‹ Croire, c'est vivre [microforme]Chapitre 6 sur 15 · XX VIII · texte numérisé non relu

XX VIII

La confession facilite-t-elle le péché ?

— Le salaire du confesseur

Il vous est peut-être arrivé de voir des fidèles se confesser dans une église, le samedi soir, et vous avez été étonnés en constatant avec quelle rapidité le prêtre les expédiait. L'affaire de deux ou trois minutes, puis, l’absolution reçue, le pénitent quitte le confessionnal, content et radieux. Ça semble très aisé de se décharger du poids de ses péchés et d’être prêt à commencer une nouvelle vie.

Le changement opéré par la confession s’est

rapidement effectué, c'est vrai. Il suffit d’un instant pour purifier une longue vie passée dans le péché. Avec Dieu, la merveilleuse rapidité de l'exécution égale souvent l’étonnante grandeur des œuvres. ‘‘Il dit et la lumière fut.” Ses célestes desseins s’accomplissent silencieusement, il n’est point dans le tourbillon, ni dans la tempête, il est dans la douce brise. Le plus grand événement de l’histoire, l’Incarnation du Verbe,

se passe dans une bourgade obscure et n’a qu’un seul témoin, la Vierge immaculée. A minuit, heure où la nature jouit du plus profond silence et où le monde est enveloppé dans les voiles du sommeil, Jésus naît de la vierge Marie dans l’étable de Bethléem,

Au temps de sa vie mortelle, voyez avec quelle rapidité il accomplit ses œuvres de miséricorde ! D'une seule parole d'amour il transfc -me le cœur de Marie-Madeleine; il fait un signe et s'ouvre la maison de Zachée ; il regarde Pierre qui l’a renié et le convertit. Il:en est de même dans la confession. Deux actes bien courts sont nécessaires et suffisants pour assurer le pardon du coupable: un acte de regret et un acte d'humilité du pécheur revenant vers son Dieu. Ce moyen d'obtenir le pardon est bien digne de la miséricorde du Maître. Remarquons cependant que, si la confession et l’absolution demandent peu de temps, la préparation à la confession en requiert davantage.

Aussi bien, la confession est loin d’aplanir la voie du péché ; elle n'est ni une invitation ni un ncouragement à le commettre. Il est absurde de

dire qu’elle puisse faciliter et propager le vice,

Elle a été instituée par Notre-Seigneur, qui est venu faire la guerre au péché et non lui ouvrir la porte des cœurs. Si par une seule confession, un pécheur se débarrasse d'une foule de péchés, c’est qu'il les déteste et qu’il est bien décidé à ne plus y retomber. Il sait bien qu'il ne peut braver la bonté de Dieu et dire: ‘Que m'importe si je retombe dans les mêmes vices, je puis toujours retourner à confesse.” Qui sait si son prochain péché ne sera pas gon dernier ! Sa vie ne tient qu'à un fil; il le sait, et Dieu ne peut-il pas trancher ce fil avant que le pécheur retombé ait le temps de se repentir et de se confesser.

Loin d'être un stimulant au péché, la confession est le meilleur frein imposé à la conscience. Elle rappelle à l’homme qu’il a envers son Créateur des obligations sacrées ; elle éciaire son intelligence et le tent dans l'humilité. On l’a surnommée avec raison la sauvegarde de la loi évangélique. L’impie Voltaire, qui ne voyait en elle qu’une invention des hommes, disait : ASS 1 | n'est point d'institution plus utile que la confession : si elle n'existait pas, il faudrait tout de suite l'inventer et la propager” Luther prêcha

beaucoup contre la nécessité de se confesser, et

par malheur beaucoup s'accommodèrent de cette doctrine. Plus tard, il se plaignait avec amertume de la décadence des mœurs, et regretta ouvertement d’avoir aboli la confession.

La confession est le fruit de la passion et de la mort du Christ ; c’est une des plus grandes grâces que Dieu ait conférées à l’homme pécheur. Pour Ges millions de chrétiens elle est une source intarissabie de lumière et de force, de paix et de bonheur.

—Je me confesse à Dieu seul, disent les protestants. Je ne veux pas d’intermédiaire entre ma conscience et Dieu. Je refuse toute intervention du prêtre. — Soit ! Tant qu’un homme ignore la nature et la nécessité de la confession, je comprends qu'il n’ait aucune envie d’avouer ses fautes à un prêtre. Nous nous confessons à Dieu tous les jours, lorsque nous faisons notre examen de conscience. Nous ne Permettons à personne de pénétrer dans les affaires de notre conscience, si

ce n’est à celui qui prend la place de Dieu.

Le prêtre ne se mêle pas de nos affaires pri-

vées. Il s'occupe tout simplement de ce qui le

regarde, et il tâche d'y vaquer le mieux possible. Supposez que vous êtes cité devant une cour de justice pour avoir violé la loi. Le juge vous questionne sur votre faute et votre culpabilité. Allezvous lui répondre: “ Laissez-moi en paix et mêlez-vous de vos affaires ! ” Or, Dieu n’a-t-il pas constitué le prêtre juge dans les affaires de conscience ? Lorsque vous avez péché grièvement et que vous avez mérité en toute justice les flammes éternelles; est-ce Dieu ou vous qui êtes intéressé à ce que votre faute soit effacée ? A-t-il besoin de vous ? Si, dans son infinie miséricorde, il veut bien, à certaines conditions, vous pardonner, lui contesterez-vous le droit de déterminer ces conditions ? Or, quelles sont ces con-

ditions ? C’est que vous alliez trouver le prêtre

pour lui confesser vos fautes avec un cœur contrit et humilié. O miséricorde de Dieu ! Il nous envoie non à un ange, un de ces purs esprits qui ne peuvent connaître par expérience toute la faiblesse de la nature humaine, mais à un prêtre, homme et pécheur comme nous, qui sait s’apitoyer sur nos infirmités, qui ne trahira jamais nos secrets, qui les gardera au fond de son cœur et les emportera avec lui dans la tombe.

Combien les catholiques paient-ils le prêtre pour entendre leur confession ? Je ne ferais aucune allusion à une question aussi ridicule, si je ne Savais par expérience combien, même de nos jours, sont encore sous l'impression que le prêtre reçoit un salaire déterminé Pour chaque confession qu’il entend. Le prêtre a défense de recevoir de l'argent lorsqu'il se livre à ce ministère, même si on lui en offre Spontanément. Une ordonnance spéciale l’oblige à refuser toute offrande faite au confessionnal.

Aller à confesse ne coûte rien; ce qui coûte, c’est d'entendre les confessions ; cela demande de la part du prêtre beaucoup d’abnégation et de peine. Y a-t:il chose plus pénible et plus assujettissante que de rester assis pendant de longues heures, d’avoir affaire à toutes sortes de gens, d'être en contact avec toutes les souillures, de sonder constamment l'abime des dépravations du Cœur humain sans jamais se laisser se rebuter par tant de corruption ? Mais le prêtre a la grâce d'état, il s'appuie sur le bras du divin Maître et, bravant ainsi les difficultés et les dangers du confessionnal, il recueille une moisson abondante

de mérites et de consolations. Il est toujours

prêt à entendre les pénitents, fût-ce au péril de sa santé ou de sa vie. Souvent on l'appelle auprès du lit d'un pestiféré. C'est la mort peut-être qui

attend le ministre de Dieu. qu'importe ! ily a une âme à sauver, et le prêtre sacrifiera tout pour arriver jusqu’à elle. Combien de prêtres sont tombés victimes du devoir au confessionnal.

Mais aussi combien d’âmes, grâce à eux, ont été arrachées aux feux éternels de l'enfer !

La présence réelle

Il y a dix-neuf siècles, le Fils du Très-Haut quitta les splendeurs éternelles Pour venir vivre trente-trois années sur cette terre. Après avoir succombé au supplice cruel et ignominieux de la croix, il ressuscita d’entre les morts et, quarante jours après, il monta au ciel, Cependant, nous catholiques, nous croyons que Jésus-Christ est présent parmi nous dans sa sainte humanité.

Oui, nous croyons fermement que, sur nos autels, dans la sainte Eucharistie, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est présent réellement, véritablement et substantiellement sous les espèces du pain en corps et en âme, avec sa chair et son sang, Dieu et homme tout à la fois. C’est

lui qui naquit de la Vierge Marie, qui prêcha la doctrine de vie aux multitudes sur le lac de Galilée, qui est mort pour notre salut sur le Calvaire, et qui viendra, à la fin des temps, rempli de puissance et de majesté, juger tous les

hommes. Il y a des opinions diverses et contra-

dictoires parmi les protestants au sujet de l’Eu charistie, ou plutôt de ce qu'ils appellent la"*Cène”. Ces opinions peuvent se diviser en deux classes distinctes. Les uns disent que Jésus-Christ n'est pas présent dans ce sacrement; les autres font dépendre cette présence de la foi de celui qui le

reçoit.

Contrairement à ces deux opinions, l'Église

enseigne que le Christ devient présent par la vertu des paroles de la consécration que le prêtre prononce à la messe, et qu'il est reçu par tous ceux qui communient, indépendamment de leurs dispositions personnelles, avec cette différence cependant que les bons le reçoivent comme un gage de vie éternelle, les méchants (ceux qui sont en état de péché mortel) comme un gage de leur réprobation.

Aucun article de la foi catholique n’est exprimé en termes plus évidents, dans le texte même de la Bible, que celui de la présence réelle de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie. L’Ancien Testament + rempli des promesses et des figures de l’Eucharistie; le Nouveau s'exprime si clairement qu'il ne laisse sur ce sujet aucun doute. Les quatre évangélistes en parlent en termes ex-

plicites; saint Paul témoigne de la foi inébranlable des premiers chrétiens en ce dogme. Saint Jean rapporte que le Christ, un an avant sa mort, promit de donner à ceux qui croiraient en lui son corps comme une nourriture céleste et un pain de vie.l Les trois autres évangélistes racontent l’accomplissement de cette auguste promesse. 2

Les paroles par lesquelles ce sacrement fut institué sont simples et claires. La solennité du moment où elles furent prononcées ne permet pas de recourir à une figure de langage. Si jamais Notre-Seigneur dut se montrer simple dans ses paroles, c'était bien à ce moment solennel où il donna à l’humanité son trésor le plus précieux. Nous n'avons pas le droit de changer ses paroles,

nous devons les prendre dans leur sens propre et

littéral. Elles renferment une allusion directe et sont appliquées à un objet visiblement présent. Notre-Seigneur fait usage de sa divine et souveraine puissance et change le pain et le vin en son corps et en son sang. Ne dites pas comme autrefois les Juifs: *C’ riment peut-il faire cela ? Comment est-ce possible?” Tout est possible au Fils

1 Jean, VI, 28-70. 2 Math., XXVI; Marc, XIV ; Luc, XXII.

du Très-Haut. N'est-ce pas le même Dieu toutpuissant qui créa de rien le ciel et la terre, qui soutient notre globe au milieu de l'espace et qui change notre nourriture en notre chair et en notre sang? Par la même puissance il opère le changement dans la sainte Eucharistie. C'est là un mystère, nous ne pouvons pas le comprendre. Mais y a-t-il une religion sans mystère? C'est assez de savoir que tel est l'enseignement du

Christ: il ne peut nous tromper ni se tromper. Telle est aussi la doctrine de saint Paul, des Apôtres, des Pères et des Docteurs de l'Église.

Si vous refusez de croire en la présence réelle, vous ne pouvez prétendre croire tout ce que le Christ a enseigné. On vous a ravi votre foi dans le dogme principal du catholicisme. Reconquérez votre foi et, avec elle, l'amour pour le Dieu de cet incomparable mystère d'amour, pour le Christ réellement présent dans l’'Eucharistie.

La perfection consiste dans l’union avec Dieu. L'union la plus grande et la plus intime qui soit possible ici-bas se réalise par la réception du corps et du sang de Jésus-Christ dans la sainte Eucha-

ristie. ‘Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui’! [ans la sainte communion nous recevons ce qui a le goût et l'apparence du pain, mais sous ces espèces et apparences la substance du pain a disparu et le corps de Notre-Seigneur la remplace. C'est ce même pain dont parle le Sauveur dans sa merveilleuse promesse: ‘‘ Je suis le pain de vie.”’2 Nous recevons notre Rédempteur dans notre Ame.

La toute-puissance divine ne pouvait donner plus

que ce qu’elle nous donne dans la sainte communion. Avec son Fils, Dieu nous communique, sans borne et sans mesure, la grâce et ses effets. De l’adorable corps de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie la sève divine coule en nos âmes pour les vivifier et les unir au Père céleste. ‘Comme mon Père qui m'a envoyé est vivant, et que je vis par mon Père; de même celui qui me mange vivra aussi par moi.”’# La vie de Dieu, c’est la vie éternelle; par conséquent, la sainte communion est le gage de l’immortalité, car elle est la communication de la vie divine. Nous vivons en Dieu, et avec Dieu nous vivrons à jamais. Jésus-Christ est donc le pain de vie, la nourriture de notre

1 Jean, VI, 57. 2 Jean, VI, 48. 8 Jean, VI, 58.

âme, la cause de sa croissance et de son développement dans la connaissance et l'amour. Comme Dieu il est la vie de l’âme; comme Dieu-Homme il est la cause du progrès de cette vie divine. Par la sainte communion Jésus-Christ, qui doit nous montrer le Père céleste, nous dispose et nous prépare à cette maturité complète requise pour posséder Dieu ; il nous façonne graduellement pour le séjour dans la vraie patrie. L’infusion de vie éternelle que nous recevons dans l'Eucharistie, nous pénètre à tel point de la vie de Notre-Seigneur que nous pouvons nous écrier avec saint Paul: ‘‘Je vis, ou plutôt ce n’est pas moi qui vis, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi”! Pour voir Dieu, pour jouir de sa présence et le posséder, nous devons lui ressembler ; la sainte communion, qui nourrit l’âme de la substance divine, nous rend semblables à Dieu et nous transforme pour notre future destinée. Un autre effet du banquet eucharistique c’est d’unir dans le Christ, comme en une vaste fraternité, tous les enfants du même Père céleste : ‘Unités nombreuses, distinctes, sé-

parées, nous formons un même pain mystérieux ;

car de même que les grains de froment, broyés

1 Gal, IT, 20,

d’abord en farine, ensemble s’unissent dans le pétrin et, ensemble encore, prennent de la consistance dans le four; ainsi, dans ce mystère d’amour et de divine charité, tout ce qui sépare l’homme de l’homme disparaît, les lignes de démarcation s’effacent sous l'influence absorbante de l’amour qui reçoit tout et qui donne tout ; absorber et être absorbé devenant l'unique terme qui survit à la distinction des personnes.” 1

Il n’y a rien de bizarre, d'exagéré ou de sentimental dar; cette doctrine. Il ne s’agit pas de figure de langage ni d’une évocation nuageuse, vaporeuse, poétique, pour rappeler à notre souvenir la divinité. Non, Jésus-Christ insiste sur la . réalité même de son corps dans la sainte communion, Ma chair est véritablement une nourriture et mon sang véritablement un breuvage.”’2

C'est au moment de la sainte communion que nous nous rendons compte de nos imperfections et de nos péchés. Qui d’entre nous est digne de recevoir Jésus-Christ dans son cœur? Dieu seul

pourrait recevoir Dieu comme il convient ; et pour-

tant il nous en fait une douce obligation : * A moins que vous ne mangiez la chair du fils de

1 Tyrrell. 2 Jean, VI, 54,

l'homme et que vous ne buviez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous.” Voilà pourquoi nous venons, avec humilité et gratitude, recevoir le pain de vie. Et nous n'oublions pas ceux de nos frères qui n’ont pas ce pain à manger. Hors de

l'Église quelques-uns s’imaginent posséder ce don

divin ; mais je puis solennellement leur assurer que ce qu'ils reçoivent est du pain ordinaire, le même que celui qu’ils achètent chez le marchand. Aucun ministre anglican ou épiscopalien n’a le pouvoir de consacrer et, par conséquent, les protestants sont privés du véritable pain de vie. Aussi prions-nous Dieu avec ferveur de les amener à la connaissance de la sainte Eucharistie.

Pourquoi les catholiques vont à la messe — Les saints et la prière

Les protestants se demandent souvent pourquoi les catholiques tiennent tant à aller à la messe. De grand matin, qu'il pleuve ou qu'il neige, qu’il fasse chaud ou qu'il fasse froid, ils viennent en foule entendre la messe; ct ils le font souvent aux dépens de leurs aises et de leur argent.

Vous, catholiques, vous devez avoir une bien haute opinion de vos offices”, me disait, il y a quelques jours, un protestant. Je lui expliquai alors que notre principal office, à nous, est le saint sacrifice de la messe; sacrifice si saint, qu’on ne peut rien trouver de plus sacré ni sur la terre ni dans le ciel. Rien ne peut être substitué à ce sacrifice; aucune dévction ne peut le remplacer. Dans la sainte messe Dieu reçoit un culte et un honneur dignes de lui. Ici son divin Fils prie et offre le sacrifice; ici le nom de Dieu est vraiment glorifié ; ici les mots du prophète trouvent leur

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accomplissement : ‘ Depuis l'orient jusqu’au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et l’on me sacrifie en tout lieu, et l’on offre à mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées.” 1

Après que le divin Maître eut changé le pain etle vin en son corps et en son sang, à la dernière Cène, il dit ces paroles inoubliables : ‘‘ Faites ceci en mémoire de! moi” Par ces paroles, le Christ donna à ses Apôtres et aux prêtres qui devaient leur succéder le pouvoir de faire ce que luimême venait de faire. Ainsi, quand le prêtre catholique célèbre le saint sacrifice, il prend du pain et le bénit en disant: tt Ceci est mon corps”; et aussitôt toute la substance du pain est changée en la substance du corps du Christ, en sorte que, après la consécration, il n’y a plus sur l’autel du pain, mais seulement Jésus-Christ, Fils de Dieu et de l'immaculée Vierge Marie. Vous n’entendez rien, si ce n’est le tintement d’une clochette;

vous ne voyez rien, si ce n’est une hostie élevée dans les mains du prêtre et le scintillement d'un calice. Le prêtre se prosterne et les fidèles frap-

1 Malachie, I, 11,

pent leur poitrine et adorent, car leur Seigneur et leur Sauveur, l'Agneau de Dieu, est là présent quoique caché sous les voiles sacramentels. Au sommet du Calvaire, Jésus racheta le monde en mourant sur la croix. Au saint sacrifice de la messe, le même Sang coule encore ; la mort du Christ se répète d’une manière mystérieuse et non sanglante. La messe est le mémorial et le renouvellement du sacrifice du Calvaire, dont les effets, en dépit de la différence des temps et des lieux, descendent sur nous et sur tous les fidèles du Christ.

Pendant quinze cents ans, aucun chrétien ne douta de la réalité et de la nécessité de l’adorable sacrifice de la messe, Il y avait bien sur divers sujets des querelles et des controverses religieuses, mais tous, même les hérétiques et les schismatiques, tenaient à la doctrine de la messe. Martin

Luther y croyait, :t disait la messe, même après avoir été chassé de l'Église de ses pères. Henri VIII d'Angleterre y croyait et, de par son testa-

ment, il ordonna qu’on fit célébrer des messes pour le repos de son âme. Il a fallu des années et l'emploi de la force physique pour voler la messe aux peuples de l’Angleterre et de la protestante Allemagne.

La messe est le centre de la vie et de la dévotion du chrétien. ‘Là où il n’y a pas de messe, il n’y a pas de christianisme”! Appelez votre église une maison de réunion, mais ne l’appelez pas la maison du Seigneur si dans son enceinte ne s’immole pas la divine victime. Ce peut être un édifice splendide, élevé dans une époque catholique ; mais la gloire du Seigneur, n’y habite pas. Sur ses autels il n'y a pas de sacrifice, la mort et le silence règnent sous ses voîñtes sublimes. La messe est la preuve, le critirium du vrai culte. Une église sans la messe n’est pas l'Église de Dieu.

Jésus-Christ seul, en vertu de ses droits propres et de ses mérites personnels, peut être notre rédempteur et notre intercesseur auprès de Dieu.

L'Église catholique termine toutes ses oraisons par cette formule : ‘Par Jésus-Christ Notre Seigneur.” Les saints du ciel sont nos médiateurs et nos intercesseurs dans un sens tout à fait

différent. Ils ne le sont que grâce aux mérites acquis par Notre-Seigneur, et par une disposition

1 Faber.

spéciale de Dieu. Moïse pouvait en ce sens dire aux Israélites: “J'étais le médiateur, et me tenais entre le Seigneur et vous. ” 1

Les Juifs de l’ancienne loi croyaient fermement que les saints dans le ciel prient pour leurs frères d’ici-bas. Et l’Église catholique, recueillant l’héritage de la Synagogue, formule comme suit sa doctrine sur ce point : ‘Les saints qui règnent avec le Christ dans son royaume offrent à Dieu des prières pour les hommes. Il est bon et salutaire de les invoquer humblement et de recourir à eux pour recevoir aide et assistance. ”

Cet enseignement n’est pas un vain article de notre foi; il est de l'essence même du catholicisme. C’est la chaîne d’or qui nous unit au royaume invisible où nous devons vivre et régner pendant toute l'éternité. Nous aimons et nous honorons les saints, non pas indépendamment de Dieu, mais en raison de l'honneur et de la gloire qu’il leur a départis.

“La prière assidue du juste est d’une grande puissance ”,2 a dit saint Jacques ; et saint Paul, dans son épître aux Romains, 8 demande aux chrétiens de prier pour lui. Si nous pouvons im-

1 Deut., V, 5. 2 Jac, V, 16. $ Rom., XV, 30,

plorer les prières des âmes vertueuses ici-bas, pourquoi ne pourrions-nous pas invoquer les saints du ciel, eux qui sont si près de Dieu ?

Nous entendent-ils ? Mais, les anges nous entendent, ils se réjouissent de la conversion des pécheurs, et Jésus-Christ affirme que les justes dans le ciel sont semblables aux anges de Dieu. 1 Ils entendent et voient toutes choses en Dieu. L'Écriture rapporte que, Moïse étant sur la montagne, Dieu lui fit voir dans quel abîme d’idolâtrie et de superstition étaient tombés les hommes, et comment, en raison de leurs crimes, il voulait les anéantir. A la prière de Moïse, il leur fit miséricorde. 2 Les saints voient en Dieu comme dans un miroir tout ce qui se passe sur la terre, ct ils s'intéressent grandement à tout ce qui regarde notre bien-être spirituel et temporel.

Lorsque nous prions les saints, nous élevons

les mains et le cœur vers ceux qui ont purifié leur robe dans le sang de l’Agneau. Pétris du même limon que nous, ils furent de leur vivant

sujets aux mêmes tentations, celles du monde, de la chair et de Satan. Ils auraient pu mener une

1 Math., XXII, 30. 2 Exod., XXXII.

vie coupable, mourir en réprouvés ; mais, aidés de la grâce divine, ils ont triomphé. Ils sympathisent avec nous, car ils connaissent la faiblesse : de l’humaine nature et la puissance du mal sur nous. Du haut de leur trône ils nous regardent combattre et, par leurs exemples et leur intercession, ils aident à la victoire.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs

Il n'y a qu'un Dieu; Marie est une simple créature. Elle est l'œuvre des mains de Dieu, infiniment au-dessous de lui et, en comparaison de sa divine majesté, mdins qu’un grain de sable à l'égard d'une très haute montagne. Et cependant, comme créature, Marie est le chef-d'œuvre de toute la création. Avec toute sa sagesse et sa

puissance, Dieu ne pouvait créer un être plus

grand et plus noble que Marie, la mère de Jésus. Dieu a fait la sainte Vierge ce qu'elle est : c'est de lui que proviennent et la dignité et toutes les autres prérogatives de Marie.

Marie est mère de Dieu, car elle est mère du Christ, fils du Dieu vivant. Elle n’est pas la mère de la divinité de Notre-Seigneur ; elle est la mère de son humanité, du corps humain qu’il a reçu d'elle. Maïs comme eu Jésus-Christ la divinité et l'humanité sont intimement unies dans une seule et même personne, Marie, en devenant mère de

Jésus-Christ, devient par le fait mère de Dieu. Nous ne pouvons croire à l'incarnation, ou plutôt à la divinité de Notre-Seigneur, sans accorder à Marie le titre et l'honneur de mère de Dieu.

L'histoire démontre la vérité de cette assertion.

Dans les premic:s siècles du christianisme parurent des hérétiques qui niaient que le Christ fût vraiment Dieu. Cette horrible dénégation les conduisit à dépouiller Marie de son glorieux titre de mère de Dieu. Les réformateurs du seizième siècle procédèrent à l'inverse ; ils refusèrent tout d’abord d’honorer Marie comme mère de Dieu, puis bientôt commencèrent à douter de la divinité

de son Fils. Aussi combien peu de ministres pro-

testants croient aujourd'hui fermement et proclament bien haut que Jésus-Christ est le Dieu toutpuissant lui-même!

Marie est si intimement liée à l'histoire de la religion que l’en exclure serait réduire le christianisme à un froid et vide système rationaliste, Avec Marie commença l’œuvre de la rédemption ; elle occupe dans cette œuvre une place spéciale, bien au-dessus des anges et des saints, inférieure à Dieu seul.

Elle emprunte néanmoins toute sa gloire À son Dieu, comme la lune emprunte son éclat au soleil d’or. Grâce aux mérites de celui qui est à la fois son fils et son rédempteur, elle jouit du privilège unique de la conception immaculée. Toujours elle a été exempte du péché originel; jamais, même pour un instant, elle n’a été sous le pouvoir du démon. Elle se dresse devant nous dans sa pureté sans tache, sa beauté idéale, comme le modèle incomparable de la perfection humaine. Ravi par les charmes de cette vision immaculée, le protestant Wordsworth la chantait en ces termes: “Mère, dont le sein virginal n’a jamais été effeuré par l'ombre d’une pensée moins pure; femme, glorifiée par-dessus toutes les femmes, l’orgueil de notre nature déchue; plus pure que la blanche écume bercée par la vague au sein de l'océan; plus brillante que le ciel d'Orient parsemé, à l’aurore, de capricieuses fleurs; plus immaculée que la lune argentée, avivant son éclat avant de disparaître, à l'heure du déclin, sur les bleus horizons du ciel.”

Nous, catholiques, nous aimons et honorons la sainte Vierge plus que tout autre être créé. D’ailleurs, en cela Dieu lui-même nous a donné l’exem-

ple. Il a envoyé à Marie un messager céleste pour la saluer en son nom et lui rendre hommage, comme au tabernacle choisi par son Fils: ‘Salut, pleine de grâces, le Sivneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les fmmes. ”1 Élisabeth, sous l'inspiration de l'Lepnit Soi {, répète la même salutation: ‘Vous êtes lei cntre toutes les femmes”, et elle ajoute: "lit: fruit de vos entrailles est béni’: puis avec une admirable humilité, s’écrie : ‘D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Dieu daïgne me visiter ?”2 Marie elle-même, comprenant toute la

sublime dignité à laquelle elle a été élevée, jette un regard prophétique sur les Ages futurs et laisse déborder de son âme un chant de triomphe :

“Voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse.” 3 Et depuis la première fois que ces paroles ont été prononcées, les

louanges de Marie ont retenti sur la terre et sur la mer et ne cesseront que lorsque le temps ne sera plus.

Dans tous les siècles, sous tous les climats, Marie, la mère de Dieu, a été appelée bénie entre toutes les femmes; l'amour et la dévotion envers

1 Luc, I, 28. 2 Luc, 1,48. 8 Luc, I, 48,

elle ont toujours été la marque de tout véritable et dévot chrétien. Toutes les générations lui ont apporté le tribut de leur affection et l'ont proclamée reine des anges et des saints. Les plus brillantes intelligences dont l’histoire de l'Église fasse mention ont consacré leur talent à promouvoir le culte de Marie. Les poètes ont orné de son doux nom leurs chants immortels; les

plus grands peintres ont trempé leurs pinceaux

dans les vives couleurs de son amour maternel, afin de perpétuer sur la toile ses charmes incomparables. Rois et nobles, hommes riches ou influents, ont renoncé au trôre et aux dignités pour devenir plus libres serviteurs de Marie. De grandes cathédrales, de somptueuses chapelles, des monastères, des universités, des hôpitaux, des asiles érigés en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie couvrent le monde et sont un permanent témoignage de l'universelle admiration qu’elle suscite. Tout ce qu'il y a de meilleur, de plus beau dans la nature sert à louer Marie, à symboliser ses vertus; elle est le lis de la vallée, la rose de Sharon, l'étoile du matin, la maison de Dieu, l'étoile de la mer. Le mois des fleurs et des chants est son mois. Trois fois le jour,

le matin, à midi et Je soir, des hautes tours de l’église, les cloches lancent jeurs notes par les collines et les vallées, invitant des millions de fidèles à réciter l’angélus. Oh! Ja puissance de cette prière qu’accompagne la Pieuse voix des cloches ! Il n’est sur la terre aucune musique qui ait su, mieux que le son de l’angélus, émouvoir les cœurs et relever les esprits abattus. Que de fois il a ramené la paix et la tranquillité dans ce monde plein de fatigue et d’agitation ! C'est lui qui a pu charmer un instant le cœur impie, l'esprit orgueilleux d'un Byron, et le faire chanter: ‘Ave Maria ! bénie soit l'heure, bénis le temps, le climat, le lieu où j'ai goûté tant de fois, avec un bonheur intense, cet instant qui flottait sur la terre si charmant et si doux! Les cloches sonores se balançaient dans leurs loin-

taines tours, l'hymne discret du jour mourant

s’envolait vers les cieux; pas un souffle n’agitait la vermeille étendue; et pourtant les feuilles de la forêt semblaient frissonner comme dans une prière. Ave Maria! c’est l'heure de l'amour ! Ave Maria ! puisse mon Cœur oser espirer à ton amour et à celui de ton divin Fils là-haut.” Marie est en particulier le type et le modèle

de la femme chrétienne, car elle unit à l'amour d’une mère la pureté d’une vierge, elle ‘‘si douce, si miséricordieuse, si forte et si bonne, si patiente, si pacifique, loyale, aimante et pure”. 1

La fascination qu'elle exerce ne se limite pas à exciter le sentiment : elle atteint l'âme même. La beauté de Marie n’est pas “comme la beauté terrestre, dangereuse pour ses contemplateurs ; mais comme l'étoile du matin, brillante et harmonieuse, elle respire la pureté, parle du ciel, infuse la lumière”. 2 Il nous est impossible d’honorer Marie, de la prier fréquemment, de méditer sur ses privilèges et sa dignité sans devenir meilleurs, plus fermes dans la foi, sans nous appiocher davantage de notre Maître et Sauveur.

Comment pouvez-vous lui refuser vos hommages et continuer à vous dire disciple du Christ, son divin Fils? Comment pouvez-vous croire à l'Évangile et ne pas appeler Marie, mère de Dieu ? Quel faux prophète a jeté de la poudre dans vos yeux pour vous empêcher de voir

sa gloire suréminente ? Avez-vous donc oublié

ce qu’elle a souffert pour nous ? Pour vous et moi, Marie est devenue sans foyer, sans ami,

1 Longfellow. 2 Newman.

Ps

dé ns A Gi CS Er nc

sans enfant. Rappelez-vous ses angoisses ; rappelez-vous aussi que lorsque Jésus, suspendu à la croix, mourait pour nos péchés, il nous donna sa mère pour être notre mère. Remerciez le divin Sauveur pour ce grand don et commencez à implorer l'assistance de Marie. Oui, faitesen l'essai. Demandez-lui la vraie foi. “On n’a

jamais entendu dire que ceux qui ont eu recours

à la protection de Marie, qui ont imploré son secours et réclamé son assistance aient été abandonnés.”

Les Reliques

Nous honorons les reliques des saints, parce que ces restes précieux nous remettent en mémoire tout un noble passé de vertus et d’hé-

roisme.

Par elles-mêmes, les reliques n’ont aucune ver-

tu; mais souvent Dieu s’en sert comme d'instruments pour répandre ses bienfaits. Loin d’être idolâtrique, le culte que nous rendons aux reliques des saints rejaillit à la gloire de Dieu qu’ils ont servi. C'est ce qu'établit saint Jérôme dans sa réponse à Vigilance: “Non seulement, dit-il, nous n’adorons pas les reliques des saints, mais nous n’adorons ni les anges, ni les archanges, ni les chérubins, ni les séraphins. En honorant ces reliques, nous adorons Celui pour l'amour duquel les martyrs ont souffert. Nous glorifions les serviteurs pour que cette gloire remonte vers le Maître.”

Dieu attribue souvent un pouvoir miraculeux aux reliques des saints ; qu'est-ce qui l’em-

pêcherait d’agir de la sorte? Un mort, placé dans le sépulcre d'Élisée, revint à la vie dès que son cadavre eût touché les ossements du prophète.! Dieu communiqua un pouvoir surnaturel au manteau d’Élie, à l'ombre de saint Pierre. Des miracles sans nombre survenus aux tombeaux des saints et effectués par l’attouchement de leurs reliques prouvent bien que le Seigneur a pour agréables le culte ct la vénération dont on les entoure.

L'Église catholique a toujours pris de grandes précautions pour éviter la fraude et les abus qui peuvent se glisser en cette matière. Ce n'est qu'après mûr examen des reliques, fait par des juges compétents, qu’elle garantit leur authenticité. Ki, en voyageant, vous rencontrez de ces soi-disant reliques merveilleuses, soit dans des

musées, soit dans d’anciennes églises catholiques

converties en salles de réunions profanes, ou encore si vous lisez dans des guides ou dans des catalogues de ces histoires ridicules de saints, de reliques, de miracles, sachez que de tels objets et de telles légendes sont pures inventions malicieuses des ennemis de notre sainte Église. Que voulez-

1 IV Rois, XIII, 21.

vous: les meilleures choses prêtent aux abus; les plus précieuses ont été traînées dans la boue, Comment les saints échapperaient-ils aux railleries des impies ? Que cela ne nous empêche pas pourtant de leur témoigner notre amour et notre piété, même au risque de nous voir ridiculisés et

traités d’imposteurs. Écoutez ce qu’un grand

savant catholique, le cardinal Newman, dit au sujet des reliques : ;" Il me paraît impossible que l’on mette en doute la liquéfaction du sang de saint Janvier à Naples, ou qu'on conteste l’authenticité de la couronne des rois lombards à Monza, et je ne vois pas pourquoi la sainte Tunique de Trèves n’a pu appartenir à Notre- Seigneur. Je crois vraiment que Rome possède des fragments de la vraie Croix, ainsi que les restes mortels des apôtres saint Pierre et saint Paul. Je crois fermement que les reliques des saints opèrent des miracles innombrables, qu’elles répandent des grâces quotidiennes, et qu’il suffit à un catholique d’honorer de son culte quelque saint, pour obtenir par son intercession

des bienfaits particuliers.”

Priez pour les âmes soufirantes — Les Indulgences

Nous croyons au purgatoire, lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, où souffrent les âmes qui sont entachées de péchés véniels ou qui ont une peine temporelle à subir.

Rien de souillé n’entrera dans le royaume des cieux. Ceux qui meurent en état de péché mortel sont condamnés aux flammes de l'enfer. Ceux qui meurent avec des péchés véniels sur la conscience ou qui ont des châtiments temporels à subir doivent se purifier dans les flammes du purgatoire avant d’entrer au ciel. C’est là que l'âme acquiert la pureté et la sainteté requises pour jouir de

Dieu. Voilà ce que l'Église enseigne depuis dixneuf siècles.

Même avant la venue du Christ, les Juifs croyaient au purgatoire, et priaient, comme ils le font encore de nos jours, pour les âmes des trépassés. Nous lisons au second livre des Macchabées que Judas, le vaillant guerrier, fit une quête et en envoya

le produit à Jérusalem afin d'offrir des sacrifices pour les soldats tués pendant la bataille. Il disait: “C'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils puissent être purifiés de leurs péci :5.”

Inutile 4 rappeler ici les histoires scandaleuses inventées par des hommes impies et répandues parmi nos frères séparés. Un protestant qui se respecte peut-il ajouter foi à cette charge absurde que nos prêtres prêchent cette doctrine relative au purgatoire, dans le but d’extorquer de l’argent aux pauvres et aux ignorants ?

L'enseignement de l'Église est basé sur la doc-

trine des saintes Écritures, ainsi que les Pères des

premiers siècles le démontrent. Ils s'en rapportent aux paroles de Notre-Seigneur dans saint Mathieu (V, 25-26), et à la lère épître de saint Paul aux Corinthiens (1II, 11-15). Nous y renvoyons nous-mêmes tous ceux qui concevraient le moindre doute à ce sujet. Notre-Seigneur a dit: tt A celui qui parle contre l'Esprit-Saint il ne sera fait miséricorde ni en ce monde ni en l'autre.” ? D'où saint Augustin conclut: ‘Il n'aurait pas été vrai de dire: leur péché ne sera pardonné ni en ce

1 Math., XII, 32.

monde ni en l’autre, s’il n’était vrai que certains péchés sont remis dans le monde futur.”

Devant la tombe d’un être chéri une prière jaillit spontanément de nos lèvres, en même temps que coulent nos larmes. Pour ne pas prier pour lui, il faudrait nous faire violence. Pourquoi cet élan nature! qui nous pousse à prier pour lui, si nous ne pouvions le secourir? et pourquoi le secourir s’il ne souffre ?

Nous ne pouvons pas nommer individuellement ceux qui vont ea purgatoire, mais il est certain que les âmes des morts sont soulagées par la prière, le saint sacrifice de la messe et l’aumône. L'Église universelle garde là-dessus la tradition des saints Pères.

En qui donc aurez-vous foi? Dans le moine

aposiat du XVI° siècle, ou dans l'Église univer-

selle de Dieu? Suivez plutôt vos raisons et vos sentiments chrétiens : souvenez-vous de vos chers défunts et priez pour les âmes du purgatoire.

Une des principales raisons invoquées pour justifier la soi-disant Réforme était que l’Église catholique faisait le trafic des indulgences. Une

indulgence, c’est, disait-on, le permis délivré à quelqu'un de commettre le péché. — Réfuté mille fois, ce mensonge réussit encore de nos jours.

Qu'est-ce qu’une indulgence, dans l'Église catholique ? Une indulgence, c'est la rémission de la peine temporelle due au péché, dont on a reçn le pardon. L'indulgence est accordée en dehors du sacrement de pénitence, et la peine est remise par

l'application des mérites de Jésus-Christ et de ses saints. Ces mérites sont confiés en dépôt à l’ Église catholique.

Les indulgences invitent les pécheurs à se réconcilier avec Dieu. Elles sont un encouragement à la réception des sacrements et à la pratique des bonnes œuvres. Il peut se faire qu’une des conditions requises pour gagner telle indulgence soit l'aumône d’une certaine somme d'argent; mais par elle-même l’aumône ne remet pas le péché, et le manque d'argent n’a jamais empêché un pau-

vre de gagner une indulgence. L'Écriture nous parle des bons effets de l’aumône. L'Église au-

rait-elle donc tort d'encourager par des indulgences, les dons en argent pour des fins charitables ou pieuses ?

Le pape Léon X avait accordé une indulgence

plénière au monde catholique. Une des conditions requises pour la gagner était une offrande destinée à la construction de la basilique de Saint-Pierre à Rome. Un dominicain savant et zélé, Jean Tetzel, fut chargé de publier cette indulgence dans le nord de l'Allemagne. La conduite de Tetzel fut irréprochable: celle de quelques-uns de ses auxiliaires, leur manière de proposer et de vanter l'indulgence furent l’occasion de violentes attaques de la part de Luther; il en profita pour combattre, à grands cris, non pas l'abus, mais la doctrine catholique elle-même. Et pourtant c'est le même Luther qui déclare, dans la 71e de ses thèses publiques: “Quiconque parle contre la doctrine des indulgences papales, qu'il soit anathème! ”

Les évidentes contradictions de ces thèses montrent bien l'ignorance complète de Luther en ce qui concerne la nature et l’effet des indulgences. Luimême confessait cette ignorance, en écrivant, quelques années plus tard: ‘Sur mon âme, je ne savais pas plus, à cette époque, ce qu'était une indulgence, que ceux-là mêmes qui venaient me le demander.” Son adversaire, Jean Tetzel, qui répondit aux attaques de Luther, défendit avec

clarté et vigueur la doctrine de l'Église sur ce

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point. Il disait avec raison : ttLes indulgences ne pardonnent pas le péché, mais remettent seulement la peine temporelle due au péché, à condition qu’on s’en soit repenti sincèrement et confessé. Les indulgences n’enlèvent rien aux mérites du Christ, mais remplacent la peine satisfactoire due au péché, par les mérites satisfactoires de la passion du Christ.”

Mieux nous comprendrons l’enseignement de

l'Église, plus nous serons désireux de gagner des

indulgences et d’amoindrir ainsi nos souffrances dans l’autre vie.

re

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