‹ Croisade du XIXe siècleChapitre 5 sur 8 · CROISAIS · texte numérisé non relu

CROISAIS

Les âmes aimantes et pures , fatiguées d'être en contact perpétuel avec l'égoisme et l'immoralité » trouveront dans la tribu chréti^ine un lieu de rafraîchissement et de repos , comme au moyen âge les cœurs tendres et doux» qu'affectaient douloureusement les scènes de carnage et la vie du champ de bataille , trouvaient un asile dans la paix du cloître ; car si le corps , harassé par une journée de pénible labeur ou de plaisirs bruyans , éprouve le besoin de son lit matériel, de même aussi l'âme contristée par la violence et le mensonge» ou lasse d'avoir pris part à leur

orgie , désire ardemmeal son ht spirituel , la religion. Or, comoie ce inonde viable n'est que la manifestation du monde iuTi^ble , le lit ^rituel de l'homme a dû être composé d'élémens analogues à ceux de son lit matériel : il a en effet pour matelas la foi , pour oreiller l'espérance « pour couverture la charité ; l'humilité est son <;hâlit, l'esprit intérieur et le recueillement sont ses rideaux ; enfin il a pour draps , bien blancs et Inen fins apprêtés par Marie ellemême , la pureté des mœurs.

Cet exposé, trop long peut-être pour. un sommaire , mais quasi nul comme traité ex professa, doit suffire pour rallier quelques personnes [Meuses, dans le but que nous venons de faire connaître. 11 ne nous appartient en aucune façon de dicter tes statuts d'une association qui n'existe encore qu'en projet : ceux-ci devront nécessairement être soumis à la discussion des premières personnes qui enverront leur adhésion à V Université catholique , ou à l'œuvre de saint Vincent de Paul. Toutefois, les bases fixées dès à présent seront indiquées ci-après.

La foodatioD de la tribu chrétienne est placée sous la protection de la bienheureuse vierge Marie , et recommandée aux prières des

d*hui dans la portée da raisoDoemeni abstrait , nonobstant la moltUude de conséquences fausses où il les a toujours entraînés , quand ils l'ont pris pour guide , à Texclusion du sentiment religieux.

Dès le commencement de cet ouvrage» en parlant des deux diflférens écueils sur lesquels la science sociale est allée s'écbouer, nous avons dénoncé l'erreur fondamentale des Phalanstériens qui prétendent déduire rorganisation de la société d*aie série de formules mathématiques, sans recourir à la religion chrétienne , ei en repoussant ses dogmes et sa morale. Cependant nous nous sommes bien gardé de nous jeter dans l'erreur opposée , en supposant que l'on dût prendre la morale du Christianisme pour base unique de Tordre social; nous avons fiiil entendre, au contraire, qu'il en es^ de l'harmonie sociale comme de l'harmonie musicale. Les divers instrumens qui servent à produire celle-ci doivent sanscontredit être bien accordés; mais il faut de plus que ceux qui en jouent soient musiciens.

Du reste , nous croyons avoir rendu à Fourier toute lajustice qui lui est due en déclarant que, nonobstant les fréquens écarts de son imagination exubérante, il a répandu une lumière aussi éclatante que soudaine sur l'art d'accroître le bien-être matériel des hommes, en les associant. Cependant la Phalange, journal de l'école phalaustérienne , plus blessée de la dissidence radicale qui nous éloigne d'elle que sensible à l'hommage sincère que nous nous sommes empressé de rendre à quelques principes vrais et salutaires, propagés par son maître, a inséré, dans son numéro du 27 septembre dernier, un article critique sur notre Cours d'économie sociale , auquel elle donne des éloges que nous serions très flatté de mériter, et sur lequel elle déverse un blâme que bien certainement nous ne méritons pas. A en croire la Phalange, nous aurions calomnié la doctrine de Fourier ; nous dirons toutir l'heure à quelle occasion elle nous fait cette injure. Or une pareille accusation est trop grave peur que nous la laissions

Ou bitn l'école phalansiérientie préiend-elle s'attribuer le monopole de ce que Fourler a pu dire de vrai en maiière d'économie sociale? Faisons entendre une fois pour toutes à ceux qui l'ignorent que le Christianisme appelle naturellement à lui et s*a8dimile volontiers toutes les vérités , sans en excepter celles qui surgissent en dehors de son.sein, et ce, par la raison péremptolre qu'il est lui-même la plus iiaute et ta plus comprébensive de toutes les vérités. C'est du moins toujours ainsi que la science chrétienne a procédé ; mais il ne s'ensuit pas de là que nous devions jiious inféoder à l'homme de génie, au point de nous rendre solidaire de ses erreurs et de ses folies.

S'il existait une justice de paix littéraire , institution que nous appelons de tous nos vœux, comme font, à lès en croire^ les écrivains de la Phalange, ceux-ci seraient an moins mis à l'amende pour nous avoir fait dire que Fourier est le génie parmi les génies, et le véritable 'fondateur de l'économie soeiate^ Nous avons dit et nous déclarons derechef que l'économie sociale est une science encore à l'état rudimeï^ taire. En effet, sans partager l'opinion du matérialiste Helvétius, qui attribuait toute l'intelligence de l'homme à la conformation de sa main, nous affirmons avec conviction qu'une science quelconque ne peut jamais revêtir le caractère de la certitude par la seule puissance de l'imagination. Il est vrai pourtant que nous avons dit : c Honneur à Charles Fourier quia fondé « l'économie sociale ! i mais c'a été pour ajouter aussitôt : c Honneur aux alchimistes qui ont fondé la chimie ! > Or cette exclamation additionnelle est assez significative pour que sa suppression nous fasse dire presque le contraire de ce que nous disions réellement.

Personne plus que nous assurément n'est convaincu que Fourier fut un homme de génie ; mais il a semé trop d'erreurs sur sa roule pour que nous ayons jamais eu la pensée de le proclamer le génie parmi les génies. Nous avons déclaré , ce qui diffère essentiellement de la version qu'on nous prête.

qu' € eûl'il été le génie parmi les génies, comme il fut toujours privé du secours de Texpérience ei conséquemment de celui de l'analyse, ses conceplioûs ne sauraient avoir la valeur qu'on leur prêle avec une emphase qui, du reste, ne prouve rien du tout. L'inventeur de la poudre, s'il eût passé vingt années de sa vie à déduire par la voie exclusivement spéculative toutes les applications possibles âq sa découverte , aurait bien pu arriver, disions-nous, à inventer une fusée votante, destinée à faire le service de la poste entre Paris et Saint-Pétersbourg, mais non à donner la description exacte du pistolet de poche, > La conclusion de ceci est facile à tirer : l'harmonie sociale réguerasans doute un jour, nous le répétons, mais elle ne ressemblera en rien à ce que Fourier a rêvé.

c Fourier, avons-nous dit encore , a apporté au magasin c des subsistances philosophiques une forte charge de grains f qui se compose, par malheur, d'autant d'ivraie que de froc ment. > La Phalange nous somme, à cette occasion, de faire notre criblage; elle s'indigne que nous apercevions une partie honteuse dans les ouvrages de son maître, t Quelle est • cette partie honteuse? s'ccrie-t-elle avec indignation. £st- I te Tanalogie universelle ? mais vous avez reconnu vous-^ i même qu'elle est une science d'un indicible intérêt.. Est-ce c sa cosmogonie? nous concevons fort bien qu'elle ne puisse c pas entrer dans certains cerveaux étroits. Est-ce sa morale? a 'Trouvez-en donc une meilleure, etc. > Pour quiconque nous a suivi avec attention, nos réponses à ces trois questions sont connues d'avance. Oui, iious le répétons , c'est surtout daqs la découverte de Vanalogie universelle quel'ourier s'est montré homme de génie , et nous allons convaincre nos adversaires que nous aussi, nous aimons à nous exercer dans <:ette science que nous sommes loin toutefois de regarder comme certaine. Sa co^mo^oni^ , puisqu'on veut absolument qu'elle fasse partie de sa théorie sociétaire , n'est pas précisément la partie honteuse de son système; elle en est seulement

la partie ridicule et extravagante. Qaant à sa morale , notre embarras ne serait pas d'en trouver une meineure , mafs au contraire d'en imaginer une plus dégradante pour Ftiumanité; cl, pour prouver ce que nous avançons , il nous suffira de rextratre du fatras informe et abslrm où elle est enfouie, et de la montrer dans sa hideuse nudité. Mais exposons avec ordre les motifs de nos trois réponses.

Un des tableaux analf^ques les plus intéressans queFourier ait tracés , est celui où il compare les trois modes d*existeoce de Thomme aux trois formes que revêt Tinsecte, pendant sa vie de chenille, de chrysalide et de papillon. L'on nousexcu* sera de revêtir la pensée de l'auteur des formes qai nous sont propres. De tons les états par lesquels passe l'âme humaine, le plus infime est sans contredit le sommeil; c'est celui que Fourier appelle état infra^mandain ; le second est la vie terrestre (état suprormondam); enfin le troisième estla vie véritable où rame est libérée des liens de la chair par ce que nous appelons improprement la mort {étatHUra-mondain). Dansle premier de ces états, où les fonctions de l'organisme matériel affaiissent celles de l'esprit, la pensée, quand elle n'est pas complètement emprisonnée, est confuse, incohérente; elle erre d$ns la .région fantastique du mensonge, sans aucun moyen de saisir la vérité. Dans l'état de veille, où la vie animique est combinée à la vie animale, l'homme, naturellement privé de la connaissance de la vérité, peut néanmoins la ressaisir au moyen de méthodes pénibles ; il marche à sa recherche , comme dirait le comte de Maistre, les bras chargés d'instrwnens, le franl silUnmé d'algèbre, ei ignoblemeM courbé vers la terre. Enfin dans Tétat de vie céleste, qui est la vie proprement dite, Thomme perçoit hi vérité par Intuition, sans effort ni méthode laborieuse, parce qu'il n'y a plus aucun obstacle entre elle et lui. Or Tinsecte , dans les trois phases de son existence, est l'image parlante de ces trois différens modes de la vie humaine. A l'état de chrysalide, il n'existe que d'une vie en quelque sorte végétative ; chenille, il se traîne misérablement sur le ventre, se cramponne

à la terre ptr $es nombreuses mains, et vit de la partie la plus grossière des végétaux ; son contact et jusqu'à son aspect inspirent le dégoûu Mais si nous l'observons à Tétat d'insecte parfait, nous le voyons parcourir librement les régions de Tair, porté sur des ailes diaprées des couleurs les plus éclatantes, connaissant Tamour et ne se nourrissant que du plus suave parfum des fleurs : ainsi

Le jeune papillon échappé du tombeau ,

Qui Air les fruits naissans , qui sur les (leurs nouvelles ,

S^envole frais, brillant, épanoui comme elles ,

Dblillb.

est bien le frappant emblème d'une âme échappée aux liens de la matière et désormais libre et bienheureuse.

Personne h^a fait un i^us fréquent usag« de l'analogie que saint François de Sales, et s'il ne l'a pas érigée en science, c'est qu'apparemment il a reconnu que l'abus était trop près de l'usage utile qu'on en pouvait faire. Nous nous rangeons voloBiiers à cette opinion; car si les divers instromens dont Fhomme est pourvu pour procéder à la recherche de la vérité , sans eu. excepter les mathématiques, le moins trompeur de tous, ont k funeste propriété de l'égarer, quand il les emploie au-delà d'une certaine limite, sans contredit l'analogie universelle présente ce danger à un plus haut degré que les autres : c'est aiinsi que l'emploi du loch et de Ul)oussole égarerait le marin en moins de quinze jours de navigation, s'il n'en corrigeait les erreurs par des observations astronomiques qui lui indiquent la latitude et la longitude du lieu. Quand donc apprendrons-nous à ne voir dans les sciences humaines qu'un équivalent de la boussole et du bateau de loch, et à chercher le correctif de leurs erreurs dans la révélation ? C'est surtout en matière d'analogie que ce recours est nécessaire. Néanmoins nous allons dénoontrer que si le tableau que nous venons de présenter était bien compris, il ruinerait la théorie sociétair(( dans sa base, en la ramenant dans les voies chrétiennes.

Pour que ce tableau fût exact en tous points, il faudrait que la vie infra-mondaine se trouvât placée entre la Y\e supra-mondaine et celle ultra mondaine, comme Tétat de chrysalide Test entre ceux de chenille et de papillon; dans cette hypothèse , devant laquelle les Fhalansté riens n'ont aucune raison de reculer, mais devant laquelle nous nous arrêtons pour cause qu'il est inutile d'introduire dans la discussion , le sommeil proprement dit ne serait autre chose qu'une sorte de mort quotidienne destinée sans doute à nous faire penser à l'autre; pour lors, au moment où l'homme expire, l'âme, au lieu de prendre son essor dans la région de l'esprit, serait retenue pendant un certain temps dans les liens de la mort véritable , en sommeil du tombeau ; c'est-à-dire que la terre, à ce moment suprême, s'emparerait de sa proie^ corps et âmcj du corps, pour le retenir, parce qu'il lui appartient; de l'âme, pour la garder en dépôt jusqu'au moment où elle serait appelée à briser les liens de la mort , terme qui devrait embrasser le tiers d'une vie d'homme, comme le summeil embrasse le tiers du Jour. Nous ne nions pas que cette traduction ne présente quelque chose de très spécieux, d'autant qu'elle éclaircirait certains passages de l'Ecriture où règne jusqu'à présent une certaine obscurité, et qu'elle est conforme à cette parole de saint Jean Ghrysosiome : c L'âme ne parvient à Dieu qu'en n passant par la solitude du tombeau. » Quoi qu'il en soit, le plus sûr pour un chrétien est de se défier des illusions de la science, et de repousser courageusement tout ce qui s'écarte de la ligne tracée par TEgiise. Or, nous inclinons à croire que c'est le cas de l'induction que nous veuons de tirer, en nous plaçant, pour un instant , sur le terrain de la doctrine sociétaire.

Quoi qu'il en soit, les Phalanstériéns se croient en droit de conclure de cette analogie que Tâme est irresponsable, et que rhomme ne meurt que pour prendre possession de sa vie spirituelle, que dans leur néologisme ils appellent vie aromate. Il nous suffira, pour leur faire apercevoir leur erreur, d'appeler

leur observaiion sur le phalène, ftorte ite |>apillon re*étu parU nature des sombres couleurs du deuil, qui ne vole que ilans les ténèbres , et qui est entraîné Irrésistiblement â se précipiter dans les fliimmes où il doit trouver sou supplice. Or donc, si nous admettons que le vrai papillon soit l'emMème parlant de

qu*à celle même époq«e on aura découvert le diamant fusible et le mercure (lie, au moyen desquels on fabriquera un ▼erre nouveau d'une propriété tellementsupérieure au verre actuel, qu'on en fera des télescopes dont la puissance sera .à celle des télescopes d'aujourd'hui, comme celle de ces derniers est à la vue simple. Alors Mercure nous apprendra à lire ; c'est-^-dire qu'il nous transmettra Talphabet et la grammaire parlée dans le soleil et les planètes harmonisées, et dans tous les soleils et tourbiUous de la voûte cél^te. Ce satellite, par sa pivotation, nous sera précieux en correspondance; il nous donnera à chaque instant, sauf réciprocité, des nouvelles de nos antipodes, \ intervalles' de vingt à trente heures au plus. Tel vaisseau parti de Londres arrive aujourd'hui en Bengale, en Chine, en Japon; demain, Mercure, avisé des arrivages et mouvemens pailes astronomes d'Asie, en transmettra la liste aux astronomes de Londres (1). »

c Les ajitres« aux copulations desquels nous devons toutes c les espèces animales et végétales qui peuplent aujourd'hui le c globe, nous en ont donné dans le nombre de bien déplai- 4 santés et bien nuisibles; mais dès que la société aura adopté

< le régime phalanstérien, ces mêmes astres recommenceront « leur tâche dans des circonstances plus favorables: dès lors 4 ils nous gratiûeront d'un règne animal merveilleusement f utile, sans parler des créations analogues dans le règne vé- 4 gétal. A cette bienheureuse époque, nous aurons :

c L'hypo-chien , apte à parcourir les abîmes;

c L'hypo-castor , qui nous aidera à disposer les filets de

< pèche;

« L'anti-baleine , traînant les vaisseaux dans les calntes ; a L'anti-requin, aidant à traquer le poisson ;

(I) Traité éPÀssociaiion, 1. 1, extrait de la note B sur la Cosmogonie appliquée-, p. ^19 et suit.

c L'aoti-luppopoiaïue , traiaanl nos baieaux en rivière ;

L*anU-crocodile, ou coopérateur de rivière;

L'anti-phoque , on monture de mer ;

L'ami- lion , ou monture terrestre avec des relais, de la-

< qu^ un cavalier parunt, le matin, de Bruxelles, ira déjeû- ( ner à Paris , diner à Lyon et coucher à Marseille y moins « fatigué de sa journée qu*un de nos courriers à franc éirîer. <( Ce même anti-lion franchira aisément à chaque pas quatre

< toises par bond rasant, et le cavalier sur le dos de ce cou- I reur sera aussi mollement que dans une berline suspendue. > L'espace nous manque pour pàrlei^ de l'anti-rat, de Tanlipunaiseet d'une foule d'autres créations prochaines, aussi utiles et agréables que leurs contre-types sont incommodes et malfaisans (1).

Nous sommes obligé d'avouer naïvement, et plus d'un de nos lecteurs se trouvera sans doute dans le même cas, que nos cerveaux sont trop étroits pour loger ces sublimes découvertes. Quel dommage de n'être pas phalansiérien , pour admettre , sur la parole d'honneur de Fourier, que c les habitans delà planète HerscheU ne connaissent pas la coutume du mariage; les unions sexuelles s'y opèrent librement, comme nous avons vu à Otahiti , et comme on le voit encore chez divers peuples , tels que Javanais, Népauliens, etc. ! Ladite planète étant depuis long-temps ^n pleine harmonie, ses habitans jouissent d'une longévité qui permet souvent à un homme de voir sou septième descendant. Telles sont les deux voies d'équilibre en consanguinité , <ians Herschell et les autres planètes harmonisées :

c Polygamie étendue aux femmes comme aux hommes ; c Longévité atteignant de l'aïeul au septième descendant, c Les successions y sont réparties par tiers ou moitié aux enfans de tous degrés ; quart aux adoptifs, quart aux amis, épouses et collatéraux. On lègue Tort peu aux épouses

(1) TraiU A'^Attociaiion^ 1. 1 , p. ^29.

* (femmes dont on a des enfans); elles ont leor fortune à

t pari (1). ï

Attendons, pour nous prononcer sur le Gode civil de la planète Herscliell , le commentaire que doit , dit-on, en publier prochainement un avocat phalanstérien. Si nos lecteurs, désireux sans doute de faire diversion à un sujet aussi profond et aussi grave, désirent savoir quds entrechats font les habitans du soleil, nous leur apprendrons d'après un article ,de Tancien journal le Phalamtère, signé par Fonrier, que les bons danseurs solariens font un entrechat de 04 aussi lestement que nos Vestris en font un de 8.

L'on ne devinerait jamais sur quelle raison péreœptoire la Phalange, dans son numéro du 27 septembre dernier, fonde sa croyance à cette révélation nouvelle ; nous le donnons en

cent; nous le donnons en mille : c'est que < Toute

c la science humaine est impuissante à prouver que cette € cosmogonie est fausse. » Puissamment raisonné ! A ce compte-là ^ s'il eût plu à Perrault de placer dans un autre monde que celui où nous vivons, les scènes de Peau d^Ane et du Petit Poucet, il eût été en droit de commander la foi de ses lecteurs au même titre que Fonrier.' En effet, tous ceux qui n'auraient pas été parfaitement convaincus de la vérité du Petit Poucet, habitant de Sirius, ou de Peau d'Ane , connue dans Aldébaran, il les eût confondus en leur poussant cet argument phalanstérien : c Tiens , si vous ne roulez pas me € croire, allez-y voir. » Pour lors, les gens à cerveaux targft>, qui auraient jugé à propos de se dispenser du voyage, auraient bien été obligés d'admettre les contes de Perrault comme autant d'articles de foi. Mais laissons en repos la cosmogonie de Fourier, qui se trouve mélée^ sans que nous sachions trop pourquoi, à sa théorie sociétaire, et passons à l'examen de sa morale.

L'erreur fondamentale de la iliéorie phalanstérienne est de

(1) Traité d*À$8ocialion, 1. II, p. »53.

ne comprendre que Taspect inaiériel de la vie humaine, et de prendre les jouissances des sens pour mobile essentiel et pour unique but de Tinstitution sociale; en un mot, de n*étre qu'une immense paraphrase de la doctrine d*Epicure présentée sous une forme cynique. Ce n'est pas parce qu'on aura jeté çà et là les noms de religion, de Dieu , de vertu , dans deux volnmineuxjtraités où il n'est presque toujours question que de roangeaille et de voluptés erotiques, qu'on pourra dire qu'nne doctrine répond aux besoins animiques de Thumanité. Au surplus, abstraction faite de la préférence que tout homme croit devoir à un. culte plutôt qu'à un autre, Fourier lui-même s'est appliqué en tonte occasion à nous faire connaître le rang qu'il assigne aux actes et aux sentiraens religieux dans son organisation sociale. Les harrooniens , dit-il, sont trop sages pour prier Dieu avant de s'être aUablét,

Montaigne adit : c La table est l'entremetteuse de l'amitié. » Sans contredit cette sentence est vraie dans de certaines limites, et le charme de la convivialité est tel que le mécaniste social, s'il a la complète intelligence de son œuvre, ne dédaignera pas de tirer parti d'un pareil ressort. Mais qu'il y a loin de cette manière discrète de concevoir la chose, au rôle immense que Fourier attribue dans son système à la gastrolâtrie qu'il décore du nom de gustrosopMe ou sagesse harmonienne ! C'est à en avoir des nausées et en perdre l'appétit pendant quinze jours après l'avoir lu. Nous nous bornerons à quelques citations ; car il eût été facile de composer un volume de ces tableaux de goinfrerie, tant ils occupent une large place dans le système phalanstérién :

« Les rois, avec leur attirail d'officiers de bouche, ne peuc vent pas se procurer une chère aussi délicate que sera celle c du bas peuple harmonien. Us ne peuvent pas avoir option c sur divers bouillons à. parfum naturel ou légumineux ; on < masque leurs bouillons par des jus et des coulis ; leurs cui- € siniers n'auraient ni le talent ni la patience de leur faire 4 un assortiment en bouillons purs de viandes et de légumes.

Ces cubiniers de cour soni encore plus inférieois sur beau-

cooii de meu qu'ils croieiit audeisovs de lear dignité

Ces niffioenens de qii»Uié, qu*an roi ne peut pas se proeurer, •#ni Meures «u plus pauvre des barmoniens. Ne mangeàl-ll qu^une omeletie» une salade, il pourra se dire : Jt $mê béem wmvs nm f^e ie$ roiê etmliêéê. En effH, on ne counati pas cbei nous les distineUens de saveur sur les œufs provenant de divers systèmes de nutrition des poules; un roi est obligé de se contenter d^œufii aebetée au basard et dont quelques uns sont de mauvais goût avec une belle apparence.

< Humainement {Mrlant, la ibèseest qu'un ro4, avec

tous ses trésors, ne peui pas servir à sa table du fromage poyr tous ses convives; car il faut en service harmonique de fromage présenter trois séries : I® des espèces, t® des variétés de cbaque espèce, 3<» des i^ de cbaque variété. Cette distinction en trois écbelles exigera environ cinquante nM>reeaui de fromage fraîchement coupés, tors même qu'on ne tablerait que sur trois espèces, conM^e Gruyère, Gei et Brie, les plus employés à Paris, où l'on voit sur les meilleures tables , et sans doute chez nos rois, servira peine trois morceaux de fromage sans aucune échelle d'espèces , m de qualités, ni dV^es. Les plus pauvres des barrooniens jouiront de cette variété refusée à nos rois«.. Un homme oserait-il dire à la table du roi : Ces trois fromages ne sont pas ce qu'il me faut ; je veux la sorte très salée , yeux ■Myens, larmes abondantes, chair compacte, sans élasticité et rougeâtre vers la croûte I Un tel homme serait traité de manant; on doit trouver tout bon à la table du r^i , si on veut obim^ir une sinécure. C'est ainsi que les civilisés sont à chaque pas b^rceléspar les convenances, obligés démodérer leurs paapons. Le charme dea bamnonieHë sera de ne les modérer en rien, et ^e pouvoir exiger telle qualité sur la croûte et la mie du fromage (I). i

(1) Nowoêmu Monde industriel , p. 820.

Malnteiiatit, nous le demandons à toui esprit sérieux, esi-ii l^ermis de iraiier ainsi la question sociale et de faire dépendre sa solution de considérations aussi futiles, nous serions même tenté de dire aussi niaises, s*il ne s'agissait d*un homme de génie î

Tel est le culte que Fourler rend à la gourmandise, que ses harmoniens doNent faire cinq ou six repas copieux par jour ; aussi faotHl pour cela qu'ils soient à Tceuvre de bonne heure. Ne donnant que qvatre heures au sommeil, ils sont levés à trois heures et demie du matin, et leur premier solnestde se mettre à table. Il est ?rai que pour manger tant de choses , et des choses aussi succulentes, il faut a?oir de Fappétit; or, les plus simples lois de la phys'ologie nous disent que ni Tappétit, ni la santé ne résisteraient long-temps à un pareil régime; quant à son effet morale nous n*en parlerons pas pour le moment. Fourier a prévu cette objection et 8*en (ire au moyen de ses antienneê §ûitrê$opkigiÊes. c Je désigne par Ce nom, dit-il, un

< très petit repas, avant-coureur de repas , et choisi de ma-

< niére à exciter «a violent appétit au bout (Pune demi-heure. I On voit des civilisés essayer ce prélude par un verre d'âbsinf the; ce n'est pas là «ne antienne régulière qui doit se comc poser de solide et de liquide avec variantes, selon les dlspo-

< sitions où se trouve Testomac. On exercera chacun, homme 4 et femme, à bien connaître ses antiennes, afin d'arriver à

< table avec appétit et digérer avec facilité. L'harmonie pro- « dttira tant de subsistances qu'il faudra habituer le genre 4 humain à consommer quatre fois plus qu'en civilisa- € tien (1). I

Ainsi nous déplorions naguère qu'il y ett dans la société actuelle des hommes considérés uniquement comme machines servant à la production ; les voilà traités maintenant comme maehines appliquées à la consommation. Nous versions des larmes de sang, en contemplant le pauvre livré aux angoisses

(I) Nouveau Monde induttriei , p. 407.

de la faim; mais nous nous détournerions avec dégoût du porc à figure humaine recourant à rapotliicaire, afin de pouvoir goinfrer davantage.

L'on a reproché avant nous à Fourier de faire découler Tamitié de la conformité des goûts gastronomiques; à cela les journaux phalanstériens ont répondu en niant le fait avec des expressions de colère, comme c'est leur coutume ; à les entendre, ceux qui faisaient une pareille critique des œuvres de Fourier ne les avalent pas lues, ou. éuient Incapables de les comprendre : nous allons mettre nos lecteurs à même de prononcer en connaissance de cause, d'après un seul passage transcrit textuellemeni. c Amitié, — On en tirera un grand

< secours; mais le moyen de la développer en peu de temps c sera remploi des échelles et cabales gastronomiques. Bien « ne forme des liens si prompts que les affinités de goût, sur € tels mets, telle préparation, svrtout^s'il s'agit d'un goût bi-

< 2arre, ambigu et raillé par la majorité. C'est donc favoriser

< l'amitié que d'employer la ^{[astronomie en mécanique so* f ciale. 11 eût été plus noble d'attribuer à l'amitié ce système

< d'engrenages d'attraction industrielle que je fais reposer

< sur le sens du goût ; mais si je donnais ici la priorité à Ta-

< mitié, ce serait placer l'effet en première ligne et la cause f en deuxième. Je me garderai de cette erreur (i). >

Ecoutons-le pérorer sur les vilains goûts auxquds il attribuait de grandes propriétés dans l'organisation sociale :

« tes vilains goûts sont de treize degrés, dont les 8*, 9' et i suivanssont infinitésimaux en cas de dimension simple. > (Ici suit le tableau des vilains goûts qui occupe une demi*page de chiffres.) c Le I*' degré est celui qui ne compterait qu'un c couple sur 810 caractères (le i5* est celui qui ne compte f qu'un couple sur 2,418,255,776 caractères). Cette rareté du f premier n® l'expose au ridicule qui va croissant dans les de-

(1) If ouvea^ Mande induêtriel, p. 808.

t grés ftuivans. Pour en indiquer remploi , spéculons sur « un degré plus rare, comme les A* et 5*. < Trissotin, ami des raves, a le goût bizarre de les manger à demi cuites, légèrement amollies dans Teau chaude. Personne, dans sa phalange, n'en peut manger delà sorte; on les veut ou crues, ou tout-à-fait cuites. On raille Trissotin , qui s^obstine et soutient son vilain goût, c Vadius, ami des courges , se régale de courge toute crue assaisonnée de moutarde ; il ne peut trouver aucun amateur qui partage son goût.

« Les régences, qui font en tout pays un travail d'exploration sur rassortiment des vilains goûts, ont découvert que sur Tensemble de la province, peuplée d'environ 200,000 âmes, il s'en trouve une douzaine du goût de Trissotin ; mais que pour trouver une douzaine de collègues à Vadius, il faut recourir au tableau delà région entière comprenant 800,000 âmes.

( On en avise Trissotin et Vadius : grand triomphe pour eux, car il n'est rien de plus obstiné que les gens à vilain goût. €e sera une amorce de rassemblement pour ces originaux disséminés ; ils se réuniront ; savoir : c Les ravistes et Trissotin à l'armée provinciale de 5* degré.

c Les courgistes et Vadius à Tarmée régionnaire de 6' degré.

c Ils y jouiront du charme de manger et vanter en chorus les raves à demi cuites et les courges à la moutarde, se proclamer entre eux les vrais amis des raves et des courges, les soutiens des saines doctrines raviques et courgiques méconnues du profane vulgaire (i). »

On ne sait ce que Ton doit le plus admirer ici , de la profondeur de la pensée, ou du charme de l'expression ; Ton peut dire que Tune vaut Tautre. Ce n'est certainement pas là le

(I) Traité d'AttociaHon , t. Il , p. 452 et suiv.

faogage que Dieu met dans la bouebe de les prepbètes. dos lecteurs croiront peut-être qu'il est impossible de pousser plus loin la déraison ; ils ne sont pas au bo«i. Quant ^ nous , qui admirons sincèremeni dans Fouritr le profond analyste de la civilisation, et rinventeor des premiers rudimens de la synthèse sociale , nous aurions volontiers agi à son égard comme firent Sem et Japhet à Tégard de Noé leur père; nous aurions couvert d^un voile respectueux les écarts de cette bauie intdllgence, si nous eussions pu le faire sans danger, et M la Phalange, qui trouve tout parfait dans les écrits de son maître^ ne nous eût mis au défi d'y découvrir rien à^ extravagant ou de honteux. Quoi qu'il en soit ^ noos allons terminer, en fait de rêveries gastronomiques, par un tableau dont le ridicule dépasse toute créance. Que les personnes qui le liront n'y cherchent aucun sens apocalyptique ; c'e^t la description pure et simple, sans aucune figure, des joutes gastronomiques que Fourier voit dans l'avenir de la société. Que les gens graves nous pardonnent d'avoir poussé nos citations aussi loin sur une pareille matière.

c Sui4M>sons une grande armée de W degré, réunissant des « divisions tirées d'un tiers du globe, d'environ 66 empires

< qui ont fourni chacun 10,060 hommes ou femmes. Les 60 t divisions ou armées d'empire sont rassemblées sur TEu-

< phrate, ayant leur quartier général à Babylone. Cette grande

< armée a choisi deux thèses de campagne dont une en in-

< dustrie qui est l'art de rencaissement, fille doit encaisser ( cent vingt lieues du cours de FËuphrate,. selon des méthodes

< qudconques.

4 Ladite armée étant d'ordre majeur, a de jrius une thèse * gastrosophique ; c'est la détermination d'une série de petits

< pâtés, en orthodoxie hygiénique de 3n« puissance, à 52sor-

< tes de petits pâtés, plus les foyers, tous adaptés anx tempec ramens de 3*"' puissance , conformément au tableau.

4 Les 60 empires qui veulent concourir, ont apporté leurs « matériaux, leurs farines et objets de garniture, les sortes^

> de vins coBTenables i l«urB eipèces de petits piles. Qtibiqnc

< le g)obe paie les fra>«, cbailue empire (ail à son gré les ap-

< [ffovisioDneinenB pour la tb^ de balaillc

« L'aile droiie tm peiiu pâtés fareis. . . f Le eenire en Teto-ao-Teat à aaoee. . . c L'aile gauche ea mirliUNis garnis. . .

Nous abuserions de la palience de nos lecteurs, si nous suivions Fourier jusqu'au bout de cette thèse extravagante où l^on s'aperçoit qu'il a eu la prétention de relever une matière qiril croit grave au fond par le charme et la légèreté de la forme ; on est à même de juger si cette tentative lui réussit. La Plutlange dira-t-elle encore que nous faisons des ouvrages de son maître une misérable critique littéraire ? £h ! mon Dieu non ! nous lui pardonnons volontiers toutes ces turlupinades sans esprit et sans goût « dans lesquelles il se complaît tant ; car elles sont en réalité la meilleure critique qu'on puisse faire de ses théories. Mais ce que nous ne lui pardonnons pas, c'est d'avoir pu gagner Tinsolent pari qu'il avait sans doute fait de fanatiser des hommes instruits avec de pareils moyens, de faire secte en déraisonnant au-delà de toute mesure, en un mot, de clore la longue série des divagations philosophiques par un bouquet, comme jamais feu d'artifice n'en eut.

Les relaiiom sexuelles sont la partie de la théorie sociétaire que nous abordons avec le plus d'embarras. Â cette heure, le rire malin qu'excite généralement le spectacle d'une folie dont on n'aperçoit que le côté comique, va faire place au dégoût que le cœur * ressent au contact de l'Immoralité. Que nos lecteurs nous pardonnent, si nous sommes parfois obligé de mettre sous leurs yeux des images révoltantes ; mais nous nous trouvons dans une position analogue à celle du médecin qui , pour procéder aux investigations qu'exige le traitement des maladies , est quelquefois dans la pénible nécessité d'exiger le sacrifice des saintes lois de la pudeur. Dans l'intérêt d'une critique désormais essentielle au progrès social, nous réclamons pour nous le même privilège, c II n'est pas vrai, dit Fourier, en parlant de l'amour char- Ci) Traité d'Attociation , t. Il , p. 4t^ ^et soif.

< Del, que Dieu lit créé la jAm belte dw pissions pour la ré>

< priner, coiopriiner, on>riDief au gré des législateurs, des

< morallklet el des pacbM- Dieu a créé l'homnie pour les

< mœurs phanéroganies. > Laissons l'écrivain douoer Inimèrae une première idée des mœurs qu'il appelle phaiiéro-

conférer sur les premières impressions , se concerter pendant que U phalange de Gnide est an vestiaire, c A neof heures et demie, le dessert est à sa fin, et l'orgue du caraTansérail annonce par une saWe la séance de la cour d'amour. On ?oit 8*on?rir les portes qui conduisent au salon de cour, et s'avancer les proto-fées qui , escortées de troubadours et corybantes, viennent, au nom de Tarchifée, inviter la caravane. A leur suite sont des groupes de bayadères et bayaders , bacchantes et bacchans qui se répandent dans la salle, entourent les voyageurs, prennent part aux vins mousseux et font sauter les bouchons, seton les leçons de sagesse données par Delille. c Bientôt la caravane «st entraînée, et rassemblée, dans un beau désordre , se rend au séristère d^amour. Les deux groupes confondus marchent sans cérémonial jusqu'à la salle du trône, où les chefs de la caravane présentent leurs hommages à Farchi-fée. Au bout d'une minute elle donne le signal d'ouverture, en élevant son sceptre. Les corybantes sonnent aux rangs; les gnidiens etgnidiennes quittentle bras de leurs hôtes. Alors les dignitaires d'amour, les fées et sylphides, les génies et les magiciens, disposent les colonnes de sympathie occasionnelle, et en moins de cinq minutes on entre en séance, c Gomment se passera cette séance qui doit terminer la

< journée? Je n'essaie pas d^en rendre compte (i). i

Vraiment! nous l'en dispensons très volontiers; il n'eût plus manqué que cela pour nous édifier. Passons à cette heure à un autre tableau où Fourier a cru sans aucun doute peindre l'amour avec le pinceau de l'Albane; et dans le fait, il y a entre eux la même ressemblance qu'entre l'eau fétide qui tombe dans un ^out et la source limpide qui jaillit du rocher. € Bastion , jeune homme sans fortune , a déchiré par im

(1) Traité d'Àtioeiation , t. I , p. 408 et suit. , en ooles.

< accroc son pins bel habil. Le lenilemaiii le groupe des ca- I mérisies, en faisant la ciiambre de Baslien , emporte cet I habil ji l'atelier des repriseuses, présidé par Célisnihe, dame

< opulente, âgée de 50 ans, et passionnée pour le travail des ( reprises perdues, où elle se prétend incomparable.

I Célianilie «ffectionne Basiieu, qu'elle rencontre souvent 1 dans divers groupes, où il excelle; c'est lui qui, au colom-

)»erj guère nains ridicule ; Mai» ce sera plus immoral que tout ce que aouft venoas de passer en reTue. Dans l*iaiposf4bilii^ où Q0U8 soflUMS de ciier en toa enlier le ehapitre f ntitalé : Les Transilimu karmom^et, en U irimmpkt dm mlmUe$ ccrimees, nont en eiirairons tootefols teeex penr initier nos leetears à ceue dégoùunie nuiière qne Feorier s'elwee d^enjolÎTer par des deuils lourdement faeéûenx, eemne à son ordinaire.

« Dans cet entr'aete, j'essaie de disposer en faveur de ma théorie les nombreui individna qne la ciTîlisatlen raille sur sur les bizarreries de goût on de earaeière dont eHe Ignore

rutile destinatien Il sert mienz de préinder par nne

binette qui, sans formnies abstraites, familiarise les étudians avec la question la pins ardne qne pniase présenter la théorie du moiive«ient soeiali^... Les transitions sont en équilibre passionnel ce que sont les chevilles et embotte^ mens dans une charpente-.... Ces ressorte d'espèce an^iguë sont généralement méprisés et ridicnlisés dans Fétat

actuel On va se convaincre qne la raison humaine se

montre biea novice et bien mal avisée dans aes critiques svr les passions dites bizarres et sur leur docte créateur (pardonnez lui , mon Dieu), qui ne les anraient pas données âi rhomme, s'il les eût Ingées inntiles au bien général. Quel honneur pour une vieille poule eoriace de isire les frais d'nne discussion «i transcendante ! »

fl Au fait certains estomacs sont affadis par la voinille grasse et se plaignent qn'elle leur soulève le eosnr. Ils préfèrent un coq mariné de trois ans et une poule âgée et macérée. Ces vi:indes faites ont beaacoap de savear; elles s'attendrissent et deviennent toniques à L'aide de saaoes et

apprêts qui les mortifient Sur 50 indiWdns il s'en ren

contre au moins an qui a ce goût bizarre ; on ea ttommr^ donc 24 d^s une phalange contenant 1,960 soeiéiaires audessus de l'âge de 15 ans, y compris les femmes. > I Ces partisans de vieilles poules mariaées ei aecommo-

I <l«es en bTui»ière uu en gâluline, tormeiit, datiG la série îles I consommaieure de poalels. un des quatre groupes de tran-

< TranBitionamérieure. Valaille» trop jeuii<«.

et mettons en regard des goûts gastronomiques les goûis amoureai eorrespondans :

Transition pottériaire. Volailles faisandées. Femmes septoagénaires

et an delà.

— Qltérieore. Volailles rieilles. Femmes de tSO à 70 ans.

— citérieore. Volailles non faites. Jennes filles impubères.

— antérieure. Volailles trop jeones. Petites filles de 7 è 8 ans.

I Les transitions , dit Fourler, sont la partie la plus sa-

< vante, la plus miraealeuse du mécanisme d'harmonie...

< Elles donnent le moyen de rendre le jouvenceau ami emf pressé d'une dame surannée, galant et passionné près d'elle, c sans aucun . motif d'intérêt, i A cette occasion, il nous peint avec le coloris qui lui est propre les amours de >alère, jeune homme de vingt ans, pour Urgèle, dame Agée de quatrevingts ans ; puis il ajoute :

< .Je plaide ici la cause générale ; car chacun a sa part de ( bizarreries... Toutes ces originalités sont distribuées par le f Créateur selon les convenances de l'ordre sociétaire, et y c trouveront d'utiles emplois.

f Par exemple, en 1818, on traduisit devant les tribunaux c un jeune Champenois d'inclination vraiment bizarre ; il

< avait la manie de violer toutes les vieilles femmes ; il y en c avait six plaignantes, dont plusieurs de 70 à 75 ans. C'était i bien là une transition postérieure ou extrême de série en c fait de penchans amoureux. C'était tenir en amour le même c rang qu'occupent en gastronomie les amateurs de vieilles^ c poules (i). >

Nous ne demanderons point aux phalanstériens si le viol fait partie des lois du régime sociétaire; car nom savons d'avance la cynique réponse qu'ils nous feraient : < Quand le c genre humain aura adopté les mœurs phanérogames , di-

< raient-ils, ces vieilles femmes n'attendront pas qu'on les

(I) Traité d*Àuocûttionj t. I , p. 44.

f viole ; elles s'estimeront trop heureuses d'avoir les bonnes c grâees d'un jeune homme. > Ne nous arrêtons pas à repousser eetteaffreusejnjurefalteàla vieillesse féminine, mais passons à la transition antérieure, qui s'applique , en gastrononiie , à celui qui aime les volailles irop jeunes, et, en amour, à celui qui désire les petites filles de 7 à 8 ans. Si ce n'est pas par le viol que ce dernier parvient à satisfaire sa " passion, ce sera nécessairement par des moyens de corruption qui ne seront guère moins odieux. Et c'est Dieu , dites-vous, qui a fait naître en lui cette passion criminelle ! et vous prétendez avoir mission de l'utiliser dans l'ordre social! On ne réfute pas de pareilles doctrines; im les expose.

La Pàidan§0 du 27 septeoibre dernier nous a taxés de calomnie, parce que nous avions dit que les mqeurs phanérogames feraient de la société un sale lupanar. Nous avons calomhié>il est vrai ; il faut aujourd'hui que nous le reconnaissioiis; en. conséquence , nous en demandons pardon aux teneurs et aux teneuses de mauvais lieux de tout étage ; car ce sont eux et non le Phalamtère qui est calomnié, il est de fait qu'ils seraient en droit de nous traduire en police correctionnelle si nous les accusions de donner asile à certains actes qui trouvent leur panégyrique et leur place légitime dans la théorie sociétaire. Cependant, avantde dénoncer au bon sens et h la pudeur publique de si honteuses docirines, hâtons-nous de déclarer qu'elles ont pu fausser l'esprit de Fourier et de ses sectateurs, sans toutefois corrompre leurs mœurs. La vie de Fourier fut , nous aimons à le croire « l'opposé de sa morale , et le peu de phalanstériens que nous connaissons sont des gens de mœurs irréprociiables. Toutefois le caractère honorable de M. Considérant et le spiritualisme pratique du docteur Pellarin ne prouvent pas plus en faveur des mœurs phanérogames et du grossier sensualisme de la théorie sociétaire que les mauvaises mœurs et la dureié de cœur de certains catholiques ne prouvent contre les principes de pureté et de charité qui sont la base de la doctrine chrétienne. L'or-

pour séduire ceux qui croient à rinfaillibilite de leur esprit , tii€$ foUeê dont U roUonnemeni a banni la rai$an. En effet , c*'s doeirineft découlent de leur principe fondamental par un encbatneRMnt d'idées parfaiieiuent logiques. Or ce même principe que la religion condamne est malheureusement de nature à capter Tesprit humain livré à lui-même ; tant de gens, au lieu de reconnaître Tarbre à son fruit, ne veulent pas démordre d'un jugement formé à priori . Dépendant dites-nous, rigi des Ic^ciens, quand vous êtes amenés, fût^epar Talgèbre en personne, à des conséquences aussi révoltantes que celles que nous venons de voir, n'étes-vous pas tentés de vous retourner atec colère contre le principe dont voqs êtes partis et de le couvrir de vos crachats?

L'erreur fondamentale qui adonné naissance aui théories morales de Fourier est la négation du péehé originel et de ta déchéance humaine qui en fut la conséquence nécessaire ; c'est pourtant là un fait qui repose sur des preuves bien aui re ment solides que cdles dont nous avons vu naguère la Phalange se contenter à Pappui de sa cosmogonie; Il est attesté par une tradition universelle, et peut seul d'ailleurs nous donner la raison des souffrances auxquelles Thumanité est^ujette, et du désordre mêlé à l'harmonie de la création. Que ces souffrances soient destinées à disparaître un jour entièrement, selon les phalanslériens, ou à être considéraUement allégées par la vertu et la seience, comme nous en concevons l'espoir ; que les phases de l'existence humanitaire aient leurs. analogues dans la vie individuelle et même dans les changemens qui surviennent à l'état du globe, c'est ce que nous admettons volontierSy et ce qui, loin de démentir le dogme du péché originel, le confirme pleinement ; car il était dans l'ordre universel que le fait principal se réfléchit dans les faits secondaires, et que la sentence, qui frappait l'homme fût écrite partout dans le domaine du genre humain.

Croire que Dieu est à la fois le principe du bien et celui du mal , est aussi absurde que de croire qu'un homme puisse

faire roule à la^'ois dans deux direciious opposées ; car le bien est pour charnue être raccompUssemeui de sa propre loi ; le mal est ce qui s'y oppose : or le Tout- Paissant, qui est à luiincnie sa propre loi « ne saurait être sous Tenipire du mal , ne fût-ce qui! pour un quinzième , eomme Taffîrme gravement Fourier.

L'homme, créé à Tijuage de Dieu, serait resté dans les conditions du bien, sans mélange d'aucun mal , s'il eût contitiaé à suivre là loi de son principe ; voyageur fa talemeui libre, au lieu de consulter le poteau indicateur placé pour lui à l'angle du chemin , il a eu le malheur de croire aux suggesliods de son «nnemi, dont l'intérêt était de Tégarer : dès ce moment il a fait fausse route , et le mal a eu accès dans le monde* C'est de ce point de vue en quelque sorte mathématique'qu'il faut considérer les peines encourues par l'humanité, pour avoir rompuson unité avec Dieu; elle s'est placée elle-même en dehors de sa loi, et a dû nécessairement rencontrer le mal. Dieu, plein de respect pour la liberté de l'homme , mais mu par sa tendresse paternelle , n'a pu que semer sur sa route des avertissemens salutaires , afin de l'engager à rentrer dans la voie qu'il n'eût jamais dû quitter , et qu'il ne peut plus regagner désormais qu'à travers champs. C'est pourquoi il arrivera souvent que les aspérités du sol seront teintes de son sang et arrosées de ses larmes ; les ronces emporteront les lambeaux de sa chair ; mais il y va pour lui d'un si grand intérêt, que, s'il est fort et sage, il supportera courageusement ces poignantes douleurs. II sait d'ailleur« que la manne cachée est donnée au vainqueur (1).

Que ne pouvons- nous faire comprendre à tous ceux qui cherchent la solution des questions sociales, comme nous le concevons clairement nous mêmes, que l'homme ne peut recouvrer ses titres perdus qu'au moyen de la vertu , et qui; la société humaine ne peut retrouver sa loi naturelle depuis

(I) Apocalypse» chap. ii , v. 17.

tong-tempt lelIrecloM poor elle , qu'au moyen de U science humble et pieuse ! Or la verMi • c'est le beo ei utile emploi 4e la force morale des individus, et il n'y a pas plus de Tenu possible sans sacrifice, qail n'y a de science possible sans étude. Au surplus, ceux qui nient la déchéance de l'homme . font acte de logique, en niant en même temps la nécessité du sacrifice individuel qui seul constitue la vertu. En somme, la doctrine de Fourier ei»t ce qu'on appelle en mathématiques U f^renft pMT Cakiurdê de la vérité du dogme chrétien. En cela du moins , elle a droit à notre reconnaissance. . Nous ne sommes pas au bout de notre analyse des théories de Fourier, et déjà nous nous demandons avec une certaine inquiétude si en frappant, comme il était de notredevoir de le foire, sur ce qu'elle contient de subversif , nous ne compromettons pasles principes vrais d'association qu'elles sont venues révéler au monde , et que nous essaierons de mettre dans tout leur jour. Mais non, notre loyale critique ne saurait être l'occasion d'un pareil malheur. Nous pensons , au contraire , que le bon sens universel aurait toujours repoussé le principe d'association , seule voie de salut qui soit ouverte à l'humanité , tant qu'on aurait vu ce principe aecpmpagné de l'abominable cortège d*^reurs que nous avons décrites.. Nous faisons à l'égard de la théorie sociétahre ce que le colon des Amilles fait à l'égard de la racine de manioc; c'est encore là une analogie dont nous osons gîirantir l'exacte vérité. Chacun sait que le manioc est une plante dont la racine pulpeuse contient une excellente farine intimement unie à un suc véfiéneux ; quiconque mangerait du manioc , tel que la nature le prodoit , serait instantanément frappé de mort. Pour Ater à cette racine sa propriété délétère, on en exprime soigneusement toute son eau de végétation ; dès lors elle est sans danger , et fon en fait un pain exquis connu sous le nom de cassave. En conséquence, le meilleur conseil que nous puissions donner aux disciples de Fourier serait de traiter de même la doctrine de leur maftre. Qu'ils m)qs l'apporlenidonc sous

fprntç de cs^89^e et purgée de ce qui en fait un poiaon mortel pQur l'ordre social ; c'es^ alors que »ou^ la r^çerrops avec profil et reconnaissaiice.

Il est fâçbewx que ces Jipn^fnes, d'i^illeurs 9i plejns d^ s^yplr et animés des meilleur^ intentions , n'aient pas so^gé ^ f^fre leur profit de^ trois premier^ 4«^ s^?e préceptes que l'IJi^ropbante imposait au récipiendaire av^intde Tinitier au^ mystères d'Eleusis :l^FlDE Deo;2^ DiFFiBETiBj; 5*> Fac pr^pria. Fie^vous à Dieuiim t$ révélé ses lois à Vhommf. Défie^-^ousde Viniis-m4me, lorsque vous les chercher à Paide d^ votr^ raison. Ne fûitffs et ne proposiiz que des choses qui n^ soient pus repoussées pqr l^ c<mscienc(t universelle^

Quand un système faux a trouvé des prosélytes ^ ne fût-^e qu'au nombre de trois et pour l'espace de six semaines , il est moralement impossible qu'il ne contienne pas quelque ebose devrai; or il serait peu sage de repousser uue vérité utile, par Tunique raison qu'elle se trouverait mêlée à de dangereuses erreurs ; et la folie ne serait pas moindre d'adhérer à ces mêmes erreurs , en considération du principe vrai sous les auspices duquel elles se présentent. En pareil cas , l'œuvre du philosophe consiste à dégager l'élément vrai des divers élémens faux, dont se compose le système; telle est la tâche , plus difficile qu'on ne pense, que nous avons osé entreprendre et (pie nous achèverons , s'il plaît à Dieu de nous prêter assistance.

11 nous serait impossible^ à mpjnsdef^ire u^ livre à propos du sien, de suivre l'auteur du Jratit^ rf'Alio«a(^ daps sa

théorie d^équilibre des passions. Lui qui a tant reproché à la philosophie ses formes abstruses et sa phraséologie creose , c'est aa moyen d*nn Térilable grimoire qu'il enseigne h modérer les passions les mies par les antres, en donnant à chacnne d'elles son libre essor. Qne le lecteur , curleui de connaHre cette algèbre d'un nouveau genre , et doué d'une forte dose de patience, entreprenne la lecture du lin^ IV, section septième, du Traité tPAstoeiation; il y verra que c les ralliec mens passionnels sont une mécanique à* seize rouages , où

< chaque équilibre d'amitié, d'amour, d'ambition « defamilîsme, dépend du concours interne de ses quatre ressorts

€ et du concours citerne des trois autres ralliemens équHi-

brés de même k quadruple ressort. >

f L'équilibre combiné de oes quatre quadrilles d'accords c produit l'équilibre pivotai ^ ou unitaire, but collectif de € l'association (I). »

A cela beaucoup de gens seront tentés d'ajouter : Voilà u qui fait que votre fUle e$t muette. Toutefois nous n'en ferons rieo, tu que nous sommes parvenus , à force d'a[^licatiott , à comprendre la théorie d'équilibre passionnel; mais c'est précisément parce que nous la comprenons que nous la combattons. Quant il ceux qui la soutiennent , comb^^ y en a-t-il parmi eui qui soient à même d'aûiriner qu'ils la comprennent ? Au surplus , voici ce que nous pouvons extraire de plus clair de tout ce que Fourler a écrit sur celte matière :

€ Les passions sont l'ouvrage de l'éternel Géomètre , il ne « lès a pas créées inutilement; elles ont un emploi; il a'agii € de le déterminer par des règles fixes. Des milliers de théof ries sur la morale et l'équilibre social nous persuadent que « la modération et la répression sont les voies de sagesse , I undis qu'on n'arrive aux équilibres sociaux que par wi

< vrnie ééveloppemmU de$ passiom , m essor iUimité^ mais

< contrebalancé par quadruple impulsion (2). >

(1) Traité à^Attoeiaiion , t. il , p. 484.

(2) td$m , p. 547.

I 11 fatU entin s'entendre sur ces chimèrei de modération ; c elles se trouyent confondues , lorsqu'on les met en paraif lèle a?ec les vrais équilibres qui se fondent sur des contrec poids et non sur des répressions (1). >

c Tel doit être le jeu des passions: Dieu n'a pas créé ces c ressorts de nkouTement pour les réprin^er ; il veut au

< contraire leur donner Pessof le plus actif, sauf les emplois c indiqués par synthèse de Fattractioii /et sauf à en régulac riser la marche par les contre-poids dont la théorie nous c restait à découvrir, etdont je viens de donner , sous le nom c de ralliement, un aperçu qui relègue au rang des vivions f toutes les billevesées de modération (2). i

En fait de billevesées , le seigneur Fourier n'a rien à envier à personne , et de toutes celles que nous avons passées en revue jusqu'à présent, la prétention de tenir les passions en équilibre et de les modérer les unes par |es autres , en donnant à chacune d'elles un libre essor y n'est pas la moins oiitrecuidanfe. Mais voici sans doute Finterpelhition qui nous sera faite par ses zélateurs; < ^i vous compreiiez l'équilibre

< passionnel , précisez donc en quoi cette théorie vous sem-

< blé en défaut. r'Or , notre avis est que cette théorie est irréprochable en tous points., et qu'elle répond victorieusement aux objections que les esprits vulgaires seraient teuiés de lui faire. Cependant nous en connaissons plus d'une dans le même cas, et qui n'en sont pas moii s des théories^sans valeur , et parfois de véritables pièges tendus à l'esprit humain par l'ennemi de sa réhabilitation; en voici une pour exemple.

II s'agit de faire tenir un œuf dH)out sur une table de marbre sans le casser. Or nous déclarons qu'un moyen infaillible de réussir dan» cette tentative est de poser l'œuf sur la table de manière que la li^ verticale qu'on suppose abaissée de son centre de gravité passe exactement par le point où

(1) Traité d'Àitociation , t. Il , p. «49.

(2) Identy p. ^Hl.

r«ttr eêt «B eoniiet avec la uble. En «fiét , cette ligne ?erticale éunt préeitémeni eelle suitant laquelle se ment la résulunte de toutes les forces fMrtielles qui soUieitent Tœaf à graviter vers le centre de la terre , et passant par un point qui lui fait résistance^ il n'y a aucune raison pour que le corps soit attiré d'un côté plutôt que de l'antre : .dopcTcsaf, placé dans ces conditions, restera en équilibre sur l'un de ses pôles. Voua* disonsnoui , une déquoo^^raMon rigoureusement juste en théorie , et nous croyons avoir fait Hn9 concession immense à Téquilibre passionne) 9 en le pla^ çant dans la même catégorie. Apre» cela , qu'on essaie , si Ton a du temps à perdre , de faire tenir un ceuf debout sur une table de marbre, et si Ton réussit, nous l*iroos dire à Rpme.

Chacun sait comment Ciiristophe Coiouib s'est tiré d^ cette difficulté : ce fut par une escobarderie contre laquelle on ne s'était pas mis en garde &4ns î'énoncé du problèipe : il posa l'œuf sur la table çn lui imprimant an çboc auffisant pour en aplatir tant soit peu le pôle et y créer une petite base superficielle, au li^ad'un point unique de support. C'est |in fait remarquable que cette {faisan terie renferme la solution de la question sociale, fin effet , bien que nous admettions volontiers que le législateur doive s'eiforcer d'organiser la société , comme si les individus ne de^4ient avoir aucun frein moral, qu'on soit bien convaincu qu'il ne fonderait rien de stable , en l*4bsence d'un code des devoirs respecté par les masses. Pour nous, nous ne nous contenterions nuUementd'une base morale quasi nulleV comme c^e de Tceuf de Christophe Colomb ; loin de là, nous adopterions volontiers cette belle et juste sentence de M.iGuizot : i H importe querélénaent moral soit égal à Téléf ment social. > Ce que nous avons eiprimé nouMnémes beaucoup moins bien, en disant que la société ne sera constituée harmonieusement que lorsqu'il y aura autant de vertu dans les individjus que de sagesse dans les institutions^

Le plus simple bon sens ne nous indiquet-ilpas en effet que si le bonheur consiste à satisfaire tous nos désirs , il est au

moioç prudent de désirer avec Qiodéraiion » puisque c'est le inoyeode rapprochfr de uoui le but auquel iious aspirons. Le quatrième dei seize précepte enseignés À ceui qti'on initiait aux mystères, d'ËJeu^is , et dont nous avons déjà cité les trois premiers, était : Castas fumde preiC£S ; Soyei^ choile dan$ vos vcbux. Fourier est le premier socialiste qui Tentende autrement; or, comme il aime à mettre ses théories en action , laissons-le peindre lui même le sortquM assigne aji plus pauvre des honimes, en régime liarmouien :

c Nous blânions le pauvre de désirer un million ; nouSTap- « pelons visionnaire « quapd il rêve à gagner ce million par € des jeuK de loterie : le contraire a lieu enharmonie, o^ chaf cun blâme le pauvre de ne pas désirer cent millions et une c souveraineté du gioJ)e , soit de mérite âçquo.» soit de/o/eri«

< CARACTÉRIELLE. I

C Irus, le plus pauvre des hpmmes, peut devenir Fégal f d*Hou^ère /composer des poèmes aussi fameux et moins en- I nuyeux queT/Itadé^ Supposons que le globe , quand il sera

< au cpuiplet d'environ quatre millions de phalanges, adjuge à f Irus, par ni:«jorité de votes, deux sommes de \% fr. pour

< deux poèmes qu'on jugera supérieurs à VlUade et l-Odyuée. (Irus, pour prix de ces deux ouvrages, possédera environ ( cent millions de francs , au grand contentenient du globe, i qui , satisfait d'avoir deux beaux poèn) es épiques , souliaic tera qu'ltus en gagne encore autant à pareille condition. -H

< conviendra donc que le plus pauvre des êtres , homme ou

< femme, aspire dès le bas âge àd'ininieoses richesses, à un

< gain de ceut millions (I). I

Quiconque ferait dilHcubé de se rendre à un pareil argument se montrerait bien exigeant; mais laissons-le continuer :

< Nonobstant cette fortune, Irus pourra être promu au f trône électif d'ambition donné à ceux qui excellent dans les

(i) Tritilé d*ÀuociatiaH , I. 11 , p. âl7.

scieiicei el les arts. Ce sceptre est annuel ; Iruspeuly être nomiué pour un an ; le voilà devenu Fan des omniarque» dn globe, et du gré da monde entier. Il est donc louable à tout homme ou femme d*aspirer à Tun des sceptres du monde entier , puisque le nM)nde trouve son plaisir à créer ces sceptres , beaucoup plus productifs que dispendieux ; on en verra la preuve.

t Inis, dèsson enfance, à fait preuve de mérite supérieur dans les petites bandes ; plusieurs actions d'éclat Font fait connaître au monde enfantin par la Gaxette de la Chevalerie, et il a été nommé, à Fâge de 15 ans, haut roitelet du globe (dignité qui alterne d'un an sur trois entre les petites hordes et les petites bandes). Ainsi deux sceptres du monde sont échus à Irus^ valait-il mieux quMl ambitionnât la iiiédiocrilé philosophique?

< Rien n'empêchera qu'Irus parvientio. à d'autres omni;*rchats, ou du moins à quelques degrés 12, Il,i0 de sou veraineté. Tous les sceptres lui sont accessibles, sauf le n® 5\ monarcbat héréditaire; mais ce degré peut échoir à Tun de ses enfans ; il se peut que sa fille soit la plus célèbre vestale du pays , et soit préférée par Tomniarque héréditaire du globe , si ette se rend à une armée unitaire où cet omniarque viendra faire choix d'une génitrice. Irus luimême peut, d'après sa renommée, avoir été choisi pour géniteur par Tomniarque dn globe , et peut se trouver père de l'héritier ou héritière du sceptre familial universel n^ 5*. Cette chance est de loterie autant que de mérite^ car eHe repose en partie sur la beauté, qui pour chacun est loterie de formes, faveur de nature , et non mérite acquis, c En considérant qu'Irus peut avoir des prétentions aux dix sceptres du monde , que toute femme pauvre peut avoir les mêmes prétentions , puisque les sceptres sont masculins ci féminins dans tous les degrés, on concevra que les êtres les pitis pauvres aiment un pareil ordre et approuvent celte échelle de souverainetés, dont qu<'lqu'unc doit échoir, si-

f iM>ti à eux , au moins à leurs enfans et amis. C'est un es- « poir que chacun est fondé à nourrir, et sans se faire c illusion ; car si l'on n'atteint les souverainetés omniar- « cfaales , OD peut obtenir celles de n^ inférieur , notamment i les bas degrés i, 2, 5, qui n'exigent qu'une célébrité locale I et vicinale , puisque le degré n^ 5 ne dépend que dessuff frag«s d'une douzaine de cantons, le degré n® 2 que de 5 i à 4 cantons , et le degré n® 1 que de la seule phalange (I). ». A vrai dire , nous avons peii^e à comprendre comment le malheureux qui se sera bercé de l'espoir de devenir omniarque , c'est-à dire souverain du monde , s'estimera heureux , car c'est là que gtt toute la question , d*étre nommé maire de son vUlage , ou de voirquelqu'unde sesamis l'être. D'ailleurs , comme dans tous les cas ce ne peut être que le petit nombre des ambitieux qui parviennent à obtenir un rang quelconque, même le n® i, il n'est rien moins que prouvé que dans l'intérét de leur bonheur , c l'on devra inspirer aux enians une c ambition sans bornes , ou , pour mieux dire , abandonner c la passion à son cours naturel ,,k l'essor illimité , ennemi < des désirs modérés (â). > Il est évident , au contraire , que cette tactique préparera nécessairement à la ]^lnpart d'eux de cruels désappofntemens.

c II conviendra , continue Tauieur, que chacun aspire aux c magnatures oraniarchales du globe, afin d'arriver au moins f à quelque degré inférieur, de même que, dans leç écoles, i il est louable de prétendre au premier prix , sauf à se cpn- 4 tenter du deuxième, troisième ou quatrième, si on ne peut I pas atteindre plus haut (5). i

Halte-là! Ne perdons pas de vue la proposition que Fourier s^est engagé à nous démontrer : il ne s'agit pas ici de ce qui est louable ou blâmable ; il vient tout à l'heure de nous

(1) Traité d'Ànoeiation , t. II , p. »17.

(2) Idem, p. 525.

fZ] Idem»

dir« que c'est pour te plus grand txHnheur den homnies qv'it s'attache à leur inspirer des désirs imtttodérés, et nous sommes encoire à ehercber dans toni tion radotage la preave si sotennelleroent promise. Loin de là : nou6 y voyons la preuve contraire ; l^r nous voici à cette heure retombés dans l'antinomie qui est la pierre d'achoppen>ent de l'économie sociale, et qui nouer montre le bonheur individuel sacriGéà Un but politique , antinomie qu'il eal du reste impossible de résoudre en dehors du (Jhrfstianhinie.

Nous sommes à même d'apprécier , par ce qui i)récèéft , à quel point la théorie d'équif.bre passionnel aurait la propri^é de contenir l'ambition dans de justes b(»rnes , sans lui appliquer ancdne compression morale. Mais qu'on se figure main tenant la plus explosiblè de tontes les passii^us , l'amour, soumis an mém« régime <et tenu en équilibre, en vertn du n«émè calcul. IQnoi ! l'amonr, abandonné à un essbr illimité et nnttement contenu parla morale, ni la religion, n'armera jamaisdeox rivaux l'un contre l'autre ! Llnfidéiîté d'nn des deux époux, en déchirant le câeur d(^ l'entre , nié le portera pas à quelque excès! Peut^irè,èn effet , la promiscuité d^adérat-elhe le moral de l'homme an point d'éteindre en lui ces dernier restes de vie. Ces questions et une foule d'autres de même nature restent donc sans solution dans la théorie d'équilibre passionnel. 11 est vrai que FouHer nous donne à entendre qu'il les aurait résolues par dessous la jambe , s'il l'eût voulu; m;iis il a dû reculer devant la béguelilêrie du public qui aurait mal pris ses explications, c Lacune forcée, < dit-il à cette occasion , par te préjugé qui m'oblige à supi primer la partie gracieuse du calcul des ralliement, le quai àriWé d'équilibre amoureux :

Rallibmbmt d'amour. Modb.

<f Par le feat i . Aicendaiii

a Par Cangelical ] de Pinrériear au supérieur.

K Par le faquirat ) Descendan'l

it Par le pivotât | du supérieur à Tinférieur.

r Là ^nppr^àBkon de ces q4>atre artieles t^i d*auiaAt plus ( génaiitâ pour moi qu'ils auraient désappointé les malins ( portés à supposer qu'une tliéorie de libre amour est une t théorie d'obscénités (f). >

Oh ! quant à nous , nous ne sommes pas de ces malins-là. Nous savons de longue main que les moeurs phanérogames sont excessivement pudibondes ; atisst nous est-il diffîèile de deviner quel préjugé vulgaire a pu détourner Fourier de nous exposer sa théorie de libre amour. Ëst-cé que par hasard il y entré tant de pudeur que le public en aurait éié scandalisé? A parler franchement, réquilibristè noua faRicî un peu l'efi^t de ces bonrties boikinfêres qui coilnànencent par crier bien haut qu'elles ne vous diront pas certaine chose qu'elles savent et que vous auriez grand intérêt à savbir aussi, mais qui bientét, ne pouvant retenir leur langue, babillent tant sur lesujet qu'ellesprétendaient vous tenir caché, qu'elles vous le fo ht savoir tout a^i long. kVnsi voua ne Isâurez paé , vous autres encroûtés civilisés, que l'équilibre passibnnel exige qt)e noili^ adoptions^ lés ïiiœurs de la planète Herschell — ÉCouieÈ plutôt :

€ Le pivotât est jun iieti d'atnovir composé , ataour omnif lÉ^ode ^ y qui s'annalgame aVec-ious les autres. Oh appelle f pivotale une affection qui broche sur le tout, à laquelle on

< revient périodiquement . et qui se soutient en concurrence c avec d'autres amours plus nouveaux et plus ardens.

c Tout caractère de haut titre, bien équilibré / doit avoir

i en harmonie de^ amaiiies pivotales, ou amans pivotanx ,

i non compris le courant, c'est-à-dire les amours de j!)assions

i succiessives ei le fréllrt , oh àiWDurs de passade, c^ul sont

V très brillàns en harmonie, vu les passages de légions d'un

( et d'à\itre sexe. Ils donnent lleii à tous les couples d'amans

< de conclura deé trêves dé quelqiiies jours, lesquelles trêves c ne sont point réputées infidélité , pourvu qu'elles soient

< régulières, consenties réciproquement après coup, et

(1) Trailé (PÀstoeiattun ^ l. Il , p. MO.

< enregistrées dès le leudemain de la variante , en ebancelc lerîe de la cour d*amoar » attn de démentir rinteation de f fraude cachée.

i Ces contâmes, je le r^te, sont cdles de la planète

< Herschell , qui , n'étant point honorée des Inmières de la c philosophie, ni des maladies syphilitiques , suit en amour c des usages fort opposés am nôtres (i).

c Des milliers de théories sur la morale et l'équilibre so c cial nous persuadent que la modération et la répression c sont les voies de sagesse. Je viens de prouver dans Taperçu f des ralliemens cardinaux , qu'on n'arrive aux équilibr*^ soc ciauxquepar un vaste dévdoppement de passions , un es- € sor illimité « mais contre-balancé par quadruple Impnlf sion (2). I

Ne nous exposons pas au reproche de critique déloyale que ne manquerait pas de nous adresser la PAo/on^^, si nous lal<^sioiis ignorer à nos lecteurs que Fonrier entend faire aussi la part du principe spirituel dans sa théorie d'équilibre, et qu'il donne même, à l'en croire , la prééminence aux affections de cet ordre sur les passions d'ordre charnd. Mais en vertu de quelle autorité cet étrange législateiir çspère-t-il établir ta prééminence des premières sur les dernières? C'est ce que rien n'indique; d'ailleurs il faudrait bien peu connaître Ih nature humaine, pour croire que les moindr<^ sentiroiens tendres et généreux puissent germer ou subsister au sein de l'orgie. Cependant l'auteur, pour faire tant soit peu diversion à ses tableaux de mœurs phanérogames , déronle à nos yeux une institution présentant un caractère exclusivement spirituel : c'est ce qu'il appelle le vestaUu. Ainsi que le nom Tindique , les personnes appartenant à cette corporation font voeu de chasteté: ce sont des jeunes gens de Tun et de l'autre sexe auxquels de très grands honneurs seront rendus, en rai-

(1) Traiié iPAuoeiaiion , l. Il , p. H 10.

(2) Idem , p, 54«.

son de ce sacrifice qu*ils font à l'unité sociale. Fourier dit même, à l'ocoasion de ses yestales, des choses fort vraies, dont il est à regretter qu*il n*ait pas apprécié la portée :

€ L*accord unanimedes divers âges à diviniser cette corpo* f ration, ne pourrait s'appliquer à aucune autre classe; il c n^en est point d'autre qui jouisse de la faculté de produire c l'illusion chez les âges pubères et impubères à la fois, en « la fondant sur des motifs très opposés, l'amitié chez les c enfans, l'amour chez les adolescens. Ces deux illusions f concourent également au progrès de l^industrie dont le c corps vestalique est une des colonnes (I ). >

Sans contredit , la pureté et la chasteté de la femme eihalent un arôme qui porte l'ivresse dans le cœur et y allume le feu du véritable amour; et si la dame du moyen âge a pu , dans un siècle tout guerrier , inspirer à son chevalier les vertus que réclame le champ de bataille, il y a tout lieu d'espérer que, dans un régime de paix et d'harmonie sociale, la pudique demoiselle saura de même enthousiasmer son amant pour les travaux des arts , de la science et dei'industrie/Cest avec bonheur que nous rencontrons dans la tliéorfe sociétaire une institution présentant une certaine physionomie chrétienne. Toutefois, avant d'en concevoir trop de joie, examinons le veitalat harmonien sous toutes ses faces , afin de l'apprécier à sa juste valeur.

Ce n^est pas ici le lieu pour nous de dire ce que nous pensons des ordres religieux et du rôle important qu'ils sont appelés à remplir dans l'avenir. Nous nous contenterons de les caractériser en peu de mots , en disant qu'ils sont l'avantgarde spirituelle de la société; mais en économie sociale, il faut que tout se lie , c'est-à-dire qu'il ne doit point y avoir de solution de continuité entre l'avant-garde et le corps d'armée. En conséquence , les tiert-ordra servent admirablement à relier ensemble les corporations religieuses et civiles , à faire en-

(1) Traité d'Atto§iaUon , t. II, p. SIO.

trer d»ns le cl^^iire U connaissance du monde ei à Uire pariiciper le monde à la yerta do clofirc.

Ce serait donc , selon nous , une beur^SA idée que de iaii e p:)$ser la jeunesse des deux sexes , à Fige où l'komme ^i le plus porté à renj^bOQsbsme de la y4}r(u , par une 84»rie de 4^ongrégtUioii reUgieuse dont la règle fondamentale serait, b en entendu, Tobsenri^tion d'une austère cbast^té. Ce%ni, toute* fois « n'eropécberait pas les jeunes gens engagés dans ce tieri-^dre, de Yaquer à leurs étudM, à leurs occupations industrielles , ni enfin d'en sortir en toute liberté ^ dès que viendrait Tépoque de le«r étaUissemeui. Peuv-étre une pareille institution ne serait-elle paa sans incop^inient dans la société actuelle, toute fondée sur Tindividualisme , et où réducation contracilve du foyer domestique Tiendrait certainement contrarier celle tout expansiye de rÉgUse;Qiaîs om verra plus tard qu'elle f st absolument indispensable dans noUrQ tribu chrétien ne. Quoi qu'il en spit, cette excnrsipn siir le terrain catholique nous a écartés du vettQlat , et c'est avec peine que nous y revenons ; car il nous en coûte de dire que celte corporation phalansiérienne n'a pas la moindre res8embla,nce avec les institutions religieuses que nous appelons de tous nos vœux. En effet , la vestale et le vestel , à part les bizarreries qui accompagnent toujours les conceptiona de Fonrier , seo^blent s^ pelés par lui simplement à remplir des fonctions anfitiognes. à celles de li dame et du chevalier du moyen âge; ce qui serait assurément une fort belle in^itution , si ce n'est que la mise en oeuvre nous en semble théâtrale et fausse , et que nous n'y voyons aucune base religieuse.

Au surplus , il est bon dç savoir au jusi^à quoi s'en tenir sur les vertus ascétiques des vestales et vestels dont 1^ phalanstériens se servent pour faire contre-poids dans l'opinion publique au dégoût qu'inspirent les mceu|rs phaatér^games, d'après le peu qu'on en connaît géujéralement.

f L'intégralité habituelle de gymnastique , en la supposant < soutenue et continue, depuis la basse enfonce et dans tout

4 le CMirs de U période d'accroissemeRt » {procurera aux ft»c ttooieits un avantage bien ineonnn et très inespéré, qÊd est c le retard de puberté. * (Leki que eet avantage soit inconnu et inespéré, comme le suppose ici FauCeur, il est îndubitaMe dans les circonstances décrites par lui, pour quiconqfue a la moindre teinture de physiologie.) c Un jeune habituant du 40' f éegré, élevé stlon eeite méthode, ne sera pas pabère avant f rage de 18 et même de 19 à 30 ans ; les (illes en pi<oporf tîott (i). » Nous ackneitons volontiers^ cette assertion. Or^ quelques pages plus loin, nous lisons ce qui suit :

c Au nom ^ vestales, on pourrait croire que je vais peinf dre des victimes cloîtrées, comme celles deTancienneRome; c il n'en est rien. Les vestales d'harmonie sont des femmes du < grand monde, admettant à leur compagnie des poursuivans c titrés. On les appelle vestales , parce qu'elle oonçervent la 4 virginité jusqu'à Page de 19 à 20 ans (2). »

G*est-à-d>re jusqu'à l'âge de puberté ou à peu près. U n'y a pas lieu, d'après cela, de taire sonner si haut la chasteté du corps vestafique, et l'on ne conçoit pas que ia société lui doive une' si haute considération , en raison de ce léger sacriiee qu'il fait à l'ordre social. Devons-nous conclure de là que les jeunes gens des deux sexes, qui ne sont ni vestales ni vesiels, entreront en exercice amoureux avant l'âge de puberté? Fourter ne veut pas que nous Pignorions.

c On formera deux corporations: celle du vestalat, qui doit 4 tenir le poste jusqu'à 19 ou 20 ans, et celle du damoisellai, 4 qui cédera beaucoup plus tét, dès l'âge de 16, 17, ISans (5)« > En un mot, deux ou trois ans avant leur époque de puberté. ¥oilà encore du propre. Et ces gens-là, dit-on, vivront cent ^quarante-quatre ansl

Concluons de tout ce que nous venons d'entendre que la

(1) Traité d'ÀuoeiaHon , i. II , p. 280.

(2) /dem, p. 296.

(3) hâem, p.

-théorie qui nous ensetgae comment on peut faire tenir un œuf debout sur une uble de marbre , on y ranger 1800 aiguilles sur leurs pointes, est cent fois plus rationnelle et mille fois plus susceptible d'application que Téquilibre des passions rêvé par Fourier.

Cet équilibre-là« destiné à terminer sa carrière dans les cartons de la Phalange, nous conduit à parler de celui plus réalisable qu'il importe essentiellement à Thuroanité d'établir entre la population et les moyens de subsistance; question que nous déclarons insoluble en Tabsence des institutions catholiques , et sur laquelle Fourier a dû nécessairement échouer. Les personnes qui se sont occupées tant soit peu d'économie politique connaissent la thèse désespérante dont Malthus a fait retentir le monde» et de laquelle il résulterait que la population tend constamment à s'élever au-dessus de ses moyens de subsistance ; en sorte que rbumanité serait fatalement destinée à arriver à ce terme, où une classe nombreuse Tit misérablement, et où la population ne reprend son niyeau que décimée par la détresse qui atteint les derniers rangs de la société. Le seul remède à cette fâcheuse tendance, ou pour mieux dire, le seul palliatif qu'ait entrevu le professeur d'Edimbourg est la contrainte morale que les individus auront la si^gesse de s'imposer à eux-mêmes dans l'intérêt de leur postérité ! ! ! Théorie à la fois fausse et blasphématoire envers la divine Providence, qui n'a pas dû condamner la société humaine à graviter inévitablement vers une catastrophe aussi épouvantable, et qui a dû tenir en réserve, dans le sein de son éternelle sagesse, les lois propres à la prévenir; car nous ne ferons pas à l'avis officieux de Malihus rhonneur de le prendre pour une de ces lois. Fourier, beaucoup plus positif que l'économiste anglais, résout la question sans hésiter au moyen de ses mœurs phanérogames, décidé apparemment à en faire une selle à tous chevaux.

< Le libre amour, la pluralité d'amans, est évidemment un c obstacle à la fécondité ; on en voit la preuve chez les cour-

f tisanes qui sont bien rarement fécondes : il en est à peine

< nn dixième qui procrée, tandis qu*nne fille, ou femme fidèle^

< est trop facile à la conception. Or les liarmoniens auront

< beaucoup de femmes adonnées à la pluralité d'hommes par i vertu corporative et utile à la iociété; les bacchantes, bayadèc res, faquîresses et autres corporations chargées du service f des armées et des carayansérails, etc. (1). »

DanÀ le fait , Fourier a raison ; il n*y a que deux moyens propres à prévenir la trop grande multiplication de l'espèce , et la débauche atteint ce but aussi sûrement que la chasteté ; la seule différence entre ces deux moyens, c'est que celui-ci agit en exaltant les plus nobles facultés de l'homme, et celuilà en les dégradant, c 11 y a, dit Montesquieu, tant d'imperc fections attachées à la perte de la vertu dans les femmes , c toute leur âme en est si fort dégradée, ce point principal t été en fait tomber tant d'antres , que Ton peut regarder I l'incontinence publique comme le dernier des malheurs (2). »

Nous décrirons, quand il sera temps, les divers moyens justes et rationnels dont une société catholique dispose pour modérer au besoin Taccroissement trop rapide de la population, sans léser en rien la liberté des personnes et en faisant accomplir nn progrès moral des plus essentiels à l'humanité.

Ce n^est pas seulement par la gastrolâtrie et les amours libidineux que l'école phalanstérienne tend à matérialiser Fhommeetconséquemment à aggraver son état de. corruption ; il n'est pas un genre de jouissance physique qu^il ne nous promette à son de clarinette et de tambourin , pour peu que nous ayons confiance dans sa recette. Voici maintenant l'article du confortable :

«Lesruesgaleries sont une méthode de communication in- I terne qui suffirait seule à faire dédaigner les palais et les «belles villes de civilisation. Quiconque aura vu les rues-gale-

(1) Nouveau Monde induttriely p. 899.

(2) Btprit d$t Lois , liy. VII , eh. viii»

ranalhème prononcé par Dieu contre Adam et sa poatéfilé. Notre chair corruptible ne saurait ici-bas être absolument exempte de souffrance , et c'est s'abuser que de demander à ces grossières jouissances le parfait bonheur : il fuit sans cesse devant celui qui le poursuit dans cette voie. Qu'on se rappelle seulement le sybarite étendu sur son Ut de roses et se plaignant douloureusement du pli que faisait sous son corps efféminé Hoe seule de ces feuilles de roses. Quand chaque individu s'exercera à supporter avec résignation ses propres peines et à soulager celles de ses frères^ la société sera plus ^à moitié harmonisée. Mais est-il permis d'attendre cette force morale d'une sociéié qu'on ferait vivre sous cloche , et quel sentiment généreux peut éclore à côté d'un théorème glacial comme celui-ci que nous trouvons dans la Théorie sociétaire : Seize eaUttls d'égmme éqtdvalent à un dévouement^

Au surplus, qu'on examine sans prévention l'effet social que produirait nécessaîrementl'épicurismephalanstérien : l'homme habitué à ne marcher que sur des tapis moelleux, à ne vaquer à ses occupations d'hiver que dans des couk^rs ou des souterrains chauffés, qui ne prend l'air en été que sous un dais qui le garantit du soleil, pour qui le monde extérieur n'est que velours et duvet, peut-il être doué du moindre courage? Le gaslrolâtre n'est-il pas naturellement enclin à l'égoîsme ? L'homme adonné aux voluptés erotiques n'est-il pas étranger aux élans de la piété ? Ënûn l'ambitieux qui résume en lui tous ces hommes charnels,, odest son cœur? en a-t-il un ? Tant il est vrai, comme dit saint Paul , que toujt ce qu'on donne à la chair on l'ôte à l'esprit. Qu'on fasse donc delà stratégie sociale, rien de mieux ; mais jamais le stratège n'a prétendu pouvoir se passer de la valeur du soldat : il veut au contraire qu'il soit fort, et à cet effet il l'exerce à la gymnastique corporelle. C'est par une raison analogue que l*archi-stratége spirituel veut que l'homme social s'exerce à hi gymnastique spirituelle, le travail, les abstinences,^ la résignation , la conti^

nence; en un mot à tout ce qui lui donne la force morale, et par elle la vraie liberté.

C'est une erreur grossière que de croire qu'il n'y a de vertus possibles que celles qui conduisent à la richesse : c Les «vertus, ditFourier, ne sauraient régner en civilisation, parce « qu'elles n'y conduisent pas à la fortune , dont elles deviencdront le chemin dans l'ordre sociétaire (Ij. » Au reste, c'est ici que toute discussion devient impossible entre les phalanstériens et nous ; car évidemment nous ne parlons pas la même langue. Jusqu'à ce jour, on a appelé vertu tout généreux effort que fait l'individu sur lui-même, en vue de servir ses semblables; et Fourler appelle de ce nom les calculs étroits de l'intéréi privé : ce qui est illogique, quand bien même cet intérêt marcherait d'accord avec le bien général, puisque qui dit vertu dit force. Au reste,. nous ne saurions nous lasser de faire entendre que cette parfaite concordance d'intérêis, qui aurait pour effet naturel de démonétiser la vertu, est une chimère en économie sociale, comme l'est la question qui lui est corrélative en géométrie, savoir la quadrature du cercle. Dieu n'a pas voulu que l'homme qui participe de son essence pût jamais servir de rouage aveugle à une mécanique sociale, tant parfaite soit-elle.

Nous sommes convaincus, autant qu'on peutl'être, queTéiat de misère des masses est la cause de bien des délits et des crimes contre les personnes et les propriétés ; mais si cette plaie de la société ne devait être guérie que lorsque la généralité des hommes jouira de tout ce qu'ils peuvent désirer, surtout quand on s'attache à surexciter leurs désirs, il est à craindre que cette solution ne se fasse long-temps attendre. A en croire Fourier, dont il noussera permis, dans cette occasion, de révoquer le témoignage en doute, la Cour royale de Pau, à une certaine époque peu reculée , aurait condamné à mort un Elisando, pour avoir volé un chou. « Si ce malheu-

(I) Traité d'Àuoeiation , t. I , p. 78.

« reui, s'écrie-t-il, avait possédé 10,000fr. de reiUe, se seraitcil rendu coupable du toI <|'un chouTi Sans ooiilredlt,la chose est peu probable; toatefois il est des gens jouissant de 10,000 fr. de rente qui yolent non pas un chou , mais bien 50,000 écas. On voit parfois des millionnaires s'approprier injustement de nouveaux millions. La fortune, en Tabsence d'une certaine compres$i(m moraie, pour parler le langage des phalanstériens, n'est donc pas une garantie suffisante de probité, bien qu'il soit très vrai que l'homme privé de l'absolu nécessaire comme Pétait peut- être Ellsando, puisse difficilement se soumettre à la loi morale qui lui prescrit le respect de la propriété d'autrui.

Fourier propose le moyen analogue pour satisfaire aux appétits féroces de certains Individus, sans aucun îaconvénleftt pour Tordre social ; ce moyen consiste à les empjtoyer aux travaux de la boucherie. «Si l'on eût procédé de la sorte envers « Néron, fun des plus beaux earaeières quêtât produit 4m cioUiuh

< tioiij caractère du même titre et du même degré qu'Henri IV, « c'est-à-dire tétratnne à quatre dominantes (i), ce prince, au

< lieu d'être un monstre, aurait été le plus aimable des hom- «mes; c'est l'éducation morale qui l'a gâté.i Et toutes ces sornettes font partie du Credo phalanstérien ! Et l'on n'en veut pas rabattre d'un iota; les écrits de Fourier sont l'arthe sainte de laquelle il D'est pas permis de rien détacher. Dans quel temps d'anarchie intellectuelle vivons-nous, bon Dien !

Nous avons dit précédemment que les deux colonnes fondamentales de la morale publique sont la charité et la pureté dont l'expression chrétienne est J&SUS et filARlE. Nous ve* nous de voir que la dépense de pureté que la Phalange entend faire, se réduit à son vestalaU Cependant malgré les efforts de Fourier, pour ne point donner à ]a société d'autre ressort que l'intérêt individuel, force lui a été de confier certaines fonctions sociales à la charité, ou à quelque chose qui lut ressem-

(\) Traité d'Ài$ocialion, l. Il , p. 895.

Ue; e'«8t ce qui a donné Uôu à rinsliUiiion qu'il a décorée du singulier nom de vettie kêrée et eonpoeée d'en£»B6 des deux sexes.

« Les^peiifei hordes ont rang de milice de Dieu, jeu service « d'um4é industrielle ; à ce titre elles doivent être les premières « à la brècbe, partout oà l'unité serait en danger (I). »

« 1^8 petites bordes étan t le foyer deion tes les vertus civiques, « eAes doivent employer au bonheur de la société Fabnégation « de soi-aiésie recommaudée par le Christianisme, et ie mépris «des riebesses recommandé par la philosophie; elles doivent « réunir et pratiquer toutes sories de vertus rêvées et simulées en ficivilisat^n. Conservatrices de Thonneur social, elles doivent «écraser la tétedu serf^ntau physique et au moral; tout en «purgeant les campagnes de reptiles, elles purgent la sodéié «d'un venin pire que celui de la vipère , elles étouffent par « leurs trésors toute rixe de cupidité qui pourrait troubto la «concorde; et par leurs travaux immondes , elles étouffent «rorgneil qaî, en déconsidérant une classe d'industrieux, « tendrait à ramener reprit de caste, altérer l'amitié gêné- « raie , et empêcher la fusion des classes (^)* »

Ne semble-t-il pas , d'après cette exposition , que non» allons entrer en plein Catholicisme et que Fourier, pour remplir son but, va faire appel à quelqu'un de ces ordres rdigieux si admirables par l*ubnég0tion dé mi-wèmt «/ le tnépriê des richeises? Point. C'est le jeune âge qu'il charge de ces sublimes , mais pénibles fonctions ; c'est avec des enfans de dix à douze ans , garçons et ûlles , qu'il forme sa corporation du dévouement religieux. Sans contredit , cet âge est porté à l'enthousiasme de la vertu , car c'est bien réellement de vertu qu'd s*agit à cette heure , et Dieu indique aux pères et mères , par cette disposition naturelle des enfans, queUe direction il convient de donner à leur éducation morale. O^

(1) Now)$au Monde indutlriel, p. 245.

(2) idem , p. 24tt.

c'est nalheureusemeiit trop souvent U direetion opposée qu'ils reçoiyent d'eux , surtout dans les classes moyenne et inférieure , où les leçons d'ordre et d'économie passent en première ligne. Mais il faut pousser loin l'esprit de système pour faire reposer sur des vertns en germe l'une des plus importantes fonctions de l'ordre social.

D'aiUeurs nous ne voyons pas dans quelle foi religieuse la petite horde puisera son esprit de charité. Elle sera animée , nous dit-on , par la passion de Vunitéisnie, passion inconnue des civilisés. Mais point du tout; cette passion , de quelque nom nouveau qu'on la décore , n'est point inconnue de hou nombre de civilisés : ils l'appellent anumr de Jésu$. Mais il y a pourtant entre Vunitéitme et l'amour de Jésus une différence nouble : celui-ci repoêt sur une hase saisîssahle, tandis que la passion phalanstérienne de Vunitéismê n'est qu'une froide ahstraction qui ne s'emparera Jamais du cœur de l'homme , quoi qu'on fasse. Devinerait-on sur quoi Fourier se fonde pour affirmer au contraire que cette passion enfantera des prodiges de dévouement? C'est que l'Évangile de Jésus ahlen pu enfanter de pareils prodiges ; à fortiori l'ÉvangUe de Fourier!

f Déjà j'ai observé qu'on trouve les indices de dévouement c charitable aux fonctions abjectes, chez les monarque» c mêmes , et qu'on voit, le JewU^ini , les souverains laver f les pieds à douze pauvres ; fonctions dont le monarque se « croit honoré, en raison de l'al^ction du service. »

c S'il nous est démontré que l'esprit religieux engendre ce c dévouement de charité générale, tel qu'on le voit chez les c Pèrei de la Rédemption et autres sociétés, il ne restera qu'à c employer ce penchant , selon les convenances du nouvel € ordre ; et lors même que la corporation des petites hordes

ne paraîtrait pas le procédé le plus efficace, il ne serait pas c moins certain que le principe de charité indÊutrieUe existe c parmi nous, sauf alliage à l'esprit religieux, et que si j'ai « erré dans l'application, dans les us, coutumes et statuts du

•corps de charité uDi taire , les critiques devront s^évertuer à mieax employer un ressort dont ils ne peuvent contester l'existence ; inventer une secte plus apte à lever l'entrave du c dégoût industriel en fonctions immondes (1). >

Si le premier membre de plirase qui se trouve souligné dans noire citation , ne Teût pas été par l'auteur, dont l'intention en cela nous échappe, nous l'eussions nous-noémes fait remarquer; car toute notre réplique est là. Oui, le principe de charité existe dans le cœur de Thomme, et il ne s'y développe que par la religion ; or puisque, de l'aveu même de Fourier, le Catholicisme a si bien réussi à opérer ce développement, à quoi bon inventer une nouvelle secte à la même fin ? Admirez d'abord cette logique : la foi chrétienne a bien pu inspirer le dévouement à l'unité sociale; pourquoi donc une secte encore à inventer n'aurait-elle pas la même propriété? On disait à un poète : Do tel prétend que c'est lui qui a fait votre pièce de vers. C'est possible, répondit-il : pourquoi ne i'aurait-il pas pu faire? je l'ai bien faite , moi. Mais du moins le poète ne donnait pas sa plaisanterie pour argument.

Après avoir décrit les sales espiègleries auxquelles un grand nombre d'écoliers se livrent , et où Foprier voit une disposition naturelle dont il s'agit de trouver l'emploi utile, il s'écrie :

c D'où vient cette frénésie ordinaire chez les écoliers de € dix à douze ans?Est-ce vice d'éducation, défaut de pré- « ceptes? Non , car plus on les sermonnera contre la saleté, f plus ils s'y acharneront. Est-ce dépravation ? La nature se- € rait donc dépravée , car c'est elle qui excite en eux de tels « penchans! Si le système distributif de l'attraction est juste « en tous ses détails , il faut que celle-ci ait un emploi très « utile, puisqu'elle est si puissante sur la majorité desenfans c de dix ou douze ans. > c Nous ne saurions, en civilisation , débrouiller cette

(1) Traité d'Astoeiation, t. U , p. 489.

f éfiigme; U Toilà expliquée : U manie de saleté est une imc pulsion nécessaire pour enrôler les enfans aux petites « hordes, les aider à supporter gafment le dégoût aux travaux c immondes et s^ourrir dans la carrière de la cochonnerie un « vaste ehamp de gloire industrielle et de phflanthropie uni- 4 taire (1). •

i Eh ! qu'en coéte^t-il pour amener les petites hordes à « ces prodiges de philanthropie ? Quelques fumées de gioriote , i UA premier rang dans les parades, uir earilfon de supré- 4 raatie , le privilège de mettre la première main au travail , < d'être les premières au* poste difficile] (Test payer une faiti- 4 gue par une autre fatigue (^. •

Les phalanstériens ne veulent pas voir dans cette combinaison une astacieuse exploitation de l'enfance , un procédé auquel ils ne manqueraient pas d*acooler une ^ithète injurieuse, si c'écait nous qui la proposions. Du momentqu'ils re^ connaissent que plusieurs ordres religieux seraient prêts à répondre à fappef de la société et accepteraient , daus un esprit de charité et un but d'unité sociale, une foule de fonctions difficiles, répugnantes et abjectes selon Topinion, et cela sans qu'il fût nécessaire de les allécher par quelques fumée* de gloriole, pourquoi donc inventer une nouvelle secte dans l'espoir vague et mal fondé de lui faire porter les mêmes fruits?

Plaise à Dieu que les phalanstériens demeurent bien persuadés que nous n'entendons nullement faire une satire malveillante des théories de leur maîtire ! Leur plus grand tort , selon nous , est d'en accepter la solidarité. Ils doivent comprendre que plus nous mettons de soin à éliminer de leur doctrine ce qu'elle contient de faux et de dangereux , plus nous attachons de prix à recueillir ce qu'elle peut renfermer àe vrai et de salutaire. L'homme qui n'a besoin que d'un «aillou et qui le trouve sur le bord d^in fossé , peut se con-

(1) Traité fPÀaoeimtion , t. Il, p. 255.

(2) IiImh, p. 255.

tenter d'essuyer négligemment la bouc dont il est souillé; mais celui qui trouve uirbijou d*or dans un tas d'ordures s'attache à le laver avec soin , afin d'en faire briller le précieux métal dans tout son éclat. Nous savons d'ailleurs que Fourier ne s'est jamais posé en ennemi de la religion , et si sa léte fumeuse l'a condnit à émettre des doctrines opposées à celles que l'Église enseigne , il n'en est pas moins resté persuadé qu'il était toujours chrétien. Nous savons à cette égard une anecdotie qui prouve sa bonne foi , et qui nous ferait presque dire de lui quelque chose d'analogue à ce que la garde-malade du bon Lafontaine disait de son maître mourant : c Ëh ! mon Dieu ! laissez-le ; il est plus bête que méc chant. > Eh! mon Dieu! pourrait-on dire également de Fourier , il y a dans son fait plus d'hallucination que d'iiérésie. Quoi qu'il en soit, voici l'anecdote en question :

À une époque déjà loin de nous , où quelques jeunes écrivains phalanstériens donnèrent dans l'Hôtel-de- Ville de Paris le scandale de discours outrageans pour la religion, Fourier n'en voulut point [porter la responsabilité. En conséquence il écrivit au rédacteur en chef du journal la Paix une lettre par laquelle il improuvait hautement les doctrines anti-chrétiennes professées par ses disciples, déclarant en même temps que , quant à lui , il était né et entendait mourir dans le sein de rËglise catholique , apostolique romaine. Les personnes dont cette sage et honorable démarche faisait hautement la satire se transportèrent chez Fourier et obtinrent de sa faiblesse, à force d'obsession , qu'il retirât la lettre contenant ce désaveu de leurs œuvres.

Ce qui a égaré Fourier dans sa recherche de la vérité, c'est l'abus qu'il a fait des méthodes qu'il s'était créées, et qui^ s'il n'en eût fait qu'un usage rationnel et discret , eussent pu le conduire sans accident à jeter les premières bases de la science sociale. On le voit &à effet répéter à tout bout de champ qu'il a fait ses découvertes au moyen d'un calcul de casse-cou , ce dont/au reste, il est aisé de s'apercevoir. Cet homme avait

en réalité reça de la nature une merveilleuse aptitude aux ira- ▼anxd^analyse et aux aperças de corrélatioD ; de plus ilseservit de Tanalogie universelle comme instrument d'induction, avec cette frénésie d*un liomme qui, le lendemain de la découverte de la boussole , aurait cru pouvoir s*en servir pour faire le tour du monde.

Au reste, le Traiié d^atsoeiation est la parfaite image de Torganisation intellectuelle de son anteur. On y trouve un formidable déploiement de procédés logique , destinés à établir Tordre dans les diverses parties de cette science nouvelle, et, avec tout cela, il y règne une confusion et un chaos td que , lorsqu'il nous arrive de perdre un passage dont nous avons besoin, il nous est impossible de le retrouver, à moins de feuilleter on même de relire le volumineux ouvrage dans son en* lier. Ainsi le Traité en question se compose d*une préface et d'une post-face, d'une introduction et d'une extroduction, d'un discours préliminaire, de plusieurs interlimitiaires et d'un post" liminaire, d'un prologue, d'un interlogue, d'un ulterlogue, d'un citer4ogue, d'un épilogue et d'un postlogue , de médiantes et de trans-médiatUes, d'une inter-pause, d'une citer^pmêse et d'une ulter-pause, d'une antienne, d'une citienne, d'une uUienne et d*une postiemte, de prolégomènes, de cis-légomènet et de post-^ légomènes, d'un préambule, d'un trans-ambule et d'un post-ambute, enfin d'un avant^propos ei d'un arrière-propos,

Nous n'avons pas exagéré d'une syllabe en décrivant ce bizarre appareil logique ; c'est tout un magasin de lustres et de lanternes auxquels il ne manque que de la lumière, comme à celle du bon bourgeois de Falaise. Bref, Fourier était évidemment affecté d'une monomanie, comme le deviennent par dégénération toutes les méthodes scientifiques quand on s'en sert au-delà d'une certaine limite; alors elles ne servent plus qu'à égarer l'esprit. Gelle-ci nous remet en mémoire une maladie analogue, dont nous avons observé les effets dans un homme de mérite, bien que l'homme et la matière en question fussent de bien moindre importance que Fourier et son système.

M. Henri D^mont, j^une homme dé bonne famille, hérita à 96 ans d'un domaine qui rapportait 8,000 fr. de rente, ce qui constitue une jolie fortuné en Bretagne. Il entreprit de le faire ▼aloir par lui-même, et il obtint en effet de sa terre des récoltés magnifiques, d*où il conclut qu'il s'enrichissait dans sa eultnre; il ne s'aperçut du contraire que lorsque sa fortune fut sérieusement compromise; car il ne tenait pas de comptabilité agricole, qui , sans empêcher sa ruine, Ten eût averti piu$iêt. Entré pour lors dans une maison de commerce, il y apprit la tenue des livres en partie double , procédé qui lui inspira, dès qn*il en connut les bons effets , un véritable enthousiasme. Un nouvel héritage ayant refait sa fortune, il eut le bon esprit de ne plus la risquer dans aucune spéculation, et appliqua la comptabilité commerciale à la gestion de ses re^ venuF.

Jusque là tout allait bien, et 11 n*y avait rien que de fort raisonnable dans la conduite de Henri Dumont. Mais ses atnis ne tardèrent pas à soupçonner que son cerveau était un peu détraqué, quand ils le virent appliquer la tenue des livres ea partie double non seulement aux relations dlutérét « mais à toutes les relations sociales, y compris l'échange des procédés de simple bienveillance et de politesse. Chacun de ses amis et de ses connaissances avait, en matière de civilité, un compte de doit et avoir ouvert sur son grand-livre ; il savait au juste combien il devait de saints affectueux à tel de ses voisins , de combien tel autre était son redevable, pour une mauvaise plai<santerie lancée contre lui dans la conversation ; car, pour la plus grande commodité du règlement des comptes, toutes ces redevances mutuelles étaient exprimées en valeur pécuniaire. Telle dame de la ville, pour un sourire gracieux que Dumont en avait reçu , était créditée de 0 fr. 7$ cent.; telle autres moins aimable, lui ayant refusé son bras a la promenade , se trouvait débitée de i fr. 50 cent. Jamais il n'exista deeomptabilité mieux tenue que celle là ; elle pouvait attendre la banqueroute de pied ferme. Au reste , on voit peut-être encore

4Si

#e griDd-lÎTre entre les mains de quelques enrienx, car le jMioTre Henri Dumont e^t allé régler ses propres comptes avec Je Joge suprême ; mais comme, en définiiÎTe, il éiait honnête homme et bon chréûeD, nous avons tout lieu d*espérer que la balance a éié en sa faveur.

Qu'on nous dise à présent quelle diflérence Ton fait, sauf la prétention à la transcendance scientifique, entre la monomanie du bon Henri Dumont et celle de l'homme qui , dans un traité d'économie sociale, produit des tableaux synoptiques de la nature de celui qui va suivre. Le lecteur doit être préalablement informé qu'il a pour objet d'établir une sorte de loi de corrélation des droits dont l'homme jouit à l'état sauvage, i^ avec les passions qui doivent , selon les vues de l'auteur, servir de ressort à la société harmonicnne ; 2® avec les couleurs primitives de !a nature ; 5* avec les lignes géométriques; 4* avec les tons de la gamme musicale (I) :

Droits, Pasiioni. Couleurs. Courbes,

Cueiltette. I gif lAmiiié. Violet. Cercle. Ul.

Pâture. / ^ J A '^™o*ii'< Azor. Ellipse. Mi.

Pêche. 12*2 I Familisme. Jaune. Paratiote. Sol.

Chaise. ] • \ Ambition. Rooge. Hyperbole. Si.

Ligue intérieure, i i Cabaliste. indigo. Spirale. Ré.

Insouciance. | j • 1 Papillonne. Vert. Quadratrice. Fa.

Vol entérteur. }'£>-<' Composite. Orangé. Logarithmes. La.

Y Minimum. I .s ~ | Unitbismb. Blanc. CtcloÏdb. Ut H.

j^^ Liberté. ] ^ \ Fatt rilisme. Noir, Épicyeloide, B Ut,

En voici un autre non molits curieux, et sur lequel il s'ex-pltque ainsi :

c La première question des sceptiques est celle-ci: Gom- ^ment pouvez-vous accorder tant de gens inégaux;: , tant de f caractères disparates? S'ils désirent le savoir, qu'ils appreur cnent d'abord ce que c'est que les accords passionnels», quels c en sont les degrés et les variétés; après quoi il leur restera

(1) Truite à*Àssiieialion, *• I» P* tse* '

f à ëtadier le procédé Bériaire qui crée et mécanise les accords, des distribue dans tout le systèpie social.

« Commençons à parler aux yeux par une échelle ou gamme «septennaire des accords dont chaque passion est susceptible, c Je ne décrirai que les deux gammes d^amitié et d'amour ; on f pourra appliquer cette échelle aux dix autres passions.

cPour aider le lecteur par des analogies , je joins ici le tacbleau des degrés ou accords d'une passion sensitive, lame, c et d*un végétal, le raisin, fruit dont Tindustrie humaine ob* M tient une gamme très régulière en produits gradués, i

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CiMKiiii dt tes ^lides irMtve qnelfiies p^^ pits loin %m t«xle «xpëcaiif, qua mss ckrvotti décinràer tenUement anid«8sm 4e notre iniellîgeiiee; la reste, en «i»ici un éelHifiiittdti pris au hasard dam ie cbafiire des analogies et Iti

fPrhtie. A^eerd «OMinode, Toe ASim^uE, caHf; ^oA %^é(fiA^ 4 Hbra à l'aipect do préeipioe, L*boiaiM ii*est f» doué de cetlè «pn^rtéié; «es yeux se iroublent devant im abtme. Les niait cous parviennent à s'y habituer, mais non f»s k eibfenir, « comme l'âne , nn redoublement d^pilomb par Ta^ct des abi- 4( mes, une fixité composée , en aspect descendant comme en f aapeet ascendant*

« Seconde. Atcord Mminude est celui des yenx dn caméléon «susœi^ieisde deux directions en cens amphiviertical «t am^ « phlhoneonlal. Celte Pacultéde diriger ainsi nos yeux en dtver- « gence, en louc^ement volontaire et variable, n'dterait rien à «la grâce babitueiie do regard convergent qri'on reprendrait à « vdonté. EUe serait d'une prodigieuse utilité , pour lire nne « partition , pour dierclier qudqu'un dans une foule , pour « Inspecter deux lignes de procession à la fois et pour tant « d'antres emplois qui exigeraient la faculté de divergence de^ «yenx en vertical «t horizontal, ou marche carnèléonique si « familière aux âmes civilisées. »

«Combien il est à désirer que l'état sociétaire Tienne dans «cette fonction t)péKr le transfert du caméléonisme, purger « les âmes de leur duplicité et transporter la double action de « l'âme à l'œil, qui en sera doué après quelques générations de % perfectionnement corporel en harmonie (i) ! »

L'on est désormais à même de juger par ce qui précède qncMles ouvrages de Fourier contiennent la solution de la question sociale , celui qui l'y va chercher doit s^unner d'une forte doee de patience et se résoudre ii Tacheter au prix d'une iaiigue incommensurable. Pour noud, il nous est impossible de

(1) TrtÀté éfÀiioeUtioHy t. I, p. SOS.

comprendre quelles lumières jetient sur cette grave question les transformations du raisin, les différens modes du regard , ni même les lignes géométriques, cercle, dlipse, parabole, etc» Toutefois il existe une ligure connue en géométrie dont Fourier n*a point fait mention et qui renferme en elle la solution tant cherchée ; c^est la CROIX. Puissions-nous parvenir à faire partager nos convictiONS à cet égard aux écrivains de la Phakmgêf eux qui apporteraient un si riche tribut* de lumières ii une œuvre vraiment sociale !

Qu'ils n'accusent point de mysticisme l'homme obscur qui a osé prendre la plume pour combattre ce qu'il y a de faux dans la théorie de leur mattre. Quelques uns d'eux savent que toute la vie de cet homme s'est passée au milieu des travaux champêtres qui laissent peu de loisir à la vie contemplative. Perpétuellement en conuct avec la classe souffrante, il a cherché avec ardeur les lois vraies de la société; dans Te^M^ir de les obtenir de ceux oui faisaient profession de les endiguer, il a frappé à la porte de toutes les écoles philosophiques et économico-politiques. Toutes lui ont présenté, au lieu du pain intellectuel qu'il leur demandait , une pierre plus ou moins ariistement taillée. Il n'y a que l'école phalaustérienue iiui lui ait donné, ainsi que nous l'avons déjà fait entendre , une racine de manioc que nous nous refusons à manger dans sou état natif, mais que noire intention n'est pas de laisser perdre, bien que nous lui préférions le pur froment de VÉvangile.

La Phalange, dans son numéro du 10 du présent mois de mars, déclare que, faisant notre profit des découvertes de son mattre, nous devrions parler de ses écrits avec moins d'irrévérence. Qu'est- ce à dire? Faut-il que nous lui donnions les mêmes marques de révérence que les peuples du Thibet donnent au grand Lama ; c'est-à-dire, que nous fassions , des excrétions intellectuelles de Fourier, l'usage pieux que ces idolâtres font des excrétions corporelles de leur pontife suprême? C'est un culte qui ne saurait nous couvrir , et auquel le»

Phalanslériens devraient bien renoncer pour Thonneur de leur propre raison. Du reste, tout en profitant de cequeFourier a pu écrire de vrai et d'uiile , jamais on ne nous verra nous parer du mérite qui lui appartient, ni lui ravir la gloire qui lui est due. Nous Pavons déjà dit , Tauieur de cet essai n'est point un Inventeur; il est simplement doué d*une intelr genoe médiocre^ mais compréhensive, eml)ras8ant à la fois les^ deux points de vue opposés du çomie de Maistre et de Fourier. L'on sait que Pun était la personnification du principe de compreuion morale, et voyait dans le bourreau la clef de voûtée de la société, à l'opposé de Tautre qui n'admettait aucun autre ressort social que Vattrait naturel et voulait que toutes les passions dé l'homme fussent abandonnées à leur libre essor, n serait curieux qu'il fût réservé à un paysan, à un ver de terre en philosophie et en littérature , de concilier deux systèmes aussi opposés, et dont le vice respectif est d'être trop absolus, et de ne pas s^écouter l'un l'autre.

Nous n'ignorons pas ce qu'il est donné à notre siècle d'accomplir et ce qui lui est interdit : l'homme a trois conquêtes à faire , nous pourrions dire , trois enceintes à franchir pour se relever de sa déchéance. La première de ces conquêtes est celle de la puissance matérielle. Voyez les progrès remarquables qu'il a déjà faits et qu'il accomplit journellement dans cette voie : naguère encore il errait nu et désarmé dans la forêt native qui lui livrait à grand'peine, pour toute pâture , le fruit chétif et ^mer du chêne ; il fuyaft en tremblant devant la bête fauve et cherchait un abri contre les intempéries de r^ir dans quelque misérable cavité naturelle. A cette heure il tient la foudre en main ; toutes les espèces animales redoutent sa puissance ou lui sont assujéties ; les eaux dans leur cours, l'atmosphère dans ses agitations journalières sont des forces qu'il fait servir à ses desseins, et à chaque instant il en découvre de nouvelles dans le sein de la nature ^ C'est bien, fils d'Adam ; continue à reconquérir la puissance perdue : c'est là sans contredit la première œuvre que tu es

appelé à aecoBupUr. La terre est le premier degré q«t Dieu ait donné à rhomme po«r remonter sar son trône. Cest pearqnoi nous désirons ardemment que la société dmenne puissante par l'or^nisatlon du travail » pourvu qu'on procède à cette grande oeuvre dans des voies chrétiennes, les pieds appoyés s«r la terre et les yeux élevés vers le ciel, sinon tous les élémens de puissance et de richesse que nous aurions conqnis lomniioraient à noire confusion. D'ailleurs n'oublions pas qie la «y%tématisation harmonieuse des forces et des intérêts matériels n'est que le tiers de la véritable question de destinée sociale, ou pour mieux dire« de destinée humaine.

Toutefois, quand cette première inconnue du problème sera trouvée à des fins de rai$on, de juitiu et d'Muwr» un jour viendra bieniùt où ThooMne reconnaitra que tonles^ les sciences à la p4ie clarté desquelles il marchait , sont en réalité plus ou moins fausses ou insuffisantes ; alors il procédera, sur nouveaux frai§, à la recherche de la vérité, et ob* tiendra autant de célestes lumières qoe nous venons de le voir acquérir de puissance maiéridle. Car Thomme est fait pour posséder la vérité aussi bien que la puissance ; qu'il sache seulement la chercher à la clarté de la révélation divine et cesse de se fier exclusivement à son infirme raison. Au nombre des instrumens d'induction dont il fera usage alors, il convient sans doute de mettre ramiio^*« uni9er$eUê, méthode scientifique qui consiste à remonter des emblèmes à leurs types ; car il est très vrai que la nature entière est un livre immense où se trouve écrit tout ce que l'homme i intérêt à savoir.

Nous laissant aller au cours de nos pensées, sans songera» siècle qui nous entoure , nous allions ouvrir tes portes de la troisième enceinte et p<NPter une main indiscrète sur le voile qui couvre encore , aux yeux du grand nombre, la dernière seuvre que l'humanité doit accomplir un jour, pour être entièrement rétablie dans son divin héritage; mais nous n'aurions probablement rien appris aux chrétiens habitués à

wédiler sur ces graves mftitèreh Quant k ceux qià\ jugent que Hi peau de bète figurative dont Dieii couvrit h nudité de rboDiœe , après sa faute , est la plus belle parure qu'il puisse porter,etqui sont si fiers d'avoir éccrit sur leur bannière le mot po$itivi9me, à quoi servirait de les initier à des secrets auxquels ils ne sont point encore préparés? 11 est sage de ne parler que dans l'espoir d'éire entendu.

Résumons-nous, et qu'il nous soit permis de le faire par une analogie, puisque ce langage nous est commun avec ceux dont nous venons d'analyser les doctrines. Ils savent sans doute que l'bomme vit de vérité dans l'ordre intellectuel, aussi bien que de pain et d'autres alimens dans l'ordre matériel. Mais les alimens ne représentent pas tous le même acte Intellectuel. Le café, par exemple, est emblème de la saine critique : sou arôme, en cela bien diflérent de celui du vin qui fait naître les riantes illusions , a la propriété de dissiper toutes les vapeurs du cerveau et d'éclaircir les idées : c'est pourquoi il arrive si à propos à la suite de certains repus auxquels la sobriété n'a pas suffisamment présidé. Sa saveur légèrement austère ne rebute que les gastronomes vulgaires. Au surplus, il n'est pas défendu de l'édulcorer au moyen d'un peu de sucre, qui représente ici la douce et innocente flatterie. Si nous n*en avons pas mis dans la demi-tasse que nous venons d'offrir aux phalaruitériens , c'est que nous avons voulu les traiter en véritables amateurs. Ils reconnaîtront du moins que nous n'avons pas été assez mal avisés pour y faire entrer la moindre dose de chicorée dont l'amertume détestable figure la satire malveillante. Puissions-nous les amener à prendre avec nous ce qu'on appelle vulgairement le pousse-café , c'està-dire, une liqueur alcoolique, emblème d'enthousiasme et de vertu ! car la critique glace le cœur, et souvent à sa suite il est nécessaire de le réchauffer par un peu de poésie. En d'autres termes , espérons qu'après nous être rencontrés en adversaires , sur le triste terrain de la polémique , nous nous Joindrons un jour en amis sur le terrain fécond de la reU-

fion et armerons à nous eabrattêr an pied de la crois ;symbolesacré de laplu Iniite vertu qu'il soit donné à rhommo de contempler.

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