquel il devait parler aux hommes, et il a commandé à tous les hommes, dans tous les

temps, d'exécuter et de croire les enseignements de son Église, et de considérer ses représentants comme ses interprètes : ‘Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise.” Il est impossible de croire au Christ, Fils de Dieu, et de soutenir en même temps que ses promesses ont failli et que son Église, ‘le fondement et le pilier de la vérité”, est tombée aux mains du démon.

Non, l'Église est aussi jeune et aussi vigoureuse qu’à l'heure où elle sortait du côté ouvert de son Seigneur crucifié, elle est aussi belle et sans tache qu'au jour de la Pentecôte, où l’Esprit de vérité la choisissait pour son épouse éternelle. Les hommes ont pu s'égarer et se perdre

dans l'erreur et la corruption, mais l'Église ca-

tholique demeure sans changement, appuyée sur son divin fondateur.

— Et cependant, il y a tant de défauts dans l'Église catholique, tant de manifestes inconséquences et de contradictions, tant de dévotions et de défenses déraisonnables, tant de superstitions et de pratiques dégradantes, qu'un protestant trouve difficile de la reconnaître comme l’œuvre de Dieu, l’unique moyen de salut pour tous.

Je réponds que la plupart de ces objections sont l'effet de fausses représentations et de préjugés de longue date. Comment les dissiper ? Il y a trois moyens différents. Les taches disparaissent d’un objet si l'on enlève l'intermédiaire par lequel on regardait cet objet et qui lui communiquait ses propres défauts. Si mes lunettes

sont couvertes de poussière, ‘ s objets me paraitront couverts de poussière jusqu'à ce que j'essuie mes lunettes. Débarrassez voire esprit des préjugés, des idées préconçues, et les taches de

l'Église disparaîtront. Un tableau peut être som-

bre et triste, désagréable même et repoussant, à cause du manque de lumière. Ouvrez les persiennes, laisssez les rayons de soleil se répandre par la chambre, puis tournez le tableau à la lumière : quelle charmante vision! Amenez de même sur l'Église la lumière voulue; cherchez beaucoup de renseignements : elle peut supporter toute la lumière que vous pouvez concentrer sur elle. Plus vous connaîtrez l'Église, plus vous sentirez grandir votre admiration pour elle.

Les défauts proviennent parfois de la manière de regarder l’objet, de la position du spectateur. Regardez, du dehors, les vitraux de la cathédrale de Providence. (Comme les personnages sont obscurs, comme leurs corps semblent mal bâtis, comme leurs visages paraissent grimaçants: vous apercevez de véritables caricatures. Au contraire, quittez la rue, entrez dans l'église et regardez de nouveau: quel spectacle enchanteur! quel délicieux changement ! Les mêmes vitraux brillent

maintenant dans la riche et multiforme lumière du ciel et vous révèlent de doux visages d'anges et de saints, des formes délicates et pures, de gracieux plis de vêtements et d'exquises broderies. Si vous n’aviez vu la cathédrale que du dehors

vous auriez été désappointé et vous seriez resté prévenu contre l'édifice.

Il en est ainsi de l’Église catholique. Placez-

vous pour la regarder au point de vue humain et vous ne verrez en elle que ce qui est humain : la faiblesse et la décadence. Mais entrez dans son esprit et sa doctrine; mais demandez à Dieu de vous accorder la lumière convenable, puis élevez les yeux vers son éblouissante beauté et vous la verrez, la cité des saints, la douce Jérusalem, la vision de paix, la fiancée de Dieu, descendant du ciel revêtue de toutes les splendeurs surnaturelles, parée comme une reine par son divin époux. Et autour de vous, vous verrez des milliers, que disje ? des millions d'hommes et de femmes menant une vie tranquille et pure, priant, travaillan* et mourant sans laisser d’antre mémorial de leurs nobles actions, qu’une tombe surmontée d’une croix. Alors vous comprendrez qu’en ce monde le mal est plus en évidence que le bien, qu’un seul

criminel attire plus l'attention que des centaines d'hcunêtes gens, que la sainteté de la vivante Église ne peut être obscurcie par l'indignité d'un vetit nombre de ses fils, que les corruptions de Rome sont généralement fabriquées de toutes pièces par des prêtres apostats, et que l'Église catholique demeure sans ride ni souillure,

Le péché est le grand mal pour les individus et les nations

“L'Église catholique préférerait voir le soleil et la lune tomber du ciel, la terre devenir stérile et les millions d'hommes qui l’habitent mourir de faim dans une horrible agonie, après avoir épuisé toute la série des affections temporelles, que de voir une seule Âme, je ne dis pas se damner, mais commettre un seul péché véniel, se rendre coupa-

ble d’un seul mensonge délibéré, ou s'emparer sans excuse suffisante d’un misérable sou.”

Ces paroles énergiques du cardinal Newman résument toute la doctrinechrétienne sur la nature et la malice du péché. Oui, le péché est bien le plus grand mal qui soit sur la terre. En vérité, il n’y a point ici-bas d'autre mal; le péché est le seul mal réel. La pauvreté, la perte des biens, la maladie, la prison, le déshonneur, la mort, toutes les souffrances de l'âme, toutes les douleurs du corps cessent d’être des maux dès qu’on les considère au point de vue chrétien; ils deviennent

autant de moyens de faire pénitence et d’expier nos fautes, de purifier nos cœurs et de les fortifier; ce sont autant d’échelons que Dieu nous tend, dans sa miséricorde, pour nous élever à lui.

Le péché est le seul malheur qui doive nous affiger en ce monde. Nous devrions être disposés à souffrir mille fois la mort la plus cruelle, la plus épouvantable, plutôt que d’enfreindre, ne fât-ce qu’en pensée, la plus petite ordonnance de la loi divine.

Le péché, c'est toute parole, pensée, désir, action ou omission contraire à la loi de Dieu. Tout homme qui pèche insulte Dieu, son souverain Seigneur, son Père plein de tendresse. Il se révolte contre son Créateur, se détourne de lui pour lui préférer la créature, renversant ainsi l’ordre et l'harmonie naturelles, se rendant coupable

de la plus noire ingratitude. Celui qui pèche mortellement devient traître à son Rédempteur,

transfuge dans l’armée du Christ, à son tour bourreau de notre doux Sauveur, comme le dit expressément l’Apôtre : “Ils crucifient de nouveau en eux-mêmes le Fils de Dieu et l'exposent de nouveau à toutes les moqueries.” 1

1 Héb., VI.

La Bible nous apprend combien Dieu déteste le péché mortel et avec quelle sévérité il le punit. Certes, ils étaient beaux et brillants ces esprits célestes destinés à contempler éternellement la gloire de leur Dieu: ils commettent un seul péché mortel, et voici qu’à l'instant ils perdent leur éclat et toute leur splendeur; ils se changent en affreux démons et sont précipités dans les flammes éternelles de l'enfer.

Adam et ve neise rendent coupables que d’un seul péché; aussitôt ils sont dépouillés de leurs dons surnaturels, chassés du paradis, sujets à la pauvreté, à la maladie et à la mort. Rappelez-vous le monde dévasté par le déluge, Sodome et Gomorrhe englouties sous une pluie de soufre et de feu en punition de leurs péchés. Au reste, le péché n'est-il pas la cause de toutes les épreuves qui affigent l'humanité ?

Des impies ont parfois soutenu que le péché n’est que faiblesse de caractère, caprice de la nature humaine et, partant, une bagatelle. Mais

nous savons par l'Écriture ce que Dieu pense

du péché, et nous ne nous laisserons pas endoctriner par des pédagogues menteurs. Avec un

seul péché mortel sur la conscience vous méritez l'enfer: vous perdez tout droit à l'héritage céleste, parce que vous avez déserté Dieu pour suivre le démon. Qu'il plaise à Dieu de couper le fil ténu qui soutient votre existence, et vous tombez sous ’étreinte de démons furieux pour brûler éternellement.

Quelle légèreté d'esprit ne faut-il pas pour pécher, puisqu’on sait que c’est là le grand mal, le mal unique! Quel dommage ne causent donc pas l’ivrognerie, l’impureté, le blasphème, les faux serments, la colère, les désirs de vengeance, le mensonge, le vol, la négligence d’assister à la messe le dimanche!

Et cependant les hommes agissent comme si le péché était le moindre des maux; :is pèchent pour s’épargner une souffrance ou pour se procurer une jouissance d’un moment. Quand la voix de la conscience se fait entendre trop forte, ils la font taire en se disant que le péché ne peut pas être aussi mauvais que les prêtres le disent ou que les livres l’enseignent, que Dieu ne punira

pas les hommes pour de pareilles légèretés. Or, que dit l’Apôtre de Jésus-Christ ? ‘Ne savez-vous

pas que les injustes ne seront point héritiers du

royaume de Dieu?” Les injustes, ce sont ici tous les hommes qui vivent en état de péché mortel. Il les énumère ainsi: “Ne vous y trompez pas: ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni ies avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d’autrui ne possèderont le royaume de Dieu.” 1

Les saints ne s’expliquaient pas l'audace de ceux qui commettent le péché. En effet, c'est une

sorte de mystère que des gens puissent manger,

boire, dormir avec un péché sur la conscience. Saint Augustin dit avec raison : ‘Celui qui commet un péché mortel doit avoir perdu la foi ou la raison, être un incroyant ou un lunatique ; et, de fait, ou il n’a pas la foi et ne croit pas à l'enfer, ou bien, s’il y croit et pèche quand même, il a perdu l'esprit.”

Veillez et priez pour éviter ce mal, le plus grand des maux, le seul mal véritable. Fuyez les occasions de péché, car ‘quiconque aime le danger y périra.” Rappelez souvent à votre esprit ces autres paroles de l'Écriture: ** Fuyez le péché comme vous fuyez un serpent.” 2

1 ICor, VI, 9,10, 2 Eccli., XXI, 2.

L’ivrognerie est un grand mal, mais il Y a pis encore

Par le vice de l'ivroynerie, l'homme s'est rabaissé au niveau des animaux sans raison, et est devenu semblable à eux.” 1 La lumière céleste de la grâce de Dieu s’est éteinte dans son âme, et le monde se détourne de lui avec un sentiment de dégoût et d’aversion.

Les enfants de l'ivrogne vivent dans la malpropreté et les haillons, et sa maison ne ressemble plus à une habitation humaine. Au lieu d’être un asile de paix et d'amour, elle est le vestibule de l'enfer ; la haine et le désordre y ont leur séjour; l'aisance et le contentement s’en sont enfuis. Fortune, réputation, santé, tout a été sacrifié; l’ivrogne est déchu de sa position sociale, il a perdu -es relations commerciales : rien ne l'arrête. (Ce vice conduit à la ruine homme, femme, enfants, parents; c’est lui qui brise les cœurs, détruit les espérances, damne éternellement

1 Ps. XLVIII, 18,

les âmes. Ah! c’est ici que se trouve le mal! Il défigure l'image de Dieu dans l’âme, il est la ruine des plus beaux talents.

Jésus-Christ est impuissant auprès de l’homme mourant dans l’ivrognerie.

Il y a un autre péché pire que l'ivrognerie, parce qu’il est plus pernicieux de sa nature et plus funeste dans ses effets: c’est l’impureté.

Tout péché est un éloignement de Dieu; mais l’impureté en éloigne encore plus que les autres, et elle s'empare encore plus complètement de la raison. Dieu est mis entièrement de côté pour l'amour d’une vile idole. Il n’y a pas de vice qui semble exciter d’une aussi terrible manière le

courroux de Dieu, que le vice impur. À cause de

ce vice, il fit périr tout le genre humain à l’exception de huit personnes: ‘“Mor esprit ne demeurera pas pour toujours avec l’homme.” —Pourquoi, Seigneur ?—"Parce qu'il n’est que chair,” il est impur et abominable à mes yeux. Je me reperis de l'avoir créé.” Et il ouvrit les cataractes du ciel ; les torrents, les océans se précipitèrent avec furie sur le monde impur, pour

effacer la trace de ses iniquités. ‘Tous les hommes périrent, ainsi que tout ce qui a vie et qui respire sur la terre.” 1 Nous lisons encore au livre des Nombres, que vingt-quatre mille Israélites furent mis à mort parce qu’ils avaient commis le péché infâme. Une autre extermination semblable remplit de terreur l'âme des Juifs. ‘Vingt-cinq mille cent guerriers de la tribu de Benjamin”

furent tués, parce que quelques-uns d’entre eux s'étaient rendus coupables d’actions impures.?

Humainement parlant, il est nécessaire que Dieu déteste souverainement ce péché.

Aucun autre vice n’aveugle plus l'intelligence. L'impudique ne voit pius les vérités éternelles : Dieu, le ciel, l'enfer, la mort et le jugement dernier sont méconnus. Des désirs impurs, représentant tout ce qui peut flatter les sens et cachant tout ce qui peut répugner, voilà ce qu’apporte ce vice. Il voile les conséquences désastreuses et les tourments affreux qu'il prépare. L’impudique perd tout goût pour la prière et pour les exercices de piété ; il perd toute honte et tout respect humain ; sa volonté est endurcie dans sa démence ; il ne peut plus se lever de son bourbier,

1 Gen., VII. 2 Juges, XX.

car il n’a plus la force de volonté pour le faire ; en un mot, c'est un fou et un esclave malheureux.

La voix de la conscience proclame la laideur extrême et l'énormité de ce péché. Elle dit à l’homme que l’impureté souille l'âme et le corps et dégrade la noblesse de la nature humaine.

Au seul nom du péché impur, l’homme chaste sent la honte lui faire battre le cœur et la rougeur lui monter au front. Le libertin, lui, cherc'e un réduit obscur, les voiles de la nuit, pour cacher son crime.

L'impureté est une hydre féconde en tous autres péchés; car, dit saint Th: nas, aucun pécheur n’est plus prompt à offenser Dieu que l’impudique. Voyez les sacrilèges, les larcins, les lectures obscènes qu’il fait, l’intempérance dans le boire qu’il commet pour étouffer les cris de 5a

conscience. Écoutez les mauvaises conversations

à tous les coins de rues, dans les parcs, dans les clubs, dans les auberges, dans les usines, dans les tramways électriques, partout. Quel ruisseau fangeux d’immoralité sort de cette source hideuse!

On enseigne le mal de tous côtés ; l’impureté est colportée par la presse et la littérature de nos jours ; elle nous vient par les mains de l’affi-

cheur ou par les cartes d'annonces. Beaucoup de manufactures, de magasins, d'usines sont devenus des lieux de débauches et de débordements malsains. Et qu'est-ce qui fait salle comble au théâtre ? Qu'est-ce qui pousse à dévorer des yeux les scènes théâtrales ? Quels tableaux trouvez-vous dans nos musées et quelles statues dans nos parc publics ? On appelle ça de l’art, mais on ment. Vous ne pouvez pas appeler de telles nudités du nom si pur de l’art.

De l’art ? Est-ce que l’art est contre nature ?etla nature ne cache-t-eile pas de telles abominations ?

Quelle idolâtrie ! Des hommes sacrifient leur honneur et leur santé, la paix de l’âme et l’espérance du ciel à leur idole: l’impureté. Ils vendent leur âme immortelle et ruinent celles de tant d’autres pour satisfaire leur passion brutale. Pensez à la ruine causée à tant de générations par l’impur Luther et le sensuel Henri VIII !

Mais qu'y a-t-il à faire pour arrêter le flot montant du mal? L'Église catholique possède le remède efficace dans ses sacrements et ses exer-

cices religieux. Allez lui demander la force pour

vaincre le mal et la grâce de vivre d’une vie pure.

Etat en ap ca.

es

Il y a un enfer réservé aux méchants

Se peut-il qu’un Dieu, plein de miséricorde, punisse de châtiments éternels, de pauvres créatures humaines, pour des chutes et des fautes échappées à la faiblesse de !

quoi alors les a-t-il créées ? Prend-il donc

ir nature? Pour-

plaisir à nous donner l'existence pour ensuite nous damner ?— Non ; Dieu nous a créés pour le bonheur éternel. En nous tirant du néant il nous a appelés aux joies et aux splendeurs du ciel. De notre berceau à notre tombe, sa sagesse et sa toute-puissance sont pour ainsi dire toujours en haleine pour nous faire parvenir à ce séjour bienheureux où nous le possèderons, lui,

la richesse, la beauté, l'amour infini. Au pécheur

chargé de crimes comme à la vierge innocente, il pr'digue mille grâces ; il sollicite sans cesse à la conversion celui qui le trahit par son péché; il va jusqu'à se mettre aux pieds de Judas afin de le convertir par un dernier appel; et, attentif à

donner à l’homme qu'il aime toutes les chances possibles de salut, il veille jusqu'à son dernier soupir, épiant un regret, une prière, un souffle de repentir, afin de lui accorder la grâce qui lui rouvrira le c'el. Si quelqu'un se damne, c'est donc malgré la volonté de Dieu,

Mais ce Dicu infiniment miséricordieux est aussi infini en toutes ses perfections. Il est donc infiniment juste. Après que le pécheur a voulu et consommé sa perte, en persistant jusqu’à la mort dans son péché, un seul châtiment peut encore être proportionné à son offense: à une offense infinie dans l’objet qu’elle outrage, il faut un châtiment sans mesure dans son intensité et éternel dans sa durée,

Je ne puis concevoir que l’on croie à un Dieu sans croire en même temps à un châtiment éternel.—L'’existence même de Dieu exige celle d’un enfer pour les méchants, d’un enfer où le ver ne meurt pas, où le feu ne s'éteint jamais. Celui qui meurt dans le péché, demeure dars ce péché après sa mort; l’Écriture en fait foi : Là où l’arbre tombe, là il demeure.” De même, le pécheur reste toute l'éternité ce qu’il est à sa mort: un ennemi de Dieu. Toute l'éternité donc, Dieu

RE. PS GR Eee Miel an Pr MENT Dons F

doit le traiter comme son ennemi. La raison ellemême réclame l'existence de l'enfer. Tous les âges, toutes les nations y ont eu foi. Les païens mêmes y croyaient fermement ; ils ont toujours parlé des méchants, comme souffrant après leur mort un exil sans fin et condamnés à des travaux et à des tourments éternels.

Ce n'est pas certes un éloge pour notre âge de lumière d'avoir enregistré le nom de certains individus qui se sont rendus fameux en se moquant de l'enfer ; qui ont prétendu qu'il n’y a ni lieu, ni état, qui corresponde à l'idée que nous nous faisons d’un enfer et d’un châtiment éternels. Est-ce que ces négations éhontées peuveu* ébranler notre croyance en l'enfer ?

D'ailleurs l'existence de l'enfer n’est pas une opinion ; elle n’est pas même une simple doctrine: elle est un fait. La raison s’unit à la révélation

pour en prouver la réalité. Un homme peut-il se

débarrasser d'un fait en se contentant de le nier ? La ville de San-Francisco cessera-t-elle d'exister parce que ne l'ayant jamais vue, vous en niez l'existence? Le soleil va-t-il cesser de briller parce que vous aurez dit : ‘Le soleil ne brille pas??? Allons encore plus loin, Y a-t-il un savant qui

ait jamais prouvé qu'il n'y a pas d'enfer? Voltaire et Rousseau ont tenté un effort désespéré pour établir cette preuve: tout ce que ces blasphémateurs ont pu faire, a été de conclure À un ‘peut-être qu'il n'y a pas d'enfer”,

Puisque les incroyants n'ont à nous opposer que des ‘‘peut-être” ridicules, il semble bien, que nous, appuyés sur la parole infaillible de Dieu, nous ayons raison de croire à l'existence certaine de l'enfer.

Oui, il y a un enfer ; et refuser d'y croire, c'est mériter d'y être jeté pour toujours,

Les méchants peuvent bien espérer qu'il n'existe pas ; ils peuvent en rire, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, leur dira, au dernier jour : "Éloignez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel, qui a été préparé pour le démon et ses anges.” Tel est

le juste châtiment du péché mortel, par lequel l’homme rejette Dieu pour s'attacher à la créature. Dieu prenant le pécheur au mot, l'éloigne

de lui et le prive de sa vue pour toute l'éternité. C'est la plus grande souffrance qui se puisse imaginer, et pourtant c'est la seule qui soit proportionnée au mal qu'elle châtie, Celui qui rejette Dieu sur la terre sera éternellement rejeté de lui.

C'est en quittant le corps, que l’âme du pécheur comprend enfin l’immensité de la perte irréparable qu’elle fait de son Dieu. Elle se voit pour toujours repoussée loin de sa face. Elle est plongée dans les flammes vengeresses, dans une mer de feu.

Il est de foi que l’âme, sans le corps, est atteinte par ce feu ; car Dieu intervient pour causer en elle toutes les sensations qu’elle éprouvait quand elle était unie au corps.

Ce feu, allumé par la colère de Dieu pour punir

les réprouvés, est bien différent du feu de la terre : il ne consume pas, mais conserve; il n’éclaire pas, mais produit des ténèbres affreuses.

Tous ces tourments épouvantables vous sont réservés si vous mourez coupables d’un péché grave. Soyez donc résolus d'éviter, au risque même de perdre tous vos biens, cet éternel malheur.

Qui est jamais revenu de l'autre monde Pour nous dire.

Les saints et les docteurs de l'Église catho-

lique donnent des descriptions terrifiantes de l'enfer. Ils nous font les tortures des damnés si horribles, qu’à cette simple considération l’homme tremble et frémit.

— Cependant, qui pourrait connaître la vérité de ces assertions ? Personne n’est revenu de l’autre monde, nous dit le sceptique tout triomphant, puisque le damné ne sort jamais de l'enfer !—Ce fait dont on se sert contre l'existence de l'enfer devrait être plutôt un avertissement pour le pécheur. Si jamais homme n’est sorti de la géhenne, si tout retour de ce lieu de douleurs est impossible, raison de plus Pour s'assurer qu’on n'y tombera jamais. Parce qu'aucun individu n’est revenu de l’autre monde nous dire ce qui s’y Passe, Sommes-nous pour cela privés de toute connaissance sur l'enfer ? Nul n’est descendu de la lune, cependant sommes-nous dépourvus de

A ME no

toute science sur cette planète ? Quelqu'un, au contraire, dont la parole est infaillible a été envoyé du ciel : Jésus-Christ Notre-Seigneur, vérité, bonté infinie ; et lui, le Dieu qui créa l'enfer pour les esprits rebelles, est apparu sur cette terre pour nous révéler les tourments de ce lieu de souffrances et nous les faire éviter. C'est pour cette raison qu'il a enseigné, a travaillé, a souffert et est mort pour le genre humain. Refuser de croire à son enseignement et agir contre ses commandements, c’est marcher vers sa propre perte.

Eh bien! lisez la parabole de Lazare et du mauvais riche, et apprenez quels sont les tourments des maudits de la colère divine. ‘Au milieu de ses souffrances, le mauvais riche, lève les yeux vers Abraham, il le prie d’avoir pitié de lui, et d'envoyer Lazare afin qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau, pour rafraîchir sa langue brûlante : car je suis torturé, dit-il, dans cette flamme.” Mais ce soulagement, bien petit à la vérité,

dans cette fournaise, — qu'est-ce qu’une goutte

d'eau dans de pareilles souffrances ? —est refusé aux damnés.

Dans la même parabole, Notre-Seigneur Jésus- Christ réfute les paroles insensées des indifié-

rents: “Qu'importe l'enfer ? Je n'y serai pas seul ; j'y rencontrerai certainement de mes semblables. ”tLe mauvais riche, continue l'Évangé-

liste, prie le Seigneur d'envoyer un messager sur la terre afin d’avertir les hommes. ” Leur damnation ne serait pas un adoucissement pour lui, mais une cause de nouvelles souffrances. Ici-bas, la peine engendre la sympathie et la communauté de douleurs suffit à nous consoler. En enfer, la compagnie augmente le désespoir. Le fils maudira le père de l'avoir excité au péché par son exemple ; la fille reprochera à sa mère de l'avoir élevée dans la dissipation et la mondanité ; les époux se maudiront pour leur complicité dans le mal. La société n'allègera pas les peines de l'enfer; au contraire, elle les rendra plus insupportables,

Que vous croyiez ou non en cet enseignement divin, que vous voyiez clairement ou pas du tout la peine que le Christ infligera aux damnés par le feu éternel, cela ne change rien à la certitude de cette vérité. Priez donc Dieu qu'il vous désille les yeux et vous fasse connaître où vous mènera le refus de l’aimer et de le servir. Demandez-lui, s’il n'y a que ce moyen de vous sauve- de l'enfer, de

D eme

vous envoyer l’afliction, de vous rendre pauvres et méprisés, de souffrir les maladies lec plus pé-

nibles, de mourir de la mort la plus ignominieuse, p'utôt que de perdre Notre-Seigneur et de brûler

toujours avec les reprouvés.

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Le tribunal de la miséricorde

Lorsque saint Jean-Baptiste vit Notre-Seigneur pour la première fois, il lui appliqua ces paroles significatives : “Voici l’Agneau de Dieu! Voici celui qui efface les péchés du monde !” Le Christ est venu racheter les hommes ; il a payé la dette du péché, dont il nous a laissé un antidote dans le sacrement de pénitence.

Nous sommes nés dans le péché. La miséricorde divine nous a embrassés dès le berceau pour nous porter aux fonts baptismaux, nous purifier du péché et nous faire enfants de Dieu. Arrivés à l’âge de raison, nous avons appris à discerner le bien d'avec le mal; mais hélas ! si grande est la fragilité de notre nature et si violente la tentation, que fort peu conservent leur innocence baptismale. Que serions-nous devenus si Dieu ne nous avait ménagé les moyens de nous purifier de nos fautes par la confession ? Ah! vraiment, sa miséricorde est immense. Approchez

du tribunal de la pénitence, il est la voie qui

mène au pardon. Un homme couvert de péchés, esclave de Satan, s’agenouille aux pieds de son semblable en qui il reconnaît un ministre de Jésus-Christ. Il fait le signe de la croix, il ouvre son cœur et, plein de repentir, confesse les crimes qu'il a commis contre les hommes et contre Dieu. Le ministre du Seigneur prête une oreille attentive à cette suite d’'iniquités et de misères. Il ne se révolte pas à la vue des tristes scènes que le pénitent déroule à ses yeux, il sait que lui aussi est homme, qu’il est pécheur, qu'il est faible. Puis le prêtre sonde avec soin les blessures, se prononce sur leur gravité, et donne l’absolution. Le sang précieux du Rédempteur inonde l'âme du pénitent et efface complètement toute trace de péché. En un instant le pécheur voit ses chaînes rompues, il est libre. Les esprits infernaux ont fui, il est devenu enfant de Dieu. De démon qu'il était, le voilà transformé en ange. Voilà ce qu’opère,

dans l’Église catholique, la confession.

Le pécheur est comme un malade qui, voulant guérir, doit faire connaître la nature de son mal et montrer ses plaies à un médecin habile et expérimenté. Un simple témoignage de repentir, et un vague aveu de culpabilité ne suffisent point.

Notre-Seigneur s'est choisi les prêtres comme juges, ils doivent lier ou délier. Si la confession était inutile, les paroles par lesquelles le Christ l'institua n'auraient aucun sens. Le pouvoir du prêtre est, non pas absolu, mais subordonné.

Ambassadeur du Tont-Puissant, il est responsable envers Dieu de l’usage qu'il fait de son pouvoir, Il doit connaître l’état d'âme du pénitent et renvoyer ce dernier, s’il n’a pas les dispositions requises. Celui qui se présente à confesse sans aucune marque de repentir et de ferme propos ne peut recevoir l’absolution. Avant de prononcer ou de suspendre cette absolution, le prêtre doit être mis au courant de la situation. Aucun juge intègre ne condamnera ou ne renverra un inculpé avant de se renseigner sur sa cause.

Mais, remarquez-le bien, le Seigneur n'a pas

fait de la confession un moyen d'exercer une justice sans merci ; il en a fait un tribunal de misé-

ricorde et de pardon. Le prêtre qui siège au

confessionnal n’est pas là pour condamner le pénitent et pour le livrer au bras vengeur de Dieu. Il écoute les aveux du pécheur, sans faire de reproches, sans manifester de surprise, il le

met en garde contre les dangers, il panse ses plaies et le renvoie enfin avec l'assurance d'un pardon complet. Ainsi s'accomplissent les paroles

du Christ: ‘‘Je suis venu, non pour les justes,

mais pour les pécheurs. 1 (“Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai.”? “Il y a grande joie parmi les anges de Dieu lorsqu’un pécheur se convertit.” 3

1 Math,., IX, 18. 2 Math, XI, 28 8 Luc, XV, 10.

Pour que mes péchés soient pardonnés, dois-je les confesser à un prêtre ?

Beaucoup de ceux qui n’appartiennent pas à la religion catholique rejettent la confession. Déclarer ses fautes secrètes à un homme, fût-il revêtu du caractère sacerdotal, est pour eux une chose déraisonnable, sinon impie.

Toutes leurs objections contre la confession tomberaient bien vite s'ils savaient avec assurance que Dieu a confié à des hommes choisis le pouvoir de remettre les péchés à ceux qui vont leur en demander le pardon. Eux qui veulent suivre en toutes choses la volonté de Dieu, résisteraient-ils davantage à un précepte si clair? Eh bien, nous, catholiques, nous croyons fermement que Dieu a donné à des ministres de son choix le pouvoir de pardonner et qu'il veut que nous recourions à ce pouvoir pour être justifiés ; que c'est le seul moyen d’obtenir le pardon et de nous réconcuier avec le Seigneur. Oui, le moyen unique de nous purifier des péchés mortels est de nous

agenouiller aux pieds d’un prêtre validement or-

donné et dûment autorisé, de lui confesser nos fautes et de recevoir de lui l’absolution. Dans un cas d'absolue nécessité seulement, ne pouvant nous confesser, nous pouvons recourir directement à Dieu qui nous pardonne si nous faisons un acte de contrition parfaite, c'est-à-dire si nous détestons le péché par pur amour pour lui.

Que la confession soit chose pénible au pécheur on le comprend. C’est un remède pour l'âme, c'est une opération du chirurgien spirituel. Règle générale, les remèdes sont amers, les opérations chirurgicales douloureuses : personne ne s’y soumet pour son plaisir.

Dans le sacrement de pénitence, notre Sauveur nous a ménagé des remèdes efficaces et appropriés aux différentes maladies de l’âme.

L'orgueil est la source de tout mal: c’est la révolte de la créature contre le Créateur, c'est le mépris volontaire de sa souveraineté; or, de même que l'orgueil chasse l’homme loin de Dieu, l'humilité, qui est la vertu contraire, l'y ramène. Et c’est pourquoi la confession, acte d’humilité pénible et salutaire, est pour le pécheur un moyen efficace de justification.

Dieu a exigé la confession dès l'origine de notre race, Il a été Iui-même le premier confesseur, Adam et Êve ont été les premiers pénitents. Ils confessèrent leur désobéissance, — avec mauvaise grâce, ilest vrai, —et ils furent pardonnés. Caïn refusa de confesser son crime, Dieu le maudit et le marqua du sceau de la réprobation. David confessa ses péchés au prophète Nathan, et il fut absous,

La justice humaine semble exiger du coupable l’aveu de son crime. Cet aveu une fois fait, la conscience publique est comme soulagée ; il semble même qu’alors on regarde le coupable avec une sorte de sympathie. Son aveu met un abîme entre lui et son crime. Nous sentons bien que le châtiment n'a pas d'effet expiatoire tant que le crime n’a pas été avoué.

Le péché est le poison de l'âme ; il faut rejeter le poison pour que l'âme soit guérie. Il est étonnant de voir des tenants de la Bible parler contre la confession au prêtre. Qu'ils ouvrent donc l'Écriture au livre du Lévitique. 1

Là ils verront que, suivant la loi, le pécheur qui voulait se réconcilier avec Dieu devait s'adresser au prêtre et lui demander d'offrir des sacrifices

1 Lév., IV, VII.

Mai let a

proportionnés à la malice et au nombre de ses péchés. Le coupable devait en révéler le nombre et en spécifier la nature. Cette confession devait être franche, loyale, sans respect humain. Car il y a une fausse honte qui rend la confession criminelle, et il y en a une autre qui attire le pardon et la grâce. Ilest honteux de commettre le péché, mais il est glorieux de le réparer et de le con-

fesser. ‘Celui qui cache ses péchés, dit l'Écriture,

ne sera pas heureux, mais celui qui les confesse et les regrette obtiendra miséricorde.”’1 Dans l’ancienne loi, cependant, le prêtre ne pardonnait pas les péchés, il ne pouvait donner l’absolution, il déterminait simplement et expliquait les conditions auxquelles Dieu faisait grâce au pécheur.

Le Christ est venu perfectionner cette loi. Il a donné aux prêtres de la loi de grâce un pouvoir juridique. Il est descendu ici-bas pour chercher et sauver les brebis égarées, pour pardonner aux pécheurs, pour guérir les cœurs ulcérés et contrits. Il a communiqué aux apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce le pouvoir de remettre les péchés. Apparaissant aux apôtres après sa résurrection, il leur dit: ‘La paix soit

1 Prov., XX VIII, 18.

avec vous. Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.” 1 Est-il un chrétien qui refuse de croire que le Fils de Dieu, Jésus-Christ, puisse pardonner les péchés, qu'il puisse déléguer ce pouvoir aux hommes et que de fait même il l'ait délégué à ses Apôtres ? Inutile alors de se demander si le pouvoir d’absoudre les péchés a disparu avec les Apôtres, ou s’il s'est perpétué dans le monde ? S'il a disparu avec les Apôtres, l'œuvre de la rédemption a cessé avec eux. La constitution des États-Unis— permettez cette comparaison —a-t-elle été établie pour ceux seulement qui en furent les auteurs et pour leurs contemporains ? Son heureuse influence devait-elle disparaître avec George Washington ? De même le pouvoir d’absoudre demeure ici-bas et il demeurera aussi longtemps qu'il y aura un prêtre. Depuis les Apôtres, c’est-à-dire depuis dix-neuf

siècles, l’Église catholique a toujours affirmé avec

saint Jean que, si nous confessons nos péchés, Dieu, fidèle à sa promesse, nous les pardonne et nous purifie de toute iniquité.

1 Jean, XX, 21-23.

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