‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 14 sur 89 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Encore en mer — Deux prises — Le Montmorency — V Arcade — A Test! — Prise du Vigilant — Nouvelles du pays — Vilain temps — La baleine — VEbenezer Dodge — Aux fers — Un « cyclone » — Furieux coup de vent — Feu î — Noël — Pas de chance — Le bruil des pompes — Cadix.

Nous voilà de nouveau lancés en pleine mer, et, à 4 h. du soir, le Lundi 25 Novembre, un premier succès fort engageant amena la prise du beau navire hMont^ morency, de 1183 tonnes, chargé de charbon Anglais pour le service de la Malle Anglaise ; heureusement pour lui qu'il en était ainsi, car il aurait partagé le sort du Golden Balance^ du Daniel Trowbridge et de tant d'autres « holocaustes » du Sumter; il nous paya un léger impôt en petites provisions de peinture, de cordages, etc., et fut inscrit pour une rançon de 20,000 dollars qui devaient être payés au Gouvernement des Etats Confédérés à la fin de la guerre ; alors son capitaine et son équipage s'engagèrent sur parole, et il leur fut permis de continuer leur route.

A 1 h. 30 de l'après-midi, le 26 Novembre — écrit le Capitaine Semmes — nous montrâmes, à un schooner Anglais qui allait probablement des lies Bahamas aux Antilles, d'abord les couleurs des Etats-Unis et ensuite nos propres couleurs; et, à trois heures nous primes le schooner des Etats-Unis V Arcade^ allant de Port-

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land, Maine, à Port au Prince, Guadeloupe, avec un chargement de marchandises. Le patron et propriétaire par moitié du schooner était patron de la barque la Saxony à l'époque de la perte du Central America^ et se rendit utile en sauvant la vie à plusieurs personnes .en cette circonstance ; à cette occasion on lui offrit un magnifique télescope. J'eus le plaisir de lui rendre (Tet instrument, qui aftlt été pris parmi les autres effets de son navire.

Nous primes le patron et l'équipage à bord (il faisait une mer houleuse) et nous mîmes le feu au navire. A A h. 40 nous reprîmes notre course. La lueur du vaisseau qui brûlait était encore en vue à 8 h. du soir. Pendant la nuit le vent changea et devint variable; nous carguâmes les voiles d'avant et d'arrière et nous nous dirigeâmes vers le N.-E. La prise n'avait pas de journaux à bord, mais nous apprîmes du patron qu'une.grande expédition navale, que l'ennemi préparait depuis quelque temps, avait attaqué Beaufort dans la Caroline du Sud, au détroit de Port Royal. Pas de résultat connu.

Après cinq jours d'un rude combat contre le terrible vent du N.<-E. qui soufflait la plupart du temps avec la moitié de la violence d'un ouragan et contre un temps détestable, nous parvenons enfin à vaincre ce double ennemi. Le ciel s'éclaircit et l'avant du Sumter est placé dans la direction de l'Europe. Le commerce Yankee devait alors avoir du répit pendant un moment ; son ennemi infatigable concentrait exclusivement son attention sur la traversée de l'Atlantique. Il ne restait alors que pour soixante et un jours d'eau à son équipage, auquel il faut ajouter les six prisonniers du schooner. La traversée devait se faire, en grande partie, à la voile, et ne prendrait probablement pas moins de cinquante jours: car nous n'avions plus que pour six à sept jours de char-

bon; c'était une petite réserve que nous conservions en cas d'événement; elle nous semblait à peine suffisante pour croiser pendant quelques jours de Tautre côté de rOcéan, et il nous fallait cela pour ne pas rentrer au port tout à fait « les mains vides, » si c'était possible.

Les jours ne se passèrent pas sans aventures, et avant que la semaine fût écoulée, une belle prise, comme on va le voir, courut se jeter dans les bras même du Sumter. Le journal du Capitaine Semmes donne le récit suivant de cette prise : —

Jeudi 3 Décembre, — A 6 h. 30 du matin on aperçut une voile à un point à l'avant de tribord. A 7 h. 30, cette voile, qui se dirigeait dans un sens à peu près opposé au nôtre, s'approcha duSwm^er à une distance de deux milles. Nous arborâmes les couleurs Françaises quand elle nous eut montré celles des Etats-Unis; nous serrâmes tojites les bonnettes qui étaient embraquées par le. vent, virâmes vent debout et tirâmes un coup de canon à boulet. L'étranger mit tout de suite en panne. Je fis descendre un canot et j'envoyai un lieutenant à son bord. Nous prîmes le large et nous virâmes vent debout. Cette manœuvre amena l'étranger sous nos canons et je commençai à sentir ma prise assurée (la souche de la cheminée était abaissée et nous ne pouvions avoir de vapeur avant deux heures et demie). Il déclara qu'il était le vaisseau le Vigilant^ de Bath, Mobile, parti de New-York pour l'île de guano de Sombrero, naviguant sur lest. Nous le prîmes et enlevâmes de son bord le chronomètre, les cartes marines, etc.^ et un canon rayé de neuf livres avec des munitions de guerre, etc. ; nous y mîmes le feu, et à 3 h. du soir nous reprîmes notre route. Le Vigilant était un beau navire tout neuf; il n'était âgé que de deux ans, et valait environ 40,000 dollars.

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Lat. 290 10' N., Long. 57° 29' 0. Direction N.-E. Nous recevons une grande provision de journaux de New- York; ils vont jusqu'au 21 Novembre. Nous avons appris par ces journaux que le San Jacinto était à notre recherche lorsqu'il enleva MM. Mason et Slidell à bord du Trent. L'ennemi nous a donc fait l'honneur d'envoyer à notre poursuite le Powhattany le Niagara, Vlroquoisy le Keystone State et le San Jacinto,

Nous avons un vilain temps pendant plusieurs jours ; le petit navire est ballotté .et secoué vivement; il fait eau d'une façon qui cause beaucoup d'inquiétude à ceux qui le commandent. Toutefois, il avait encore assez de puissance pour faire du tort à l'ennemi; le 8 Décembre il ajouta à la liste fatale VEbenezer Dodge^ parti depuis douze jours de New Bedford, allant à la pèche à la baleine dans le Pacifique. Il y avait alors à bord quarante-trois prisonniers qui restai$j|t enfermés avec l'équipage dans l'étroit espace du navire, lorsque le temps les empêchait de paraître sur le pont ; aussi le Sumter commençait-il k se trouver encombré.

Il devenait nécessaire de prendre des mesures de précaution ; on mit alors une moitié des prisonniers aux fers simples : ils furent toué obligés de se soumettre à tour de rôle à ce châtiment indispensable mais désobligeant. Le vent soufflait toujours de l'Est, et les journées devenaient insupportables. Elles devaient le devenir encore davantage, comme les extraits suivants le montreront.

Mercredi 11 Décembre. — Il fait un temps aussi mauvais qu'on peut se l'imaginer. Le ciel est épais, sombre, et obscur ; le vent souffle très-fort de l'Est et menace de se changer en ouragan (barom. 29 70 et il descend encore). Il tombe une pluie froide et modérée. Nous avons mis le vaisseau sous une petite voilure. Le grand nombre de nos

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prisonniers gène beaucoup l'équipage pendant ce mauvais temps. A midi, coup de vent avec une pluie battante. Lat. 32° 48' N. Long. 49*» 32' 0. D. R. A deux heures de raprès*-midi d'épais nuages courent très-bas autour de l'horizon et dans tous les sens. VentE.-S.-E.; il est.dis^ posé à tourner au Sud. (Barom. 29° 59'). Le voile de nuage n'est pas si épais qu'à midi, et la pluie n'arrive plus que par rafales. Les nuages s'entr'ouyrent et semblent vouloir se mettre rapidement en mouvement. Le navire est entraîné vers le Nord et vers l'Est. Le vent tourna bientôt vers le Nord et vers l'Est, et nous fûmes obligés de faire courir le navire au N.-O. pendant un moment. Vers la nuit, cependant, le vent revint à l'Est et souffla violemment; il soulevaitdes grains de pluie très-forts et trèsinégaux. Le vent resta très-fort jusque vers une heure du matin ; alors il tomba pendant plus de deux heures, ne soufflant plus que par moments et très-modérément. Vers le milieu du « cyclone, » le baromètre éfWt très-bas. Un peu après minuit, un quartier-maître vint m'appoFter la nouvelle que le sabord du tribord d'avant avait été brisé! Le vent soufflait alors d'une manière furieuse. J'envoyai immédiatement le premier lieutenant pour faire boucher la voie, et pour empêcher l'eau d'entrer autant qu'il serait possible de le faire. Il y réussit assez bien. Cette nouvelle me causa une grande inquiétude ; car les sabords de la batterie et les ouvrages supérieurs du navire étaient les endroits faibles où la tourmente pouvait l'attaquer avec le plus de succès. Pendant ce temps, le baromètre est » descendu peu à peu; il restait quelquefois stationnaire pendant plusieurs heures, puis il recommençait à descendre comme auparavant ; à 8 h. du matin il était à 29° 53. Nous avons eu une nuit épouvantable — personne n'a pu dormir.

Jeiuii 12 Décembre, — Le temps est épais et sombre.

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Le vent se déchaîne avec plus de violence que jamais ; il a soufflé trës-fort toute la matinée. Le baromètre a continué de descendre jusqu'à ce qu'il ait atteint 29® 32 -^ à 6 h« du matin il était à son point le plus bas. Le [vent est au Sud. Nous sommes évidemment dans un « cyclone « ; nous Tavons pris dans le Nord, car le vent soufflait vers le Nord* Sur Tamure de tribord le courant allait à Touest de notre direction. J*ai ordonné que Ton préparât la pompe à vapeur ; on s'en serait servi la nuit dernière si le navire avait fait plus d'eau que les petites pompes n'en pouvaient rejeter. A 7 h. 30 du matin, le contre-hors qui volait foc fut enlevé) mais la voile fut sauvée. Comme l'ouragan s'avançait, le vent tourna au Sud et à l'Est. A & h. de Taprès-^midi, je pensai que les vents violents étaient passés et je tins le navire dans sa direction S.-E. Quoique la mer fût lourde, quoique le vent soufflât encore comme un ouragan, le vaisseau marchait comme par un beau temps ; il courait devant le vent aussi facilement que s'il avait été en panne. Le vent souffla très^^fort pendant toute la nuit et le baromètre s'éleva lentement.

Nous avons échappé au «cyCloneB , mais un nouveau danger nous menace, et il est bien plus redoutable pour le marin que le vent ou l'eau dans leurs moments les plus furieux. Le là Décembre, vers minuit, les hommes de garde qui étaient sur le pont furent mis en alerte par l'odeur du feu. Quelques instants après, ils aperçurent de la fumée qui s'échappait par le ventilateur conduisant en haut dupontd'évitage. L'alarme fut donnée immédiatement ; on fit lever les hommes que Ton envoya à leurs postes, et on commença une minutieuse recherche. 11 n'y eut heureusement aucune perte à déplorer; un matelas et une veste furent seuls la proie des flammes. Mais on l'échappa belle, et les sentinelles qui étaient de faction dans la cale

se considérèrent sans doute comme très-heureuses d'en être quittes avec une privation de grog pendant une semaine pour punition de leur négligence.

Le Sumter continuait d'avancer au milieu des aventures les plus diverses ; tantôt il faisait des courses agréables avec quelque immense baleine, qui laissait sous l'eau un sillage presque aussi large que le sien ; tantôt il roulait et tombait dans un coup de vent, tandis que ses sabords étaient fermés pour empêcher l'eau d'entrer et que la pompe à vapeur était préparée pour la rejeter. Le mauvais temps continuel et la réclusion à laquelle il nous condamnait commençaient à agir sur la santé de l'équipage, et douze hommes furent du même coup portés sur la liste des malades. Le petit bâtiment lui-même s'endommageait aussi très-rapidement. La voie d'eau augmentait toujours, et on passait la moitié de la journée aux pompes. On lit ce qui suit dans le journal de bord à l'époque des fêtes de Noël : —

Mardi 24 Décembre. — Une veille de Noël bien mauvaise ; le coup de vent de la nuit dernière continue ; il tombe de la pluie et le ciel est sombre. Le baromètre monte cependant; c'est un signe que l'ouragan ne durera pas longtemps. J'ai abandonné l'idée de courir vers Fayal. Les Açores paraissent tellement gardées par les furies de la tempête, qu'il serait probablement très-difficile de les atteindre pendant la saison d'hiver. Nous avons pour trente-huit jours d'eau à bord, en accordant un gallon à chaque homme. Toutefois, j'ai mis les officiers et l'équipage sur le pied de trois quarts par jour. Je me dirigerai vers le Détroit de Gibraltar, ce qui me portera dans le voisinage de Madère, dans le cas où je serais forcé d'entrer dans un port plus tôt que je ne le voudrais.

Le temps s'éclaircit un peu à midi, mais il est encore couvert et très-épais. Aucune observation. Lat. 37® 51' N.

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Long. 3t* 70 0. par computation. A 2 h. du soir, le vent du Nord devint plus fort et un ouragan souffla toute la nuit entre le N.-N.-E. et le N.-N.-O. Nous fuyons trèsfacilement sous le vent un peu par Tarrière, mais les deux petites pompes marchèrent presque toute la nuit. Elles dégagent assez facilement le navire.

Mercredi 2b Décembre. — Jour de Noël ! Il apporte avec lui, au milieu de l'Océan, tous les bons souvenirs de la saison et du pays, de l'église et des amis. Hélas! combien est grand le contraste entre toute§ ces bonnes choses et notre position actuelle! Notre navire fait eau; nous sommes encQmbrés de prisonniers de guerre; nous luttons, pour entrer dans un port, contre les coups de vents qui règnentpresque toujours sur le Nord Atlantique au milieu de l'hiver. Sur la liste des malades, j'en vois dix de l'équipage et quatre de nos prisonniers. Vent fort du N.-O. Nous marchons bien pendantces vingt-quatre heures. Lat. 36^08' N. ; long. 28*» 42' 0. Le temps est nuageux; il a l'air de vouloir changer, nous craignons les rafales. Le baromètre tombe; il était, à midi, à 29" 70; 29*^80 est le plus haut point qu'il ait atteint depuis le dernier ouragan. Les coups de vent se succèdent depuis le 19 courant. J'ai changé notre direction de S.-E., et j'ai pris E.-S.-E. pour éviter la barre de Sainte Marie ; un Capitaine Livingstone a raconté, il y a environ quarante ans, qu'il avait vu des eaux blanches à cet endroit, et aucune nation n'a pensé que son récit valût la peine d'être vérifié. Thermomètre 63«». Fortes rafales de pluie. Pendant la nuit, le temps est mauvais et gros de pluie ; il y a des éclairs tout autour de l'horizon, et l'eau tombe à torrent. Ajusté le grand hunier !

Le !26 Décembre amène le Swm^er devant le CapFlyaway; alors le petit croiseur s'approche rapidement du passage que prennent ordinairement les navires de commerce.

Lundi 30 Décentre. — Voile! au point du jour, et

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Voile I voile! pendant toute la journée, jusqu'à ce que Ton en eût compté trente-cinq. 11 y en avait jusqu'à neuf ou dix en vue à la fois, et toutes prenaient la même di-* rection à cause du courant et du vent. Nous chauffâmes et nous commençâmes la chasse, qui dura depuis 8 h. du matin jusqu'à 4 ii. du soir. Le premier navire que nous atteignîmes était une barque Hollandaise; elle avait Tair d'un clipper, et nous envoyâmes tm canot h son bord. Nous abordâmes ensuite quinze autres bâtiments de la flottei auxquels qous demandâmes leurs papiers; ils étaient tous Européens, savoir : U Hollandais (navires), 7 Anglais (2,barques et 5 bricks), 2 Français (1 navire et 1 brick), 1 Suédois (brick), 1 Prussien (barque), 1 Ham* bourgeois (brick). Voilà un des résultats de la guerre I Dans toute cette flotte, autant que nous pouvons rassurer, il n'y avait pas un seul navire Yankee ! Voir tant de navires en même temps et si loin en pleine mer, c'est un spectacle qu'on ne rencontre pas souvent. Le temps était très-lourd et pluvieux. Le vent soufflait du S. à l'E. ; c'était véritablement un vilain jour ; avec un pareil temps, avec tant de navires sur notre route, nous craignîmes sérieusement qu'il ne nous arrivât quelque choc lorsque la nuit approcha. Pour nous préserver de cet accident, nous suspendîmes des fanaux au grand mât, et de chaque côté du na-^ vire. A A h. 1/2 du soir, nous diminuâmes la vapeur et nous marchâmes sous voiles. Pas d'observations» Lat. 35" 39'; long. 17o33. D.R.

Nous montrâmes d'abord les couleurs des Etats-Unis à tous ces navires, et le seul qui les salua fut le navire Prussien. Nous montrâmes ensuite notre pavillon à un certain nombre d'entre eux, et tous, à l'exception d'un ou dcftix, le saluèrent avec empressement. Le passage des vaisseaux continua encore pendant la nuit ^ deux d'entre eux traversèrent nos eaux, ils avaient des lumières, l'un à l'avant,

l'autre à Parrière. A 6 h. 15, ou environ une heure après la tombée de la nuit, le vent fraîchit et tourna à TE,, et les navires arrivèrent sur nous avec une effrayante rapidité. Vendredi 3 Janvier 1862. — Voilà une matinée de vilaine apparence. Le baromètre descend. Plusieurs vaisseaux furent signalés pendant le quart du matin. Nous raccourcîmes les voiles pour permettre à l'un d'eux, qui se dirigeait dans la même direction que nous, de nous atteindre plus tAt. Il fit voir qu'il était Espagnol. Alors, nous .donnâmes la chasse à un autre qui se trouvait devant nous et courait sous le vent vers le Détroit de Gibraltar. Nous le poursuivions depuis deux heures lorsqu'un violent coup de vent commença à souffler de l'Ouest, et nous força d'abandonner la chasse. Nous virâmes pour l'empêcher de marcher sous notre vent, et nous courûmes dessus à petite voile et à vapeur. L'ouragan se mit à soufQer très -violemment jusque vers le coucher du soleil, et souleva une mer forte, houleuse et tourmentée. Le bâtiment marchait plus vite que je ne l'avais jamais vu aller auparavant. Cette course ébranla notre propulseur et augmenta la quantité d'eau du vaisseau d'une manière considérable. Aussi, comme le mécanicien ne faisait que petite vapeur, il pouvait à peine rejeter toute l'eau avec ses pompes de cale^ et il craignait que les autres pompes ne pussent plus suffire s'il arrivait quelque nouvel accident. Dans ces circonstances, je me dirigeai vers la terre et je terminai ma croisière un ou deux jours plus tôt que je n'en avais envie ; car il restait du charbon à bord pour deux ou trois jours. Nous aperçûmes le phare de Cadix pendant le quart du milieu — (mes beaux chronomètres!) — il présentait une belle lueur rouge. Un instant après je fis sonner. Nous nous dirigeâmes vers le phare à petite vapeur, et à 7 h. du malin nous en étions à quatre ou cinq milles. La matinée était humide

et sombre. Nous tirâmes un coup de canon et hissâmes le pavillon pour demander un pilote. Quelques instants après nous en recevions un à bord, qui nous entra aussitôt dans le port, où nous jetâmes Tancre. Quoique par un mauvais temps, nous avions alors le plus beau des spectacles. La ville de Cadix est un tableau merveilleux lorsqu'on en approche. Qu'elle est belle avec ses dômes, ses tours, ses minarets, et ses maisons Mauresques bâties en jolies pierres blanches. Le port était encombré de vaisseaux,— parmi lesquels on ne voyait que trè8-j)eude Yankees, car ils ne pouvaient avoir de chargement;— sur le bord de la baie sont bâtis plusieurs villages à moitié cachés, de la façon la plus pittoresque, dans les franges des montagnes environnantes ; tout ceci parle de la vieille Espagne régénérée, de la richesse, de la population et du développement de l'Andalousie, sa plus fameuse province. Nous reçûmes la visite des officiers de santé, qui nous informèrent qu'à moins d'être exemptés d'une manière spéciale, nous devions subir une quarantaine de trois jours, parce que nous n'avions pas un certificat de santé du Consul Espagnol en résidence à la Martinique. Un certain nombre de vaisseaux marchands hissèrent leurs pavillons en l'honneur de notre arrivée, et un vaisseau Yankee montra le sien par défi.

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